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CHAPITRE IV

MAC-CLELLAN DÉBARQUE DANS LA PÉNINSULE DE VIRGINIE BATAILLE DE SEVEN-PINES

Le désastre de Mac-Dowell à Manassas fut le plus grand bonheur qui pût arriver au gouvernement fédéral. Il lui fit comprendre combien était sérieuse l'entreprise dans laquelle il s'était embarqué et combien ses projets de reconquérir le Sud étaient hérissés de difficultés. Les autorités fédérales furent obligées de reconnaître que leurs armées devaient être autre chose qu'un ramassis d'hommes sans discipline. La défaite de Manassas, funeste pour Famour-propre du Nord, lui rendit donc meilleur service qu'aux vainqueurs de cette journée. Chacun dans le Nord se mit à l'œuvre bravement pour créer de nouvelles armées et équiper la flotte. Le gouvernement négociait des emprunts, décrétait de nouvelles levées d'hommes, achetait et faisait construire des navires. Il serait difficile, il est vrai, d'approuver tout ce qui se fit au Nord à cette époque. Grand nombre de mesures prises étaient despotiques et arbitraires, et doivent être flétries par tous les honnêtes gens. Il n'en est pas moins certain que le gouvernement fédéral agit avec décision et énergie.

Dès l'ouverture des hostilités, il était clair que la lutte décisive allait avoir lieu en Virginie. Après la retraite de

Mac-Dowell, le gouvernement fédéral se hâta de réunir une autre armée sous les murs de Washington. On plaça à sa tête le major-général George B. Mac-CIellan, dont le nom a déjà paru dans la campagne de la Virginie occidentale. Le nouveau commandant était un de ces hommes dont on arrive difficilement à se faire une juste idée. Quand le Président le nomma, le pays fondait sur lui les plus grandes espérances, à cause de sa campagne de l'été précédent. S'il ne les justifia pas, il faut £e rappeler que bien des gens influents clans le Nord lui faisaient une vive opposition, et que le gouvernement de M. Lincoln l'entravait sans cesse. Quoi qu'il en soit, il passe pour avoir été le meilleur général qu'ait eu le Nord. Plus brillant dans le conseil que sur le champ de bataille, il s'entendait mieux à tracer un plan de campagne qu'à l'exécuter. Ses opérations militaires réussissaient rarement, par suite de son hésitation et de son manque de vigueur. L'immense supériorité de son armée sur celle de son adversaire rend encore plus surprenants les minces résultats de sa campagne en Virginie. Mais l'affection que lui portaient ses troupes et l'enthousiasme qu'il savait leur inspirer, témoignent néanmoins chez lui de qualités militaires de premier ordre.

Il s'occupa tout d'abord de réorganiser son armée. Le 27 juillet 4861 il en prit le commandement. Elle ne comptait que 51,000 hommes, toute apparence d'organisation militaire avait disparu, et chaque jour le nombre des déserteurs augmentait. Il ne perdit pas un moment pour arrêter le mal, et obtint du Congrès une loi qui lui permit de congédier les officiers incapables. Grâce à cette loi, il put se débarrasser pendant l'automne de plusieurs centaines d'entre eux. Les nouvelles recrues furent organisées rapidement et soumises à une stricte discipline. Aussi, quand l'armée du Potomacse mit en campagne en 1862, elle comprenait 221,987 hommes de toutes armes,

dont 25 régiments de cavalerie, et était pourvue de 92 batteries de 521 canons, d'un corps de génie, de trains d'équipages et de service de pontons, le tout au grand complet. Jamais l'armée du Sud, ce mélange de haillons et d'héroïsme, ne fut pourvue de la sorte, et cependant que de grandes choses elle accomplit !

Il serait injuste de nier que le général Mac-Glellan n'ait fait preuve en cette circonstance d'un très-grand talent d'organisateur. C'est à lui surtout que l'armée fédérale est redevable d'avoir pu conserver presque intacte sa discipline sous les revers les plus accablants. Mais les ressources mises à sa disposition étaient inépuisables, quand on les compare à celles du Sud, et c'est en cela surtout que la supériorité du Nord s'est fait cruellement sentir.

Dès le mois d'octobre 1861 l'armée fédérale était prête, et dans le Nord l'opinion publique se montrait impatiente de cette inaction prolongée. L'armée confédérée était campée à Centreville, ses avant-postes portés jusqu'à certaines élévations de terrain appelées Mason's, Munson's et Upton's Hills, sur lesquelles les habitants de Washington voyaient flotter les drapeaux du Sud, et d'où leur parvenait le bruit des tambours ennemis. — L'humiliation en fut grande dans le Nord ; elle devint encore plus profonde quand, à quelque temps de là, le Potomac fut bloqué. De vives réclamations s'élevèrent pour forcer Mac-Clellan à se décider d'agir, avant que l'hiver rendît impossible toute opération militaire.

