CHAPITRE PREMIER
ORIGINE DE LA FAMILLE LEE. — PREMIÈRES CAMPAGNES DU GÉNÉRAL LEE. — SA DÉMISSION DE L'ARMÉE FÉDÉRALE
Le caractère d'un homme s'explique et se comprend toujours mieux quand on sait quelque chose de son origine. Il résume et accumule souvent en sa personne les qualités les plus marquantes de ses ancêtres. Chez le général Lee, nous retrouverons plus d'un trait des membres de sa famille. Les Lee de Virginie descendent d'une ancienne famille d'Angleterre, dont les domaines patrimoniaux étaient situés dans l'Essex. En 1192, nous trouvons un Lionel Lee, à la tête d'une compagnie de gentilshommes, accompagnant Richard Cœur de Lion à la troisième croisade. Il se distingua tellement au siège de Saint-Jean d'Acre, qu'à son retour le roi Richard le créa comte de Litchfleld, et lui donna la propriété de Ditchley, nom que porta par la suite une des terres des Lee en Virginie. On peut encore aujourd'hui voir à la Tour de Londres l'armure que portait Lionel en Terre sainte.
En 1542, Richard Lee entra en Ecosse avec le comte de Surrey, Deux membres delà famille furent à cette époque chevaliers de la Jarretière, et leurs bannières, avec les armes des Lee au-dessus, sont suspendues dans la chapelle de Saint-George à Windsor.
Sous Elisabeth, Sir Henry Lee était chevalier de la Jarretière. En 1674, le tilre de comte de Litchfield était encore dans la famille des Lee.
Richard Lee, septième fils de Sir Robert Lee, de Hullcott, et frère cadet de Sir Henry Lee, de Ditchley, vint en Virginie sous le règne de Charles Ier, comme secrétaire de la colonie.
Après une absence en Angleterre, il revint et s'établit définitivement dans le pays. Très-royaliste, comme toute sa famille, il n'attendit pas la fin de la République en Angleterre pour proclamer Charles II. Le reste de ses jours fut consacré au soin de ses vastes propriétés et à la direction des affaires de la colonie.
Thomas Lee, petit-fils de Richard, fut Président du Conseil colonial et Gouverneur de la Virginie, le premier Américain-né qui ait été nommé à ce poste par le Gouvernement anglais. Trois de ses fils jouèrent un rôle remarquable lors de la guerre de l'Indépendance : Richard Henry Lee, un des premiers orateurs et chefs parlementaires au Congrès des États-Unis, Francis Lightfoot Lee, un des signataires de l'Acte d'Indépendance, et Arthur Lee, qui représenta en France et ailleurs les colonies insurgées.
Le général Henry Lee, contemporain et ami de Washington, père du général R. E. Lee, était petit-fils d'un frère du Président Lee. 11 avait pris du service en 1776. Après avoir vaillamment et brillamment combattu sous les yeux de Washington, il alla, en 1781, rejoindre avec sa légion de cavalerie légère, devenue célèbre par ses exploits, le corps d'armée du général Greene dans les Carolines.
Il y rendit de très-grands services dans la série d'opérations qui aboutit à la reddition de l'armée anglaise de Lord Cormvallis. Les mémoires qu'il a laissés sur ses campagnes sont très-remarquables. C'était un homme d'un esprit très-cultivé, comme le prouvent des
lettres admirables adressées à l'un de ses fils, très-énergique, brillant dans la conversation, ayant à un trèshaut degré le mens cequa in arcluis. Devenu Gouverneur de la Virginie, et membre du Congrès, il y prononça l'oraison funèbre de Washington. Il mourut lui-même en
C'est à Stratford, comté de Westmoreland, que naquit Robert Edward Lee, troisième fils du précédent. Avant de passer aux événements accidentés de la vie publique de Robert Lee, arrêtons-nous un instant à contempler l'ancienne demeure où il vit le jour, le 19 janvier 1807. Ces vieux murs, muets et tristes témoins du passé, nous attirent non-seulement parce qu'ils ont vu naître un homme illustre, mais aussi parce qu'ils nous rappellent un état de société qui n'est plus et dont ils sont un des derniers monuments existants.
Stratford-House avait d'abord été construit par Richard Lee, le premier du nom venu en Amérique. Un incendie le détruisit au commencement du dix-huitième siècle , du temps de Thomas Lee. Membre du conseil royal, Thomas Lee était très-aimé ; aussitôt qu'on apprit le désastre, de tous côtés affluèrent les contributions de personnes désireuses de lui témoigner leur estime. La reine Caroline elle-même voulut y contribuer, et écrivit au président Lee une lettre autographe. La maison se releva rapidement : les briques dont elle était construite, les boiseries et l'ameublement, tout venait d'Angleterre. Les demeures seigneuriales comme celle-ci avaient à cette époque leur raison d'être. Perdues dans les profondeurs du pays, elles servaient de refuge et de lieu de réunion pour tous les membres de la famille.
