‹ Le général Ordonneau, 1770-1855Chapitre 5 sur 12 · RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Armée d'Italie.

Au quartier général de Coni^ le 14 brumaire an 8 (1).

Combat de Pignerol.

Le 10, le général Duhesme descend de ses positions, et rencontre l'ennemi retranché à Pignerol. Il le fait attaquer de front

(1) 5 novembre 1799.

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«t tourner par la droite. Le succès est disputé ; mais Fennemi cède bientôt, et se retire dans un grand désordre.

L'adjudant général Plantât fut blessé dans une charge. Nous avons fait à Tennemi 600 prisonniers, outre un grand nombre de morts et de blessés. Les généraux Kister et Paulat, les aides de -camp du général Duhesme, Ordonneau et Boyer, qui ont dirigé deux charges, les citoyens Forestier, capitaine adjoint, et Mermet, <;apitaine au 10« de hussards, se sont distingués dans cette occasion.

Ces quelques mots seulement pour celui que, documents en mains, nous savons avoir été le héros de la journée de Pignerôl, c'est vraiment trop peu!

Au reste, ce ne fut pas cette fois-là seulement qu'Ordonneau fut laissé injustement dans Tombre. Il devait accomplir de nouveaux prodiges de valeur au cours de cette campagne d'Italie, à l'armée de réserve.

Le général Duhesme était arrivé le 18 prairial an VIII (7 juin 1800) à Créma, en Lombardie. Les avant-postes français rencontrèrent les avant-postes autrichiens; les nôtres engagèrent l'affaire en enlevant à l'ennemi une quinzaine de hussards et deux officiers, tandis qu'une partie de la cavalerie, commandée par le citoyen Ordonneau, longeant Pizzighettone, venait attaquer la gauche des Autrichiens par Aqua- Negra. Ce mouvement obligea l'avant- garde ennemie à se reployer vers le gros de l'armée et laissa à l'avant-garde française le temps d'arriver et de se former en ligne.

Le lendemain, 19, une forte reconnaissance poussa son avant-garde jusqu'à Bozzolo et fit quelques prisonniers, pendant que le citoyen Ordonneau, s'étant emparé de quelques barques, commençait le passage du Pô, après avoir débusqué les postes autrichiens de la rive droite et les avoir obligés à se retirer sur Guastalla.

Les faits d'armes se succèdent et chaque journée amène le sien; ainsi, le 20 prairial (9 juin), à la première attaque de Crémone, notre héros est blessé d'un coup de sabre à l'œil gauche.

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Mais Ordonneau n'en est pas à un œil près, il lui suffit d'en avoir un pour y voir clair; il va d'ailleurs le prouver dans les trois jours : le temps de se faire panser et de revenir à son poste.

Le 23 prairial (12 juin) , en effet, la brigade du général Broussier reçoit Tordre de marcher sur Crémone avec une partie de la division Loison ; celle-ci part de Plaisance le 23 ; l'ennemi s'était emparé des barques et des ponts volants de Castel-Novo, sur l'Adda, et semblait vouloir en disputer le passage à l'avant-garde. L'aide de camp Ordonneau se jette dans tine barque avec 15 hommes de la 13^ légère et traverse la rivière devant l'ennemi, qui se décide à se retirer, après un feu assez vif.

Ordonneau débarque et s'empare des ponts volants ; les troupes passent aussitôt, se mettent à la poursuite de l'ennemi -et le rencontrent à Spinade.

Une charge de cavalerie s'engage ; l'ennemi se replie, poursuivi; le feu recommence et se continue jusqu'à la nuit.

A quelques jours de distance seulement, Ordonneau avait réussi à mener à bien deux expéditions, au cours desquelles les bateaux et l'eau jouaient un rôle actif; si l'on veut bien se rappeler qu'antérieurement, au passage du Volturno, il avait sauvé la vie à un grenadier en danger de se noyer, on conclura avec nous que le jeune aide de camp devait être familier avec l'eau et avec ses pièges; elle ne semble pas l'effrayer plus que les ennemis.

Nous savons, par les rapports que nous avons sous les yeux, qu'Ordonneau assista à la bataille de Marengo, le 25 prairial an VIII (14 juin 1800), et qu'il s'y distingua. Mais il n'y fut pas spécialement remarqué et, si nous avons bien trouvé dans le Journal manuscrit de Brossier une note collective concernant les officiers d'état-major et d'artillerie, note des plus élogieuses du reste, le commandant Ordonneau n'est pas suffisamment désigné pour que nous croyions devoir le mettre en lumière au cours de cette journée mémorable, qui fut

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exactement le contraire de ce que sera plus tard Waterloq, puisque Marengo est une défaite qui se termine par une victoire, tandis que Waterloo est une grande bataille gagnée dont la défaite est Tissue.