Un moment même, il parut penser sérieusement à menacer Manassas. Eût-il même laissé la moitié de son effectif à Washington et le long du Potomac, il lui restait encore disponible une armée de 75,000 hommes, 30,000 de plus que ne pouvaient lui opposer les Confédérés. Le temps était singulièrement favorable, et depuis des années les routes n'avaient été si bonnes à pareille époque. Il y eût au moins gagné à. rejeter Johnston de la ligne du Potomac

supérieur sur la. ligne du Eapidan, et l'effet moral dans ' le Nord aurait été immense, sans compter qu'il eût commencé sa campagne au printemps suivant avec tout le prestige que sa lenteur lui fit perdre.

Ce plan demeura à l'état de projet, et l'automne et l'hiver se passèrent dans une inaction dont profita le Sud pour développer tant qu'il put ses ressources, en établissant des fabriques de munitions et des fonderies de canons, en achetant à l'étranger tout ce qui lui manquait et en appelant sous les drapeaux tous les hommes valides.

Cet état de choses durait encore quand le 8 mars on apprit soudainement que le général Jackson avait évacué la ligne de Manassas, et s'était retiré dans la direction du Midi. Malgré les avantages que retirait le Sud de cette inaction de Mac-Clellan, Johnston et Beauregard avaient dû à leur grand regret laisser au général fédéral le loisir de réorganiser ses troupes. Ils sentaient toute la valeur du temps que l'on perdait. Leur véritable intérêt eût été de forcer Mac-Clellan à accepter la bataille avant qu'il eût achevé ses préparatifs, d'entraver et de paralyser la réorganisation de son armée en tant que possible. Mais le déplorable état de l'intendance militaire du Sud à cette époque, et la crainte d'exposer, par la concentration de toutes les forces disponibles de la Confédération, différents points de la côte et notamment la capitale, à l'attaque d'un ennemi disposant de troupes plus nombreuses, les forçaient à être prudents.

Il est facile en effet de comprendre qu'à cause de son infériorité numérique, le Midi était forcé de rester sur la défensive, surtout au commencement de la lutte, quand ses soldats n'avaient pas encore appris leur métier et que les brillants succès de la campagne de 1862 ne leur avaient pas encore donné cette confiance qui depuis les porta deux fois victorieusement au delà du Potomac.

L'armée de Centreville resta donc aussi sur la défensive tout l'hiver. Mais dès le mois de février 1862 Johnston prit la résolution d'abandonner Manassas et de se replier sur la ligne du Rappahannock. Ce mouvement rapprochait l'armée du Sud de sa base d'opérations et mettait mieux à l'abri des maraudeurs ennemis les convois de vivres qui lui arrivaient. Il fit enlever les canons de gros calibre des lignes de Bull-Run et du Potomac, et les dirigea derrière le Rappahannock. L'armée comptait 50,000 hommes. Jackson en avait 6,000 aveclui dans la vallée de Virginie, de sorte que 44,000 hommes restaient sous les ordres immédiats de Johnston. Les avant-postes furent rappelés de Leesburg et d'Evansport, et le 8 mars 1862 l'armée entière se replia derrière le Rappahannock, détruisant tous les ponts sur son passage.

La fumée des baraques auxquelles les Confédérés avaient mis le feu, vint révéler le lendemain aux Fédéraux le mouvement rétrograde de leurs ennemis. Mac-Clellan ne chercha pas à les poursuivre, convaincu que son adversaire avait trop d'avance pour pouvoir l'atteindre. Il se contenta d'occuper les lignes abandonnées et de pousser une forte reconnaissance jusqu'au Rappahannock. Bientôt après Johnston, ayant acquis la certitude que la ligne du Rapidan offrait une meilleure position défensive que celle du Rappahannock, se retira derrière ce cours d'eau.

Mac-Clellan, renonçant alors au mouvement sur Manassas, songea à changer sa base d'opérations et à porter ses troupes dans la péninsule de Virginie. Le plan de campagne était bien simple. L'armée principale, au nombre de 120,000 hommes sous Mac-Clellan, devait s'embarquer à Washington et à Alexandrie et occuper la Péninsule, se servant du fort Monroe comme base d'opérations dans son avance sur Richmond. Le corps de Mac-Dowell, fort de 40,000 hommes, devait suivre Mac-Clellan le plus tôt possible, et allait avoir pour mission d'agir sur le flanc

des Confédérés, si ces derniers persistaient à défendre la Péninsule. Le général Banks était chargé d'occuper Manassas et de couvrir Washington avec 40,000 hommes; Frémont commandait dans la Virginie occidentale , et avait 50,000 hommes sous ses ordres. 11 devait descendre des montagnes et marcher sur la capitale du Sud. Toutes ces forces combinées ne pouvaient manquer d'amener forcément la prise de Richmond sous très-peu de mois.

Du 27 février au 16 mars, 400 steamers et navires à voile furent réunis à Washington et à Alexandrie. On y embarqua 121,500 hommes, 14,592 chevaux et mulets, 44 batteries, les caissons, fourgons, ambulances, trains d'équipages, matériaux télégraphiques et tous les bagages qu exigeait une si grande armée. Le 17 mars, l'embarquement commença et se fit sans encombre. Les transports n'avaient qu'à descendre le Potomac, fleuve large et profond, dont les deux rives étaient au pouvoir des Fédéraux ; puis quelques heures de navigation le long de la côte dans la baie de Chesapeake, petite mer intérieure séparée de l'Atlantique par des langues déterre qui l'abritent contre les orages , les conduisirent, sans danger aucun, jusqu'à l'embouchure du York River.