Le fils aîné succédait au père, et de génération en génération le représentant de la famille continuait à y résider. Ces temps ne sont plus, et l'amour du foyer et les souvenirs de famille ont disparu avec eux.
Lee était profondément imbu de ces sentiments d'autrefois : il aimait les vieilles maisons de campagne des anciennes familles virginiennes, gens simples et honnêtes, attachés, comme il l'était lui-même, au sol de la Virginie.
Stratford, le vieux home des Lee, situé sur un mamelon qui s'élève sur .la rive gauche du Potomac, est une construction assez vaste. La propriété est très-boisée. Les chênes, les cèdres, les érables, y abondent. A l'intérieur, la distribution des pièces, le style des boiseries et des moulures, l'aspect des salles et des corridors, tout nous reporte au temps des perruques poudrées et des bas de soie. C'est ici qu'après la guerre d'Indépendance, le général Henry Lee vint demeurer. Trois générations de Lee y avaient vécu, menant une existence large et hospitalière.
A chaque génération, plus d'un homme distingué y avait attiré l'élite de la société coloniale; ces antiques murs avaient retenti du bruit des fêtes; la grande porte n'était jamais fermée, chacun y était le bienvenu, et on y voyait le type d'une existence comme il n'y en a plus, mais qui avait au moins le mérite d'être cordiale, généreuse et attachante. Henry Lee, le brillant guerrier, était comme tous les siens porté à la dépense ; chez lui le couvert ét^it toujours mis, tous les arrivants étaient reçus, et de là vint que ses dernières années furent gênées.
C'est dans cette demeure, devenue silencieuse et solitaire, et dans la même pièce où naquirent plusieurs de ses ancêtres distingués, que Robert Edward Lee vit le jour.
Les premiers regards de son enfance se portèrent sur ces vieux appartements, sur ces vastes champs paternels, sur les occupations familières de la campagne, sur ces chênes et ces peupliers à travers lesquels le vent lui apportait les murmures du Potomac. C'est ainsi que peu à
peu se grava dans son jeune esprit l'amour du sol, de la campagne, de la patrie, de la famille.
Entouré comme il était de portraits, de parchemins, de souvenirs qui lui retraçaient l'origine déjà ancienne et la haute position des siens, l'enfant voyait, dans une des chambres du manoir, son père malade et grisonnant, naguère l'ami de Washington et de Greene, écrivant le récit des batailles dans lesquelles il avait tiré l'épée pour la défense de sa patrie.
C'est dans ce milieu que grandit le jeune R. E, Lee. Son caractère dut profondément s'en ressentir, car il était à l'âge où l'esprit reçoit chaque nouvelle empreinte ; aussi jusqu'à son dernier jour resta-t-il simple, vrai, digne, courtois, le type du gentilhomme campagnard virginien. La \ue des champs le réjouissait; il aimait les chevaux et montait admirablement; les travaux de la campagne, le murmure des ruisseaux, avaient pour lui bien autrement de charmes que les villes et les foules. L'année de sa mort il écrivait à un ami : « Mes séjours en Floride et au White-Sulphur (sources minérales en Virginie) ne m'ont pas fait grand bien; mais je me suis senti renaître en allant, au White-House (propriété d'un de ses fils) et en y voyant travailler les mules et pousser le blé. »
Un dernier et inappréciable avantage, qu'il dut à cette vie simple et mâle de la campagne, fut la santé robuste et vigoureuse qui résista à toutes les épreuves de la guerre. Solide comme un chêne de la forêt, il paraissait également insensible au manque de sommeil, à la faim, à la soif, au froid ou à la chaleur.
« Robert était toujours bon, » écrit de lui son père. Toute sa jeunesse, toute sa vie le prouvèrent. En 1811, la famille vint habiter Alexandrie, petite ville située presque vis-à-vis de Washington, qui offrait plus de ressources pour l'éducation des enfants. Robert y resta auprès de sa mère et de ses sœurs, jusqu'à ce que, s'étant décidé pour la carrière
militaire, il fut envoyé à l'âge de dix-huit ans à l'École militaire de West-Point, où ta Virginie paya les frais de son éducation. Cette école, située dans le village du même nom, sur le Hudson river, dans l'État de New-York, avait été fondée en 1802, sur le modèle de Saint-Cyr, et les études y sont très-fortes. Lee en sortit en 1829, le second de sa classe. Il s'était fait remarquer par ses habitudes studieuses et sa conduite exemplaire. Dès cette époque, ses mœurs étaient rigides, il ne buvait que de l'eau et ne fumait jamais. Nommé lieutenant au corps du génie, il fut employé pendant plusieurs années à fortifier les côtes des États-Unis. En 1852, il épousa Mary, fille de George Washington Parke Custis, petit-fils de la femme de Washington et fils adoptif de ce dernier, qui, n'ayant pas d'enfants, avait adopté deux des petits-enfants de sa femme.