Qu'il nous suffise de remarquer qu'au témoignage de Suchet, Ordonneau, qui avait élé honorablement cité à Tordre du jour de l'armée des Alpes et d'Italie, s'était acquis l'estime de Ghampionnet et avait montré pendant toute la campagne de Tan VIII la plus grande bravoure.

Mais être brave, c'était la moindre vertu de notre héros.

Et maintenant Duhesme et son aide de camp vont quitter les plaines d'Italie pour aller chercher dans les Pays-Bas de nouveaux dangers.

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A rarmée gallo-batave. — Affaire de Neunkirchen. — Sabre d*hoDneur décerné à Ordonneau. — Il revient à l'armée d'Italie et de Naples. —■ Son mariage avec Marie Perrot. — Demandes de retraite. — Congé temporaire.

Au mois de nivôse an VIII, Duhesme reçut Tordre de se rendre à l'armée gallo-batave, sous les ordres d'Augereau.

A Tafifaire de Neunkirchen, qui eut lieu le 30 frimaire an IX (21 décembre 1800), Ordonneau rendit un très grand service à Tarmée.

La division Duhesme^ alors peu nombreuse (elle n'avait que 3,500 hommes), tenait, en avant de ce bourg, une position oiî elle combattait avec opiniâtreté depuis quatre ou cinq jours. Le général autrichien Klenau, qui avait éprouvé un échec à Nuremberg, se contenta de laisser quelques troupes devant la division du général Barbou et prêta ses forces à Sepechem; elles se trouvaient en présence de la division Duhesme. Une colonne de 5,000 hommes fut détachée pour tourner cette division, tandis que le corps principal devait l'attaquer de front. Le peu de cavalerie qu'avait le général Duhesme ne lui permettait pas de s'éclairer au loin, de sorte que la colonne ennemie, qui filait en silence sur ses derrières, était déjà maîtresse d'Etzel et interceptait les communications avec Fortheim, lorsque tout à coup on l'aperçut.

Le commandant Ordonneau, avec 150 hommes de la 29« légère, se porta aussitôt à la rencontre de cette colonne. Ce mouvement fut exécuté avec tant d'audace et d'intrépidité qu'il déconcerta l'ennemi, le força à rebrousser chemin pendant une demi-lieue et donna le temps au général Duhesme

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de placer avantageusement deux pièces et un bataillon du

98« de ligne.

Avec ces seules forces, il continua d'arrêter la colonne, ce qui permit au reste de la division, qui était en avant de Neunkirchen, de rétrograder, en faisant toujours face à Tennemi, et de venir s'adosser aux bois qui sont en arrière de ce bourg.

Cette manœuvre, plus téméraire encore que hardie, empêcha la division française d'être entamée ou forcée par un corps ennemi de 14,000 à 15,000 hommes qui^ avant l'action, l'avait presque entièrement tournée.

La belle conduite de notre héros au cours de cette campagne trouvera sa récompense.

En effet, le général Duhesme, après avoir présenté à Bonaparte une note des actions marquantes d'Ordonneau, en sollicitant un sabre d'honneur pour son aide de camp, écrit, le 8 floréal an X (28 avril 1802), de Lyon, où il vient d'être appelé à commander la 19® division militaire, une lettre dans laquelle il rappelle au Premier Consul que déjà il a demandé cette distinction pour» Ordonneau. Il termine ainsi :

Sabre d'honneur

du

général Ordonneau (1).

Dans les circonstances les plus difQciles, ayant toujours montré les talens d'un guerrier consommé, il mérite à tous égards la bienveillance d'un gouvernement sage et éclairé comme le vôtre, d'un

(1) Sabre de récompense donné par le Premier Consul au général Ordonneau pour sa conduite distinguée dans les armées du Nord, de Sambre-et-Meuse, des Alpes, d'Italie et gallo-batave.

D'après La Manufacture d'Armes de Versailles^ par M. le capitaine Bôttet, ouvrage édité par J. Leroy, 55, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris, 1904.

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gouvernement qui sait apprécier les talens et récompenser gran« dément les services et le mérite.

