‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 29 sur 236 · RÉCEPTION PAR UNE LOGE MAÇONNIQUE 9I · texte numérisé non relu

RÉCEPTION PAR UNE LOGE MAÇONNIQUE 9I

dit compte à Robert Livingston de ces négociations.

Pendant ce temps on donnait, le 8 juin 1782, à Versailles, une dernière fête en l'honneur du comte du Nord, le futur empereur de Russie Paul I", et de sa femme, qui visitaient alors la France. La reine, costumée en belle Gabrielle, ouvrit le bal avec le comte d'Artois et dansa un quadrille avec La Fayette ( i ), donnant ainsi une marque de faveur au jeune héros.

Le marquis appartenait, comme beaucoup de gentilshommes de son temps, à la franc-maçonnerie. Il fut comblé par ses frères de témoignages d'estime exceptionnels. Le 24 juin 1782, il alla visiter la loge de Saint- Jean d'Ecosse du Contrat social, loge mère du Rit écossais, et y fut reçu « avec toutes les distinctions réservées pour les héros » : par une faveur unique jusqu'alors, il fut nommé membre de l'atelier par acclamations unanimes, et non par la voie du scrutin (2),

Le 14 octobre 1782, La Fayette annonça à Washington

quis vint chez moi et m"apprit que M. Grenville avait vu le comte de Vergennes, mais il ne put me dire ce qui s'était passé. »

(i) Ces détails sont fournis par les Mémoires du duc de Croy (Cf. Revue rétrospective de Paul Cottin, 1896, t. V, p. 418). On y lit : « La reine avait copié, pour son habillement, le tableau de la Belle Gabrielle. Elle dansa aussi un quadrille avec M. de La Fayette. »

(2) Cette loge avait alors pour vénérable le marquis de Rouillé. Dans une adresse envoyée par elle à toutes les loges régulières, et dont un exemplaire est conservé dans la bibliothèque particulière du Grand Orient de France, on lit (p. 14) ce passage relatif au vénéralat dudit marquis de Rouillé :

« Le commencement de son gouvernement a été marqué par un événement assez flatteur pour la R.*. L.". pour qu'elle vous en fasse part. Le C*. F.', de La Fayette lui ayant fait la faveur de la visiter, y fut reçu avec toutes les distinctions réservées pour les héros; et ayant été ensuite proposé pour être affilié, il fut admis par acclamations unanimes, et non par la voix du scrutin, distinctions qui n'avaient point eu d'exemple jusqu'alors. Ce C". F.', est devenu et a été proclamé membre de cette R.". L.'. après en avoir prêté le serment le 24^ jour du 4'^ mois de cette 5782. »

Sur la liste des membres, La Fayette est inscrit sous cette rubrique : « La Fayette (marquis de), général-major en Amérique, Maître. »

la naissance dune fille, à laquelle il avait donné le nom d'une des provinces américaines, Virginie (i). Le 24, il l'informa qu'il avait accepté de servir sous les ordres du comte d'Estaing. En effet, celui-ci devait commander une expédition concertée entre la France et l'Espagne contre l'Angleterre, qui ne se décidait pas assez vite à conclure la paix, et La Fa3^ette avait été désigné comme maréchal général des logis de l'armée. En attendant, le marquis réclamait des secours pour les Etats-Unis, avec d'autant plus d'insistance que l'armée de Rochambeau revenait en France. << Je crois nécessaire, écrivait-il au comte de Vergennes le 22 novembre 1782, que pour le succès de la gloire et la cause commune un généreux et dernier effort soit fait en faveur des Américains. » Il alla prendre congé du ministre à Versailles, le dimanche 24 novembre, et il obtint la promesse d'un secours de six millions de livres. Le lendemain 25, La Fayette partit pour Brest (2); il avait conservé son uniforme américain, pour bien marquer ses préférences et son espoir (3). II

(i) Antoinette-Marie-Virginie, née à Paris le 17 septembre 1782, mariée, en 180?, au comte Louis de Lasteyrie du Saillant. — La Fayette ayant annoncé la naissance de sa fille à Benjamin Franklin, celui-ci répondit plaisamment qu'il souhaitait qu'il eût assez d'enfants pour leur faire porter le nom de chaque province des Etats-Unis. (Cf. Mémoires secrets, à la date du 29 septembre 1782.)

(2J La Galette d'Amsterdam publia, le 6 décembre 1782, cette information datée de Paris, 20 novembre : « Le marquis de La Fayette a, dimanche passé, fait ses adieux et pris le lendemain la route de Brest pour s'embarquer sur la flotte destinée pour les Antilles. On prétend qu'il servira en qualité de quartier-maître général des troupes qui doivent servir dans cette partie du monde; on a cependant remarqué qu'il était parti sous l'uniforme américain, ce qui paraît indiquer qu'il ne servira pas comme Français, mais comme officier général du Congrès. »

(3) La Fayette avait écrit, le 24 octobre [782, à Washington : « Quoique e doive rentrer dans l'armée française comme maréchal de camp, à dater de la reddition de lord Cornwallis, je garderai mon uniforme américain et l'extérieur aussi bien que l'intérieur d'un soldat américain. Je traiterai les airaires et prendrai des ordres comme un officier emprunté aux Etats-Unis, et je guetterai l'heureux moment où je pourrai joindre nos chers drapeaux. »

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