Miss Custis apportait au jeune officier une grande fortune territoriale, dont les derniers événements l'ont en partie dépouillée. Ce mariage faisait de Robert Lee, aux yeux du monde, le représentant de la famille du fondateur de la liberté américaine. En appréciant sa conduite au début de la guerre civile, il ne faut. pas perdre ce fait de vue.
La guèrre qui éclata en 1 84'7 entre les Etats-Unis et le Mexique trouva Robert Lee parvenu au rang de capitaine. Il commanda le génie pendant toute la campagne. Au siège de la Vera-Cruz, il rendit des services signalés. Poursuivies par l'armée américaine dans l'intérieur, les troupes mexicaines firent halte sur les hauteurs de Cerro-Gordo, et y livrèrent une bataille vivement disputée. Le capitaine Lee dut faire à la tête de ses pionniers plusieurs reconnaissances dangereuses. Il construisit en trois jours un chemin sur lequel on fit passer à Linsu de l'ennemi des batteries légères. L'extrême gauche des Mexicains fut tournée, et leur armée entière dut se rendre. Le général Santa-Anna avoua qu'il n'aurait pas cru qu'une chèvre pût
grimper par ce côté. Ce n'était pas chose facile de construire une route le long de penles rapides, sur des crevasses profondes, et en dernier lieu sous le feu des Mexicains. On dut en venir aux mains pour proléger les travailleurs. Le capitaine Lee fut noblement secondé par le lieutenant du génie Beauregard. Nous trouvons déjà ces deux noms réunis.
A toutes les autres affaires et notamment à la dernière, la bataille de Chapultepec, qui fit tomber la capitale entre les mains du général Scott, Lee se fit continuellement remarquer par ses talents militaires, conduisant les travaux d'attaque, dirigeant les colonnes, conseillant son général en chef et prenant souvent part aux combats les plus meurtriers. Il fut blessé à Chapultepec, et dut quitter le champ de bataille. Dans son rapport officiel, le général Scott rendit justice à la belle conduite de son chef du génie, et en fit un magnifique éloge. A partir de ce jour, fe vieux soldat se sentit attiré d'une manière toute particulière vers le jeune officier. En 1847, Lee fut promu au grade de major pour ses services à Cerro-Gordo, et plus tard il reçut son brevet de lieutenant-colonel, après les batailles de Contreras et de Cherubusco.
On lui confia, en 1852, la place de surintendant de l'École militaire, vingt-trois ans après qu'il en était sorti comme lieutenant. En 1855, il passa comme lieutenantcolonel dans un des nouveaux régiments de cavalerie. Ce régiment (le 2e) fut posté pendant plusieurs années sur la frontière du Texas, où il eut à lutter continuellement contre les Indiens de cette région. Un grand nombre d'officiers qui, plus tard, se distinguèrent dans la guerre civile, se trouvaient à cette époque dans les cadres du 2e de cavalerie. Ainsi le colonel Albert Sidney Johnston, le lieutenant-colonel R.-E. Lee, le major en premier Hardee, le major en second Thomas, les capitaines Van Dorn et Kirby Smith, les lieutenants Hood, Crosby, Fitzhugh Lee, John-
ston et Stoneman atteignirent le rang de général dans dans l'une ou l'autre armée. Il est rare de voir un seul régiment fournir tant de noms marquants.
Le fragment de lettre ci-joint (lettre adressée par Lee à sa femme vers cette époque) montrera déjà les sentiments du jeune colonel sur les affaires politiques de son pays.
Fort Brown. Texas, 27 décembre 1850.
... « J'ai lu avec plaisir le message du président (Filmore). Il y exprime avec vérité et franchise sa manière de voir au sujet des efforts systématiques que font certaines personnes dans le Nord pour se mêler des institutions domestiques du Sud, et y amener des changements radicaux. Ce qui s'ensuivrait, si leurs plans réussissaient, y est aussi parfaitement exposé. Ces gens doivent cependant savoir que ce qu'ils font là est contraire aux lois, ne les regarde en rien, est même l'opposé de leur devoir, et que cette institution (de l'esclavage), dont ils ne sont nullement responsables, et dont ils n'auront aucun compte à rendre, ne peut subir de changement qu'au moyen d'une guerre à la fois civile et servile.