Il renouvela encore une fois sa demande à la date du 10 prairial (30 mai) (1). Cette dernière lettre du général fut agréée, car nous voyons, à la date du 29 prairial (18 juin), que le chef d'escadron Ordonneau a reçu un sabre d'honneur pour récompense de sa conduite distinguée aux armées du Nord, de Sambre-et' Meuse, des Alpes^ d'Italie et gallo-batave.

On a raison de dire qu'à cette époque il fallait véritablement avoir déployé du courage et avoir montré des talents militaires de tout premier ordre pour recevoir une récompense qui, il faut bien le reconnaître, avait d'autant plus de valeur qu'elle avait été plus difficilement obtenue; ce sont des hommes de la trempe d'Ordonneau qui seraient en droit d'avoir la priorité du mot célèbre de Joseph Prudhomme : ce sabre, qu'on accordait avec une si grande parcimonie, pouvait ajuste titre être considéré comme « le plus beau jour de leur vie ».

Mais ce beau jour ne devait avoir de lendemain que bie» longtemps après, et, à l'exception de la nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur, a la date du 24 septembre 1803, de celle d'officier, le 14 juin 1804, décorations qui pourtant semblent indiquer que l'Empereur n'était pas mécontent d'Ordonneau, nous ne trouverons plus grand'chose jusqu'en 1807.

Et pourtant le général Duhesme, après avoir commandé la 19® division militaire à Lyon, passe à l'armée d'Italie, au mois de frimaire an XII (1803); il combat à l'attaque du château de Vérone, au passage de l'Adige, à celui de Tagliamento. En 1806,- il fait partie de l'armée chargée de la conquête du royaume de Naples. L'aide de camp du général le suit, mais on n'entend guère parler de lui.

. (i) Au cours de cette lettre, le général Duhesme écrit, en parlant d'Ordonneau : « Son désir est de ne jamais me quitter. »

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Gela tient d'abord à ce que les circonstances ne donnent pas un champ bien étendu à sa valeur. Il se contente de se battre comme un brave soldat qu'il est. Voici ce qui est dit de lui dans un état de ses faits d'armes :

Armée d'Italie, an XIV. — Il a déployé dans cette courte campagne son activité, son zèle et son intrépidité ordinaires. A la bataille de Caldiero, où il s'est distingué particulièrement, il commandait une petite avant-garde composée dé voltigeurs. 11 a été plusieurs fois cité dans les rapports de cette armée. Il fut, dans cette journée, blessé d'un biscayen à la jambe gauche.

Quant à la campagne de l'armée de Naples, en 1806, elle donne lieu à cette observation :

Cette campagne ne lui a pas fourni les occasions d'exercer sa bravoure, mais il a rendu des services à l'armée en remplissant avec autant d'adresse que d'intelligence les différentes missions dont il a été chargé.

Ajoutons qu'en 1804, Ordonneau avait obtenu un congé pour rentrer en France, car nous savons qu'il se maria le 13 thermidor an XII {i^^ août 1804), à Chalon-sur-Saône, avec une demoiselle Marie Perrot, dont nous reparlerons plus loin.

D'îiutre part, Ordonneau, qui vient d'être blessé de nouveau à la jambe gauche, nous apprend la note qui précède, subit à cette époque le contre-coup de toutes les blessures qu'il a reçues au cours de ses déjà nombreuses pérégrinations.

En effet, à la date du 30 août 1807, le général Duhesme écrit de Brescia, en Lombardie, au ministre Berthier, prince de Neuchâtel, pour demander en faveur d'Ordonneau une retraite honorable. Voici du reste le principal passage de cette lettre, qui nous intéresse directement :

En vous priant. Monseigneur, de vouloir bien soumettre ces titres à la bienveillance de Sa Majesté l'Empereur et Roy, à l'effet de lui obtenir une retraite honorable, je dois vous observer que c'est avec un regret sensible que je vais me séparer d'un brave officier qui a fait sous mes ordres toutes les campagnes de la

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Révolution, qui a rendu à la patrie des services signalés et dont la conduite distinguée lui a valu (sic) des armes d'honneur et le grade d'officier dans la Légion.

M. Ordonneau, par la suite de ses blessures, étant dans Timpossibilité de continuer à servir activement, est réellement digne des. bienfaits du gouvernement. Ainsi, Sa Majesté, en lui accordant sa pension de retraite, récompensera en lui ses talents militaires, une bravoure à toute épreuve, et un attachement inviolable qu'il a toujours eu pour sa personne.

