‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 60 sur 236 · PLAN DE MINISTÈRE PAR MIRABEAU JL · texte numérisé non relu

PLAN DE MINISTÈRE PAR MIRABEAU JL

est incapable, et cependant conserver sa popularité au roi », et où il faisait entrer lui-même, « au conseil du roi, sans département », l'archevêque de Bordeaux, le duc de Liancourt, le duc de La Rochefoucauld, le comte de La ]Marck, l'évêque d'Autun, le comte de Ségur. Il ajoutait: « La Fayette au conseil, maréchal de France. Généralissime à terme pour refaire l'armée (i). » Dans une autre note, il marquait dans le ministère la part de La Fayette et la part de la reine. Les départements de la justice, des affaires étrangères, des finances et de la marine étaient attribués au général et celui de la guerre à la reine (2).

Le 29 octobre, La Fayette écrivait à Alirabeau : « Confiance réciproque et amitié : voilà ce que je donne et espère (3). » L'alliance paraissait faite, grâce aux efforts de La ]Marck, de Sémonville et de Talon, qui le pressaient constamment de prendre un parti (4), et qui sentaient plus vivement que jamais l'urgence d'unir les deux forces maîtresses de la Révolution, au profit de la monarchie chancelante.

Ce même jour, 2g octobre. Benjamin Duvivier offrit à l'assemblée des représentants de graver gratuitement une médaille reproduisant le portrait de La Fayette et l'assemblée agréa cet hommage (5).

Ainsi se terminait, pour le général, le mois d'octobre 1789. Tant de préoccupations lui avaient fait négli-

(i) Cf. Correspondance, t. I, p. 411. Une caricature représentant La Fayette, avec cette légende : Le bâton de maréchal qui tombe du ciel au général, ma été communiquée par M. L. Bihn.

(2) Cf. Correspondance, t. I, p. 412.

(3) Cf. Correspondance, t. I, p. 41J.

(4) Cf. lettres de Talon à La Marck, en date des 29 et jo octobre 1789. {Correspondance, t. I, p. 413 et 414.)

,5) Cf. S. Lacroix, t. II, p. 457 et 458. — Cette médaille fut gravée avec la mention : Offert par B. Duvivier à la garde nationale. Nous en donnons Ici une reproduction.

ger sa correspondance avec Washington, qui, de son côté, avait été absorbé par les premiers travaux de sa présidence (i). Pendant que La Fayette se débattait au milieu des intrigues politiques, Washington lui écrivait, de New- York, le 14 octobre 1789 (2) :

C'est la première fois que je vous écris depuis que je suis à cette place, et je n'ai pas reçu une ligne de vous dans le même espace de temps. C'est un long intervalle de silence entre deux personnes dont les habitudes de correspondance

se sont soutenues sans interruption, comme les nôtres; mais les nouvelles et difficiles affaires dans lesquelles nous avons été tous les deux récemment engagés sont notre mutuelle excuse.

La révolution, qui a pris place avec vous, est si grande et d'une nature si importante, que nous ne pouvons guère nous faire une idée à son sujet. Cependant, nous espérons et nous désirons ardemment que ses conséquences soient une épreuve heureuse pour une nation aux destinées de laquelle nous avons tant de raisons de nous intéresser, et que son influence puisse être ressentie avec plaisir par les générations futures.

(i) Washington avait pris possession de la présidence des Etats-Unis à New-York le jo avril 1789. (Cf. Jared Sparks, t. X, p. 459 à 464.)

(2) Cf. Jared Sparks, t. X, p. 45. — Cette importante lettre n'a été reproduite ni dans les Mémoires et correspondance de La Fayette, ni dans le recueil des Correspondance et écrits de Washington, mis en ordre par Guizot.

