DÉPART POUR LA FRANCE
l'heureuse conviction que chérir votre gloire et souhaiter vos succès est un acte de civisme autant que d'attachement et de reconnaissance.
La Fayette envoya cette lettre à sa femme et lui dit :
Terminer la révolution à l'avantage de l'humanité, influer sur des mesures utiles à mes contemporains et à la postérité, rétablir la doctrine de la liberté, consacrer mes regrets, fermer des blessures, rendre hommage aux martyrs de la bonne liberté, seraient pour moi des jouissances qui dilateraient encore mon cœur; mais je suis plus dégoûté que jamais; je le suis invinciblement de prendre racine dans les affaires publiques; je n'y entrerais que pour un coup de collier, comme on dit, et rien, rien au monde, je vous le jure sur mon honneur, par ma tendresse pour vous, et par les mânes de ceux que nous pleurons, ne me persuadera de renoncer au plan de retraite que je me suis formé et dans lequel nous passerons tranquillement le reste de notre vie...
11 y a une existence qui me conviendrait fort, c'est celle où, sans emploi, et après avoir eu l'occasion de rappeler mes principes, je concourrais par une influence personnelle aux mesures conformes à ces principes; il y aurait dans ce rôle une indépendance dont je me trouverais fort bien; il faudrait que cela fût précédé par une déclaration assez positive pour que le nouveau système s'y rapportât... J'avoue que la pensée de faire en Angleterre une paix bienfaisante pour l'humanité est le seul plaisir de ce genre auquel je serais encore aussi sensible qu'à vingt ans.
Quelques jours plus tard, Alexandre Romeuf lui apporta la nouvelle du coup d'Etat du i8 brumaire (9 novembre 1799), et un passeport sous un nom supposé. Il lui dit, de la part de sa femme, que, s'il adoptait l'idée de partir pour la France, il lui faudrait se décider sous peu de jours. La Fayette n'hésita pas une seconde et se mit en route pour Paris.
Arrivée de La Fayette à Paris ^novembre 1799). — Lettres à Bonaparte et à Siéyès. — Colère de Bonaparte. — La Fayette se retire au château de La Grange, dans le département de Seine-et-Marne. — Mort de Washington, qui lui lègue ses pistolets fii décembre 1799). — 11 devient gentilhomme campagnard. — Recommandation pour les citoyens de Riom (17 février 1800 . — Il est rayé de la liste des émigrés ;mars 1800). — Lettre de Fox '4 mai . — Entrevue de La Fayette et de La Tour-Maubourg avec Bonaparte. — Sous-lieutenance de hussards accordée à Georges La Fayette. — Le général refuse un siège au Sénat et l'ambassade de France aux Etats-Unis. — Il refuse aussi une candidature dans la Haute-Loire. — Voyage à Chavaniac (août 1800). — Lettre à son ancien collègue Huguet 15 août). — Il rentre à Paris et assiste à une fête donnée à Mortefontaine par Joseph Bonaparte à l'occasion du traité avec les Etats-Unis (2 octobre i8oo';. — Conversations avec le premier Consul. — Lettre à Masclet (22 novembre). — Attentat du 23 décembre 1800. — Il écrit à Fox (26 décembre) et va complimenter Bonaparte. — Curieux propos de ce dernier. — Conversation entre eux sur le Concordat. — 11 s'occupe d'agriculture (1801). — 11 demande et obtient sa mise à la retraite (15 mars et ij avril 1802). — Reproches faits par le premier Consul et noble réponse de La Fayette. — Il vote contre le consulat à vie et explique ses motifs dans une lettre à Bonaparte (20 mai 1802). — Rupture avec le premier Consul. — Mariage de Georges La Fayette avec Emilie Destutt de Tracy (7 juin). — 'Voyage à Chavaniac.
— Il voit à Paris ses amis Fox, Fitz-Patrick, etc. — Mot prophétique de Fox. — Il se constitue un troupeau (mai et juin 1802). — Lettre à Pichon sur les affaires des Etats-Unis (15 décembre 1802). — 11 se casse le col du fémur pendant un voyage à Paris (20 février i8oj). — Il est soigné chez M. et M™<^ de Tessé par les chirurgiens Boyer et Deschamps.
— Expérience faite sur lui d'un traitement très douloureux. — Mariage de sa seconde fille 'Virginie avec Louis de Lasteyrie du Saillant (20 avril l8oj";. — Preuves d'intérêt données par ses amis. — Naissance d'une fille de Georges La Fayette iij mai). — 11 se rétablit lentement et garde une raideur dans une jambe.
La Fayette arriva à Paris, en novembre 1799, et descendit chez son ami Adrien de Mun. Aussitôt il écrivit aux consuls provisoires Bonaparte et Siéyès. Au premier il disait :
Depuis l'époque où les prisonniers d'Olmûtz vous durent leur liberté, jusqu'à celle où la liberté de ma patrie va m'imposer de plus grandes obligations envers vous, j'ai pensé que la continuation de ma proscription ne convenait, ni au gou-