Permettez-moi encore. Monseigneur, de le recommander à Votre Excellence, avec toute l'amitié que je lui porte, puisqu'il a servi seize ans directement sous mes ordres et que je n'ai jamais •eu qu'à me louer de lui.

Enfin, je termine par vous observer que cet officier est présentement malade, vu que la saison et le climat d'Italie sont entièrement contraires à sa santé.

Cette lettre fait plaisir à lire ; elle honore également Ordonneau et Duhesme.

Cependant, à la date du i^^ septembre 1807, le commandant Ordonneau réclame par lettre sa retraite ; sa demande est accompagnée d'un certificat que nous résumons ci-dessous, certificat portant la même date et parti de Brescia.

Les officiers de santé en chef de l'hôpital militaire de Brescia constatent une cicatrice profonde adhérente à la partie moyenne (sicj latérale externe de la jambe gauche, provenant d'un coup de biscayen (sic); deux autres cicatrices h la partie moyenne et postérieure de la même jambe, par suite d'un coup de feu ; ces cicatrices gênent notoirement le mouvement musculaire et celui de progression. Une autre cicatrice à la partie supérieure et latérale de la face, provenant aussi d'un coup de feu, cause des douleurs de tête qu 'Ordonneau ressent par la compression du « péricrane »; il a en outre, « par la pléthore de sa constitution, la respiration laborieuse » ; il n'est plus guère propre au service actif aux armées.

Le 5 suivant, Duhesme écrit de nouveau au ministre pour lui dire que son secrétaire a oublié de mettre dans le paquet

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envoyé le 2 septembre l'état des services d'Ordonneau. Il ajoute:

Souffrez, Monseigneur, que je recommande de nouveau à votre bienveillance ce brave officier pour la pension de retraite, étant dans rimpossibilité de continuer un service actif.

Et, à la date du 29 septembre 1807, nous trouvons une demande, en forme cette fois, d'Ordonneau, réclamant sa retraite, avec un autre certificat de visite des officiers de santé de rhospice militaire de Brescia.

Ordonneau venait d'avoir trente-sept ans ! L'armée allaitelle donc perdre un de ses meilleurs serviteurs, un de ses plus braves officiers? non, fort heureusement.

Ordonneau ne fut pas mis à la retraite; un des imprimés remplis par lui et envoyés au ministre, pour solliciter une pension de retraite, porte épinglée une note ainsi conçue :

Je connais M. Ordonneau et il n*est pas, certainement, dans le cas de la retraite.

Le certificat des officiers de santé dit seulement qu'il n'est plu& en état de faire un service actif aux armées, mais ce certificat ne constate point qu'il soit dans une impossibilité de servir.

Ordonneau obtint sans doute un congé temporaire; le voici rappelé au moment de la guerre d'Espagne; il sera employé à l'armée de Catalogne de 1808 a 1813 et servira d'abord sous les ordres du général Duhesme, puis sous ceux de Gouvion-Saint-Gyr. Les blessures pouvaient l'abattre momentanément, mais non le terrasser.

LE GENERAL ORDONNBAU. 35

Campagne d'Espagne. — L'émeute de Barcelone. — Passage du Llobregat. — Devant Mongat. — L'attaque de Gérone. — Insuccès sur TOgna.

— Prise de trois redoutes devant le fort Mont-Jouy. — Escorte de convois. — Cruauté des Espagnols. — Retour à Gérone. — Ordonneau est nommé adjudant-commandant. — Il demande un congé de convalescence. — Arrestation d'Ordonneau. — Sa justification et sa réhabilitation. — Nouvelles demandes de congés. — Ordonneau sauve Barcelone de la disette. — Mort de M™» Ordonneau. — Proposition pour le grade de général de brigade. — Capture du chef de bandes Pages. — Enlèvement du gouverneur et de Tétat-major de Villa-Nova.

— Ordonneau est nommé général. — Affaires de Saint-Estevan et Saint-Saturui.

On sait ce que fut cette guerre d'Espagne, guerre plus funeste à l'Empire que la campagne de 1812, plus terrible dans ses conséquences que cette trop célèbre retraite de Russie. Ce fut une guerre sans merci, où le poignard joua, du côté des Espagnols, un rôle plus important encore que le fusil et le canon. Nos soldats, sans cesse sur le qui-vive, étaient continuellement harcelés par les paysans, qui se joignaient aux troupes régulières, les éclairaient, et jouaient du couteau dès que l'occasion paraissait propice.

