‹ Le général Ordonneau, 1770-1855Chapitre 6 sur 12 · G. DUHESME · texte numérisé non relu

G. DUHESME

Celte lettre prouve qu'Ordonneau qui, on se le rappelle, avait été attaché à Gouvion-Saint-Cyr, avait repris ses fonctions auprès de Duhesme.

A la date du 2 mars 1810, nous trouvons un autre certificat de Bottin, chirurgien-major des hôpitaux militaires de Barcelone, affirmant qu'Ordonneau a besoin des eaux sulfureuses pour blessures et douleurs, en particulier pour deux luxations du bras, dont une n'est réduite qu'imparfaitement.

Un congé lui est accordé et, le 18 mars, il est désigné pour «conduire à Perpignan une colonne, que suivront les prisonniers de guerre, des hommes « esclopés » des divers régiments, de même qu'une douzaine de prêtres et de moines •qui se sont refusés à prêter serment de fidélité et qui sont considérés comme dangereux.

Mais voici une fâcheuse mésaventure, qui arriva le plus inopinément du monde à Ordonneau et lui porta un grand préjudice.

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Le 18 mars, ainsi que nous venons de le voir, Ordonneau se prépare donc à partir avec un convoi semblable à ceux qu'il a déjà conduits entre Figuières et Perpignan. Il va se rendre, avec autorisation, aux eaux thermales situées près de Prades.

n se met en route le 19 et, le lendemain, il est arrêté et ramené k Barcelone. Voici dans quels termes le général Goullus, dans une lettre datée de Gardadeu, lui fait notifier cette mesure :

Monsieur, je viens, en vertu des ordres du chef de TEtat-Major général de Tarmée, de prescrire à Monsieur le commandant du 37» de ligne de vous mettre en arrestation, ainsi que vos équipages, jusqu'à nouvel ordre.

J'aurai l'honneur de vous informer de la réponse que je recevrai en annonçant l'exécution de cet ordre.

Le Général de brigade, Goullus.

Après l'arrestation d'Ordonneau et son retour forcé à Barcelone, on procéda à l'inventaire des objets qui se trouvaient à son domicile, rue Moncada. La Commission administrative de l'armée de Gatalogne avait délégué dans ce but un nommé Costa, avec, pour l'assister, un nommé Schmerber, capitaine-adjudant-major de la place de Barcelone.

Voici, à titre de curiosité, quelques détails tirés du procèsverbal fait par ces officiers. Ils trouvèrent :

Deux capotes de drap grossier, une couverture de laine pour les chevaux, une mâle (sic) qui fut scellée; deux paquets de mauvais linge, trois paires bottes {sic), deux paires pistolets; une besace contenant des provisions ; un sac de charbon et une barrique de vin, plus deux valises.

La « mâle » ne contenait, dit le procès-verbal d'ouverture, que du linge de corps et d'habillement, de même que les valises. Il y avait en outre, dans la « mâle », 21 écus de 6 livres, 30 ù:'ancs en piesces (sic) de 5 francs, 2 pièces de 2 francs, 8 de 1 franc, 10 de 50 centimes, une de 30 sols et 5 de i5 sols, (f le tout monaie (sic) française ».

Mais pourquoi cette arrestation et cette perquisition? A cette

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date, la Commission administrative de l'armée de Catalogne recherchait les auteurs de malversations qui avaient été commises. Arrêter Ordonneau et perquisitionner chez lui, c'était l'inculper d'avoir versé dans ces abus.

L'infortuné dut se justifier de la façon la plus complète et fournir les explications les plus minutieuses. C'est ainsi qu'il déclare (1) avoir bien reçu du général Duhesme une gratification de 4,250 francs « pour gratification à lui seul, comme un témoignage de sa satisfaction particulière des services qu'il a rendus, nottamment (sic) pour avoir fait entrer dans les magasins de l'armée des vins qui ont été pris dans les caves appartenant aux moines de Montalègre, que les Somatênes voulaient enlever (2) ».

Mais Ordonneau s'empresse d'ajouter qu'il a distribué, non seulement ces 4,250 francs, mais encore un supplément tiré de sa poche et élevant le total de la somme à 4,824 francs iO sols, aux chefs des différents corps et aux officiers particuliers qui ont combattu sous ses ordres.

Il déclare qu'il n'a accepté cette gratification que pour jouir du plaisir de l'offrir à ces derniers, et ajoute :

« Le soussigné observe en outre qu'il n'a jamais reçu d'autre gratification de M. le général Duhesme, depuis qu'il -est en Catalogne. »

Ordonneau, qui avait protesté immédiatement auprès du secrétaire membre de la Commission administrative du gou- Tcrnement de Catalogne, envoya au ministre deux lettres de protestation, datées des 20 et 22 avril, de Perpignan. Il se plaint vivement du procédé et en même temps réclame le •congé de convalescence qu'il avait déjà demandé, pour aller prendre les eaux sulfureuses. Il renouvellera ces plaintes

(1) Lettre au mkûstre, datée de Barcelone, du 26 mars.

(2) Une note de Duhesme (Mémoire sur la campagne de Catalogne) nous apprend que dans cette expédition, qui avait été faite en septembre, on avait enlevé 50,000 pintes de vin « qui remplacèrent une partie de celui de la réserve qui se détériorait, et qui fut distribué aux Groupes de la garnison ».

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dans une lettre écrite le 23 juin à M. Tabarié, chef de division des états-majors et du personnel au ministère de la Guerre^ auquel il donne diverses explications supplémentaires.

Dans un passage de cette lettre, il s'exprime siinsi :

Le désintéressement est une qualité inhérente à ma personne; ma seule passion est celle de la gloire et de me montrer toujours digne de Tauguste bienveillance de mon Prince, de l'estime et de la confiance de mes camarades.

Enfin, il annonce qu'il s'occupe de réunir les reçus des sommes distribuées à ses officiers. N'est-il pas triste de voir ce brave officier réduit à se justifier ainsi!

Après qu'Ordonneau eut subi cette terrible humiliation, la Commission administrative, non seulement le relâcha avec des excuses, mais lui délivra encore une pièce ainsi conçue :

Barcelonne, 5 avril 1810.

La commission administrative du gouvernement de Cathalogne (sic) certifie que le général Ordonneau n'a été rappelé à Barcelonne (sic) que pour donner des renseignements sur les affaires d'administration, et non comme prévenu d'être Tun des auteurs des abus et malversations commises.

Nous avons dit qu'Ordonneau demandait un congé de convalescence; il demanda également à être envoyé dans une autre armée. Un rapport, daté du 6 mai 1810, propose d'envoyer cet officier à l'armée d'Italie, sa situation à l'armée de Catalogne devant être pénible, en raison des événements qui venaient de se passer.

En conséquence, le 5 juin 1810, le ministre de la Guerre écrit à Macdonald, duc de Tarente, que, si le maréchal Auge*» reau, duc de Castiglione, a jugé devoir faire examiner les papiers et efi'ets du général Ordonneau, «• la Commission administrative du gouvernement de Catalogne, qui a fait procéder à cette vérification, a déclaré que cet officier n'avait été soupçonné d'aucun délit personnel, mais qu'on avait

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désiré qu'il donnât des renseignements sur les abus dont la recherche est confiée à cette administration ».

La réhabilitation était complète, mais un peu tardive.

Cette dure épreuve de Barcelone, venant s'ajouter aux souffrances physiques de notre officier, dut singulièrement aggraver l'état de sa santé, si souvent ébranlée depuis plusieurs années. Les pièces qui suivent le prouvent indubitablement.

A la date du 30 octobre 1810, nous voyons que le ministre fait demander à Ordonneau de nouveaux certificats de maladie, ceux qu'il a produits étant trop anciens.

Notre héros adresse alors un nouveau certificat, signé Bottin et Garbonni, et attestant que les infirmités mentionnées existent toujours et qu'il est absolument nécessaire qu'Ordonneau aille faire promptement usage des eaux thermales.

Le 22 novembre, Ordonneau demande au maréchal Maodonald, duc de Tarente, de le laisser rentrer dans ses foyers, pour se pourvoir auprès du ministre : « L'honneur, ajoute»» t-il, m'ordonne de solliciter ma retraite. »

Le 26 suivant, Macdonald transmet la demande et les pièces du dossier au ministre, en ajoutant ceci : « Le général Maurice Mathieu me donne les témoignages les plus favorables sur la conduite de cet officier supérieur, en désirant le conserver à Barcelone. Je prie Votre Excellence néanmoins de lui accorder le congé qu'il demande et de faire connaître à l'Empereur que cet officier a rendu d'importants services depuis qu'il est en Catalogne. »

Le 24 décembre, le maréchal duc dé Tarente transmet une lettre par laquelle Ordonneau demande l'autorisation de rentrer en France, pour solliciter sa retraite en raison d'infirmités consécutives à ses blessures.

On répond à cette lettre en proposant à l'intéressé d'accorder un congé de trois mois avec appointements.

Sans nul doute, Ordonneau s'était rendu tellement indis-

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pensable, tant par sa bravoure que par son habileté et sa profonde connaissance du pays, qu'on était décidé à ne lui donner sa retraite qu'à la dernière extrémité.

Vient ensuite, le 2 janvier iSii, un rapport du ministre de la Guerre, Clarke, duc de Feltre, à l'Empereur et Roi, au sujet -d'un congé de trois mois avec appointements demandé par Tadjudant-commandant Ordonneau pour rhumatismes violents, conséquence de plusieurs blessures graves. Ce rapport est approuvé par l'Empereur.

