‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 122 sur 236 · PRÉOCCUPATIONS PATRIOTIQUES · texte numérisé non relu

PRÉOCCUPATIONS PATRIOTIQUES

Dans ce même mois d'avril 1799, M""' de Montagu et de Grammont arrivèrent à Vianen pour s'occuper avec leur sœur, M™" de La Fayette, du règlement de la succession de leur mère. Dans la première quinzaine de mai, elles repartirent, etlM""" de La Fayette quitta de nouveau son mari pour terminer en France ses affaires de famille. Le général exprima, le 16 mai, à sa chère Adrienne, la tristesse qu'il éprouvait de cette séparation. Le 28, il reçut la visite de Rouget de Lisle, qui était alors aide de camp du général Daendels, et ils parlèrent beaucoup ensemble du pauvre Bailly, oncle de Tauteur de la Marseillaise (i). Il suivait avec une patriotique attention les opérations de nos armées et dissertait sur le remplacement de ]\Ierlin de Douai et de La Revellière-Lépeaux par Roger Ducos et le général Moulin (2). Il déplorait la mort du jeune général Joubert, frappé d'une balle au cœur à la bataille de Novi ; il applaudissait à la victoire de Bergen remportée par Brune sur les Anglo-russes, le 19 septembre 1799, et au triomphe de Masséna à Zurich (3).

Le 17 octobre 1799, La Fayette adressa d'Utrecht, à César de la Tour-Maubourg, une longue lettre politique où, après avoir raconté que sa femme avait discuté avec Siéyès la question de la rentrée du général en France et que ce directeur lui avait dit d'attendre, il prophétisait en ces termes la fortune de Bonaparte :

Quant à Bonaparte, c'est le connétable du parti conventionnel; il peut devenir le maître de la France. Sans doute il est celui que Siéyès et ses amis attendent, parce qu'un homme qui a concouru au siège de Toulon, aux événements de ven-

(i) Cf. lettres de La Fayette à sa femme, en date du 29 mai 1799.

(2) Cf. lettre à M"""' de Tessé, en date du 14 juillet 1799.

(j) Cf. lettres à sa femme des 51 août, 20 septembre et ij octobre 1799,

démiaire. qui fut lié avec Barras, Tallien, Fréron, etc., n'est pas embarrassant à regarder. Son auréole de gloire lui donne d'ailleurs d'immenses avantages.

Le i8 octobre, à la nouvelle du retour de Bonaparte, il se livra à ces considérations sur le rôle de ce général :

Bonaparte ne pense qu'à son ambition, et jusqu'ici il n'a pas mis sa gloire à servir la liberté; peut-être va-t-il le faire aujourd'hui... Depuis les défaites de la coalition, les mécontents n'attendent de salut que par l'intérieur. Le moment est donc très favorable à Bonaparte. Il ne risquera pour la liberté aucun avantage personnel; il a prouvé que son âme pouvait très tranquillement en voir la violation et même y coopérer. Cependant, si sa gloire, si son ambition demandent qu'il se mette en avant pour la bonne cause, il le fera. Son vœu doit être que la République s'établisse sur des bases solides de liberté et de justice. Peut-être a-t-il envie d'en être président à vie. J'aimerais fort cet arrangement; ce serait un essai curieux à faire.

La Fayette ne tarda pas à voir se réaliser ses prédictions. Il était à Utrecht, passant ses soirées à faire des parties d'échecs avec le général Van Ryssel, quand il reçut une lettre de sa femme lui mandant qu'elle avait vu Bonaparte, que celui-ci l'avait accueillie avec grâce et avait fait observer que la vie de La Fayette était attachée à la conservation de la République. Elle l'engageait à écrire au général. La Fayette suivit ce conseil et adressa, le 30 octobre 1799, à Bonaparte, le billet suivant :

Citoyen général, Il eût suffi d'aimer la liberté et la patrie pour que votre arrivée me remplit de joie et d'espoir. A ce besoin du bonheur public se joint un vif et profond sentiment pour mon libérateur. L'accueil que vous avez fait aux prisonnières d'Olmutz m'a été mandé par celle dont je vous dois la vie. Je jouis de toutes mes obligations envers vous, citoyen général, et de

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