Les atrocités qui se commirent au cours de cette funeste campagne furent si épouvantables que nous préférons ne pas nous étendre sur ce sujet; ceux de nos lecteurs qui voudront se rendre compte du degré de cruauté auquel en arrivèrent les Espagnols n'auront qu'à parcourir le Journal du capitaine François (1), récemment publié ; ils y trouveront les reproductions de deux dessins de Goya qui les édifieront sur le sort réservé aux soldats français tombés au pouvoir des Espagnols.

(1) 2 volumes chez Charles Carrington, 13, Faubourg-Montmartre. 1904.

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Nous ne savons pas exactement à quelle date précise Ordonneau arriva à Tarmée d'Espagne, mais il est plus que probable qu'il y vint avec le général Dubesme, investi, le 24 février 1808, du commandement d'un corps de 12,000 hommes rassemblés dans le département des Pyrénées-Orientales. Ce général se porta sur la Catalogne et surprit Barcelone, qu'il occupa le 28 du même mois.

Les renseignements qui vont suivre sont empruntés aux Mémoires sur la campagne de Catalogne en i 808, du Lafaille. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les documents ayant trait à Ordonneau :

Il y eut à Barcelone, le 28 mai, une émeute assez considérable.

Une populace nombreuse, à laquelle se joignirent plusieurs canonniers espagnols, assaillit à coups de pierres et de poignards les soldats français sans armes qui. à l'heure de la retraite, traversaient pour se rendre à leurs casernes la promenade de la Ramble. Les officiers qui se trouvaient sur cette promenade fondirent, répée à la main, sur les assaillants et assurèrent la retraite des soldats ; mais ils étaient repoussés à leur tour, lorsque le chef d'escadron Ordonneau, premier aide de camp et chef d'état-major du général Duhesme, accourut avec un fort piquet et dispersa la foule sans tirer un coup de fusil. Le comte d'Espéléta, à la tête des principales autorités de la ville, s'empressa de se porter luimême sur la Ramble et acheva de rétablir la tranquillité. Il y eut deux ou trois Espagnols de tués ; trois ou quatre de nos soldats avaient été assassinés à coups de poignards.

Le iO juin 1808, au point du jour, toutes les troupes étaient rendues vis-à-vis de leurs points d'attaque respectifs. Deux colonnes, commandées par le général Schwartz et par le chef d'escadron Ordonneau, passèrent le Llobregat, l'une auprès de Saint-Boy et l'autre devant Saint-Jean, village intermédiaire entre Saint-Boy et Molins-del-Rey. Elles avaient de l'eau jusqu'au milieu du corps. Deux hommes se noyèrent, un troisième fut tué par un boulet au milieu de la rivière ; mais, le passage forcé, il n'y eut plus de résistance.

Le général Duhesme fit éprouver, dans cette affaire, des pertes considérables aux insurgés.

, Dans la nuit du 26 au 17 juin, le général Duhesme se porta

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devant Mongat avec la division Léchi; et le 17, au point du jour, tandis que, par des démonstrations d*attaque, il attirait Fattention des insurgés sur leur gauche et sur leur centre, il les fit tourner sur leur droite par un bataillon italien et par le régiment d'infanterie napolitaine, commandée par le colonel Pégot. Cette manœuvre, que nous le verrons répéter souvent, et dont cette fois il confia la direction au chef d'escadron Ordonneau, eut le succès le plug complet.

Trois jours après, Ordonneau aura moins de bonheur; voici les faits, d'après Lafaille :

Le 20 juin, à Tattaque de Gérone (1), Duhesme demande des échelles pour Tescalade. Lafaille offre de se charger du soin d'en trouver, mais Duhesme, sans accepter son offre, lui ordonne de se rendre sur la rivière du Ter, pour l'éloigner, dit Lafaille. Ce dernier en conclut qu'il n'y aura pas d'attaque.

« Cependant, ajoute- 1- il, presqu'au même instant, j'entendis le chef d'escadron Ordonneau, qui paraissait avoir été le principal conseil et posséder seul le secret de son général dans cette entreprise, se proposer lui-même pour conduire une attaque contre la ville haute, ne demandant que deux compagnies d'élite et point d'échelles. Je vis en même temps le général Duhesme accepter sans balancer la proposition de son aide de camp et chef d'étatmajor, se disposer à lui confier, non pas deux compagnies seulement, mais toutes les compagnies d'élite de la division Léchi, et donner sur-le-champ l'ordre de les réunir. »

Une batterie de trois obusiers est placée sur les hauteurs de Palau, mais ils se démontent d'eux-mêmes de leurs affûts et les boulets éclatent en l'air avant d'arriver sur la ville. Les Géronais croient que ce résultat est dû à leur artillerie.