Mais Ordonneau attend toujours! Il faut avouer qu'à cette époque les congés ne s'accordaient pas très facilement; on conviendra cependant qu'il était dur de retarder ainsi la guérison d'un malheureux officier qui souffrait en silence, après avoir versé son sang un peu partout pour le service de sa patrie.

Le congé n'est envoyé à Ordonneau que le 15 janvier.

Cependant, malgré sa triste situation physique et morale, il trouve encore le moyen d'être utile, car nous voyons qu'à la date du 25 février 1811, l'intendant de Barcelone, A. de Suppé, déclare que c'est grâce à Ordonneau que la disette a été évitée et que c'est à lui qu'on doit la conservation de Barcelone et la tranquillité de cette ville; un rapport au ministre, du 4 août 1811, confirme ainsi cette pièce : « Cet adjudant- ■commandant a rendu des services signalés pour l'approvisionnement de la place de Barcelone et pour le maintien de l'ordre et de la discipline dans la garnison de cette place. »

Ces témoignages, tout incomplets qu'ils sont, suffisent pour prouver que notre héros savait toujours se sacrifier au bénéfice de ceux qui l'entouraient, et en outre qu'il avait des talents d'administrateur peu communs alors chez les officiers des armes combattantes.

Avant de partir pour la France, Ordonneau avait pris soin de se faire donner de plusieurs mains des lettres de recommandation qui lui furent certainement très utiles. Il faut observer qu'à ce moment Ordonneau se trouvait encore sous le coup de l'affront que lui avait fait Augereau en ordonnant son

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arrestation, et qu'il tenait avec raison à se justifier d'une manière éclatante. Voici le principal passage de la lettre du général Maurice Mathieu, datée du 3 avril 1814 :

Personne à Tarmée de Catalogne n'a mieux servi son souverain et TEtat que ce brave officier, aussi distingué par ses talents militaires que par sa moralité. Il a, dans toutes les affaires, et particulièrement au combat de Mataro et à celui du 20 mars devant Barcelone^ soutenu sa réputation si bien établie de militaire habile et valeureux. Il a su conquérir la confiance des troupes et Testime des habitants et même des ennemis. Son extrême délicatesse le rend très précieux dans un pays dont il faut faire la conquête morale en même temps que la conquête physique. Il vous donnera sur la Catalogne, qu'il connaît parfaitement, tous les renseignements que Votre Excellence pourra désirer.

Je vous supplie, Monseigneur, de solliciter la bienveillance impériale en faveur d'un militaire qui la mérite à tant de titres : nul n'est plus en état que lui d'être général de brigade.

Voici également comment s'exprime Macdonald, dans sa Jettre de recommandation au ministre, datée du 4 avril :

C'est un bon, brave, excellent officier, qui a rendu et rend tous les jours d'importants services à Barcelone. Veuillez faire valoir à Sa Majesté le zèle et l'entier dévouement de cet officier supérieur, qui serait une perte réelle pour cette place s'il ne revenait pas. Il mérite des encouragements, et plus encore, des récompenses.

Une lettre semblable avait également été remise à Ordon- 'neau par le colonel de Carrion-Nisas, qui termine ainsi :

Je regarderais comme une calamité générale pour cette

armée la retraite de cet officier, que des traitements inouïs de la part de M. le maréchal Augereau ont momentanément et justement, il faut l'avouer, dégoûté du métier mihtaire.

Mais il était dit qu'Ordonneau ne profiterait pas du congé qui lui avait été enfin accordé; en effet, le 12 juillet 1811, il déclare qu'il n'ira pas aux eaux thermales : primo, parce que 4Son « Epouse chérie » est gravement malade; secundo, parce que les médecins disent que la saison est trop avancée, 'il reste aux ordres du ministre. Celui-ci lui accorde, le

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22 juillet, une prolongation de congé de deux mois, avec appointements.

A la date du 23 juillet, et très probablement pour les derniers services qu'Ordonneau vient de rendre à Barcelone, nous voyons, au cours d'une lettre écrite par le ministre d'Etat, intendant général du Domaine extraordinaire, au ministre de la Guerre, que l'Empereur a accordé à Tadjudantcommandant Ordonneau une dotation de 1,000 francs de revenu, composée de deux places de 6® classe (à Dennevy par Touches, Saône-et-Loire).

Le d^r août 1811, il perd sa femme, née Marie Peirot, décédée à Gueugnon, dans l'arrondissement de CharoUes (Saône-et-Loire), à l'âge de vingt- huit ans. Elle était née à Chalon-sur-Saône, paroisse Saint-Georges, le 10 mars 1783, et était fille de Jean-Baptiste Perrot, ou Perrault, et de Marie Bordet, tous deux décédés à cette époque. Elle avait été déclarée le 11 mars de la même année. Son mariage avec le chef d'escadron Ordonneau avait été célébré, ainsi qu'on l'a vu, le 13 thermidor an XII (l^r août 1804), à Chalon-sur- Saône.

C'est vers la fin d'octobre qu'Ordonneau retourne en Espagne, où il rendra encore de nombreux services. Nous fe voyons à cette époque solliciter de l'avancement et adresser une demande à l'effet d'être nommé général de brigade. Cette demande est fortement appuyée par le général de division comte Maurice Mathieu de la Redorte, gouverneur de Barcelone ; voici ce que ce dernier écrit sur un état de services du 27 décembre 1811 :

C'est un des meilleurs colonels de l'armée, d'une bravoure à toute épreuve, rempli de zèle et de délicatesse, aimé des troupes et estimé des habitans ; il a rendu de grands services dans ce pays; tout le monde applaudirait à son avancement. J'ose solliciter pour lui le grade de général de brigade.

Voici, on en conviendra, un éloge non dissimulé ; en quelques mots, le général Maurice Mathieu a su résumer la belle car-

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riére du brillant coionel et mettre en lumière ses qualités morales, qu'il apprécie autant que ses talents militaires.

Mais voici un nouvel exploit, qui fait le plus grand honneur à Ordonneau. Il s'empare du célèbre chef de bandes Pages, dans une audacieuse expédition. Le général Decaen, après avoir annoncé cette heureuse nouvelle au ministre, ajoute ces mots : « Ce nouveau service rendu par M. Tadjudant-commandant Ordonneau m'engage à renouveler pour lui la demande que j'ai déjà faite pour qu'il soit élevé au grade de général de brigade. »

Et il joint à sa lettre le rapport du commissaire général de police H. de Beaumont. Voici ce document :

Barcelone, le 9 janvier 1813.

Suivant ce que j'avais annoncé à V. E., j'ai pris mes mesures pour m'emparer du fameux Pages de Granoller, le bras droit de Lacy, son homme de confiance. En conséquence, le général Mathieu a confié 200 hommes de partisans et voltigeurs au colonel Ordonneau. Nous nous sommes rendus par des chemins de traverse sur (\) où nous sommes arrivés hier à 4 h. du matin,

ayant 500 ennemis à i/2 lieue. Nous avons entouré la maison et pris Don Estevan Pages, le fameux Joseph de La Canonge et six Vigilants d'élite. Pages était revêtu de l'uniforme de lieutenantcolçnel. Nous avons fait prisonniers l'élite des Vigilants.

Le mois suivant, dans une expédition contre Villa-Nova, Ordonneau enlève le gouverneur de cette place et tout son état-major. Ce haut fait dut hâter son avancement; le voici enfin général de brigade, le 28 juin, et maintenu à l'armée de Catalogne. Ordonneau a repris toute sa force, toute sa vigueur ; après deux années, au cours desquelles il a visiblement souffert de toutes manières, il retrouve l'énergie de sa jeunesse. Nous pensons ne pouvoir mieux faire que de reproduire la lettre qui suit, adressée par le maréchal Suchet, duc d'Albuféra, au ministre de la Guerre :

(1) Nom de pays illisible sur le manuscrit.

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Armée d'Aragon et de Catalogne,

YiUa-Franca, le 16 septembre 18Î3.

Monsieur le Duc, Une partie de la garnison de Barcelone, commandée par le général comte Maurice Mathieu, et une division de Tarmée de Catalogne, avec quatre. bataillons italiens, avaient marché dans-la nuit sous les ordres du général en chef Decaen pour passer le Llobrégat et la Nova. Avant d'arriver à Martorell, le général Maurice Mathieu avait eu à combattre et à déloger trois bataillons d*Eroles, dans des positions fort difficiles ; il fît quelques prisonniers le soir, et repartit bientôt pour Saint-Estevan et Saint-Saturni. Le matin, il vit le corps de Manso et des Calabrais en bataille ; il le fit attaquer par le général Ordonneau. qui, avec quelques chevaux et la seule avant-garde du 18« léger, aux ordres du chef de bataillon Pellegrin, culbuta les deux premiers bataillons ; Tennemi se dispersa, laissant une trentaine de prisonniers et cinquante tués ou blessés

Le 20 septembre, Ordonneau reçoit l'accusé de réception des lettres de service qui l'attachent définitivement à Tarmée de Catalogne, où il restera sous les ordres de Suchet jusqu'à son passage à rarniée de Lyon.

Campagne de France (1814). — Combat de Mèximieux. — Ordonneaù est blessé près de Bourg. — Déroute des Autrichiens à Lons-le- Saunier. -^ Marches et contremarches. — : Retraite sous Màcon }

' Ordonneaù est encore blessé. — Combat de Saint-Georges. — Prise et reprise de notre artillerie. — L'armée se replie sur Lyon. — Combat de Romans. — Le maréchal Suchet demande le titre de baron pour Ordonneaù.

