‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 121 sur 236 · RETOUR DE GEORGES LA FAYETTE · texte numérisé non relu

RETOUR DE GEORGES LA FAYETTE

soldat aux gardes, dit-il, que je m'étais plu à faire le sergent-major de ma première compagnie de grenadiers, et ensuite officier de confiance dans le régiment de La Colombe, venait de gagner une bataille contre le duc de Brunswick ».

Tout en occupant ainsi ses loisirs, La Fayette avait le plaisir de recevoir la visite de son amie la comtesse de Simiane. qui s'était échappée de France à l'aide d'un faux passeport et qui s'installa chez la comtesse de Tessé. Il applaudissait aux succès des Français et écrivait, le 7 janvier 1798, à son ancien collègue Emmery :

La gloire mihtaire de notre patrie et sa politique extérieure vont merveilleusement. Cette barrière du Rhin me charme; les établissements et les espérances de Hberté batave, italienne et grecque, me paraissent fort désirables. Il m'est prouvé que c'est aux Jacobins seuls qu'il faut attribuer non seulement la destruction de la liberté chez nous, mais le retard de son extension ailleurs. Je pense absolument, avec Bonaparte, que, pour que toute l'Europe devienne libre, il suffit que la France se gouverne elle-même par de bonnes lois.

Au mois de février 1798, Georges La Fayette, qui, au premier bruit de la libération de son père, s'était embarqué à New- York pour la France (i), arriva au château de Lemkhulen. Ce fut pour le général une grande joie, accrue encore par la lecture d'une lettre de Washington, en date du 8 octobre 1797. Son ami lui écrivait :

A aucune époque, soyez-en assuré, vous n'avez eu une plus haute part dans l'affection de ce pays. Je n'emploierai pas votre temps à vous parler de ce qui me regarde personnellement, si ce n'est pour vous dire que je suis encore une fois rentré dans mes foyers, où je resterai en formant des

(l'I Georges La Fayette avait quitte New-York, avec son tuteur Frestel, le 26 octobre 1797.

vœux pour la prospérité des Etats-Unis, après avoir travaillé bien des années à l'établissement de leur indépendance, de leur constitution et de leurs lois. Ces vœux auront constamment ici pour objet le bonheur de tous les hommes, jusqu'à ce que le peu de jours de mon passage sur la terre soit écoulé.

Georges La Fayette avait, en passant par Paris, rendu visite au général Bonaparte et, en l'absence de celui-ci, il avait été gracieusement accueilli par sa femme. La Fayette remercia Bonaparte (i) et confia sa lettre, datée du 6 mars 1798, à Louis Romeuf, qui venait de faire un séjour à Lemkhulen et retournait à l'armée.

Un heureux événement de famille apporta quelque distraction aux exilés. Charles de La Tour-Maubourg, frère du captif d'Olmùtz, demanda en mariage la fille aînée de La Fayette, Anastasie. L'union projetée de deux jeunes gens ruinés par la Révolution fit jeter les hauts cris aux amis du père, et la comtesse de Tessé déclarait qu'on n'avait jamais vu chose pareille depuis Adam et Eve. La tempête s'apaisa et le mariage fut célébré à Wittmold le g mai 1798.

La Fayette suivait avec intérêt les événements politiques et il s'en entretenait avec son ami Louis Romeuf. Le 23 mai 1798, il exprimait le désir de servir encore sa patrie :

En un mot, si, dans le mouvement intérieur de la France et dans le mouvement général de l'Europe, je dois, moi, me confiner dans un coin d'Etat despotique, ou me transporter dans un autre hémisphère, il faut du moins que j'aie la con-

fi) Cette lettre est insérée dans le récit de La Fayette intitulé: Mcx rapports avec le premier Consul. Le général raconte que, dans une conversation confidentielle, Bonaparte aurait dit : « La Fayette a le talent de se faire des amis... Si la fortune m'abandonnait, il ne me resterait que ma femme, parce qu'on a toujours la personne avec qui on couche, et peutêtre mon frère Joseph. »

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solation de causer avec mes amis sur les chances de fermer patriotiquement le cercle révolutionnaire, et que je leur dise ce que je me dis tous les jours à moi-même, qu'il n'y a qu'un moyen honnête quelconque d'y contribuer, depuis le plus hardi jusqu'au moins signifiant, auquel je ne sois prêt à me livrer, dussé-je n'avoir qu'une infiniment petite part au succès et pourvu qu'elle me parût y être nécessaire, dussé-je enfin mourir une heure après avoir rendu à ma patrie un genre de service auquel je me croirais particulièrement appelé.