« Le chef d'escadron Ordonneau ne s'en avança pas moins bravement avec ses compagnies d'élite le long de l'Ogna. Battu de front par la ville et de flanc par les forts des Capucins et du Connétable, il ne put arriver jusqu'aux murailles. Il fit alors quelques mouvements qui semblaient menacer ces forts mêmes ; mais il ne put résister longtemps aux feux dirigés contre lui, et il ne fut bientôt plus occupé qu'à s* en couvrir, à la faveur des ressauts de terrain et des sinuosités des bords de l'Ogna. Cette attaque, si toutefois

(1) Cette ville est appelée plus communément Gironne ; à tort, d'après l'auteur cité.

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on peut lui donner ce nom, ne servit qu'à redoubler la confiance des Géronais. »

Lafaille ajoute un peu plus loin :

Le mauvais succès de son aide de camp avait causé à Duhesme un chagrin profond, qui était empreint sur tous ses traits. Il voulait à tout prix effacer l'impression de ce mauvais succès.

Cependant les opérations se poursuivent :

Le 18 juillet, la route de Mataro à Galella était rompue par de violentes coupures, faites par les mines explosives.

Le général Duhesme envoya le chef d'escadron Ordonneau reconnaître, avec deux bataillons, la route jusqu'à Galella, et il m'ordonna — dit Lafaille — de l'accompagner.

Lafaille était alors capitaine du génie, attaché au générai Marescot. On trouve une énorme coupure; la reconnaissance s'effectue sous le feu de la flottille anglaise.

La deuxième coupure (toutes deux étaient entre Saint-Pol et Galella) était effrayante ; c'était à l'endroit où la route formait une corniche dominée par un rocher à pic. On voyait en dessous la mer à une très grande profondeur.

« Je ne crus pas impossible, dit Lafaille, de réparer cette coupure ; mais le chef d'escadron Ordonneau et les autres officiers qui la virent avec moi en jugèrent autrement. La description qu'ils en firent au général Duhesme ne fit que le confirmer dans le dessein de passer par la route d'Hostalrich. Il envoya cependant encore le lendemain, sous les ordres de Tadjudant-commandant Devaux, une nouvelle reconnaissance aux défilés de Saint-Pol; mais ce ne fut plus que pour donner le change à l'ennemi, et Ordonneau, le chef de confiance du général Duhesme, alla se mettre à la tête de l'avant-garde du côté de Saint-Célony. »

Néanmoins, la place de Gérone n'est pas cernée : nous manquons de troupes pour le faire, ce qui fait dire à Lafaille :

Nous ne l'avions pas même encore investie du côté du fort Mont- Jouy lorsque, dans la nuit du 26 au 27 juillet, le chef d'escadron Ordonneau partit des bords de l'Ogna à la tête d'un bataillon et traversa toutes ces montagnes (il s'agit des montagnes de l'est, où se trouvait la chaîne des forts du Calvaire, du Connétable, de la

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Reine-Anne et des Capucins), pour aller rejoindre la gauche du général Reille. Dans cette reconnaissance nocturne, il surprit quelques postes extérieurs de la place et s'empara de trois redoutes en maçonnerie situées en avant du fort Mont- Jouy ; elles n'avaient pas été mises en état de défense par les insurgés.

Les troupes de Duhesme furent appelées à fournir en prei^que totalité l'escorte des convois qui devaient être dirigés sur Figuières (Espagne) et Perpignan.

Dès le 28 juillet, on fît partir un de ces convois, sous les ordres du colonel Zénardi et du chef d'escadron Ordonneau. On avait pour but de communiquer avec la France, d'y conduire un nombre assez considérable de blessés de la division Reille et de ramener de Perpignan et du fort de Figuières quelques grosses pièces et d'autres approvisionnements de siège. L'escorte était composée d'un escadron du régiment du colonel Zénardi, du bataillon napolitain, du bataillon italien, du bataillon français du 1H«, et du bataillon valaisan, qui passait pour le meilleur de la division Reille.

Lafaille fut attaché à cette expédition, car on voulait avoir un officier du génie.