« Bien peu de personnes dans ce siècle éclairé se refuseront à reconnaître, je pense, que l'esclavage ne soit un mal moral et politique dans n'importe quel pays. Inutile de s'étendre sur tout ce qu'il a de mauvais. A mes yeux la race blanche en souffre encore plus que la race noire. Mes sentiments de commisération sont du côté de cette dernière, mais mes sympathies naturellement parlent plus haut pour ceux de ma race. Les noirs se trouvent dans une position bien meilleure ici qu'ils ne le seraient en Afrique, au point de vue moral, physique et social. La dure discipline à laquelle ils sont soumis est nécessaire à leur instruction et à leur développement ultérieurs comme racer
et j'ai bon espoir que ce temps d'épreuves les élèvera dans l'échelle sociale. Cette Providence miséricordieuse qui a voulu qu'ils fussent esclaves, sait seule combien de temps devra durer leur servitude. L'influence douce et dissolvante du christianisme fera bien plus pour leur émancipation que tous les orages et toutes les luttes de la controverse la plus acharnée. Ces influences, lentes à agir, sont cependant sûres. 11 a bien fallu près de deux mille ans pour que les doctrines et les miracles de notre Sauveur convertissent une bien petite portion du genre humain, et même parmi les chrétiens combien d'erreurs grossières subsistent encore ! Tout en nous rendant compte que l'abolition éventuelle et finale de l'esclavage est en bonne voie, et tout en donnant à cette bonne œuvre le secours de nos prières et de tous les moyens honnêtes et justifiables en notre pouvoir, il nous en faut laisser le développement et le résultat entre les mains de Celui qui voit la fin de toute chose, qui préfère agir par des influences lentes, pour qui deux mille ans ne sont qu'un seul jour. Quoique l'abolitionniste n'ignore rien de ce que je dis là, quoiqu'il sache qu'il n'a ni le droit ni le pouvoir d'agir autrement que par des voies morales, et quoiqu'il comprenne que, pour améliorer l'état de l'esclave, il est forcé d'exciter chez le maître des sentiments de haine.... je crains fort qu'il ne persévère dans sa funeste entreprise... N'est-il pas étrange que les descendants de ces pieux pèlerins qui ont passé l'Atlantique pour sauvegarder leur liberté de conscience et de pensée se soient depuis toujours montrés si intolérants de la liberté spirituelle d'autrui? »
Profitant d'un congé en 1859, il se rendit près de sa famille à Arlington. C'était une très-grande propriété qui avait appartenu au général Washington. A sa mort, son fils adoptif, le père de Mrs Lee en avait hérité. Arlington
depuis a été confisqué, et on en a fait un cimetière public.
Sur ces entrefaites eut lieu le soulèvement de John Brown, prélude en quelque sorte de la guerre civile. Ce fanatique, poussé parles abolitionnistes, s'empara un beau matin de l'arsenal du gouvernement fédéral à Harperls Ferry, petite ville sur le Potomac, en amont de Washington. Lui et ses compagnons, après avoir pillé cet établissement où ils trouvèrent plusieurs milliers de fusils, se répandirent dans les environs, appelant les esclaves aux armes, et semparant de tous les propriétaires blancs dont ils purent se saisir. Le lendemain, revenues de leur surprise, les milices des comtés voisins se réunirent pour étouffer la révolte.
Le télégraphe apporta cette nouvelle à Washington en l'exagérant infiniment. En l'absence du général Scott, le président Buchanan, sur l'avis du secrétaire de la guerre, manda le colonel Lee, et lui confia le soin des opérations contre Harper's Ferry. Rassemblant à la hâte quelques troupes, Lee arriva sur le lieu du soulèvement. Les insurgés s'étaient barricadés à l'intérieur de l'arsenal et y gardaient prisonniers le colonel Washington et divers autres citoyens comme otages, espérant que les troupes n'oseraient pas tirer sur eux de peur de tuer les prisonniers. Après quelques pourparlers, comme Brown refusait de se rendre, Lee fit donner l'assaut et s'empara de tous les insurgés, dont plusieurs furent tués ou blessés. Une fois les prisonniers entre les mains de la justice civile, Lee retourna à la capitale, et peu de temps après, son congé étant expiré, il rejoignit son régiment àSan-Antonio dans le Texas, où il commandait en chef.
L'élection de M. Lincoln, en 1861, à la présidence des Etats-Unis causa la plus vive agitation dans tout le pays. Ce que tout le monde craignait, sans cependant pouvoir y croire, arriva. Les Etats du Sud se retirèrent de l'Union
et formèrent une nouvelle confédération composée exclusivement d'États à esclaves, sous le nom d'États confédérés d'Amérique.
Nous avons déjà parlé des causes qui amenèrent ce résultat ; elles furent nombreuses. Plusieurs tenaient à l'essence même de l'Union, et devaient dans un temps donné en amener la ruine. Les auteurs du pacte fédéral avaient malheureusement réglé la constitution de manière que ce résultat fût inévitable. Tant que cette constitution restait en vigueur, ni le gouvernement fédéral, ni les États du Nord n'avaient le moindre droit de forcer aucun État à rester dans l'Union malgré lui. Quelque changement que la guerre ait amené dans le système du gouvernement des États-Unis, il n'en est pas moins hors de doute que les États du Sud, en se retirant de l'Union, ont fait usage d'un droit incontestable.