Le général Mac-Clellan, en adoptant finalement un plan qu'il avait déclaré ne devoir être suivi qu'à la dernière extrémité, commettait une grave erreur. Napoléon a dit que tout général qui met à exécution un plan qu'il croit mauvais, est coupable au plus haut degré. Le plan, du reste, n'était pas mauvais en lui-même, mais il eût fallu apporter dans son exécution plus de hardiesse et de décision.

Le 1er avril, Mac-Clellan débarquait au fort Munroe. Johnston s'était contenté pendant ce temps de rapprocher peu à peu ses troupes de Richmond. Le gouvernement confédéré lui ayant signifié de prendre position et de tenir bon dans la Péninsule , le général sudiste mit son

armée en mouvement vers les lignes de Yorktown. Elle commença à défiler à travers les rues de Richmond, le 5 avril au matin, et dès le 7 l'avant-garde rejoignit le corps du général Magruder.

Au sud-est de Richmond, entre cette ville et la baie de Chesapeake, s'étend une langue de terre bornée au nord par le York River, au sud par le James, et connue sous le nom de la Péninsule. A proprement parler elle se termine à West-Point, où commence le York River, mais depuis 1862 on a donné ce nom à tout le pays entre Richmond et la baie, borné par les rivières Pamunkey, York et James. Un chemin de fer relie Richmond à West-Point, jusqu'où les plus grands navires remontent le York. Plusieurs bonnes routes carrossables partent de la ville vers divers points de la Péninsule , qui se termine à la forteresse Munroe.

Dès l'ouverture des hostilités, le gouvernement confédéré était persuadé que l'ennemi essayerait d'arriver de ce côté à la capitale, et au mois de mai 1861 le colonel (devenu depuis général) Magruder avait été établi à Yorktown pour la protection de ce voisinage. Bien qu'il n'eût d'abord à sa disposition que 5,000 hommes, successivement portés à 15,000, il réussit, après le combat de Bethel , dont il a déjà été fait mention, à tenir les Fédéraux confinés dans leurs camps retranchés à New-Port-News et à Hampton.

Trompant Mac-Clellan sur les forces dont il disposait, il arrêta l'armée fédérale devant des ouvrages en terre rapidement armés, jusqu'à ce que Johnston, à la tête de 53,000 hommes, eût pu le rejoindre. L'armée du Nord comptait plus du double de combattants. Johnston put néanmoins se maintenir dans les lignes de Yorktown jusqu'au moment où elles ne furent plus tenables, par suite du débarquement de troupes fédérales sur ses derrières. A la suite d'un engagement meurtrier à Wil-

liamsburg, il se retira lentement, présentant à l'ennemi un front redoutable, et s'arrêta enfin sur les bords du Chickahominy. Depuis quelques jours le temps était exécrable, ce qui rendait les opérations militaires très-difficiles , les rivières et les marais débordant de tous côtés. Un corps fédéral, commandé par le général Franklin, ayant débarqué à West-Point sur le York River et se portant en avant pour se placer entre Johnston et Richmond , fut rejeté après un vif combat vers le York, et obligé de chercher un refuge sous le feu des canonnières du Nord.

Ainsi à Williamsburgla poursuite des Fédéraux avait été arrêtée, et à Eltham's Landing le plan de Franklin avait été déjoué.

Mais, par contre, l'évacuation de Norfolk et la destruction du navire confédéré cuirassé le Merrimac permettaient aux Fédéraux de remonter le Jam es River jusqu'à une petite distance de Richmond. Grande y fut la consternation. Heureusement les défenses élevées à Drury's Rluff (une hauteur dominant le fleuve), et considérablement augmentées, suffirent pour mettre la ville à l'abri de ce côté.

La situation du Sud n'était pas pour cela moins sombre. L'armée, épuisée par sa retraite , ne comptait plus que 47,000 hommes. Le pays était alarmé et beaucoup de personnes quittaient Richmond pour se réfugier dans l'intérieur. L'armée fédérale, deux fois plus nombreuse que celle qui défendait la ville, campait aux portes de Richmond. Mac-Clellan dans son rapport l'évaluait à 156,838 hommes, dont 115,102 effectifs, c'est-à-dire présents sur le champ de bataille. Les vivres, les munitions leur arrivaient en ligne directe et sans encombre du White-House, sur les derrières de l'armée fédérale, quartier général de Mac-Clellan, situé sur le York River et relié au camp fédéral par un chemin de fer. Des centaines de bateaux à vapeur amenaient journellement de Washington ou de New-

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York tout ce dont avaient besoin l'intendance ou le général fédéral.

L'armée du Nord occupait une position excellente. Sa gauche était protégée par le marais presque infranchissable de White-Oak-Swamp ; toutes les approches dans la direction de Richmond avaient été rendues inabordables par les difficultés naturelles du terrain : on y avait de plus fait de nombreux abatis d'arbres et élevé des ouvrages de défense en terre. A moins que les confédérés ne parvinssent à tourner la droite de Mac-Clellan, ses communications avec sa base au White-House et la sûreté de son armée ne couraient aucun risque. De ce côté du reste des précautions avaient été aussi prises.

