‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 62 sur 284 · DÉPART POUR L'AUVERGNE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR L'AUVERGNE

La Fayette ne partit pas aussitôt pour l’Auvergne, comme il en avait manifesté l’intention (1). Le 18 décembre 1788, il signa, avec cent huit autres personnages, parmi lesquels Bailly et Mirabeau, le « Mémoire sur les moyens que doivent employer les habitants de Paris pour obtenir de nommer eux-mêmes leurs représentants aux prochains Etats g-énéraux et n’en pas laisser la nomination aux officiers de l’Hôtel de Ville et à un petit nombre de notables, que les officiers de l’Hôtel de Ville sont dans l’usage de s’associer arbitrairement dans cette fonction (2) ». Il était encore à Paris quand Gouverneur Morris, un de ses amis d’Amérique, arriva dans la capitale, le 3 février 1789 (3), et lui apporta une lettre de Washington (4). Le marquis le pria à dîner et eut la délicate attention de faire chanter à une de ses petites filles une chanson, qui était l’œuvre de son hôte (5). Il quitta Paris dans la seconde quinzaine de février, et Gouverneur Morris écrivait, le 25 de ce mois, à William Carmichael :

La Fayette est absent de Paris. Il est allé en Auvergne pour se faire élire, soit par la Noblesse, soit par le Tiers état. J’espère qu’il aura choisi la première de ces candidatures; autrement, il s’aliénerait terriblement, selon moi, toute sa

pour sa liberté personnelle, mais j’espère qu'il est à présent sur un terrain sûr. » (Cf. The writings of Thomas Jefferson.)

(1) Cf. la lettre de La Fayette au marquis de Laqueuille.

(2) Cf. Chassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1789, t. I, p. 79 à 8j.

(j) Gouverneur Morris avait quitté les Etats-Unis le 18 décembre 1788.

(Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, traduit de l anglais de Jared Sparks par Augustin Gandais; Paris, 1842, 2 vol. in-8, t. 1, p. 229.)

(4) Washington écrivit à La Fayette, le 29 janvier 1789, et lui manda qu’il lui avait envoyé une lettre par Gouverneur Morris. 11 se félicitait des élections faites aux Etats-Unis et déclarait que le nouveau Congrès ne serait inférieur à aucune assemblée du monde. 11 ajoutait : « 11 n’y a que la concorde, l’honnêteté, l'industrie et la frugalité qui soient nécessaires pour nous rendre un grand et heureux peuple. » (Cf. Jared Sparks, t. IX. p. 462.)

(5) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. 1, p. 250.

caste. Comme il ne m’a pas fait part de son hésitation, je présume seulement qu’il a dù prendre le bon parti; car, jusqu’au moment de son départ, il a eu de fréquents pourparlers avec des personnages importants (1).

La Fayette était, en effet, à son château de Chavaniac. Sa candidature aux États généraux était sourdement combattue par des agents de la Cour, et on le sollicitait d’accepter de représenter le Tiers état. Le 8 mars 1789, il écrivait de Chavaniac :

Déjà des nobles de mes amis m’ont signifié qu’avec certaines complaisances je serai élu unanimement. J’ai répondu que je voulais convaincre et non flatter. Le Tiers voulait aller loin ; c’était pour moi une chance de célébrité. J'ai prêché la modération, au risque de déplaire. Il serait possible qu’au lieu d’une nomination je n’emportasse que beaucoup de querelles et beaucoup d’estimes; mais je ferai mon devoir et serai modéré, quoique, entre nous, leur oppression me révolte et leur personnalité m’indigne.

Malgré ces intrigues, il se rendit à Riom le mercredi 1 1 mars (2). Il descendit chez Guillaume-Michel de Chabrol (3) avec son beau-frère le marquis Joachim de Montagu de Beaune (4). Le 14 mars 1789, à neuf heures du

(1) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. II, p. 4.

(2) La Fayette l’annonça, le jour même, par deux lettres, l’une à César de la Tour-Maubourg (Cf. Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, t. 1er, p. 420), l’autre à son ancien aide de camp La Colombe (Orig., Arch. nat., C *58).

(j) Guillaume-Michel de Chabrol, avocat au présidial de Riom et conseiller d’Etat, né à Riom en 1714, mort en 1792, faisait partie de l’assemblée électorale avec deux de ses fils, Jacques-Joseph-Gaspard, lieutenantcolonel, et Gaspard-Claude-François, lieutenant criminel, futur député suppléant de la Noblesse aux Etats généraux. 11 eut pour petit-fils Chabrol de Crouzol, ministre de la Restauration, et Chabrol de Volvic, préfet de la Seine.

(4) Cf. Tableau de Messieurs de L'ordre de la Noblesse de la sénéchaussée d'Auvergne, réunis à Riom pour députer aux Etats généraux; Riom, M. Dégoutte, 1789, in-4 de 7 pages. (Bibl. nat., Le 23 21.). — La Fayette figure le cinquième sur la liste.

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