‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 67 sur 284 · LA FAYETTE SE REND A PARIS · texte numérisé non relu

LA FAYETTE SE REND A PARIS

et de les continuer avec le calme du courage que les circonstances ne doivent pas altérer. » Deux citoyens de Paris se présentèrent alors ; l’un d’eux fit un récit émouvant des événements et lut un arrêté pris par le Comité permanent de la sûreté publique, assemblé à l’Hôtel de Ville. La Fayette répliqua :

Messieurs, l’Assemblée nationale, pénétrée des malheurs publics, n’a cessé de s'occuper jour et nuit du moyen de les prévenir ou de les arrêter. Dans ce moment même, son président, à la tête d’une députation nombreuse, est chez le roi et lui porte de notre part les instances les plus vives pour l’éloignement des troupes. Je vous invite, Messieurs, à rester parmi nous pour être témoins du rapport qui va nous être fait (i).

Le 15 juillet, l’Assemblée fit une adresse au roi; elle chargea vingt-quatre de ses membres de la porter au souverain , et La Fayette se mettait en mesure de les conduire quand on annonça l’arrivée de Louis XVI. Alors ils allèrent recevoir le roi dans la cour. Celui-ci prononça un discours, qui provoqua l’enthousiasme ; puis une députation de quatre-vingt-huit membres partit en toute hâte pour Paris, avec mission d’employer tous les moyens pour ramener le calme. La Fayette marchait à sa tête. Elle arriva dans la capitale, trouva à la porte des Tuileries quatre membres de l’assemblée des électeurs et fut haranguée par l’un d’eux, Duveyrier. Puis elle continua sa route vers l'Hôtel de Ville, au milieu d’une foule immense de citoyens et escortée par des gardes françaises, des gardes suisses et des détachements de la milice parisienne. Elle fut solennellement introduite dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, et La Fayette, Bailly,

(1) Cf. Moniteur, t. I, p. 159.

l’archevêque de Paris, l’abbé Siéyès et le comte de Clermont-Tonnerre prirent place au bureau, au bruit des applaudissements de tous les spectateurs. La Fayette félicita l’assemblée des électeurs et tous les citoyens de Paris de la liberté qu’ils avaient conquise par leur courage, et donna lecture du discours prononcé par le roi. Au moment où les députés se préparaient à sortir, les électeurs proclamèrent La Fayette commandant général de la milice parisienne, et Bailly maire de Paris. Le marquis tira son épée et jura de sacrifier sa vie à la conservation de cette liberté si précieuse, dont on daignait lui confier la défense. A leur sortie, tous deux furent acclamés par le peuple, et La Fayette fut entraîné par une foule immense (i). Dans l’ivresse de ce triomphe, le marquis écrivit, le 16 juillet 1789 :

A peine m’avait-on parlé de l’idée de commander la milice parisienne, tout à coup cette idée s’est emparée de toutes les têtes ; il est devenu nécessaire que j’accepte ; il devient nécessaire que je reste, et le peuple, dans le délire de son enthousiasme, ne peut être modéré que par moi. Je voulais aller à Versailles; les chefs de la ville m’ont déclaré que le salut de Paris exigeait que je ne m’écartasse pas un moment. Quarante mille âmes s’assemblent, la fermentation est au comble, je parais, et un mot les disperse. J’ai déjà sauvé la vie à six personnes qu’on pendait dans les différents quartiers ; mais ce peuple furieux, ivre, ne m’écoutera pas toujours. Au moment où je vous écris, quatre-vingt mille personnes entourent l’Hôtel de Ville et disent qu’on les trompe, que les troupes ne se retirent pas, que le roi devait venir. Ils ne veulent plus reconnaître que ce que je signe. Lorsque je n’y suis pas, la tête leur tourne.

En effet, La Fayette jouissait d’une formidable popu-

(1) Cf. Duveyrier, Histoire des premiers électeurs de Paris en 1789, p. 185 à 198.

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