La Virginie fut le dernier État à quitter l'Union. Cette « mère des présidents » , comme on l'appelait — six des treize présidents (avant 1861) étant Virginiens de naissance — sentant que sa gloire passée était intimement liée à celle des États-Unis, et que par sa position géographique elle serait appelée à être le théâtre de la guerre, était restée dans l'Union jusqu'au dernier moment, sans vouloir en sortir, tant qu'il y avait encore une chance d'y demeurer à des conditions honorables. L'Assemblée législative de Virginie provoqua la Conférence de la paix, qui se réunit à Washington en février 1861. Ses représentants au Congrès y cherchèrent par tous les moyens à arriver à un arrangement à l'amiable. Finalement la Convention réunie à Richmond envoya des délégués auprès de M. Lincoln, pour l'engager à poursuivre une voie plus pacifique.
Mais la conduite du gouvernement fédéral, en amenant la prise du fort Sumter, et la proclamation du président Lincoln demandant 75,000 hommes pour contenir par la force les États séparés, ne laissèrent plus à la Virginie
d'autre alternative que celle d'unir ses destinées à celles de ses sœurs du Sud ou de se joindre au Nord pour les opprimer. Son choix ne pouvait être douteux. Elle avait tout mis en œuvre pour amener un accord pacifique, et tous ses efforts avaient été inutiles. Elle dut donc se préparer à repousser l'attaque dont elle allait être menacée.
Le colonel Lee, campé chez les Indiens, et à plusieurs journées de marche de toute grande ville, était en dehors du grand mouvement qui agitait le pays. Il suivait cependant avec inquiétude la marche des événements, comme le prouvent ces quelques lignes d'une lettre datée de Fort-Mason.
ce Texas, 25 janvier 1861.
« J'ai reçu la Vie de Washington par Everett. Combien ce grand esprit souffrirait de voir ainsi le naufrage de ce I qu'il avait fondé avec tant de peine ! Je me refuse cependant à croire, tant qu'il reste un rayon d'espoir, que tous les fruits de cette belle existence doivent périr, et que ses sages conseils et l'exemple de ses vertus doivent être sitôt oubliés par ses concitoyens. Autant que j'en puis juger par les journaux, nous sommes en pleine anarchie et à la veille d'une guerre civile. Puisse Dieu éloigner de nous ces deux fléaux ! Il faudra bien des années pour que les hommes soient assez chrétiens pour se passer de lois sévères et d'appels à la force. Je vois que quatre États se sont retirés de l'Union ; quatre autres apparemment vont suivre leur exemple. Si les États frontières sont entraînés à leur tour, une moitié du pays sera rangée contre l'autre moitié. Il me faut être patient et attendre la fin, car je ne puis rien ni pour hâter ni pour retarder les événements...})
Le général Scott, sentant la gravité de ce qui se pré-
paraît et voulant avoir sous la main un homme dont il fût sûr, fit dire à Lee de revenir sur-le-champ. A peine de retour à Arlington, il fut mandé à Washington. Le président Lincoln lui offrit le commandement effectif de l'armée fédérale, le vieux général Scott étant trop infirme pour tenir la campagne en personne. Ce dernier le conjnra aussi au nom de leur vieille amitié de ne pas quitter l'armée, cherchant par. tous les arguments possibles à ébranler la résolution déjà arrêtée de Lee.
Cette offre magnifique était en effet une de ces tentations auxquelles peu d'officiers ont eu à résister. Mais Lee n'hésita pas à opposer un refus formel et immédiat à toules les propositions qu'on lui fit. Il faut être militaire pour comprendre tout ce qu'il dut éprouver. D'une part, son éducation à West-Point, ses habitudes de discipline, sa vie entière passée sous les drapeaux de l'Union, le retenaient au service des États-Unis ; d'autre part, son amour pour la Virginie lui disait de tout abandonner pour elle. 11 sentait bien aussi que la crise avait été hâtée par les meneurs politiques, dont il était loin de partager les idées. Il connaissait trop bien, au point de vue militaire, les ressources des différentes régions de l'Union pour ne pas mesurer sans illusions tous les dangers qu'allait courir le Sud. Depuis un quart de siècle, Lee servait dans l'armée des États-Unis avec distinction. Il tenait actuellement , aux yeux de l'armée et du pays, la seconde place après le vétéran Scott, l'opinion publique le désignant à l'avance comme son successeur dans Je commandement en chef. S'il restait au service du Nord7 il n'y avait pas d'honneurs auxquels il ne pût prétendre. L'offre officielle qui venait de lui être faite en était la garantie, et il n'y eut pas d'efforts qu'on n'employât pour l'amener à l'accepter. Par contre, il savait que s'il associait sa destinée à celle deHla Virginie, des misères et des épreuves sans nombre l'attendaient, que lui et les siens couraient risque d'être ruinés,
et qu'il serait proclamé traître à la face du monde par ce même gouvernement qu'il avait tant aimé et si honorablement servi. L'épreuve était terrible, et s'il eût obéi à des convictions moins pures ou à un sentiment de devoir moins élevé, l'ambition l'aurait emporté.