Le 14 janvier 1814, dit M. le comte de Tournons dans son très remarquable ouvrage intitulé : Notes sur V Invasion du Lyonnais en i 8i4, et auquel nous allons emprunter de nomr breux. passages et plusieurs cartes, arrivait à Lyon, à onze heures du soir, le maréchal Augereau, duc de Castiglione. « Il avait dans sa poche un décret du o janvier par lequel l'Empereur créait une armée dite : Réserve de Genève, sous le commandement du duc de Castiglione. L'adjudant général du Casse devait lui servir de chef d'état-major, et Musnier commander sa première division. Deux divisions tirées de l'armée de Catalogne devaient servir de point d'appui à tout ce que le maréchal pourrait réunir ou lever dans le midi de la France, mais ces divisions étaient encore au delà des Pyrénées. »

Le général Ordonneaù reçut l'ordre de partir dans les derniers jours de janvier, vers le 24, et les deux divisions, formées en six colonnes, arrivèrent à Lyon du 10 au 23 février.

Attaché à la division de réserve de Lyon (général de division baron Musnier de la Gonverserie), il commanda la 2® brigade de ligne venue de Catalogne.

Le 17 février, la division Musnier prit le nom de l'« division d'infanterie et reçut la brigade Ordonneaù, composée du 20® et

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du 67e (Je ligne; le 49, elle fut renforcée du 2® régiment de Toulon et d'un bataillon du 140*.

« Le 17 février, le duc de Castiglione ordonne au général Musnier de partir le jour même avec sa division (4,000 hommes d'infanterie, 6 bouches à feu et 200 chevaux, du ler hussards et du 31® chasseurs , qui à cette heure constituaient encore toute la cavalerie de l'armée) pour se porter sur Meximieux, en chasser l'ennemi, le poursuivre sur la route de Genève, marcher le 19 sur Pont-d'Ain, en laissant un fort détachement à Meximieux, s'avancer sur Bourg et s'en emparer, si l'ennemi était en pleine retraite. »

Musnier attaqua et enleva Meximieux, que l'ennemi occupait avec 1,000 hommes d'infanterie, 300 chevaux, 2 pièces de canon et un obusier ; les Autrichiens se replièrent sur le village de Loyes, situé sur un mamelon et présentant une excellente position militaire. Ils avaient réuni là 1,500 fantassins, 500 chevaux et 6 pièces, résolus k y tenir le plus longtemps possible; mais notre infanterie n'eut pas plutôt fait mine de tourner le village, en filant par les hauteurs, qu'ils se mirent en retraite, couverts par leur cavalerie, supérieure en nombre à la nôtre.

L'avantage du terrain rendit la perte de l'ennemi, en tués ou blessés, peu considérable; de notre côté, nous perdîmes une trentaine d'hommes. Le général de brigade Ordonneau se distingua dans ce combat; le général Musnier, dans son rapport sur cette affaire, se loue particulièrement de lui.

Le 19, le général Musnier entra à Bourg après avoir exé-^ cuté les ordres reçus ; mais, dans le combat qui précéda cette entrée, le général Ordonneau fut blessé d'un coup de feu à la jambe droite.

Conformément à ses instructions, le général Musnier partit de Bourg et arriva k Lons-le-Saunier le 28. La brigade Ordonneau, qui formait son avant-garde, eut, à l'entrée de la ville, un engagement assez vif avec les Autrichiens. L'ennemi, attaqué vigoureusement, culbuté et poursuivi sur la

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route de Poligny par les hussards du 4« et une compagnie de voltigeurs, nous laissa de 3,000 à 4,000 prisonniers et une trentaine de chevaux.

« Alors, seulement, le maréchal Augercau semble se rappeler que son objectif est Genève. Il en fait prendre la route h Musnier, avec la brigade Ordonneau, qui couche le l^^mars ^ux Petites-Chiettes, le 2 à Morez; le 3, Ordonneau, avec l'avant-garde, atteint de bonne heure Saint-Cergues et fait -déblayer la route encombrée de neige ; il sera le soir à Nyons, au bord du lac, complétant ainsi Tinvestissement de Genève ^t à portée de soutenir Bardet (général de brigade de la division de réserve dite de Nîmes) dans son attaque contre la ville. Un courrier lui apporte Tordre de faire demi-tour, de revenir coucher à Morez et de regagner, par Saint-Laurent, Lons- le -Saunier, où il arrive le 5, le maréchal ayant ainsi réussi à promener, pendant toute une semaine, la moitié de son armée entre deux buts qu'il s'était mis dans Timpossibilité d'atteindre. »

Et pendant que nous perdions notre temps en marches et <îontremarches, le feld-maréchal autrichien Bianchi s'avançait sur Lyon en deux colonnes, avec Scheither comme avant- :garde ; celui-ci entra le 8 à Mâcon.

C'est contre lui que Musnier va marcher; il reçoit l'ordre de se porter le il sur Mâcon, avec les brigades Ordonneau et Rémond. Le matin, le colonel Colbert remporte un très brillant succès sur les Autrichiens, à Maison-Blanche. Encouragé par ce début, le général Musnier ne songe plus qu'à Attaquer pour tout de bon. Il enjoint au général Ordonneau de tourner l'ennemi par la gauche, tandis qu'il se présentera •de front et qu'à la droite les troupes du général Bardet, sur lesquelles il compte et qui ne viennent pas, tiendront Ten- Qemi en échec.

tout allait pour le mieux, lorsqu'à deux portées de canon -de la place, nos troupes se trouvent tout à coup en présence de 18,000 hommes, dont 8 régiments d'infanterie hongroise.

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en position sur des hauteurs fortifiées et garnies de 40 bouches à feu.

Le déploiement de forces si imposantes ne fait pas renoncer Musnier à son projet.

Il s'entête à vouloir se rendre maître de Màcon, prescrit d'attaquer et fait mettre en batterie ses 9 pièces; 4 sont bientôt démontées.

La brigade Ordonneau vient se heurter inutilement contre la droite du général Bianchi, qu'elle ne peut entamer, et, sur la gauche de l'ennemi, Bardet ne paraît pas.

Au bout d'une heure de tentatives infructueuses, Musnier ordonne enfin la retraite, qu'il est assez heureux pour opérer tranquillement en présence des Autrichiens et sans être poursuivi par leur nombreuse cavalerie, parce que Bianchi se figure avoir affaire à toute l'armée du duc de Castiglione.

Nous eûmes dans ce combat 500 hommes tués ou blessés et l'ennemi en perdit 800 pris ou tués.

Quant à Ordonneau, il se contenta pour cette fois d'une forte contusion à l'épaule droite.

Si l'on veut bien lire la note qui suit, et que nous empruntons également à M. le comte de Tournon : « Les marches exécutées par la brigade Ordonneau, du 27 février au 11 mars, sont prodigieuses; en treize jours, elle a parcouru 430 kilomètres, dont une bonne partie dans des montagnes couvertes de neige, et livré deux combats. Que ne pouvait-on faire avec de pareils soldats? » ne sommes-nous pas en droit de croire qu'on nous saura gré d'avoir fait sortir de l'ombre un homme de la valeur et de l'endurance du général Ordonneau?

Le maréchal Augereau, instruit à onze heures du soir du résultat de la journée, réunit en toute hâte tout ce qui se trouvait disponible à Lyon, et, avec ce renfort, se porta à Yillefranche. Il remplaça à Belleville les troupes de Musnier par celles de Pannelier, porta la brigade Ordonneau et le 12® hussards sur la route de Beaujeu, vers Odenas et Saint- Lager, et garda le reste sous sa main, à Yillefranche.

^îdnsllher

rn"S*lég.

Campagne de France, 1814. — Màcon-

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Les Autrichiens commencèrent leur concentration le 16 et le mouvement offensif fut ordonné pour le 17. Nous ne voulons pas entrer ici dans le détail des opérations ; cela est d'autant moins nécessaire que le croquis du comte de Tournon donne bien l'emplacement des troupes engagées de part et d'autre -dans la journée du 18. C'est également à cet écrivain que nous emprunterons le récit de ce combat; il Ta reconstitué de manière définitive et a surtout relevé les erreurs des bistoriens antérieurs qui en avaient fait un exposé obscur et même incompréhensible.

Le duc de Castiglione avait choisi la plaine unie de Saint- Oeorges pour accepter le combat; c'était une faute, puisque l'ennemi, grâce à la supériorité de ses forces et surtout de sa cavalerie, pouvait évoluer avec la plus grande facilité. Son plan fut naturellement de tourner la gauche française et de la rejeter sur la Saône.

« A notre droite, le maréchal avait placé la brigade Estève, avec le 4<' hussards, en avant de Saint-Georges, sur Téminence que traverse la grande route, et qui descend en glacis vers le ruisseau du Saneillon. Le front de cette position est susceptible de défense, mais elle se trouvait en l'air, l'ennemi pouvant facilement, comme il le fit, passer la Vauxonne et atteindre, au bourg de Saint-Georges, notre ligne de retraite. Bien loin en arrière, la brigade Gudin était établie sur une hauteur, dont le château de Longsard,.qui touche au chemin de Beaujeu, et la ferme de Grangevieille jalonnent les deux extrémités. Le château de Laye, situé en avant, et commandant le passage d'un ruisseau très encaissé, formait un excellent saillant pour notre ligne de défense. Notre gauche était couverte par les taillis de Grammont, qui n'existent plus aujourd'hui, et, en arrière, le terrain qui se relève assez brusquement sur la droite du Marverand, pour former le plateau du Ghambely et de Place-Blanche, était occupé par Ordonneau. Au centre de la position, à Amas, se tenait le maréchal, gardant sous sa main comme réserve le 13^^ cui-

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rassiers, les troupes de Rémond et celles que Pouchelon venait d'amener. Cette ligne de 7. kilomètres, de Marzé à Longsard, n'était gardée que par 13,000 hommes, dont 1,600 cavaliers et 24 pièces, et la position de Pannetier, que rien ne reliait au gros de Tannée, était des plus périlleuses.