Le convoi rencontra un corps de Somatènes (habitants qui prennent les armes au son du tocsin — somaien — et les déposent^ le péril passé) et de Miquelets (miliciens levés pour la durée de la guerre). Lafaille décrit ainsi le spectacle qui s'offrit aux yeux de nos troupes :

Les cadavres mutilés des hommes et des chevaux étaient encore étendus sur la route et présentaient un horrible spectacle.

A la vue de ces cadavres, exposés à dessein, les troupes ne peuvent contenir leur indignation.

Le bataillon du 16», conduit par le chef d'escadron Ordonneau, «'élança le premier contre ces nouveaux ennemis, les culbuta sur la gauche du pont et s'abandonna longtemps à leur poursuite dans les montagnes. Le bataillon du 16®, après avoir chassé au loin les Miquelets, se réunit à la Junquère au reste de la colonne. Nous ne vîmes plus d'ennemis, et le convoi, intact, poursuivit tranquillement sa route jusqu'à la frontière de France. Toutes l^s troupes restèrent campées sous le fort de Bellegarde, aux ordres du chef d'escadron Ordonneau.

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Ces troupes revinrent ensuite à leur point de départ pour

le quitter aussitôt de nouveau.

On avait fait partir le 5 août, pour Figuières, un nouveau convoi qui transportait environ 200 hommes blessés ou malades et qui devait ramener encore de l'artillerie de siège et des munitions.

L'escorte était la même que la première fois, sauf que le bataillon valaisan n'en faisait plus partie.

Ces troupes avaient aussi les mêmes chefs, Zénardi et Ordonneau ; msds leur premier succès leur avait inspiré une sécurité qui fut très funeste. Ils s'arrêtèrent avec le gros de leur troupe à Figuières; et, pour communiquer avec la France, comme ils en avaient reçu Tordre, ils n'envoyèrent que le bataillon napolitain, fort de 300 à 400 hommes. Ce bataillon, dont le chef était Ambrosio, est attaqué et environné par 2,000 à 3,000 Miquelets. Les malades et blessés sont égorgés, ainsi que quelques marchands qui suivaient le convoi.

Ce combat eut lieu le 6 août, sous une chaleur excessive ; les hommes étaient exténués. Enfin, soutenus par le désespoir, s'il nous est permis de nous servir d'une expression qui traduit très exactement l'état d'esprit des troupes françaises en ce terrible moment, les soldats arrivent au fort de Bellegarde, après que les traînards et les blessés ont été impitoyablement égorgés. La perte fut de 50 à 60 hommes dans le bataillon napolitain. « De plus, on y vit des soldats et des officiers perdre entièrement la raison, soit par TefTet des rayons qu'un soleil brûlant dardait sur leurs têtes, soit par la vue des hor ribles cruautés dont ils étaient les témoins. »

Ambrosio lui-même, fou de désespoir, avait voulu, à un certain moment, se jeter et périr au milieu des insurgés. C'est à grand'peine — et par la force seule — qu'on avait pu le détourner de cette résolution insensée.

Il voulait repartir le lendemain matin, 8 août, pour Figuières, d'après les ordres donnés, mais le général commandant le fort de Bellegarde l'en empêcha prudemment.

Ordonneau et Zénardi, inquiets de ne pas le voir revenir, allèrent pour le chercher jusqu'auprès de la frontière. Ils

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furent obligés de livrer un combat opiniâtre et sanglant, pour éloigner les Miquelets qui s'opposaient à leur passage. Il» retournèrent ensuite sur leurs pas sans rencontrer de nouveaux obstacles.

Ils arrivèrent le 9 sur Gérone ; ils amenaient cinq grosses bouches à feu et divers approvisionnements de siège qu'on avait tirés du fort de Figuières, mais ils apportaient en même temps des dépêches du major général, qui confirmaient la nouvelle de nos revers en Andalousie et qui prescrivaient au général Duhesme de retourner à Barcelone. C'était la confirmation des malheureux événements de Baylen, auxquels jusqu'alors on avait refusé d'ajouter foi. On ne sut que plus tard toutefois la nouvelle de l'évacuation de Madrid.

A Barcelone, Duhesme fut bientôt bloqué par les insurgés, qui avaient reçu des renforts de la junte de Catalogne après leur défaite sur le Llobregat, et le défenseur de la ville aurait succombé, par suite de l'affaiblissement de son corps d'armée, réduit par les précédents combats, sans le secours que lui apporta le général Gouvion-Saint-Cyr, qui, après s'être rendu maître de Gérone, accourut pour le délivrer.