D'autres corps fédéraux s'avançaient en Virginie pour coopérer avec l'armée principale. Mac-Dowell se tenait à Fredericksburg avec une division forte de 40,000 hommes, qui devait descendre en toute hâte vers le Sud et former l'extrême droite de Mac-Clellan. Frémont était chargé de déboucher dans la vallée de Virginie, d'y écraser le faible corps de Jackson et de donner la main au général Banks, qui de Winchester avait ordre de se poster le long de la voie ferrée à Manassas, tous les deux surveillant les approches de Washington et remplaçant Mac Dowell devant cette ville. Ainsi Richmond serait à moitié entouré par les armées fédérales. A la tête de deux cent mille hommes, il semblait certain que Mac-Clellan dût avant l'été se rendre maître de la capitale confédérée, qui n'avait pour se défendre que cent mille hommes tout au plus. Il est évident aujourd'hui que c'est l'habileté seule d'hommes tels que Johnston, Lee et Jackson qui parvint à sauver Richmond d'un si pressant péril.

Embrassant d'un coup d'oeil la situation générale en Virginie et pénétrant les projets de l'ennemi, Johnston donna Tordre à Jackson, commandant dans la Vallée, de prendre l'offensive, afin d'inquiéter les généraux du Nord

au sujet de leur capitale et d'arrêter ainsi l'envoi continuel de troupes vers la Péninsule. Jackson se jeta immédiatement sur le général Banks, qui exécutait son mouvement de Winchester par le Blue-Ridge vers Washington. Une première fois repoussé àKernstown, Jackson, dans une , seconde tentative à Strasburg, culbuta Banks et le poursuivit l'épée dans les reins au delà du Potomac. L'effroi causé par cette nouvelle à Washington fut tel, que le président Lincoln donna ordre à Mac-Dowell, encore àFrédêricksburg, de détacher 20,000 hommes pour barrer le passage à Jackson. Le plan fédéral se trouvait ainsi entièrement dérangé. Banks vaincu et Mac-Dowell retenu par les ordres du président, Mac-Clellan se voyait forcé à rester inactif, attendant toujours Mac-Dowell. L'armée du Nord était moitié d'un côté, moitié de l'autre du Chickahominy, et son chef se sentait peu disposé à livrer bataille dans ces conditions.

Johnston mit fin à son indécision. S'apercevant que les forces fédérales qui lui étaient opposées près de Seven- Pines , sur la rive sud du Chickahominy , n'étaient qu'une partie de l'armée ennemie, le général confédéré, profitant d'une crue soudaine des eaux, résolut de commencer l'attaque. Mac-Clellan, ce même jour, 50 mai, se décidait enfin, paraît-il, à attaquer les lignes deRichmond, lorsque les colonnes confédérées vinrent l'assaillir. La bataille qui s'ensuivit et qui porte le nom des Sept-Pins (Seven-Pines) fut une des plus acharnées et des plus meurtrières de la guerre. De part et d'autre on lutta avec fureur, et ni l'un ni l'autre des combattants ne remporta d'avantage décisif. Sur la droite confédérée, près des Sept-Pins, les lignes fédérales furent rejetées en arrière ; mais sur leur gauche, à la station de Fair-Oaks, les Confédérés, à leur tour, furent repoussés. La nuit vint mettre fin à cette lutte indécise. La marche en avant des Fédéraux venait d'êlre brusquement arrêtée ; mais, du côté du Sud, le général

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Johnston avait reçu une grave blessure, et il dut être transporté à Richmond.

Il y avait déjà quelque temps que le général Lee était revenu de la Caroline. Quand on apprit le malheur arrivé à Johnston, toutes les pensées se portèrent sur Lee. Jusqu'à ce jour il n'avait pas eu occasion de trouver un champ digne de ses talents ; le seul commandement, si on peut lui donner ce nom, qu'il avait eu étant dans la Virginie trans-alléghanienne, c'est plutôt en souvenir de ses services dans l'ancienne armée des États-Unis qu'à ceux qu'il avait pu jusqu'alors rendre à la Confédération, qu'il dut d'être appelé au commandement de l'armée principale du Sud. C'est du 3 juin qu'est datée sa nomination. — Ainsi, les Virginiens réunis pour la défense de leur capitale se trouvèrent sous les ordres du plus illustre de leurs concitoyens.

La position critique dans laquelle étaient les affaires détermina le président Davis à mettre le général Lee à la tête de l'armée du Nord-Virginie. Tout en retenant son grade de généralissime de toutes les forces confédérées, il prit en outre le commandement qui venait de lui être confié. Pendant qu'il était à Richmond, il avait dirigé tous les renforts dont il pouvait disposer sur l'armée de Johnston. La conscription commençait à faire affluer sous les drapeaux beaucoup de soldats. Dès le 20 juin, l'armée du Nord-Virginie comptait 70,000 combattants. Pas plus que son prédécesseur, le général Lee ne voulait laisser les Fédéraux arriver jusque sous les murs de la capitale confédérée. Les quelques jours suivants se passèrent à étudier la position des deux armées.