« L'attaque commença entre huit, et neuf heures du côté de Marzé; le lieutenant-colonel Lederer, chargé d'inquiéter notre droite, cherchait à se faufiler entre la Saône et la grande route ; peu après, Wimpfen attaquait de front le plateau de Bussy, où Estève rendait vaines toutes ses tentatives. A notre gauche, Tennemi avait beaucoup plus de chemin à faire. La direction donnée à Blanchi était le mamelon de Nety et le hameau de Marsangue. De ce dernier point, il devait entreprendre l'attaque de Longsard, pendant que le colonel Papp, marchant droit sur Laye par Gandogier avec le régiment Esterhazy, 1 escadron et 2 pièces, était chargé d'enlever ce château. La cavalerie de Lederer devait s'avancer dans la plaine et lé corps d'armée de réserve serrer sur Wimpfen. Mais le mouvement décisif était confié à Wied-Runckel, qui avait ordre de tâcher de gagner Ouilly par Saint-Julien et les Rues et de couper ainsi à l'armée française sa seule ligne de retraite.

« Cependant Pannetier tenait toujours bon devant Saint- Georges. Wimpfen lança sur le bourg la brigade Von Gall, qui y pénétra. Pannetier dut céder le plateau de Bussy, se jeter sur Saint-Georges, en chasser les Hessois, qui laissèrent ce village couvert de leurs morts, et se retiraient en désordre, quand le colonel Christophe, fondant sur eux avec le 4« hussards, les sabra et les dispersa complètement. Pannetier resta maître de Saint-Georges.

« A notre gauche, Ordonneau, débordé par la brigade Salius, attaqué de front par Blanchi, disputait pied â pied le terrain. Son artillerie, un moment compromise, fut dégagée par une charge à fond du 12« hussai*ds (1). Mais Blanchi,

(1) Le rapport du général en chef de l'armée du Sud autrichienne -mentionne 4 pièces enlevées par lés hussards de la légion allemande»

Campagne de France, 1814. — Combat de Saint-Georges.

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jetant sur Longsard la plus grande partie de ses forces, l'emporta. La cavalerie de Lederer s'avançait pour achever la Tictoire; le 67^ la laisse approcher, fait brusquement volteface, et par des feux à bout portant couvre le terrain d'hommes et de chevaux. Le maréchal profite de ce coup de vigueur, réunit ses dernières réserves, se porte avec elles sur Longsard et le reprend. Le général Haugwitz, gravement blessé, est emporté du champ de bataille. Le 13® cuirassiers s'élance alors, sabre et culbute l'ennemi en retraite; il n'est arrêté que par deux bataillons de Simbschen, commandés par le major Buchan, que le général CsoUich, chef d'état-major général, forme dans une position bien choisie, qu'il maintient contre toutes nos attaques.

« Ainsi sur toute la ligne le terrain perdu était reconquis. Mais, sur les quatre heures, le prince Wied-Runckel, précédant son artillerie, qui ne pouvait s'arracher des affreux chemins de Châtenay et de Colombier, se montrait, avec les régiments A. Giulay et Reiiss-Planen, sur le plateau des Rues, d'où il voyait à revers toutes nos positions. Il pouvait dès lors nous prévenir au long et dangereux défilé de Villefranche. Sans l'inébranlable fermeté des troupes de Catalogne, si surtout le général en chef autrichien, au lieu de gaspiller ses forces à l'attaque de Saint-Georges, avait pesé de tout leur poids sur notre gauche, le maréchal Augereau et son armée étaient prisonniers. Toutes les réserves de l'ennemi étaient entrées en ligne. Le duc de Castiglione, qui, à défaut de talent, avait retrouvé l'énergie de ses belles années, s'était exposé comme Un soldat et avait failli, lui et son escorte, être sabré par les dragons de Wurtzbourg, donna vers les cinq heures l'ordre de la retraite. Elle s'opéra en bon ordre, grâce à Ordonneau, qui fut chargé détenir le plus longtemps possible aux abords de Villefranche; Wied-Runckel, étant parvenu à mettre en

colonel Peuz. Mais comme aucun autre document n*en parle, nous supposons qu'il s'agit de Tartillerie d'Ordonneau, qui a pu être enlevée, mais reprise ou dégagée par le 12* hussards et le 13« cuirassiers.

64 LB O^ÉRAL ORDONMBAU.

batterie quelques pièces sur la hauteur d*Epinay, accompagna de ses boulets la queue de nos colonnes jusqu'à l'entrée de la ville.

« Le prince de Hesse-Homburg donna au général Ledererle •commandement des avant-gardes. Il essaya bien par Limas de nous couper la grande route au delà de Yilléfranche, mais les feux du 67® tinrent ses escadrons à distance respectueuse. Ils durent se contenter de nous suivre de loin jusqu'à l'entrée du village des Chères (1).

(( Le soir, le i«' corps (Blanchi) était concentré autour de Pommiers, son avant-garde à la Chassagne ; le 2« (Wimpfen) était à Anse, ses avant-postes à Ambérieux et le long de TAzergue; le corps de réserve et quartier général, à Villefranche.

« Notre armée s'établit : Ordonneau à Chasselay-Lissieu; Pannetier, en deuxième ligne, à Limonest.

« Le maréchal alla coucher au château de la Barohère, d'où il adressa au ministre le rapport de la journée. »

Au cours de ce rapport, qui sur plusieurs points diffère du •compte rendu de M. de Tournon, le duc de Gastiglione comprend le général Ordonneau parmi les officiers qui se sont particulièrement distingués dans cette journée.

On peut déjà prévoir que l'armée d'Augereau sera infailliblement battue ; aussi ne nous attarderons-nous pas à raconter par le menu, comme nous venons de le faire pour le combat de Saint-Georges, la bataille du 20 mars, au cours de laquelle le général Ordonneau ne joua pas un rôle prépondérant, et • où de grosses fautes furent commises par le maréchal Augereau; la plus grave fut de quitter le champ de bataille à midi pour aller conférer avec les autorités lyonnaises! Quand il revint, à trois heures, il vit bien que la bataille était perdue, et perdue par sa faute. Le soldat remplaçant alors le général enlève ses troupes, reprend les crêtes de Balmont et de la

(1) Ce vinage s'appelait alors les Echelles.

Campagne de France, 1814. — Lyon.

LB GÉNÉRAL ORDOMNBAU. 67^

Diichère, où il se maintient jusqu'à la nuit contre toutes les attaques du corps de réserve, qui est entré tout entier en' aKstioo.

Mais ce brillant fait d'armes ne pouvait plus réparer les' fautes commises ni le temps perdu; l'armée française n'avait plus qu'à se replier sur Lyon; c'est ce qu'elle fît du reste, en bon ordre, car, si l'ennemi nous forçait à reculer, il ne nous avait pas enlevé, au cours de cette journée, une seule position de vive force.

Par le croquis que nous donnons, et qui indique la position des deux armées au matin du 20 mars, on peut voir sans peine comment les Français furent enveloppés de toutes parts par les Autrichiens; on verra également comment se fît la jonction de l'armée ennemie, quand nous aurons dit que le soir de la bataille celle-ci envoyait des obus dans ce faubourg de Lyon qui s'appelle Vaise.

Ce soir-là même, Lyon était évacué, et les Autrichiens y faisaient leur entrée.

Le 23, le maréchal était derrière l'Isère.

Augereau rétablit à Romans, à la fîn de mars, un pont volant, pour remplacer celui qu'il avait fait sauter, et sur la rive droite passa une partie de la brigade Ordonneau et du 12® bussards. Ces derniers ayant eu le i^' avril un vif engagement, à Saint-Donat, avec les chevau-légers Vincent, le prince de Hesse-Homburg dirigea sur Romans une colonne de 2,000 bommes, qui força Ordonneau à repasser à la bâte sur l'autre rive.

A partir de ce moment, il n'y eut plus que des coups de fusil échangés d'un bord à l'autre jusqu'au 11 avril, jour où fut signée la convention d'armes étendue le lendemain à toute l'armée.

Nous n'insisterons pas sur le rôle du maréchal, qui, au cours de cette malheureuse campagne, fut bien plus Augereau que le duc de Castiglione, et nous rappellerons seulement que Thiers l'a appelé le pauvre Augereau! Passons.

68 LR GÉNÉRAL ORDONNBAU.

Dans les documents que nous avons sous les yeux, nous voyons que le maréchal Suchet, duc d'Albuféra, demanda pour le général Ordonneau, à la date du 14 avril 1814, le titre de baron, avec cette note : // le mérite et, sHl ne Va pas^ c'est une omimon.

Le moment était mal choisi ; en effet, le traité qui réglait la condition future de Napoléon et de sa famille ayant été signé le 11 avril, Tex-empereur dut dicter au duc de Bassano son abdication définitive, pour lui et ses héritiers, aux trônes de France et d'Italie.

Ce jour-là, il est bien probable que TEmpereur s'occupa peu de notrç général, que, du reste, il n'avait plus même, de par sa nouvelle situation, le droit de récompenser; il appartiendra plus tard à la Royauté de réparer cet oubli de l'Empire.

Ajoutons, à titre de curiosité, qu'à la fin d'avril, Ordonneau avait touché une somme de 1,100 francs, comme supplément de gratification d'entrée en campagne.