Mais sa conduite lui parut toute tracée. Il était convaincu que la Virginie avait le droit d'agir comme elle l'entendait, quoique, avec son bon sens pratique, il prévît les souffrances cruelles qui devaient en être le résultat. Virginien de naissance, il pensait que son État avait le premier droit à ses services, et qu'il était de son devoir d'obéir à l'appel de la Virginie sans hésiter et sans discuter. Il épousa donc la cause de sa province. Sa résolution lui fut dictée par la conviction intime de sa conscience et après mûre réflexion. Chercher quel était son devoir et, l'ayant trouvé, le faire, tel a toujours été le principe de toutes ses actions.
« Mon mari a versé des larmes de sang sur cette malheureuse guerre, écrit Mrs Lee à une amie. Mais, comme homme et comme Virginien, il doit partager les destinées de son État, qui s'est prononcé solennellement pour son indépendance. »
On verra par les deux lettres qui suivent tout ce qu'éprouvait Lee en quittant l'armée des États-Unis. Voici celle par laquelle il donna sa démission ; elle est adressée au général Scott.
« Arlington, Virginie, 20 avril 1861.
(( Général,
« Depuis notre entrevue du 18, j'ai senti que je ne devais plus rester dans l'armée. Je vous envoie donc ma démission, en vous priant de la faire agréer. Je l'eusse envoyée de suite, sans tout ce qu'il m'en a coûté de m' arracher
à une carrière â laquelle ont été consacrées les plus belles années de ma vie et toutes les aptitudes que je possédais.
« Pendant ces longues années, plus d'un quart de siècle, je n'ai éprouvé que bonté de la part de mes supérieurs, et l'amitié la plus cordiale a toujours existé entre mes camarades et moi. A vous surtout, général, j'ai des obligations sans nombre, pour l'indulgence dont, vous m'avez honoré, et qui ne s'est jamais démentie. Ma plus vive ambition a toujours été de la mériter. J'emporterai au tombeau le souvenir le plus reconnaissant de votre affection et votre nom et votre renommée me seront à jamais chers.
« Sauf pour défendre le sol de ma patrie, je désire ne jamais avoir à tirer l'épée. Soyez assez bon pour accepter les vœux les plus sincères que je fais pour votre bonheur et votre prospérité, et croyez-moi bien sincèrement votre
« R.-E. Lee. »
La seconde est adressée à sa sœur aînée, dont le mari avait des opinions très-prononcées en faveur du Nord.
« Arlington, Virginie, 20 avril 1861.
<( Ma chère sœur,
« J'ai bien souffert de n'avoir pu vous voir... J'ai remis de jour en jour, attendant un moment plus commode, et je ne suis pas le premier qui se soit préparé par là de longs et cuisants regrets. Aujourd'hui nous nous trouvons en pleine guerre, et il n'y a plus de remède. Le Sud tout entier est soulevé, et la Virginie, après avoir résisté et hésité longuement, s'est enfin décidée à suivre le Sud. Bien que je ne voie pas la nécessité de cet état de ch»oses, et bien que j'eusse encore patienté et plaidé jusqu'à la fin pour
obtenir justice, que les griefs soient fondés ou non, néanmoins en ce qui me concernait personnellement, il fallait me décider à prendre les armes contre 1 État où je suis né ou à me ranger de son côté. Or, malgré tout mon dévouement pour l'Union et mes sentiments de loyauté comme citoyen américain, j*e n'ai pu me résoudre à lever la main contre mes proches, contre mes enfants, contre le lieu de ma naissance. J'ai donc envoyé ma démission, et j'espère, sauf pour la défense de mon Etal (je fais les vœux les plus sincères pour que ce cas ne se présente jamais), n'avoir plus à tirer l'épée.
<( Je sais que vous me blâmerez, mais ayez pour moi toute Tindulgence que vous pourrez, et dites-vous que j'ai tâché de faire ce que j'ai cru être mon devoir... Puisse Dieu vous garder et vous protéger, ainsi que tous les vôtres, et vous combler de toutes les félicités ! C'est la prière de votre frère dévoué, •
« R.-E. Lee. »
La démission du colonel Lee ayant été acceptée le 20 avril, il se rendit immédiatement à Richmond, laissant derrière lui la belle demeure où il avait passé les meilleures années de sa vie et qui devait bientôt ne plus lui appartenir1.
Lee, ayant cessé de faire partie de l'armée des États- Unis, se vit offrir la place de commandant en chef de tou-» tes les troupes virginiennes. Quoiqu'il n'eût pas recherché cet honneur, il ne se sentit pas libre de refuser. En ré-
1 Arlington-House fut mis au pillage peu après par les Fédéraux. Le beau service de Sèvres donné par Lafayette à Mrs Washington, tous les souvenirs de Washington, l'argenterie, les portrails de famille, la bibliothèque, tout en un mot a été pris. La famille, croyant toujours que la guerre n'éclaterait pas sérieusement, n'avait presque rien emporté. Rien n'a été rendu depuis et la terre est devenue propriété fédérale.
