‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 93 sur 236 · ATTAQUES CONTRE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LA FAYETTE

; Le Patriote français, du lo avril 1792 (i), renfermait ces menaces significatives :

On dit que M. La Fayette est à Paris. Que vient-il y faire? Croit-il retrouver encore le 17 juillet? Non, il ne retrouvera que les hommes du 14 juillet. Que vient-il faire enfin? Nous tromper? Le temps de l'erreur est passé. Relever son crédit? Il est perdu sans ressource. La séance d'aujourd'hui l'a prouvé, la journée entière l'a prouvé.

INIarat écrivit au maire Petion, le 11 avril 1792, et lui dénonça « que le sieur Mottié est accouru à Paris pour travailler l'armée et faire manquer la fête civique pour les tristes restes de Châteauvieux (2). » Le Père Diichesne mettait dans la bouche de M"^ Veto des propos accusant La Fayette, le fidèle Blondinet, d'avoir manigancé avec son cousin Bouille le massacre de Nancy.

D'autre part, \e Journal de Paris, du 12 avril 1792, démentait le bruit de la présence de La Fayette dans la capitale :

On a affirmé à la tribune des Jacobins et on a publié dans le journal de cette société que M. de La Fayette était arrivé à Paris et que c'était lui qui excitait l'opposition presque universelle qui s'est élevée parmi les citoyens de la capitale, et surtout dans la garde nationale, contre la fête scandaleuse préparée pour des soldats rebelles, que la justice de la nation suisse avait condamnés aux galères et que la clémence de la nation française en a tirés. 11 est faux que M. de La Fayette soit venu à Paris, et c'est un mensonge très gratuit; mais tous les moyens sont bons pour l'esprit de parti.

Au sein de l'Assemblée législative, Gouvion protestait, le 9 avril, contre la présence des soldats de Châ-

(i) No 974, p. 404.

(2) Cf. le texte de cette lettre de Marat aux Pièces justijicatii'cs, n" XXI .

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teauvieux, assassins de son frère, tué à Nancv, et donnait, le 17, sa démission de député de Paris pour aller servir à l'armée du Centre, sous les ordres de son ancien chef (i). Le 15 avril, la fête des soldats de Châteauvieux eut lieu, et dans l'h3^mne satirique qu'André Chénier publia, le jour même, sur « ces guerriers illustrés par le sang de Desilles », on pouvait lire cette strophe sur La Fayette :

Un seul jour peut atteindre à tant de renommée,

Et ce beau jour luira bientôt!

C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée

Et La Fayette à l'échafaud (2).

En même temps, on chantait à la cérémonie une ronde et un chœur en l'honneur des Suisses de Chîiteauvieux, dont les paroles étaient de Marie-Joseph Chénier et la musique de Gossec.

Tandis qu'on vilipendait ainsi La Faj^ette, il était à Metz et s'occupait avec zèle du bien-être de ses troupes. Il allait, à l'hôpital, goûter la soupe et il faisait observer au médecin Marchand que le bouillon était trop faible (3).

Le 19 avril 1792, il adressa une circulaire aux officiers généraux pour leur annoncer l'intention du roi que Tar-

(i) On publia sur ce fait une caricature, dont je possède un exemplaire, et qui a pour légende : La démission motivée du 17 avril 1792. Elle représente : i» Gouvion à la tribune, disant : « Je pleure mon frère et l'inutilité de sa mort pour tous les contre-révolutionnaires, même des deux Chambres. » — 2" Bouille le traître, avec cette légende : <i Je ne laisserai pas pierre sur pierre. » — i" La Fayette, son parent, avec cette légende : « L'appel nominal. » — 4» Malseigne. — <,° Denou.

(2) Cet Hymne d'André Chénier fut publié dans le Journal de Paris du 15 avril 1792, n* 106, p. 429.

(3) Le 15 avril 1792, le médecin Marchand écrivait à La Fayette (Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Centre) : « Dans les dififércntes visites que vous avez faites à l'hôpital de Metz depuis votre arrivée, vous avez constamment trouvé le bouillon trop faible et les diverses épreuves que vous avez fait faire sous vos yeux , quoiqu'elles aient produit quelque amélioration, n'ont pu totalement corriger le défaut dont vous vous plaignez et qui existe dans ledit hôpital depuis l'ordonnance de 1788. »

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