LR aâNÉRAL ORDONNBAU. 69

Ordonneau chevalier de Tordre de Saint-Louis. — Il est nommé com^ mandant supérieur de Tile de Ré. — Il est anobli, puis nonmvê commandeur de la Légion d'honneur. — L'al!aire Blondeau. — Ordonneau obtient le titre de baron. — Menus faits, de 1817 à 1822. — Mariage du général, en 1819, avec M^i^ Joséphine-Eugénie de la Tour du Pin.

Après le rude et glorieux effort de 1814, au cours duquel Ordonneau s'est révélé véritablement général et bon tacticien, un repos relatif, puis l'inactivité, vont succéder à la vie agitée qu'il n'a cessé de mener depuis qu'il est entré dans Tarmée.

Lui qui a été presque toujours à la peine va être appelé à rbonneur. Le 2 juillet 1814, il demande la croix de Saint- Louis; cette distinction lui est accordée par ordonnance royale du 19 juillet, parue au Moniteur Universel le 31 du même mois.

Le 27 juillet, il sollicite le commandement du département de Saône-et-Loire, « où il a, dit-il, toutes ses propriétés et où sa famille occupe les premières places ». Il s'agit de la famille de sa femme.

Le 8 août, il sollicite également le titre de commandant (1) de la Légion d'honneur.

Le 12 août, il demande des lettres de noblesse avec le titre de baron; il récrit dans le même but le 20 août.

Le 31 du même mois, il est nommé commandant supérieur de l'île de Ré. Il se trouvait à ce moment à Paris, à Y Hôtel de Pierre-le-Grandf rue Gaillon. Il fait connaître au ministre que, retenu pour affaires de famille, il ne partira que le 24 septembre.

(1) On ne disait pas encore commandeur.

.70 LB GÉNÉRAL ORDONNBAU.

Le 29 suivant, il est anobli, par ordonnance du 20 du même mois. Il s'agit évidemment du titre de chevalier, que nous voyons souvent, dans la suite, accolé au nom du général.

Le 15 janvier 1815, il obtient un congé de trois mois avec appointements.

Le 14 février, il est nommé commandeur de la Légion d'honneur par le Roi.

Comme on vient de le voir, les honneurs se succèdent et le soldat de l'Empire n'a certes pas à se plaindre du retour de la Monarchie. Mais, ainsi qu'il arrive bien souvent en pareil cas, la fortune inconstante, après avoir comblé notre général de ses dons, semble se plaire à lui faire payer ses faveurs; elle le tire de la quiétude à laquelle il était certainement heureux de s'abandonner, après tant de tribulations, pour le jeter dans une affaire d'autant plus pénible pour lui qu'il s'agissait de l'honneur de l'homme.

Nous sommes au printemps de l'année 1815; Ordonneau devait à ce moment revenir à Tîle de Ré, après le congé de trois mois qui lui avait été accordé, quand tout à coup le voici suspendu de ses fonctions, accusé de trahison et remplacé provisoirement dans son commandement, où il sera d'ailleurs bientôt réintégré.

Mais, avant de raconter les faits tels que nous les livrent les Archives du Ministère de la Guerre, nous remarquons que ceux-ci se passent au moment où Napoléon, revenu de l'île d'Elbe, s'empare à nouveau du pouvoir. Il veut môme enlever Ordonneau à l'île de Ré; en mai, on propose d'abord d'envoyer cet officier aux Pyrénées-Orientales, puis à l'armée des Alpes avec Suchet, mais on recule devant la nécessité de remplacer Ordonneau dans son commandement, ce qui occasionnerait un mouvement militaire considérable : « Ce serait, dit le rapport, un trop grand dérangement. »

Pour en revenir à l'affaire en question, il est fort probable que nous nous trouvons seulement en présence d'une ven-

LB eéNÉRAL OBDONNBAU. fT.f

•^eance que Fauteur de la dénonciation a cherché à exercer «ur des chefs dont il avait sans doute à se plaindre.

Quoi qu'il en soit, voici ces faits. Vers la fin du mois de mai 1815, le lieutenant général commandant la 12« division «nilitaire^ comte Delaborde, recevait du ministre de la Guerre, et à titre confidentiel, la copie d'une lettre de dénonciation datée du 16 avril, de Saint-Martin-de-Ré, et signée : Blondeau, •capitaine.

La teneur de cette pièce curieuse était la suivante :

Ami et zélé défenseur de la patrie, et persuadé que Votre Excellence ne me mettra pas à découvert, j'ai rhonneur de vous dénoncer comme traîtres à la patrie MM. Ordonneau, général de brigade commandant supérieur de cette île, Dubreton, commandant d'armes, Briou, commandant d'artillerie, Rouzelle, commandant du génie, Lavalède, commandant le dépôt du 26«, et Thomé, capitaine commandant les vétérans. Il est plus que temps •que la société soit purgée des hommes indignes de la fréquenter et que la vérité triomphe.

; Ce document était suivi, sur le rapport, des réflexions suivantes :

Quoique le signataire n'ait pas désigné Tarme à laquelle il appartient, j'ai des motifs de penser que l'auteur de cet avis est M. Blondeau, capitaine en 2« de la 33« compagnie de vétérans stationnée à l'île de Rhé (sic); cet officier étant bien noté, j'ai jugé ■devoir donner attention à son avis, surtout en raison des cir- -constances et de la nature des imputations; je vous charge donc ■de faire vérifier sur-le-champ si ces faits sont exacts et, dans ce •cas, de faire arrêter les individus qui en seraient prévenus. En attendant, vous ferez remplacer provisoirement Monsieur le Maréchal de camp Ordonneau.

Je vous invite à m'accuser réception de la présente et à m'informer des mesures que vous aurez prises pour son exécution.

Nous voyons en effet, par une lettre du 11 juin, que le général Ordonneau est relevé de ses fonctions et qu'aussitôt après il doit se rendre à la Rochelle.

Ce dernier ordre fut suivi d'exécution» mais pour peu de temps; quant au premier, il dut n'être qu'une suspension, de

73 LS GÉNÉRAL ORDOMNBAU.

quelques jours seulement, mais nous ne saurions en indiquer exactement la durée. Il ne faut pas oublier qu'à ce moment nous sommes au lendemain de Waterloo et que la Monarchie vient à peine de reprendre possession du trône.

L'enquête se poursuit néanmoins et nous voyons que le général se trouve dans l'obligation de se défendre. La lettre qu'il écrit en fait foi :

2« DIYISION

— Saint-Martin-âe-Ré, le 9 août 1815.

Monseigneur,

J*ai eu l'honneur d'écrire à votre Excellence le 12 juillet dernier relativement à la dénonciation qui avait motivé mon remplacement provisoire dans mon commandement supérieur de Tîle de Ré. Je sais maintenant ce que contenait cette dénonciation et à n'en pas douter que c'est vraiment M. Blondeau, capitaine en second à la Sd^' compagnie de vétérans, stationnée à Tile de Ré^ qui est Fauteur de cette abominable production ; inutilement cet être immoral voudrait la nier.

Comme il est en horreur dans cette île, et généralement méprisé de tout le monde, il est même de son intérêt qu'il soit placé dans une autre compagnie. Si votre Excellence daigne jeter un coup d'œil elle-même sur toutes les pièces, elle en sera autant convaincue qu'indignée des mesures qui ont été ordonnées par la lettre du 23 mai dernier du ministre de la guerre à cette époque. Quel sort ce gouvernement (heureusement éphémère) préparait aux braves! Vous m'avez connu, Monseigneur; j'ai eu le bonheur de combattre plusieurs fois à vos côtés; mon nom était connu dans les armées avec quelque distinction. Eh bien I on avait mis moins de formalité pour me ravir le fruit de 25 ans de service que pour punir un caporal !

Les braves n'ont plus rien à craindre de semblable. Le meilleur des rois a confié à votre Excellence le sort des militaires.

Je supplie votre Excellence, Monseigneur, d'assurer Sa Majesté que toujours nous lui sommes restés fidèles, qu'elle n'a cessé de faire l'objet de nos vœux. Tous les habitants de l'île de Ré partagent et ont partagé nos sentiments pour le meilleur des Rois. Tranquilles et soumis, ils attendaient avec anxiété le moment heureux de revoir leur monarque sans effusion de sang. Le destin en a voulu autrement, il a donc fallu pour deciller les yeux une nouvelle catastrophe, mais enfin elle sera la dernière en ce genre.

LB GÉNÉRAL ORDONNBAU. 7!^

Dites bien au vertueux Louis le Désiré que nos voix s'élèvent au ciel pour demander le bienfait de sa conservation et que no» bras sont levés pour défendre son trône et Tauguste dynastie des Bourbons, sans laquelle la France ne peut être heureuse. Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, De votre Excellence, le très humble et obéissant serviteur. Le Maréchal de camp commandant supérieur de File de Ré,.

Ordonneau.

Nous avons tenu à transcrire cette lettre in extenso pour beaucoup de motifs.

Elle montre quelles grandes proportions avait prises l'affaire Blondeau ; elle prouve que cette affaire a existé, ce qui n'est pas à négliger, puisqu'il n'est nullement fait mention de ce qu'à notre époque on appellerait ce scandale, aux états de services du général; elle fait voir enfin, et nous le disons avec regret, à quel degré de courtisanerie peut tomber un bon et loyal soldat. La phrase relative au « gouvernement éphémère » — qui pourtant en avait suivi un autre beaucoup plus long et certainement glorieux — n'aurait certes pas dû être écrite par un officier qui, en toute justice, n'était pas de ceux qui pouvaient se plaindre. Mais l'homme est ainsi fait; il oublie vite les honneurs décernés, il brûle avec joie aujourd'hui ce qu'il a adoré hier.