Suite des négociations entre La Fayette et Mirabeau. — Intervention de Gouverneur Morris et de Talleyrand (!«■■ et j novembre 1789). — Entrevue de Mirabeau avec La Fayette. — Décret du 7 novembre interdisant aux députés de faire partie du ministère. — Correspondance avec le marquis de Bouille. — Portrait de La Fayette par le marquis Achille du Chastellet. — Mesures prises pour la sécurité de la capitale. — Lettre à un garde national strasbourgeois. — Lettre de Paoli à La Fayette (16 novembre). — Protestations de dévouement de Mirabeau à La Fayette (i<='" décembre. — Découverte du complot du marquis de, Favras. — Arrestation du coupable 124 décembre). — Protestations de Monsieur, frère du roi, contre les soupçons de complicité, et intervention de La Fayette. — Les royalistes accusent La Fayette d'avoir fait condamner Favras. — Malouet lui demande de se mettre à la tète des modérés. — L'assemblée des représentants l'assure de l'estime et de l'admiration de la Commune de Paris (ji décembre 1789).

Les négociations entre La Fayette et Mirabeau se poursuivaient avec des alternatives diverses. Gouverneur Morris continuait à essayer de détourner son ami d'une si compromettante alliance. Le 1" novembre 1789, il lui déclara que Mirabeau était perdu dans l'esprit de l'Assemblée et que telle était l'opinion de l'évêque d'Autun. La Fayette exprima le désir de faire plus ample connaissance avec celui-ci (i). Le 3 novembre, Gouverneur Morris et Talleyrand se rendirent chez le général, qu'ils trouvèrent conférant avec le prince de Poix, qui venait parler en faveur de jNIirabeau. La Fayette fit des protestations d'estime et d'amitié à l'évêque, qui ne ménagea pas Mirabeau et répéta que celui-ci n'avait plus aucun crédit. Le général esquiva ce

(i) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. I, p. 282. — Gouverneur Morris avait proposé à La Fayette de venir déjeuner chez lui en compagnie de Talleyrand, mais le général avait répondu que s'il dînait ailleurs que chez lui, cela ferait une histoire.

sujet délicat en disant qu'en ce moment tous les amis de la liberté devaient s'unir et s'entendre. Après l'entrevue, Talleyrand fit observer à Gouverneur Morris que La Fayette n'avait pas de plan arrêté (i). De son côté, le comte de La JMarck visitait La Fayette, le 4 novembre, et, après une conférence de deux heures, fixait un rendezvous, auquel Mirabeau se rendit le soir (2). Celui-ci rendit compte à La Marck, le 5 novembre, de sa conversation avec le général :

Vous avez vu l'homme tel qu'il est, également incapable de manquer de foi et de tenir parole ad icmpus ; d'ailleurs impuissant, à moins d'une explosion, où il pourrait et à un certain point voudrait tout. D'abord il parlait peu. Puis, quand je lui ai montré que j'en savais au moins autant que lui, il s'est hâté de tout dire. — Très net, et même délicat sur les besoins et la nécessité de parer aux éclats. J'ai consenti sous ce rapport. — Tout à cet égard offert, et facile et sans bornes. — On veut faire promettre par écrit une ambassade. — Souvenez-vous que non, non, non; c'est donner et refuser, je ne m'en départirai pas {3).

Le 6 novembre, Mirabeau insistait de nouveau auprès du comte de La Marck :

Avant-hier, il était furieux contre les ministres ; hier, il n'était pas rentré à minuit. Les ministres avaient eu un comité chez lui. Il est impossible d'être plus complètement joué qu'il ne l'est. Vous le voyez ce matin... Dites-lui que maintenant il ne lui reste de ressource qu'un ministère de première force, et où il ne se glisse pas la moindre tolérance ; qu'il faut que ce ministère reçoive la commotion du renvoi de Necker ; que

(i) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. I, p. 282 et 28J.

(2) Cf. Correspondance entre Mirabeau et La Marck, t. I, p. 415. — Talon continuait aussi ses démarciies. Le 5 novembre 1789, il écrivait à La Marck : « Je pars pour aller chez La Fayette; nous allons faire l'impossible pour le déterminer. »

(3) Cf. Correspondance, t. I, p. 417.

Page 1