VISITE A JEFFERSON
Le 20 octobre, les voyageurs passèrent à Williamsburg, et le 22 à James-Town et à Norfolk. De cette dernière ville, ils allèrent, le 23, visiter Portsmouth, et rentrèrent à Norfolk, où on leur offrit une réception maçonnique et un bal. Le 24 octobre, ils arrivèrent à Richmond; le 25, on acclama La Fayette au Capitole. Son séjour dans cette cité fut attristé par la nouvelle de la mort de sa vieille et fidèle amie la princesse d'Hénin. Le 30, à une grande fête maçonnique, après avoir entendu la Marseillaise^ le général porta le toast suivant :
Liberté, égalité, philanthropie, véritables symboles maçonniques. Puisse la pratique de ces principes nous mériter toujours l'estime de nos amis et l'animadversion des ennemis du genre humain!
Le 3 1 octobre, La Fayette visita Petersburg ; puis il revint à Richmond, d'où il partit, le 3 novembre, pour Monticello. Il fut reçu avec effusion par Thomas Jefferson, qui attendait, depuis longtemps, la venue de son ami ( i). L'illustre citoyen avait quatre-vingt et un ans, et vivait dans la retraite. Son âge et ses infirmités ne lui permettaient plus d'autre horizon que celui de son jardin. Ils prirent leur repas dans une salle à manger ornée des bustes de Washington, de Franklin, de La Fayette et de Paul Jones; ils évoquèrent leurs souvenirs de jeunesse dans un salon magnifiquement décoré de tableaux du Poussin, de Raphaël, de Rubens et du Guide. La Fayette prit à Monticello un repos nécessaire. Toutefois, il visita l'Université de Charlotte ville, que créait Jefferson, et il assista à un banquet, où celui-ci rappela en termes touchants les services rendus par son ami et prononça ces
(i) Dès le 5 septembre 1824, Jefferson avait convié La Fayette à le venir voir dans sa retraite de Monticello.
caractéristiques paroles : « Nous tenions le clou, mais c'est lui qui l'enfonçait. »
De Monticello, il se rendit, le 15 novembre, à Montpellier, demeure de l'ex-président James Madison, et il y passa quatre jours. Puis, il revint, le 21, à Washington, après avoir visité, la veille, Fredericksburg (i). Le 22, il alla assister, à Baltimore, à la fête des fermiers du Maryland, rentra à Washington, où des chefs indiens lui apportèrent leurs compliments et leurs vœux, repartit passer à Woodlaw quatre jours chez M""" Lewis, nièce de Washington, et revint encore une fois à Washington, le 8 décembre 1824. Le Congrès avait ouvert la session, le 6, et dans son message, le président Monroë avait rendu compte de la visite de La Fayette. Il disait :
Un sentiment unanime à son égard s'est manifesté sur tous les points de l'Amérique, et de tous les Etats il a reçu des invitations de vouloir bien les visiter. Partout où il s'est montré, la population des environs s'est réunie pour le recevoir et l'honorer. Partout il éveille le plus vif intérêt en appelant les regards sur les héros survivants de notre révolution, qui en ont partagé avec lui les travaux et les dangers, et que le temps a épargnés jusqu'à présent... D'après ces motifs, j'invite le Congrès à prendre en considération les services qu'il a rendus, les sacrifices qu'il a faits, les pertes qu'il a éprouvées, et à voter en sa faveur une dotation, qui réponde dignement au caractère et à la grandeur du peuple américain.
Le 9 décembre, la résolution suivante fut adoptée à l'unanimité par le Congrès :
Le général La Fayette sera publiquement félicité par la Chambre de ce qu'il a accédé aux désirs du Congrès qui l'appelait aux Etats-Unis. Assurance lui sera donnée de la grati-
I; Le tome l'^'" de l'ouvrage de Levasseur s'arrête à cette date du ;i octobre 1H24. C'est le tome 1! qui nous servira désormais pour la suite du récit.