POURPARLERS AVEC MIRABEAU
OU ma tête (i). » Le 20, au soir, Mirabeau alla voir La Fa3'ette et celui-ci l'emmena dans son carrosse au contrôle général. Pendant la route, ils eurent une explication très vive. Mirabeau rejeta avec fierté toute proposition d'argent, bien qu'au fond ce fût, comme il l'avouait, le point critique de l'affaire (2). Le 21, dans une nouvelle conférence, on agita la question du traitement et la promesse d'une grande ambassade (3). « Je mène une vie de cheval, écrivait Mirabeau à La Marck. le zz octobre; La Fayette me prend la moitié de mes nuits (4). » Le même jour, le général et Mirabeau eurent un entretien (5), malgré l'assassinat du boulanger François, qui força La P'ayette à faire une démarche auprès de l'assemblée des représentants pour annoncer qu'un conseil de guerre allait juger la conduite des gardes nationaux coupables de n'avoir pas su protéger ce malheureux (6).
La Fayette, au milieu de toutes ces intrigues, gardait son sang-froid et envisageait avec courage sa responsa-
(i) Cf. lettre de La Fayette à Mirabeau, en date du 19 octobre 1789. (Correspondance, t. ler. p. 591.
(2) Mirabeau écrivait à La Marck, le 21 octobre 1789, ces lignes suggestives : « J'ai rejeté avec toute la fierté requise tout ce qui a trait à de l'argent. J'avoue, cependant, de vous à moi, que voilà le point critique de mon alTaire. Le passage est cruel ; je suis étouffé d'embarras subalternes, qui, dans leur masse, font une assez grande résistance, et, le plus indépendant des mortels, une fois mes affaires apurées, je ne voudrais être que l'homme de la nature, résolution que toutes les minutes je prendrais avec joie. Je suis très gêné dans mes rapports sociaux, et parce que je ne puis regarder à mes affaires, et parce que, tant que j'ai des projets d'ambition, je ne puis pas dissoudre mon atelier. Un grand secours, je ne puis l'accepter sans une place qui le légitime ; un petit me compromettrait gratuitement. Là est le nœud, là j'ai d'autant plus besoin de votre sagesse qu'elle est plus du monde que la mienne. » (Cf. Correspondance, t. l", p. 596.)
(;) Cf. dans la Correspondance, t. l^r, p. J98, la lettre de Mirabeau à La Marck, en date du 22 octobre 1789.
(4) Cf. Correspondance, t. ï", p. 400.
(5) Cf. lettre de La Fayette à Mirabeau, en date du 22 octobre 1789. (Correspondance, t. !«■•, p. 401.)
(6) Cf. Sigismond Lacroix, t. II, p. 582.
bilité. Le 23 octobre 1789, il écrivit à Mounier, qui était retourné en Dauphiné :
Q uant à moi, je suis étonné de mon immense responsabilité, mais elle ne me décourage pas. Voué d'affection et de devoir à la cause du peuple, je combattrai avec une égale ardeur l'aristocratie, le despotisme et la faction. Je connais les fautes de l'Assemblée nationale ; mais il me paraît bien plus dangereux et il serait vraiment coupable de la discréditer. Je hais la trop grande influence d'un seul; mais je suis bien plus pénétré que vous ne croyez de la nécessité de remonter le pouvoir exécutif... Ne vous laissez pas aller au découragement et à l'humeur et, si je péris dans mes efforts pour sauver la patrie, que je ne puisse pas du moins porter mes derniers reproches sur l'abandon de ceux dont la réunion nous sauverait et dont l'opposition pourra tout perdre ( i).
Le 26 octobre, Mirabeau écrivait à La Marck qu'on lui proposait l'ambassade de Hollande ou d'Angleterre, non pour y aller, mais pour justifier le « suprême honneur de serrer dans ma poche un bon du roi, qui m'assure d'être ministre au moi de mai (2). » Et il ajoutait : « C'est M. de Montmorin qui a porté à La Fayette cette pompeuse proposition. Celui-ci ne parle que ce matin à la reine, mais, à vrai dire, il m'a paru moins décidé que jamais sous la fatalité de son indécision (3) ». La Marck lui répondit le même jour : « La Fayette vous remettra 50,000 francs et vous montrera un projet de lettre du roi. Acceptez tout cela (4). »
Mirabeau dressait un plan de ministère, où il conservait Necker, u parce qu'il faut le rendre aussi impuissant qu'il
(i) Cf. Mémoires de La Fayette.
(2) Cf. Correspondance, t. I, p. 406.
(?) Le même jour La Fayette déclara à l'assemblée des représentants que le roi lui avait promis des armes. (Cf. S. Lacroix, t. Il, p. 428.) (4; Cf. Correspondance, t. I, p. 408.