‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 68 sur 236 · DROIT DE PAIX ET DE GUERRE · texte numérisé non relu

DROIT DE PAIX ET DE GUERRE

troubles de Marseille. La Fayette approuvait les mesures prises par le ministère pour rétablir l'ordre ; La Rochefoucauld demandait qu'on mandât à la barre deux membres de la municipalité de Marseille. INIirabeau s'y opposa formellement, et un membre de lAssemblée dit qu'il craignait qu'on voulût se faire donner un commandement pour traîner le roi à la suite de l'armée. La Fayette, se jugeant visé par cette insinuation, s'écria :

C'est avec la confiance qui convient à une conscience pure, c'est avec la confiance d'un homme qui n'a jamais eu à rougir ni d'aucune action, ni d'aucun sentiment, c'est avec le désir que j'ai que tout soit éclairci, que j'adopte le renvoi au comité des rapports. Quant aux remerciements que nous devons au roi, je suis persuadé que le sentiment de la reconnaissance est unanime et que cette partie de la motion sera unanimement décrétée (i).

Le décret fut rendu conformément aux indications de La Fayette. Le 13 mai, Mirabeau se plaignit au général de la discussion de la veille et du manque de cohésion dans une action qui devrait être commune. « L'incohésion de notre liaison politique est la seule peine que j'aie éprouvée (2). »

Le 22 mai 1790, l'Assemblée continua la discussion de cette grave question : La nation délégiiera-t-elle an roi V exercice du droit de paix et de guerre ? Depuis six jours (3) les orateurs les plus réputés se succédaient à la tribune : le duc de Lévis, Charles Lameth, Petion, iMontlosier, Robespierre, l'abbé Maury, Volney, Le Peletier de Saint-Fargeau, Chabroud, Du Pont de Nemours, l'abbé de Montesquiou, Menou, Fréteau avaient exposé

i^ii Cf. Moniteur, t. IV, p. 551.

(2; Cf. Correspondance entre Mirabeau et La Marck, t. II, p. 15.

(j; La discussion s'engagea le 16 mai 1790.

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les opinions les plus diverses. Le 20, Mirabeau avait proposé un projet de décret portant que le droit de la paix et de la guerre appartient à la nation, mais que la guerre ne pourrait être décidée que par un décret de l'Assemblée nationale, rendu sur la proposition du roi et qui sera consenti par lui. Barnave combattit ce projet, le 21, et Mirabeau le défendit, le 22. Ce fut un tournoi d'éloquence, La Fayette soutint la rédaction de Mirabeau en des termes qu'il convient de rapporter :

Je ne dirai qu'un mot sur la priorité; je l'ai demandée pour le projet de M. de Mirabeau, tel qu'il a été amendé par M. Chapelier, parce que j'ai cru voir dans cette rédaction ce qui convient à la majesté d'un grand peuple, à la morale d'un peuple libre, à l'intérêt d'un peuple nombreux, dont l'industrie, les possessions et les relations étrangères exigent une protection efficace. J'y trouve cette distribution de pouvoirs qui me paraît la plus conforme aux vrais principes constitutionnels de la liberté et de la monarchie, la plus propre à éloigner le fléau de la guerre, la plus avantageuse au peuple; et, dans le moment où l'on semble l'égarer sur cette question métaphysique, où ceux qui, toujours réunis pour la cause populaire, diffèrent aujourd'hui d'opinion, en adoptant cependant à peu près les mêmes bases; dans ce moment où l'on tâche de persuader que ceux-là seuls sont ses vrais amis qui adoptent tel décret, j'ai cru qu'il convenait qu'une opinion différente fût nettement prononcée par un homme à qui quelque expérience et quelques travaux dans la carrière de la liberté ont donné le droit d'avoir un avis. J'ai cru ne pouvoir mieux payer la dette immense que j'ai contractée envers le peuple, qu'en ne sacrifiant pas à la popularité d'un jour l'avis que je crois lui être le plus utile. J'ai voulu que ce peu de mots fût écrit pour ne pas livrer aux insinuations de la calomnie le grand devoir que je remplis envers le peuple, à qui ma vie entière est consacrée (1).

(i) Cf. Moniteur, t. IV, p. 442.

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