Louis XVIIl, qui n'était pas un sot, devait avoir des moments de bien douce gaieté, ou de profonde tristesse, lorsqu'il se trouvait en présence d'actes de platitude du genre de celui-ci. Quant à Ordonneau, il n'avait certainement plus devant les yeux le certificat médical de Cologne ni l'observation de Duhesme (i). Où donc était-il le « civisme épuré »? où gisait le bon républicain, patriote, attaché à la Révolution? Il les avait sans doute perdus en route depuis longtemps.

Nous ne ferons pas un reproche à Ordonneau d'avoir servi plusieurs régimes; soldat de la France, il a toujours bien

(1) Voir plus haut, pages 16 et 17.

^2à LB GÉNÉRAL ORDONNBAU.

idéfendu son pays; qui donc l'en blâmerait? Mais pourquoi ^renier ainsi Thomme qu'il devait tout au moins laisser dans l'ombre, surtout quand personne ne l'attaquait? D'autres avaient le droit de détester le dictateur; lui, ne l'avait pas.

Il était également peu honorable pour lui de noircir ainsi, ,pour se disculper, un officier comme le capitaine Blondeau, qui était, nous le verrons tout à l'heure, très estimé de ses chefs, et sur lequel, au ministère, il n'y avait que de bonnes notes.

Mais revenons à notre sujet.

Le ministère de la Guerre tient évidemment à faire la lumière sur ce cas embarrassant; car, à la date du 12 août, nous trouvons au dossier la lettre suivante :

Je soussigné, expert écrivain vérificateur, attaché pour cette fonction au Ministère de la Guerre, Bureau de la Police militaire, déclare avoir été requis de prendre communication de trois lettres missives et datées de S'-Martin, Ile de Ré, des i6 avril, 12 juin et 29 juillet 18i5, signées Blondeau et adressées à son Excellence le Ministre de la Guerre, à Tefifet pour moi de vérifier et constater si ces trois missives ont été écrites et signées par un seul ou par plusieurs auteurs.

En conséquence, j'ai comparé et confronté entre elles l'écriture du contexte de chacune des dites trois missives, ainsi que la si- .gnature Blondeau apposée au bas de chacune d'elles, et j'ai reconnu : que la missive du \ 6 avril et celle du 29 juillet ont été écrites et signées par un seul et même auteur; que celle du 12 juin a été écrite par une main différente de celle qui l'a signée et que la main qui a fait la signature Blondeau apposée au bas de cette dernière missive est la même que celle qui a écrit et signé les deux susdites missives des 16 avril et 29 juillet derniers.

En foi de quoi, j'ai rédigé et signé le présent rapport, que j'affirme sincère et véritable.

A Paris, le 12 août 1815.

Saintoher.

Vient ensuite, à la date du 19 août, un rapport adressé au ministre de la Guerre, rapport dont nous ne reproduisons pas la première partie, vu qu'elle expose simplement les faits que nous venons de relater.

La seconde partie est intéressante.

LK GÉNÉRAL ORDONNBAU. 75

Il n'existe aucun compte rendu au Ministre de ce qui a été fait ^'après cet ordre (i), mais le sieur Blondeau a écrit les 12 juin et 29 juillet derniers (2) pour démentir la dénonciation ; il prétend n'avoir jamais écrit une semblable lettre — ajoutant qu'il n'a ■aucun sujet de le faire ; qu'il est possible qu'on ait cherché à conteefaire son écriture et sa signature. Il prie Votre Excellence d'en- -voyer à M. le Général commandant la division la pièce originale qui a causé les désagréments que MM. les officiers dénoncés ont •éprouvés, afin de pouvoir se justifier des reproches auxquels il est «n butte, tant de leur part que de celle de ses camarades.

Les lettres écrites par le capitaine Blondeau ont été comparées avec celle dont il prétend n'être point l'auteur, par l'expert écrivain employé au bureau de la police militaire, qui a déclaré que les signatures étaient de la même main.

On a l'honneur de faire observer que la dénonciation attribuée au sieur Blondeau n'est appuyée d'aucune preuve ; qu'en conséquence son auteur s'est mis dans le cas d'être poursuivi, comme -calomniateur, aux termes des articles 367 et suivants du Gode pénal*

Que la manière dont le sieur Blondeau se défend d'être l'auteur -de cette dénonciation fait penser qu'il serait possible que son écriture et sa signature eussent été contrefaites.

Qu'il est à remarquer que cet officier a réclamé contre l'attribution qui lui en était faite dès le 12 juin, époque à laquelle il aurait pu s'en faire un mérite ; et que d'ailleurs il n'y a que de bonnes notes sur son compte.

On propose en conséquence de transmettre les trois lettres ^signées Blondeau à M. le Lieutenant général commandant la 12* division militaire, en l'invitant à prendre les renseignements nécessaires pour vérifier si cet officier est réellement l'auteur de la dénonciation dont il s'agit, et, dans ce cas, à examiner s'il y aurait lieu de le faire poursuivre comme calomniateur ou bien s'il serait plus convenable de concilier cette affaire.

Baracand.

Vu Le Chevalier de Grottat.

Vu Le Lieutenant général

Baron Brenier.

Cette pièce porte en marge : Approuvé.

(1) L'ordre d'arrestation du général Ordonneau et de son rempla- <;ement provisoire, qui fut exécuté, ainsi que nous Tavons dit plus haut.

(2) Ce sont les lettres expertisées par Saintomer.

76 LB GÉNÉRAL ORDONNBAU.

Enfin voici la lettre écrite par le ministre de là Guerre à M. le lieutenant générai commandant la 12® division militaire, à Nantes :

Le 29 août 1815.

Général, j*ai l'honneur de vous transmettre ci-joint trois lettres; la première, en date du 16 avril dernier, contient une dénonciation contre M. le Maréchal de camp Ordonneau, alors commandant supérieur de Tlle de Ré, et plusieurs autres officiers employés dans nie ; elle est signée Blondeau capitaine et est attribuée au capitaine de ce nom qui sert dans la 33* compagnie de vétérans. Les deux autres ont été écrites par ce capitaine à mon prédécesseur et à moi pour se défendre d'être Fauteur de la première.

Il est à remarquer que sa première réclamation date du 12 juin, époque à laquelle il aurait pu se faire un mérite d'avoir fait la dénonciation dont il s'agit.

Je vous prie de faire prendre les informations qui vous paraî-> 'tront le plus convenables pour vérifier si M. Blondeau en est réellement Tauteur et dans ce cas vous jugerez s'il y a lieu de le traduire devant un conseil de guerre, pour y être poursuivi comme prévenu de calomnie, ou bien s'il serait plus convenable dans ces circonstances de concilier et étouffer cette affaire, surtout si la conduite et la moralité du capitaine Blondeau donnent lieu de penser qu'il n'est pour rien dans cette dénonciation.

Je vous prie de m'informer de la direction que vous aurez donnée à cette affaire et du parti que vous aurez jugé à propos de prendre dans de pareilles circonstances.

L'affaire fut donc « étouffée », puisqu'il n'est plus question de rien après la lettre que nous venons de reproduire.

Il résulte très certainement de tout ceci que le capitaine Blondeau ne pouvait pas être l'auteur de la lettre; il n'aurait pas été assez naïf pour écrire son nom véritable au bas d'une lettre de dénonciation si grave par elle-même et mettant en cause un officier général et plusieurs autres membres honorables de l'armée. La vérité doit être, à notre avis, beaucoup plus simple ; nous avons la conviction que celui qu'on voulait atteindre, pour une cause que nous ignorons, n'était autre que le capitaine Blondeau.

Quant au général Ordonneau, cette dénonciation stupide

LB QâNÉRAL ORDONNffAU. 77

ne saurait le diminuer en rien et, sans parti pris, nous sommes sûrs que tous ceux qui auront bien voulu lire les pièces reproduites plus haut en jugeront ainsi.

Il ne nous reste maintenant, pour terminer le récit de cette €urieuse affaire, qu'à transcrire une déclaration qui résume la situation d'Ordonneau.

Dans une pièce datée du 19 septembre 1817, Taide-major général de la Garde royale, comte du Coëtlosquet, certifie que, lorsqu'il fut nommé commissaire du Roi en mission à la Rochelle et dans l'Ouest, il trouva, « le 16 juillet 1815, le maréchal de camp baron d'Ordonneau arrêté dans cette ville par ordre du maréchal Davout, prince d'Eckmtlhl, et mis sous la surveillance de la haute police, en suite d'une destitution ordonnée sur les sentiments connus de cet officier général d'attachement à la famille royale professé avec ardeur ».

Comme on le voit, cette mésaventure, après avoir causé à Ordonneau de sérieuses inquiétudes, servit, en fin de compte, sa cause auprès des Bourbons.

Ce n'est donc qu'à partir de cette époque que le général va jouir d'un repos momentanément troublé.

Des lettres de lui nous apprennent qu'il s'occupe d'équiper les bataillons destinés aux colonies.

Je viens, dit- il le 28 juillet 18i6... d'organiser le 2* de la Guadeloupe ; ce bataillon est, pour ce qui me concerne, prêt à mettre à la voile.

Il prépare également l'embarquement des bataillons de la Martinique, du Sénégal et de Cayenne.

. Mais il ne néglige nullement ses intérêts personnels.

A la fin de cette même lettre du 28 juillet 1816, il demande le titre de comte ou celui de vicomte, et il renouvelle sa demande, réduite cette fois au dernier titre, à la date du 8 novembre 1816. — Le sage est celui qui sait se contenter de peu.

