‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 42 sur 236 · MANŒUVRES A POTSDAM · texte numérisé non relu

MANŒUVRES A POTSDAM

et se rendit à Potsdam, où devaient avoir lieu de grandes manœuvres, qui avaient attiré à Berlin un certain nombre d'officiers français (i). Dans la nuit du 1 8 au 19 septembre, le roi de Prusse fut pris d'une violente attaque de goutte qui mit sa vie en danger (2); les manœuvres n'en eurent pas moins lieu, mais sous la direction du prince héréditaire, le futur roi Frédéric-Guillaume II, sur lequel La Fayette porta le jugement suivant : « C'est un bon officier, un honnête homme, un homme de bon sens^ mais qui n'aura jamais les talents de ses deux oncles (3). » Le marquis revint de Potsdam à Berlin le 24 septembre 1785 et il repartit, le lendemain (4), passer quelques jours auprès du prince Henri, dont il appréciait hautement la personne et les talents (5). Il y était encore le 29 (6). Il retourna à Berlin, mais, comme la maladie du roi se prolongeait, le marquis se résigna à faire ses adieux par écrit et quitta la capitale de la Prusse, le 7 octobre, sans avoir revu Frédéric IL Le comte d'Esterno écrivait, le 5, au comte de Vergennes :

(i) Falciola, dans une lettre à Vergennes, en date du ii septembre 1785, dit que plusieurs officiers français viennent d'arriver à Berlin pour assister aux manœuvres de Potsdam, et il cite le marquis Dumesnil, mestre de camp du régiment, colonel général hussards; Stengel, capitaine au même régiment; le marquis de la Force, le marquis de Mesnard et le chevalier de Bessières, capitaines au régiment Royal-vaisseaux. (Arch. des affaires étrangères, Prusse, t. CCIV, fol. 578.)

(2) Cf. lettre de Falciola au comte de Vergennes, en date du 24 septembre 1785. (Archives des affaires étrangères, Prusse, t. CCIV, fol. 396.)

(5) Cf. lettre de La Fayette à Washington, du 8 février 1786.

(4) Falciola écrivait au comte de Vergennes, le 24 septembre 1785 : «M. le marquis de La Fayette vient d'arriver de Potsdam; il partira demain pour Rheinsberg. » (Archives des affaires étrangères, Prusse, t. CCIV, fol. J96.)

(5) Dans sa lettre à Washington, en date du 8 février 1786, La Fayette fait le plus grand éloge du prince Henri, « la meilleure connaissance que j'aie faite », et il ajoute : «J'ai passé quinze jours avec lui à la campagne, et nous avons conservé une correspondance. »

(6) La lettre de La Fayette, en date du 29 septembre 1786, que nous avons déjà citée, a été écrite de Rheinsberg.

M. le marquis de La Fayette doit partir après-demain pour retourner en France. Cet officier a tenu dans cette Cour, sur tous les points, la conduite la plus parfaite. Précédé ici d'une réputation avantageuse, on lui a témoigné dans cette Cour toute la considération qu'il mérite, et il a su en conquérir tous les suffrages (i).

La Fayette avait donc produit une excellente impression à la Cour de Berlin et à celle de Vienne. En revenant en France, il s'arrêta dans la ville de Magdebourg, <( oii le duc de Brunswick commandait des manœuvres semblables à celles de Potsdam (2). » Puis il rentra à Paris à la fin du mois d'octobre 1785.

La Fayette avait mis ce vo3^age à profit pour son éducation militaire ; il avait vu les troupes réputées les meilleures de l'Europe et les capitaines les plus fameux; il avait visité les champs de bataille, oia s'étaient tant de fois rencontrés, avec des fortunes diverses, les Français, les Prussiens et les Autrichiens ; il avait reçu à la Cour et dans les camps l'accueil le plus flatteur et il avait constaté avec orgueil et joie combien grande était parmi les généraux d'Europe la réputation de Washington. C'est à cet illustre ami qu'il confia ses impressions sur les armées prussiennes et autrichiennes (3) :

C'est avec le plus grand plaisir que j'ai vu l'armée prussienne ; rien ne peut être comparé à la beauté des troupes, à la discipline qui règne dans tous les rangs, à la simplicité de leurs mouvements, à l'uniformité de leurs régiments. C'est une machine parfaitement régulière, montée il y a quarante ans, et qui n'a subi d'autres changements que ceux qui pou-

(i) Arch. des affaires étrangères, Prusse, t. CCIV, fol. 410 v».

(2) La Fayette raconte, dans ses Mémoires, que Frédcric II chargea le duc de Brunswick de s'expliquer avec lui sur les affaires de Hollande et de lui dire que la cour de Berlin ne soutiendrait pas le stathouder dans ses prétentions exagérées.

{3) Dans sa lettre, déjà plusieurs fois citée, du 8 février 1786,

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