Au mois d'août 1798, M""" de La Fayette se trouva assez rétablie pour aller en France essayer de sauver quelques débris de la fortune de sa famille. Elle partit avec ses deux filles et son gendre, et le général resta seul avec son fils. C'est ce qu'il annonça, le 20 août, à "Washington, dans une lettre où il déplorait les différents survenus entre la République française et celle des Etats- Unis. Le 27 novembre, il se décida à écrire au Directoire pour lui demander de laisser rentrer dans leur patrie le petit nombre d'officiers, « qui, dans une occasion dont la responsabilité appartient à moi seul, ne pouvant pas prévoir où les conduisait l'obligation d'accompagner leur général, tombèrent avec lui dans les mains des ennemis ». Il envo5^a cette lettre à sa femme ; celle-ci, accompagnée de son fils et de ses deux filles, alla remettre la missive a La Revellière-Lépeaux. Le directeur la reçut avec émotion , mais, tout en lui exprimant le regTet de ne pouvoir, dans les circonstances présentes, accéder à la demande du général, il lui promit de lui faire donner toutes les facilités « pour aller à Hambourg avec ses enfants, pour y résider autant qu'elle le jugerait à propos, et pouvoir en revenir et y retourner à son gré, tant que cela lui conviendrait (i) ». Madame de La Fayette profita de ces

(i) Cf. Mémoires de La Revellière-Lépeaux. t. I'^'", p. 429. — On y lit

bonnes dispositions pour venir rejoindre son mari. La Fayette alla s'établir en Hollande, à Vianen, près d'Utrecht, et c'est dans cette dernière ville qu'il revit, non sans émotion, des troupes françaises. Il y reçut une réponse de Washington, en date du 25 décembre 1798, et dans laquelle l'illustre président, retiré à Mount Vernon, exprimait ces fortes et généreuses pensées :

Je n'exprimerai aucune opinion sur la politique de l'Europe, n'ayant pas à démêler qui a tort ou raison. Je souhaite du bien à tous les peuples, à tous les hommes, et ma politique est très simple : je crois que chaque nation a le droit d'établir la forme de gouvernement dont elle attend le plus de bonheur, pourvu qu'elle n'enfreigne aucun droit et ne soit pas dangereuse pour les autres pays. Je pense qu'aucun gouvernement n'a le droit d'intervenir dans les affaires intérieures d'un peuple étranger, si ce n'est pour sa propre sécurité.

La Fayette était heureux d'être sur un territoire républicain, dans un pays où il rencontrait d'anciens patriotes de 1787 et, notamment, le vénérable général Van Ryssel. Sa présence, disait-on, offusquait le général Brune ; mais La Fa3'ette continuait à correspondre avec sa tante, la comtesse de Tessé (i), à écrire à Washington, les 19 avril et 9 mai 1799, et s'indignait de l'exécrable assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt (2).

(p. 428) : « Après que le général La Fayette et ses deux amis furent sortis des prisons de l'Autriche et qu'ils se furent retirés à Hambourg, M^c Je La Fayette, cette femme devenue immortelle par le plus généreux dévouement et le plus bel exemple de la piété conjugale, me fit l'honneur de venir chez moi avec ses trois enfants, Georges La Fayette et deux jeunes demoiselles. Je n'ai jamais éprouvé d'émotion plus profonde que celle que me causa la vue d'une si intéressante famille. Au souvenir de ses infortunes un sentiniL-nt d'admiration venait se joindre, et mon cabinet se convertit à mes yeux en un temple, où je voyais la plus haute vertu environnée des objets les plus touchants et les plus dignes de partager avec elle lamour et le respect des gens de bien. »

(i) Cf. dans les Mémoires les lettres des 18 février et 17 mars 1799. ■ (2)- Cf. lettres à Masclet et à Washington, des 8 et 9 mal 1799.

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