Ces deux lettres sont d'ailleurs pénibles à lire, à cause des flatteries assez plates qu'Ordonneau y insère à l'adresse du Roi, dont on fêtera l'anniversaire bientôt. Ces courtisaneries

78 LB GÉNÉRAL ORDOMNBAU.

sont d'autant plus choquantes qu'elles précèdent immédiatement la demande de titre.

Mais le Roi, qu'Ordonneau appelait l'année d'avant, avec emphase, « le vertueux Louis le Désiré », demande, à la date du il décembre 1816, de nouveaux renseignements sur te général, tandis qu'il signe les autres nominations. U vent savoir ce qu'a fait Ordonneau pendant l'usurpation. On lui répond qu'il a conservé le commandement supérieur de Ttte de Ré.

Le Roi mentionne : refusé sur le rapport.

U est fait notification de ce refus, en termes très courtois d'ailleurs, à l'intéressé.

Mais le brave guerrier est tenace ; il ne se tient pas pour battu, car, à la date du 31 janvier 1817, nous trouvons un autre rapport proposant « à Sa Majesté d'accorder le titre de baron à M. le général Ordonneau, s'il ne l'a déjà ». Une note répondant à cette question déclare que « M. Ordonneau n'est que chevalier ». Notre héros avait reçu ce premier titre de noblesse le 29 septembre 1814, ainsi qu'on l'a vu.

Ne pouvant être comte, ni même vicomte, Ordonneau se résignerait à être baron ; en tout cas, il intrigue pour se faire donner le tortil, à défaut de mieux; la note qui suit en est la preuve :

Le 6 mars 1817, le ministre propose au Roi, conformément aux conclusions du rapport précité, d'accorder le titre de baron k Ordonneau, qui est recommandé par la duchesse de Bourbon. La duchesse avait écrit au ministre de la Guerre pour demander en faveur d'Ordonneau le titre de vicomte. Le ministre, en réponse, fait écrire une lettre, qui devient inutile, car il lui en expose verbalement la substance. Nommé ' baron à cette date, Ordonneau reçoit la notification officielle le 24. La duchesse de Bourbon est avisée la première de la faveur accordée à son protégé.

Le 4 avril 1817, un congé de deux mois est accordé à Ordonneau, pour se rendre à Chalon-sur-Saône; il s'y rend le

LE GÉNÉBAL ORDONMEAU. 7»:

4«' mai, et de là à Dennevy, afin de s'occuper des propriétés qu'il a dans ce pays et de réparer les nombreux dégâts qu'y ont causés les troupes alliées.

Le 29 octobre, il est mis en non-activité, en même tempa que la fonction de commandant supérieur de l'île de Ré est supprimée, par mesure d'économie. Une lettre du 6 novembre notifie cette suppression à Ordonneau, et l'informe qu'il est mis en demi-solde de 5,000 francs par an, sans doute aussi par mesure d'économie. Cependant il reste dans l'tle jusqu'au 29 novembre, date à laquelle il part pour Dennevy. Ajoutons^ à titre de document, que le traitement extraordinaire du maréchal de camp Ordonneau, alors qu'il était commandant supérieur de l'île de Ré, s'élevait à 9,000 francs par an, somme assez belle pour Tépoque. Avec les indemnités qu'il touchait en plus de son traitement, il recevait 1,269 fr. 33^ en moyenne par mois; une retenue de 120 fr. 60 lui était faite; enfin il versait, pour contribution mobilière, une quinzaine de francs mensuellement. Ces détails sont tirés du livret de solde. d'Ordonneau, signé à la Rochelle par Jean- Marie Emmery, inspecteur aux revues, le 1«' novembre 1815.

Mais notre officier n'est pas de ceux qui acceptent sans protester les mauvais coups du sort. En dépit de sa noblesse de fraîche date, il doit y avoir chez lui un vieux fonds de paysan madré qui sait se retourner à l'occasion. Jusqu'en 1823, nous n'avons plus sur lui que des fiches; nous allons les livrer au lecteur telles quelles, par ordre chronologique :

30 juin i 8i 8. — Arrêté de liquidation. — Indemnité ordonnancée au profit d'Ordonneau pour effets perdus à l'armée d'Espagne le 19 mai 1809, ci : 900 francs (Ordonneau réclamait 1,341 francs). On recherche les pièces justificatives, qui ne sont pas retrouvées; on constate seulement le non-paiement d'une créance de 900 francs ordonnancée au profit d'Ordonneau. Elle lui est réordonnancée et payée. Notre officier, on le voit, avait l'excellente habitude de réclamer plutôt plus que moins.

^0 LE OâNÉRAL ORDONNBAU.

5 juillet. — Déclaration par laquelle Ordonneau affirme n'être ni amputé ni hors d'état de reprendre le service actif.

9 juillet, — Certificat d'après lequel Ordonneau est en demi-solde depuis le 20 novembre 1817 et a été régulièrement payé jusqu'au l®"^ juillet 1818.

9 juin i 8i9. — Ordonneau est compris comme disponible dans le cadre de l'état-major général de l'armée, où tl occupe la place devenue vacante à la suite de la réforme du vicomte Berthier de Sauvigny ; il jouira de son traitement à compter du 9 juin. Porté au Moniteur Universel à la date du 18.

/ 5 septembre, — Ordonneau est nommé commandant de la l»"® subdivision de la 21^ division militaire, à Limoges.

C'est à cette époque que le général épouse M"« Joséphine- Eugénie de la Tour du Pin ; si nous n'avons pas la date exacte du mariage, nous savons, par les minutes de M^ Taupin, notaire à Thoiry, que le contrat de mariage fut signé le 13 juillet 4819 à Combronde (Puy-de-Dôme). Nous reparlerons plus tard de M™e la baronne d'Ordonneau.

/ 6 octobre, — Le général Ordonneau ayant demandé un délai, en déclarant que sa présence dans ses foyers était nécessaire, à cause des vendanges, ordre lui est donné de partir sur-le-champ pour Limoges.

2i avril i 820, — Ordonneau est nommé commandant de ia 2® subdivision de la 21® division militaire, à Moulins. Cette nomination est portée au Moniteur Universel à la date du 24 et le général y est encore désigné sous le titre de chevalier Ordonneau.

i janvier i 82i . — Le général est nommé commandant de la 1'® subdivision de la 19® division militaire, à Lyon, nomination portée au Moniteur Universel le 2 février. Cette fois, on lui restitue son titre de baron.

8 juin, — On vient d'envoyer une seconde fois à Ordonneau le titre de commandeur de la Légion d'honneur, qu'il a depuis le 14 février 1815. Il proteste contre cette erreur;

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c'est le titre de grand -officier de la Légion ou de comman^ deur de Saint-Louis qu'il sollicitait.

26 juin i 822. — Le D"^ Martin, chirurgien en chef de rhospice de la Charité, à Lyon, délivre un certificat constatant qu'Ordonneau a un rhumatisme aigu « dont la dernière attaque a déterminé un engorgement considérable du genou gauche, qui a résisté à tous les moyens employés pour le résoudre ». Ce rhumatisme rend les anciennes cicatrices douloureuses.

2 août, — Ordonneau, en conséquence, est mis en possession d'un congé de trois mois avec demi-solde pour aller aux «auxde Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire).

Le 25 novembre suivant, il se fait donner, par le baron Paultre de Lamotte, commandant la 19® division militaire, une lettre qui le recommande chaudement au ministre. N'avions-nous pas raison de dire que notre général savait très bien défendre ses intérêts? Si l'on se rappelle qu'il avait été mis en non-activité à la fin de l'année 1817, on avouera qu'il avait su admirablement occuper ses loisirs. Nous ne lui en faisons pas crime, bien au contraire; il est toujours intéressant de voir un homme habile mettre à profit les circonstances.

On pouvait supposer que le général Ordonneau était destiné à vivre désormais tranquille à la tête d'une brigade et qu'il allait attendre paisiblement sa retraite; il n'en était rien : sa carrière était loin d'être terminée.

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Seconde guerre d'Espagne. — La révolution à Madrid. — La brigade Ordonneaii à Daroca et h. Teruel. — L'armée manque de pain. — Ordonneau fait des vivres à Grenade. — Retraite de Ballesteros. — Oudinot et Ordonneau. — Embarquement de nos troupes devant Cadix. — Prise de cette ville, dont Ordonneau devient gouverneur, après avoir été nommé lieutenant général. — Sa nomination au commandement de la division de Madrid, puis à celui de la division de réserve à Vittoria. — Ordres du jour. — Ordonneau se montre excellent administrateur. — Il est nommé commandeur de Saint- Louis.

Le 29 janvier 1823, Ordonneau est désigné par le Roi pour être employé k l'armée d'Espagne.

Nous n'avons pas à raconter ici cette seconde campagne d'Espagne, qui du reste n'a rien de commun avec celle de Napoléon; les conditions dans lesquelles nous pénétrions dans la Péninsule étaient toutes différentes; la situation peut se résumer en quelques phrases.

Nous croyons qu'en principe nous aurions mieux fait de rester chez nous et surtout de ne pas aller nous mêler des affaires des autres. Mais comme en France nous avons un peu cette manie, nous n'avons pas perdu l'occasion de nous immiscer dans celle-ci, qui heureusement tourna bien pour nous, mais qui néanmoins nous fît perdre du monde au seul bénéfice de la nation voisine ou plutôt de son roi.

Rappelons que la responsabilité de cette guerre revient aux ultra-royalistes. C'est sur leurs instances que le Congrès de Vérone, au nom de la Sainte-Alliance, chargea Louis XVIII de soutenir la monarchie espagnole, menacée par l'esprit nouveau.