ponse au président de la Convention réunie à Richmond, Lee s'exprime ainsi qu'il suit :
« Monsieur le Président
et Messieurs de la Convention,
« Profondément ému par la solennité de cette cérémonie, à laquelle je dois dire que je n'étais nullement préparé,j'accepte la position que m'assigne votre indulgence. J'aurais mieux aimé que votre choix fût tombé sur un plus digne que moi. Me confiant dans Dieu tout-puissant, dans l'approbation de ma conscience, et dans l'appui de mes concitoyens, je me voue au service de mon pays natal, et c'est en sa défense seule que désormais je tirerai l'épée. »
Il n'eut pas un mot de blâme ou de reproche à l'adresse des adversaires de la Virginie. Cette modération constante, cette absence de rancune, ne s'est démentie dans aucun de ses écrits, dans aucune de ses paroles pendant toute la durée de la guerre. Son cœur saignait, son âme était attristée, et sa profonde douleur patriotique ne laissait pas de place à l'amertume ou à la colère.
Installé dès la fin d'avril dans ses nouvelles fonctions, le général Lee ne perdit pas un instant pour mettre la Virginie en état de se défendre. Son quartier général était dans les bâtiments de la douane à Richmond : la plus grande activité y régnait. Dès le premier instant chacun comprit que la Virginie, faisant face à la capitale fédérale et sur l'extrême frontière de la nouvelle Confédération, serait nécessairement le théâtre de la guerre. Sa grandeur, sa richesse et son importance comme le premier des États du Sud en faisaient l'objet principal de l'hostilité des Fédéraux. Aussi de tous les points de la Confédération , du
Texas et de la Floride, des Carolines et de l'Alabama se dirigeaient sur Richmond des convois de vivres, des munitions de guerre, des secours de tous genres et des milliers d'hommes. C'était à Lee à donner une forme à cette masse confuse, et la tâche était herculéenne. Tout manquait à la fois, armes, canons, poudre, officiers instructeurs ; tout était à organiser : l'intendance, le service des vivres, de l'artillerie, de l'état-major. Les volontaires qui arrivaient chaque jour en grand nombre, répondant à Fappel du gouvernement confédéré, apportaient des cœurs dévoués et des bras solides, mais étaient sans organisation, sans discipline et sans armes. Remédier à ce qui leur manquait et faire de ces paisibles citoyens une armée effective allait être le premier devoir du nouveau chef. Il y réussit beaucoup plus rapidement qu'on ne l'aurait cru. Les troupes furent organisées et équipées, toutes les positions stratégiques sur le territoire de l'État furent occupées et fortifiées, et une vie, une activité inouïes furent imprimées à tous les services militaires. On s'occupa aussi de transformer en navires de guerre trois bateaux à vapeur.
Le 6 mai, la Virginie entra formellement dans la confédération du Sud et les soldats virginiens furent incorporés dans l'armée confédérée. Lee passa comme général au service delà Confédération, le troisième sur la liste, prenant rang après les généraux Cooper et Sidney Johnston. Les généraux Joseph E. Johnston et Beauregard complétaient le nombre des cinq généraux divisionnaires. Avec cette modestie extrême qui est un des traits les plus marquants de son caractère, Lee ne recherchait jamais les occasions de se mettre en avant, et quelque minime que fût la tâche qu'on lui proposait, il était toujours heureux d'obéir. Plus tard, pendant la guerre, il exprima bien ce sentiment qui le guidait sans cesse, quand il dit : « J'accepterai toute position pour laquelle le pays me désignera,
et j'y ferai de mon mieux. » C'est là le secret de tous ses succès. 11 faisait toujours « de son mieux », ne pensant jamais, quelle que fût la chose qu'il entreprenait, qu'elle fût trop petite pour être faite consciencieusement.
En mai 1861, le général Lee avait cinquante-quatre ans. Toutes ses facultés étaient arrivées à leur complet développement. De taille élancée, il avait encore à cette époque le maintien un peu r*aide qui lui venait de son éducation militaire; mais peu à peu son aspect changea et fit place à un air grave et réfléchi, résultat des lourdes responsabilités du commandement en chef. Les rudes épreuves de la guerre civile n'avaient pas encore blanchi ses cheveux. Sa moustache était noire ; le reste de sa barbe était rasé de près. Ses beaux yeux d'un bleu clair, pleins de douceur et de bonté, brillaient sous ses sourcils noirs. On ne pouvait rencontrer ce regard sans l'aimer. D'une tempérance presque absolue, il buvait rarement autre chose que de l'eau et était d'une indifférence complète pour ce qu'il mangeait. Jamais aucun excès n'avait affaibli sa robuste vigueur. Grave, silencieux, se renfermant en lui-même, il donnait à ceux qui le voyaient pour la première fois l'idée d'un homme doué de peu de sensibilité. Sa sincérité, sa franchise dans toute circonstance, son cœur grand et généreux, plein d'honnêteté et d'une admirable simplicité, ne purent être connus que pendant la guerre.
La lettre suivante, adressée à son fils aîné G. AV. Gustis Lee, un peu avant les événements qui précèdent, montrera à quel point cet homme de bien était franc et sans détours.