Le 23 août 1808, Napoléon nomme Ordonneau adjudantcommandant et l'attache au général Gouvion-Saint-Cyr, très probablement pendant un congé en France, si nous en croyons une note de Lafaille ainsi conçue :

Le général Duhesme ayant besoin, pour remplir les fonctions de chef d'état-major dans la position où il se trouvait à Barcelone, d'un homme qui possédât des connaissances administratives, remplaça dans ces fonctions le chef d'escadron Ordonneau, qui était rentré en France avec congé après le siège de Gérone, par le sous -inspecteur aux revues Porte, qui avait été administrateur dans son département et membre du Conseil des Cinq-Cents.

Ce congé a dû expirer dans les premiers jours du mois de septembre, puisqu'à la date du 5, nous voyons qu'Ordonneau est employé à l'état-major de l'armée de Catalogne.

42 LB GÉNÉRAL ORDONNBAU.

A cette époque, Ordonneau recommença à souffrir d'une façon aiguë de ses blessures.

Un certificat médical des chirurgiens des hôpitaux militaires de Barcelone constate :

« Une cicatrice au tiers inférieur et externe de la jambe gauche... Tadhérence de cette cicatrice lui rend la marche pénible, ainsi

-qu'un autre coup de baie (sic) lequel a traversé Textrémité

inférieure des muscles jumeaux, un coup de pistolet à la partie

supérieure du côté droit du coronal un léger coup de sabre

«ur Tarcade orbi taire gauche »

Ils ajoutent, au sujet de la contusion considérable qu*un bis- •caïen avait causée a aux muscles fessiers de la cuisse droite » d'Ordonneau, que « cette extrémité a recouvré ses facultés, à Texception de douleurs rhumatismales chroniques que M. l'adjudantcommandant éprouve fréquemment depuis cet accident. Dans des manœuvres que faisait l'armée de Catalogne le 25 février 1808, M. Ordonneau fit une chute de cheval qui lui luxa le bras gauche «n bas : le déchirement des ligaments de l'articulation de l'humérus fut tellement grand que cet os n'a jamais pu conserver sa position naturelle; celle qu*il a dans ce moment ne lui permet que des mouvements très bornés et toujours accompagnés de douleurs considérables, surtout dans les changements de l'atmosphère et dans les fatigues que nécessite son état.

« En conséquence d'infirmités aussi graves, nous estimons que M. Ordonneau est dans l'impossibilité absolue de faire un service actif et qu'il a le plus pressant besoin de l'usage des eaux thermales pour obtenir quelque soulagement à ses douleurs actuelles.

« Barcelone, le 24 juillet 1809.

« Signé : Bottin, D*" Bruneau, et Lecointe, médecin en chef. »

De plus, nous avons trouvé une lettre de Duhesme au comte de Hunebourg, ministre de la Guerre (1), lettre datée de Bar- •celone, du 17 décembre 1809, et ainsi conçue :

Monseigneur, M. l'adjudant-commandant Ordonneau, après la nomination au grade qu'il occupe, oubliant les douleurs aiguës qu'il éprouvait -d'une chute de cheval faite en service militaire dans la campagne

(1) Il s'sigit de Clarke, lequel, avant d'être créé duc de Feltre, avait reçu ce premier titre.

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•de 1808, se hâta de rejoindre le corps que je commande, où il a joué le rôle le plus honorable dans toutes les opérations militaires que je lui ai confiées.

Une nouvelle chute de cheval, causée par la difficulté de monter que lui donnait la première, met aujourd'hui cet officier dans l'impossibilité de continuer ses services, et les nouvelles douleur^ •qu'il éprouve sont telles que, ne pouvant se rendre en France à <;heval, quand même les communications par terre seraient ouvertes, je me détermine à lui permettre de s'embarquer, soit pour «e faire opérer, soit pour réclamer auprès de Sa Majesté le traitement de retraite auquel lui donnent droit ses blessures, ses infirmités contractées à la guerre et un service de .vingt ans, toujours soutenu avec un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge.

Je m'estimerais heureux, Monseigneur, si ces témoignages de ma satisfaction particulière, que je me plais à vous donner ici de M. Tadjudant-commandant Ordonneau, et qu'il a si bien mérités, peuvent coopérer à améliorer son sort et à le faire paraître digne •de la bienveillance de S. M. l'Empereur et Roy.

Daignez, etc...

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