Depuis deux années, l'Espagne vivait dans le gâchis et la

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révolution existait à l'état latent. C'est à ce moment que nous crûmes devoir intervenir. Les libéraux étaient certains du succès; cinq armées furent créées pour nous repousser et, comme Madrid pouvait tomber au pouvoir des Français, les Cortès donnèrent le droit aux ministres de transporter le Gouvernement dans une autre ville.

Cette loi, Ferdinand VII ne voulut pas la sanctionner et, le jour où les Cortès terminèrent leur session extraordinaire (d9 février), il destitua ses ministres.

A ce coup d'Etat, les libéraux répondirent par une émeute et la foule ne se gêna pas pour crier : « Mort au Roi ! mort au tyran! » Le Roi reprit ses ministres et, lorsque les Cortès ouvrirent leur session {i^^ mars), il déclara se soumettre.

Le 20 mars, il se laissa emmener de Madrid ; il arriva à Séville le 11 avril, alors que déjà nous avions pénétré en Espagne, ayant franchi la Bidassoa le 7.

Les Cortès, après nos succès, décidèrent de transporter le Gouvernement à Cadix; mais Ferdinand refusa de les suivre. Les Cortès alors le déclarèrent dément, nommèrent trois régents provisoires et siégèrent en permanence jusqu'au départ du Roi, qui se décida à obéir. Les Cortès suivirent le Roi à Cadix, reprirent leurs séances le 15 juin et rétablirent le jour même Ferdinand dans toutes ses prérogatives.

Le 13 novembre, le Roi rentrait à Madrid.

Nous allons suivre seulement les opérations de la brigade du général Ordonneau, la 3^ du 2® corps, composée des 10« et 29® régiments de ligne, à la tête desquels il vient d'être nommé, le 12 février.

A leur entrée en Espagne, les différentes divisions se séparèrent en éventail, avec Madrid pour premier point de jonction, puis au sud Cadix. De cette façon, la Péninsule entière était envahie et pourtant toutes les divisions restaient en contact permanent.

Le 2« corps, après avoir suivi quelque temps le 1^', prit sur sa gauche à Tolosa et traversa la Navarre. Il voulait occuper

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TEbre et s'emparer de Saragosse. De ce dernier point, il entretenait ses communications avec le général en chef et ' plus loin il devait en établir de nouvelles avec le 4® corps, qui opérait en Catalogne.

Tout réussit et, dès la fin d'avril, Tarmée française était maîtresse du cours de TEbre, occupait la Biscaye, la Navarre, TAragon et une partie de la Catalogne.

Le général Molitor établit son quartier général, le 30 mai, à Alcaniz. De là, il envoya sur sa droite, à Daroca, la brigade du général Ordonneau, pour balayer le pays, qu'on lui représentait comme parcouru par de nombreux partis de constitutionnels. Cette brigade avait Tordre de revenir ensuite par la grande route de Saragosse à Valence surTeruel, d'où les troupes réunies devaient marcher directement sur Murviédro- Sagonte.

Environ' 1,500 à 2,000 hommes se trouvaient à Alcora; pareil nombre occupait Teruel. Le général Molitor, après avoir passé l'Ebre, se porta avec le 2® corps vers ce dernier point; la brigade Ordonneau fit une telle diligence qu'elle y arriva le 6 juin. A son approche, l'ennemi encloua ses canons et se retira précipitamment. L'espoir de le joindre fit avancer nos troupes à marche forcée et la division Loverdo arriva le il à Sagonte.

Le général Ballesteros, que nous poursuivions sans relâche, leva brusquement le siège et se retira sur Valence.

Mais, au mois de juillet, une difficulté inopinée se présenta : ce fut le manque de pain pour la troupe. Le général en chef se vit obligé de détacher le général Ordonneau, avec cinq bataillons et un régiment de cavalerie, sur Grenade, pour occuper cette ville, y faire des vivres et observer le corps de Zayas.

Nos troupes, il faut le croire, inspiraient une telle crainte

à nos ennemis que la Régence recevait le rapport officiel qui

suit, émanant du capitaine-général du royaume de Grenade :

Hier, 27 juillet, à trois heures de l'apràs-midi, les troupes de

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S. M. le Roi de France, commandées par le maréchal de camp baron d'Ordogno (sic), ont occupé la ville de Grenade, pendant qu'elle était évacuée par les troupes constitutionnelles.

Ordonneau, en effet, s'emparait de Grenade, chassait la division de Zayas sur Malaga et par suite rendait impossible la jonction de ce général avec Ballesteros, qui, après sa défaite, s'était retiré sur Cambil, dans le royaume de Jâen.

Le 28 juillet, le duc d'Angouléme quitta Madrid et y laissa Oudinot.

Relevons ici une erreur qu'il est d'autant plus indispensable de rectifier que depuis cette époque elle a été bien des fois reproduite.

Dans de nombreux textes, le général Ordonneau est désigné comme ayant été gouverneur de Madrid, ce qui est absolument faux; mais on comprend combien l'erreur était facile à commettre, par suite de la ressemblance de ces deux noms : Oudinot et Ordonneau, et par suite de ce fait qu'Ordonneau commanda la division d'occupation de Madrid. Les événements, qui s'étaient produits, ceux qui allaient suivre, permettent de se rendre compte immédiatement qu'il était impossible, à la date du 28 juillet, qu'Ordonneau pût être à Madrid.

Le 6 août, à son passage à la Caroline, S. A. R. le duc d'Angouléme apprit et ratifia la capitulation de Ballesteros.

Cette reddition allait être fort utile au 2« corps. En effet, le général Molitor avait eu à fournir de nombreuses garnisons, afin d'assurer partout la tranquillité publique et de prévenir les réactions populaires. Le général Ballesteros n'étant plus à redouter, le général en chef s'empressa de détacher du 2« corps six bataillons, sous les ordres d'Ordonneau, et les envoya sans retard de Grenade devant Cadix, pour prendre part aux opérations, qu'on allait pousser avec vigueur.

A l'arrivée de ces forces, 500 hommes sont embarqués à bord de la flotte, qui venait de s'augmenter d'une frégate, d'un brick français et de 3 bâtiments de guerre portugais . On y avait joint 36 chaloupes-canonnières et 10 bombardes armées*

86 LS GéNÉRAL ORDONNBAU.

Cette flotte était commandée par le baron Hamelin.

Les opérations combinées de nos armées de terre et de mer se firent à la fois contre Cadix, le Trocadéro et Santi-Pétri; pendant que les travaux d*attaque de Santi-Pétri marchaient avec célérité, le duc d'Angoulême avait pris toutes ses dispositions pour que la flotte pût opérer le débarquement projeté au premier moment où l'état des vents et de la mer le permettrait.

Les deux brigades de débarquement de la Garde royale et de la ligne, commandées par les maréchaux de camp comte d'Ambrugeac et baron d'Ordonneau, sous les ordres du lieutenant général comte de Bourmont, étaient depuis plusieurs jours à bord des vaisseaux mouillés en avant de Rota, et l'escadre était en mesure d'exécuter les ordres du prince au premier signal de ce dernier.

Les événements ne tardèrent pas à se précipiter; nos troupes s'emparèrent de Cadix à la date du 30 septembre. Le Trocadéro avait été pris le 31 août et Santi-Pétri le 20 septembre. Le fort de cette ville fut enlevé sans grandes difficultés et la garnison demeura prisonnière.

Dans cette guerre, au cours de laquelle Ordonneau fit voir qu'il n'avait rien perdu de ses talents, on remarquera avec quelle haute intelligence, quelle science militaire et quelle promptitude il sut exécuter les ordres qui lui étaient donnés. Peut-être s'y révéla-t-il meilleur général encore qu'à la campagne de Lyon, où pourtant il s'était distingué au premier titre, et que de nombreux auteurs présentent comme la plus glorieuse de sa carrière.

De hautes distinctions vont venir récompenser et couronner la fin de cette expédition, menée si vivement du reste par toute l'armée.

A la date du 3 octobre, nous voyons Ordonneau nommé lieutenant général, et le 10 gouverneur de Cadix.

Il conservera ce poste, où il se fera remarquer par une sagesse et une modération qui lui vaudront la sympathie des habitants, jusqu'au 6 novembre de la même année.

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 cette date, il est nommé commandant de la division de Madrid du corps d'armée d'occupation en Espagne, Cette division se composait du 13® de ligné, venu récemment de Carthagène, du 15«, du 22« et du 28«.

Ordonneau est ensuite nommé commandant de la division de réserve à Vittoria.

Le Moniteur Universel du jeudi 30 décembre 1824 publiait,

à ce sujet, la note qui suit, envoyée d'Espagne :

Burgos, le 16 décembre 1824.

Monsieur le lieutenant général baron d*Ordonneau doit commander à dater du 1*' janvier 1825 la division d'observation de Tarmée française en Espagne, dont le quartier général sera à Vittoria. Il aura sous ses ordres la brigade de Saragosse, commandée par le général d'Arbaud-Joucques, la place de Pampelune, commandée par le général prince de Broglie, Saint-Sébastien et San^ tona,deux régiments d'infanterie (!•' et2i«de ligne), un régiment «de chasseurs (17*) et une batterie d'artillerie formant la brigade de Vittoria; en tout, sept régiments d'infanterie, un de cavalerie, une batterie, plus trois places fortes.

Monsieur le lieutenant général baron d'Ordonneau vient d'adresser aux troupes qui composaient la division de Madrid, et qui rentrent en France, Tordre du jour suivant, où sont si bien exprimés les sentiments qui l'animent :

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