‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 30 sur 236 · B?] PAIX AVEC L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

B?] PAIX AVEC L'ANGLETERRE

arriva à Brest le 3 décembre au matin, et dès le 14 il en informa Washington. Puis il rejoignit l'amiral d'Estaing à Cadix vers la fin de décembre (i).

INIalgré ces préparatifs guerriers, les négociations avec l'Angleterre se poursuivaient (2). Aboutiraient-elles? La Fayette en doutait, c II paraît que la paix s'éloigne, écrivait-il de Cadix au comte de Vergennes, le 1" janvier 1783, et que nous aurons encore une campagne. » Le même jour, il disait à Madame de Tessé :

Aurons-nous la paix, ma chère cousine, et faut-il encore se battre pour s'entendre ? Ma grande affaire à moi paraît être arrangée, car l'Amérique est sûre de son indépendance, l'humanité a gagné son procès, et la liberté ne sera jamais plus sans asile. Puissent à présent nos succès déterminer la paix générale, puisse la France reprendre son rang et ses avantages, et je serai parfaitement heureux, car je ne suis pas assez philosophe pour ne pas mettre un intérêt particulier aux affaires publiques.

On s'entendit sans se battre : les préliminaires de paix entre la France et l'Angleterre furent signés à Versailles le 20 janvier 1783. L'indépendance des Etats- Unis était désormais assurée. La Fayette, qui se trouvait toujours à Cadix, exprima, le 5 février, au président du Congrès, sa joie de cet heureux résultat, et il ajouta ces sages considérations :

,1 Le 27 décembre 1782, le baron de Falckenhain écrivait de Cadix au marquis de Ségur qu'il était bien aise d'avoir fait la connaissance de La Fayette. (Orig.. Arch. hist. de la guerre, vol. n° 5752.)

(2) Le jo novembre 1782, les plénipotentiaires américains avaient signé, à l'insu du gouvernement français, un traité provisoire avec l'Angleterre. Le comte de Vergennes écrivit à Franklin, le 15 décembre, pour se plaindre de ce procédé incorrect, et Franklin s'excusa, le 17, et déclara que o aucune paix ne se fera entre nous et l'Angleterre sans que la vôtre ne soit conclue. » (Cf. Correspondance de Benjani' Franklin, t. II, p. 299 à joi.)

Aujourd'hui que notre noble cause a prévalu, que notre indépendance est fermement établie et que la vertu républicaine a obtenu sa récompense, aucun effort, j'espère, ne sera négligé pour fortifier l'union fédérale. Puissent les États être toujours unis, de manière à défier les intrigues européennes! Sur cette union reposeront leur importance et leur bonheur. C'est le premier vœu d'un cœur plus véritablement américain que des mots ne peuvent l'exprimer.

Le même jour, il s'entretenait avec Washington en des termes qu'il convient de citer :

Si vous n'étiez qu'un homme tel que César et le roi de Prusse, je serais presque affligé pour vous de voir se terminer la grande tragédie où vous jouez un si grand rôle. Mais je me félicite avec mon cher général de cette paix qui accomplit tous nos vœux... Quels sentiments d'orgueil et de bonheur j'éprouve en pensant aux circonstances qui ont déterminé mon engagement dans la cause américaine ! Quant à vous, mon cher général, qui pouvez dire véritablement que tout cela est votre ouvrage, quels doivent être les sentiments de votre bon et vertueux cœur en cet heureux moment qui affermit et qui couronne la révolution que vous avez faite! Je sens qu'on enviera le bonheur de mes petits-enfants, lorsqu'ils célébreront et honoreront votre nom. Avoir eu un de leurs ancêtres parmi vos soldats, savoir qu'il eut la bonne fortune d'être l'ami de votre cœur sera l'éternel honneur dont ils se glorifieront.

La Fayette interprétait sainement les sentiments de Washington et il prévoyait que sa propre gloire serait défendue devant la postérité par sa participation à une œuvre juste et grande et par une si glorieuse amitié.

La paix, dont se félicitaient ainsi Washington et La Fayette, inspira à Franklin les nobles pensées que voici :

Maintenant pardonnons et oublions. Que chaque pays cherche son avantage dans le progrès des arts et de l'agricul-

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