Sur ces entrefaites, le président Lincoln consentit enfin à permettre à la division Mac-Dowell de rejoindre l'armée principale sous Mac-Clellan, pourvu qu'elle fît la marche par terre, de manière à ne pas découvrir Washington. Le général en chef fédéral étendit son aile droite jusqu'à

Hanover-Court-House 1 pour y donner la main à l' avantgarde de Mac-Doweîl. Le moment était critique pour la cause du Sud. Ce nouveau renfort de 40,000 hommes venant s'ajouter aux 120,000 Fédéraux déjà en ligne nécessiterait probablement l'abandon de Richmond, et l'effet moral eût été grand. Mac-Clellan, l'oreille tendue vers le Nord avec une impatience fiévreuse, croyait déjà entendre le canon de Mac-Dowell. Mais ce mouvement ne devait jamais s'exécuter.

Le général Jackson, chargé de neutraliser les trois colonnes de Banks, Frémont et Mac-Dowell, et de les empêcher de secourir Mac-Clellan, se montra à la hauteur de sa difficile mission. Vainqueur de Banks, qui était désigné pour 'remplacer Mac-Dowell à Manassas, l'infatigable Jackson réussit à battre séparément Frémont, qui, selon le plan préconçu, s'avançait de l'ouest sur Richmond, ainsi que la division Shields, détachée par Mac-Dowell pour lui couper le passage. Libre alors de ses mouvements, Jackson pouvait se réunir à Lee pour une attaque décisive sur l'armée de Mac-Clellan. Lee, de son côté, était décidé à ne pas perdre un instant, et une attaque immédiate fut résolue.

Au reçu de ces désastreuses nouvelles de la Vallée, le président Lincoln s'opposa absolument au départ de Mac- Dowell. Mac-Clellan, atterré de ce nouveau retard, vit qu'il serait forcé de changer toutes ses combinaisons et qu'il ne devrait plus compter que sur' lui-même. La gauche de l'armée fédérale était au midi du Chickahominy, protégée par un réseau d'ouvrages formidables, dont les approches étaient rendues inabordables par suite d'abatis de grands

1 Un Court-ïïouse n'était souvent à l'origine qu'une maison placée généralement au centre du comté dont elle porte le nom, lieu où se réunissaient à certaines époques les autorités et les juges du comté, servant à la fois de mairie et de tribunal. Dans ces pays dont la population est clair-semée, il n'y a pas beaucoup de villages, les habitants sont disséminés dans les plantations et les fermes sont isolées.

arbres; le tout commandé par de nombreuses batteries. Le centre se trouvait appuyé sur la rivière même, près de New-Bridge. — La droite s'étendait jusqu'à Meadow-Bridge, u delà de Mechanicsville, fortement retranchée dans un pays admirablement propre aux opérations défensives. Cette ligne, d'une longueur de 24 kilomètres, avait la forme d'un croissant. A Meadow-Bridge, où étaient les avant-postes de l'aile droite, la rivière n'est qu'à 9 1/2 kilomètres de la capitale. — A New-Bridge, au centre de la position fédérale, la distance qui sépare de Bichmond est de 14 kilomètres. Le York River railroad reliant en ligne droite le camp au Pamunkey, navigable jusqu'à ce point pour les plus grands vapeurs, mettait l'armée en communication avec tout le Nord. Elle se trouvait ainsi approvisionnée le plus facilement du monde de tout ce qui lui était nécessaire.

Le Chickahominy, qui coupait ainsi la position fédérale à angle droit, est un cours d'eau étroit, sans courant perceptible. Ses bords sont marécageux, les arbres et le taillis descendent jusqu'à l'eau et y forment une masse impénétrable, ce qui en rend le passage, excepté là où il y a des ponts, difficile et dangereux. L'armée confédérée couvrait Richmond, s'étendant du James River, où commençait son - extrême droite, jusqu'au Chikahominy, au delà de Meadow- Bridge, où aboutissait son extrême gauche. Le général Huger commandait la droite, le général Magruder le centre, le général A. -P. Hill la gauche. Les divisions Longstreet et D.-H. Hill, échelonnées derrière et au delà de la gauche, devaient appuyer au moment opportun le mouvement tournant de Jackson.

Afin de se rendre compte des positions occupées par son adversaire, le général Lee fit faire par le général Stuart, commandant en chef de sa cavalerie, une reconnaissance en force. Ce fait d'armes, un des plus audacieux qu'ait vus cette guerre, réussit parfaitement. Le point vulnérable de

88 LE GÉKÉKAL LEE.

Mac-Clellan semblait être son extrême droite. C'est de ce côté que se porta l'attention du nouveau commandant en chef confédéré.