« Efforcez-vous d'être franc avec tous ; la franchise est fille du courage et de l'honnêteté. Dites exactement en toute occasion ce que vous avez l'intention de faire sans laisser douter de la sincérité de vos intentions. Un ami réclame-t-il de vous un service, rendez-le-lui, s'il est raison-
nable de le faire ; dans le cas contraire, dites-lui franchement pourquoi vous ne le pouvez pas. Tout subterfuge serait indigne de l'un comme de l'autre. Ne faites jamais le mal pour acquérir ou garder un ami; celui qui se donne à ce prix ne vaudra jamais le sacrifice que vous feriez. Soyez bon mais ferme avec tous vos condisciples; c'est à la longue la ligne de conduite dont vous vous trouverez le mieux. Surtout ne paraissez pas autre que vous n'êtes. Si vous avez à vous plaindre de quelqu'un, c'est à lui et non à
d'autres qu'il faut le faire Que votre vie, vos actes, vos
paroles ne présentent rien qui puisse être une offense pour personne. Ce n'est pas là seulement une affaire de principes, c'est aussi une affaire de repos et d'honneur.
« Quant à ce qui est du devoir, je vais en terminant vous raconter ce qui se passa, il y a près de cent ans, un jour d'éclipsé — connu encore sous le nom de « jour noir )) — où la lumière du soleil parut quelque temps tout à fait éteinte. L'Assemblée législative du Connecticut était en séance. A l'apparition de ce phénomène les membres partagèrent la terreur générale. Beaucoup d'entre eux disaient que c'était le jour du jugement dernier. Quelqu'un proposa l'ajournement. A ce moment un vieuxp uritain, Davenport de Stamford, se leva et dit que si c'était vraiment le jour fatal, il voulait, quant à lui, qu'on le trouvât à son poste, faisant son devoir, et en conséquence il proposa que l'on apportât des lumières afin que la séance continuât. Il y avait chez cet homme le calme d'un esprit se reposant sur la sagesse divine et pénétré de la volonté inflexible de remplir sa tâche. Le mot de devoir est le mot le plus sublime dans notre langue. Faitesle en toutes choses comme le vieux puritain. Vous ne pourrez guère faire plus, mais vous ne voudriez pas vouloir faire moins. Que jamais par votre faute il ne vienne à votre mère ou à moi un seul cheveu blanc ! »
La plus grande gloire de Lee est de n'avoir jamais man
SA YIE ET SES CAMPAGNES
qué à aucun de ces préceptes, de s'être toujours laissé guider par ces sages maximes au plus fort des orages d'une vie troublée et dans les moments les plus sombres de la tourmente civile. Sa gloire militaire, quelque grande qu'elle ait été, le cède à celle d'avoir eu continuellement devant ses yeux l'accomplissement de son devoir comme le but suprême de sa vie. Il donna sa démission par le sentiment de ce qu'il devait au pays où il était né ; à chaque pas dans sa carrière ce^ sentiment était son seul guide, et quand tout vint à lui manquer et que la cause pour laquelle il combattait fut écrasée, c'est la conviction intime d'avoir agi de son mieux qui enleva à sa défaite toute son amertume et lui donna ce calme intrépide que l'on ne put voir sans admiration. Les vertus humaines doivent au besoin égaler les calamités humaines, furent ses belles paroles quand tout fut perdu et quand tous les esprits pliaient sous le poids accumulé de tant d'angoisses et de tant de désastres. Ges mots n'ont pu être prononcés que par un homme qui avait fait du devoir le premier objet de sa vie et qui trouvait qu'en l'accomplissant on se couvrait de la seule gloire digne de ce nom.
Il y a des personnes qui pensent que Lee s'est trompé en embrassant la cause du Sud. Cette objection n'enlève rien à la grandeur de Lee. 11 a du moins fait ce qu'il regardait comme juste. Le vieux puritain qu'il admirait tant n'était ni plus calme ni plus résolu, quand arriva le dernier jour de la cause pour laquelle il luttait. Au printemps de 1865, il était clair pour tous ceux qui le voyaient inébranlable au milieu de l'écroulement universel, que sa seule ambition était « qu'on le trouvât à son poste faisant son devoir. »
On a dit qu'il avait cherché à influencer d'autres officiers de l'armée des États-Unis, natifs du Sud comme lui, et à leur faire donner leur démission. Rien de moins vrai.
Un de ses vieux compagnons d'armes témoigne du contraire dans la lettre suivante :
« Aussitôt après l'élection de M. Lincoln, je lui écrivis dans l'épanchement de notre vieille intimité pour lui demander conseil et savoir ce qu'il comptait faire. Ma lettre resta sans réponse. Nous ne pûmes nous empêcher d'être frappés de ce fait que jamais la réserve scrupuleuse qu'il mettait à discuter les affaires politiques, ou l'exactitude rigide qu'il montrait à remplir ses devoirs militaires, n'avaient été plus grandes que dans ce moment de crise, solennelle. »