Le général JamesE.-B. Stuart, qui paraît ici pour la première fois, était Virginien de naissance et n'avait pas encore trente ans. Lieutenant de cavalerie, puis démissionnaire, il avait servi sous Johnston dans la Vallée lors des premières affaires. A Manassas, dans les escarmouches qui suivirent la retraite de Johnston derrière le Rappahannock et dans les combats de la Péninsule, il s'était toujours fait remarquer par sa hardiesse et par son habileté. De taille moyenne , large d'épaules et de poitrine , il portait la grande barbe et les longues moustaches retroussées à la Charles 1er. Dans ses yeux bleu clair étincelait un regard d'aigle. Aimant le bruit, le mouvement, l'aventure, les couleurs brillantes, Stuart s'était engagé dans la lutte avec l'ardeur et avec la passion qu'éprouve le chasseur à la poursuite du gibier. Jeune, ambitieux, brave comme son épée, joyeux, riant et plaisantant sans cesse, toujours suivi de son joueur de banjo nègre, se jetant sur l'ennemi en chantant un gai refrain, Stuart était l'idéal du beau cavalier et se fit adorer de ses soldats. Ce fut avec joie qu'il répondit à l'appel de son chef.

Il réunit 1200 hommes, composés des 1er, 4e et 9e régiments de cavalerie virginienne, sous les colonels W.-H. Fitzhugh Lee et Fitz Lee, fils et neveu du général en chef (tous deux devinrent généraux par la suite), de deux escadrons de la légion Davis, et de deux pièces de l'artillerie à cheval. La colonne quitta Richmond le 12 juin, et, se dirigeant vers le nord, campa pour la nuit près de Hanover- Court-House, non loin du pont sur le South-Anna. Stuart avait pris cette direction, afin de faire croire à l'ennemi qu'il se dirigeait du ceté du général Jackson. Il se trouvait à 35 kilomètres de la ville, et pouvait de là se porter directement sur les derrières de l'armée fédérale. Pendant la

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nuit, Stuart fit partir des fusées pour que Ton sût à Richmond où il était. On répondit de la ville à ces signaux. Des vedettes, postées de tous côtés, veillaient contre toute surprise. Le 13 juin, à l'aube, après un court repas, tout le monde était en selle. Le silence le plus complet régnait dans les rangs. Jusqu'à ce moment, personne ne se doutait du but de l'expédition. Dès qu'on se trouva dans les lignes ennemies, Stuart fit part à ses officiers de ses ordres et de ses plans. Les éclaireurs rapportèrent que la route d'Oldchurch était libre. Ce point est à égale distance de New-Bridge sur le Chickahominy et du Pamunkey, rivière qui servait de base aux opérations fédérales. Il se trouvait ainsi sur le chemin qui menait droit au *centre de Mac-Clellan. La colonne s'avança rapidement dans cette direction.

A Hanover-Court-House, cent cinquante hommes de cavalerie fédérale prirent la fuite vers Mechanicsville. On ne les poursuivit pas, Stuart était trop pressé. A Hawe's Shop, on se saisit de plusieurs vedettes ennemies. Un peu plus loin, tout un régiment de cavalerie (le 2e fédéral, l'ancien régiment du général Lee) se retira rapidement devant la colonne de Stuart. La poursuite continua jusqu'à un petit cours d'eau appelé Tottapotomy. Un peu plus loin, les Fédéraux, ayant reçu des renforts, firent halte à Old-Church. Il n'y avait pas à hésiter. Stuart lança un escadron en colonne serrée occupant la largeur de la route. Le capitaine Latané, qui le commandait, fut tué, mais la cavalerie fédérale ne tint pas, et le 1er régiment de cavalerie virginienne, sous le colonel Fitz Lee, acheva de la mettre en déroute, s'emparant de quelques prisonniers et chevaux. Les tentes, fourgons et provisions furent brûlés.

Stuart avait à choisir s'il retournerait par le chemin qu'il avait suivi pour venir, ou si, faisant complètement le tour de l'armée ennemie, il irait traverser le Chickahominy plus bas. Ses instructions le laissaient libre d'agir

comme il l'entendrait. Une fois la voie ferrée du York River passée, il se croyait sûr d'arriver au Chickahominy, se faisant fort, s'il rencontrait de l'infanterie, de la laisser derrière lui, et si c'était de la cavalerie, de la culbuter. Il se décida donc pour le plan le plus hardi, quoique en vérité le moins dangereux , car il était probable que l'ennemi surveillait avec des forces supérieures tout le pays qu'il venait de traverser, rendant par là son retour très-problématique. Il partit donc dans la direction de Tunstall s Station. Ses soldats brûlèrent sur leur passage tout ce qui appartenait à l'armée fédérale, tentes, fourgons, approvisionnements. Partout les habitants les accueillirent avec des acclamations de joie. A la vue des jaquettes grises, bien des yeux se remplirent de larmes et plus d'un vieillard leur conseilla la prudence, car l'ennemi, ajoutait-on, les entourait de tous côtés.

Sur la limite du comté de New-Kent, l'escadron d' avantgarde tomba sur un établissement de cantiniers bien fourni de provisions. Les cavaliers affamés firent halte et se firent servir à manger. Quand le cantinier voulut être payé, grande fut sa constérnation d'apprendre qu'il était prisonnier, ainsi que quelques soldats fédéraux qui se trouvaient dans la guinguette. Le reste de la colonne survenant acheva de dévaliser l'établissement ; un peu plus loin, Stuart atteignit lePamunkey, et y mit le feu à deux navires chargés de vivres qui étaient amarrés à la. rive. De là la colonne se rabattit sur le chemin de fer. Quelques hommes choisis la devancèrent et surprirent la station à Tunstall, coupant les fils télégraphiques, faisant prisonniers les vingt hommes de garde et obstruant la voie ferrée. A peine le coup de main eut-il réussi, qu'on vit arriver par la route un long convoi de provisions se dirigeant vers l'armée fédérale sous l'escorte de cinq escadrons de cavalerie. Mettre ceux-ci en fuite et s'emparer du butin fut l'affaire d'un instant. Peu de temps après, on entendit un train appro-

cher du côté de Richmond, en route pour le White-House sur le Pamunkey. Les Confédérés en tirailleurs bordaient la voie, mais le train passa à grande vitesse sans être ar- 1 rêté par les obstacles. Aussitôt les soldats deStuart firent pleuvoir une grêle de balles sur les wagons ouverts remplis de soldats fédéraux. Les uns furent tués ou blessés, et les autres, frappés de terreur, se jetèrent hors du train et furent faits prisonniers.

Il était nuit et le temps devenait précieux. Le convoi, dont on s'était emparé, fut brûlé, ainsi que le pont du chemin de fer à Black-Creek, interceptant ainsi la grande voie de communication entre l'armée fédérale et le Pamunkey. Ces précautions prises, il fallut repartir. L'incendie des fourgons éclairait le départ des hardis Confédérés. Les chemins étaient détestables ; l'on eut toutes les peines du monde à tirer les canons à travers la boue. Quelques soldats s'écartèrent de la route. Force fut donc d'attendre trois heures et demie à Talleysville pour rallier les traînards. Un hôpital fédéral avec cent cinquante malades tomba entre les mains des Sudistes, mais ne souffrit aucun dommage. A minuit, on se remit en marche, et le 14 au matin, la colonne atteignit le Chickahominy à Forge-Bridge, où Stuart espérait trouver un gué. Mais le colonel Fitzhugh Lee ayant essayé de le passer, trouva que la rivière y était très-profonde et le courant très-rapide. La position devenait critique. Les vedettes fédérales étaient si près qu'on pouvait presque les entendre, et de nombreuses colonnes de cavalerie ennemie sillonnaient le pays en tous sens, pour couper la retraite aux troupiers de Stuart, dont les exploits audacieux avaient réveillé toute l'énergie du général Mac-Clellan. Devant eux coulait une rivière infranchissable , et de toutes parts ils étaient cernés par une nuée d'ennemis acharnés à leur perte. Il semblait impossible qu'à l'approche du jour ils ne fussent laits prisonniers. A différentes reprises, les hommes se

jetaient à l'eau, cherchant un gué, mais en vain. La seule ressource était de construire un pont. Heureusement à ce moment on découvrit que les débris du vieux pont, détruit par les Confédérés quelques semaines auparavant, pourraient encore servir. A l'aide de planches trouvées dans une maison et d'arbres abattus sur les bords de la rivière, on parvint à réparer le pont, et avant le jour toute la colonne avait franchi le Chickahominy, et rentrait dans les lignes du Sud.

Sans parler des renseignements, précieux et exacts,, qu'il avait recueillis sur la position et la force de l'armée fédérale, le général Stuart ramenait 165 prisonniers, 260 chevaux et mulets avec leurs harnachements, et un nombre considérable d'armes. Il avait, de plus, détruit des provisions et des munitions de guerre évaluées à plusieurs millions de dollars. Ce beau résultat n'avait coûté qu'un seul homme, le brave capitaine Latané. La conduite des soldats avait été digne de tout éloge. Sauf une halte très-courte le jeudi soir, ils n'avaient pas quitté leurs selles depuis le jeudi matin jusqu'au samedi soirr ne s'arrètant ni pour se reposer ni pour manger, et à travers mille dangers accomplissant avec succès un des faits d'armes les plus brillants qui aient illustré la cavalerie d'aucun pays.

Grâce aux renseignements que lui rapportait Stuart, le général Lee vit que la droite des fédéraux pouvait être facilement tournée, car elle n'était pour ainsi dire pas gardée. 11 résolut d'en profiter. Son premier soin, en prenant le commandement, avait été de faire construire le long de ses lignes des ouvrages de défense suffisamment forts pour qu'une partie de son armée les tînt contre toute l'armée fédérale, laissant le reste des troupes confédérées libres de prendre l'offensive. Le moment était favorable. Jackson, vainqueur de Shields et de Frémont, se trouvait en mesure de réunir ses soldats à l'armée confédérée sous

Richmond. Il fut donc rappelé, avec la recommandation d'opérer ce mouvement aussi secrètement que possible, afin que l'ennemi ignorât qu'il avait quitté la vallée.

A cette fin on eut recours à un stratagème. Le 11 juin, la division Whiting, de l'armée de Lee, s'empila dans plusieurs trains à l'embarcadère du Damville railroad à Richmond. On leur fit passer la rivière jusqu'à un point près Belle-Isle,*où se trouvaient à ce moment un nombre considérable de prisonniers fédéraux, qui allaient être relâchés et descendre le James River. Les trains s'attardèrent longtemps, et les prisonniers purent se convaincre que tous ces soldats confédérés étaient envoyés par Lee pour renforcer Jackson, qui n'attendait qu'eux pour marcher sur Washington. Mac-Clellan, en effet, ajouta foi à ce bruit rapporté par les prisonniers libérés. Les trains partirent dans la direction indiquée, mais ils revinrent la même nuit. Jackson de son côté, après avoir, par des marches et contre-marches habilement combinées, fait croire qu'il descendait la vallée vers le Potomac supérieur, disparut tout à coup. Ses soldats mêmes ignoraient où il les menait. Ils avaient ordre de ne pas demander le nom des villages qu'ils traversaient, et à toutes les questions de répondre : « Je ne sais pas.)) Si bien que Jackson, ayant surpris un soldat dérobant des cerises et lui demandant son nom et son régiment, ne put jamais lui faire dire autre chose que : <( Je ne sais pas » .

Le 25 juin, la division Jackson arrivait à Ashland, à 24 kilomètres au nord de Richmond. Il"y laissa ses soldats fatigués et se dirigea rapidement vers la ville. Traversant les rues de nuit, il parvint sans être reconnu à la maison qui servait à Lee de quartier général, près de Fair-Oaks station. Là eut lieu la première entrevue, depuis le commencement de la guerre, entre ces deux hommes remarquables.

Le plan de Lee était de prendre à revers l'aile droite

des Fédéraux, de la rejeter sur le centre et de forcer ainsi Mac-Clellan à sortir de ses retranchements et à livrer bataille pour maintenir ses communications avec le Pamunkey. En conséquence, Jackson devait se diriger sur Pole-Green-Church, à peu près dans la direction de la reconnaissance deStuart. Ce dernier, avec une'grande partie de la cavalerie, était posté à l'extrême gauche de Jackson, afin d'envelopper plus sûrement les Fédéraux. Le général Branch devait déboucher par Meadow-Bridge sur Mechanicsville, tandis que le général A. P. Hill se porterait directement sur Mechanicsville, soutenu par le feu concentrique de toutes les batteries confédérées élevées le long du Chickahominy. La position de Mechanicsville une fois emportée, le général D. H. Hill appuierait les opérations de Jackson, chargé de prendre à revers et de serrer comme dans un étau tout ce qu'il rencontrerait, en pressant continuellement sur le centre fédéral. Longstreet devait appuyer le général A. P. Hill et les deux corps réunis avaient pour mission d'occuper les lignes ennemies à New-Bridge. Les généraux Huger et Magruder défendraient pendant ce temps les ouvrages devant Richmond, faisant des démonstrations contre le centre, et devaient s'avancer si l'ennemi se retirait, le poursuivant dans ce cas vigoureusement. Sur toutes les routes aboutissant à la capitale étaient postés des vedettes et des détachements de cavalerie pour observer les mouvements de l'ennemi. Des réserves d'infanterie étaient prêtes à les soutenir en cas d'attaque imprévue. Les soldats avaient ordre d'emporter des provisions pour trois jours. Comme les Confédérés occupaient la ligne intérieure, la plus courte, il leur était facile de se concentrer rapidement au besoin, soit pour l'offensive, soit pour la défensive.

Mac-Clellan , de son côté, depuis la bataille de Seven- Pines, s'était contenté de fortifier sa position, cherchant à deviner quels pouvaient être les projets de son adver-

SA YIE ET SES CAMPAGNES

saire. Il avait tranquillement cédé le rôle offensif à Lee, et pendant le reste de cette campagne les forces fédérales offrirent l'étrange spectacle d'une armée envahissant un pays et, quoique trè*s-supérieure en nombre el en ressources, attendant l'attaque au lieu de se porter en avant et d'engager elle-même le combat. Mac-Clellan avait aussi commis la faute insigne de disposer son armée de manière que le Chickahominy coulât entre ses deux ailes, coupant ainsi son centre à angle droit. Les ailes ne pouvaient communiquer entre elles que par des ponts et des routes, toujours très-mauvaises par suite de la nature marécageuse du sol avoisinant la rivière. Les crues soudaines pouvaient d'un moment à l'autre emporter les ponts, et dans ce cas les deux moitiés de son armée se trouveraient dans l'impossibilité de se porter secours. Ayant établi sa base d'opérations sur le Pamunkey, ce qui n'était pas nécessaire, il était forcé de garder son aile droite entre ce fleuve et Richmond, pour protéger ses communications. S'il eût choisi le James, toute nécessité de rester au nord du Chickahominy disparaissait, et cette position dangereuse, à chevaPsur un cours d'eau qui pouvait lui jouer un si mauvais tour, n'avait plus l'ombre d'excuse, ni de raison d'être.

Il sentait du reste si. bien le péril de sa position, qu'il pensait à changer sa base d'opérations, quand un déserteur de la division Jackson vint, le 24 juin, lui apprendre que ce général s'apprêtait à marcher sur son flanc droit.

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