‹ Le général Roget et Dreyfus; étude critique sur la déposition du général Roget devant la Cour de cassation (21, 22, 23, 24 novembre 1898, 28 janvier et 3 février 1899]Chapitre 11 sur 50 · CHAPITRE VI Huitième présomption · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Huitième présomption

I.a dépêche de Berlin et le brouillon-memeuto de Schw; rzkoppon. (Décembre 18".i3-Jaiivier 1«94.)

Nécessité d'examiner cette présomption avant les autres. — Si, comme le croit le gêuéral Roget, Dreylu> est l'officier français avec lequel Schwarzkoppen entre en relations vers janvier 1891, les sept présomptions antérieures tombent d'ellesmêmes : il ne sera nn'-ni»' pas nécessaire de les examiner.

De là résulte qu'en abordant l'étude particulière de ces présomptions, il faut, avant tout, s'assurer que celle qui s'appuie sur le mémento de janvier 1894 est fondée en vraisemblance. C'est par là que je conimcucerai.

Le général Roget suppose que le mémento, saisi en janvier 1894. est un brouillon de réponse à une dépèche en clair, venue de Berlin en décembre 1893. — Tout d'abord le général Roget étal)lit uu lieu entre le mémento saisi en janvier 1891, et

une ck^pôche en clair reçue de Berlin par M. de Si'liwarzkoppen, le 27 décembre 1893.

(( 11 semble, dit-il, ressortir du texte de ce mémento, que l'agent étranger dont il s'agit répond au tiMégramme du 27 décembre 1893, dans lequel on paraissait manifester des doutes sur l'origine des choses envoyées. »

Ainsi, voulant répondre à : « Les cltusvti. nurun sif/ne de rÉtat-major général )), Schwarzkoppen .'lurait écrit pour lui-même ce mémento : « Doute. — Preuve. — Lettre de service. — Situation dangereuse pour moi avec un officier français. — Ne pas conduire personnellement de négociations. — Apporter ce qu'il a. — Absolu. — Bureau des renseignements. — Aucunes relations corps de troupe.

— Importance seulement du Ministère. Déjà quelque part ailleurs ' ».

1. Je donne ici le texte de ces deux pii'ces, tel qu'il a été lu à ha Cour, dans le dossier secret, par le capitaine Cuignet. {Dt^position du 5 janvier.) Ce sont des textes traduits : il y a donc lieu de faire des réserves sur l'exactitude de la traduction, et de regretter que l'original allemand n"ait pas été publié.

•l'ai déjà donné p. 24 la version citée de mémoii"e à la Cour par le général Roget : elle s'accorde presque absolument avco le texte lu par le caj)itaine Cuignet. Voici «.•('lie de M. Cavaignac {Dt^position du 0 nocemiire.), qui fst légèrement diflerente : « Chose pas de marque d'état' in/ijor général», et : <i Doute. — Erreur. — Lettre de service.

— Danger pour moi de relations avec un officier français.

— Se pas conduire personnellement les négociations.— Apporter ce qu'il a. — .Absolu. — liurean de renseigne- 'ne)its. — Aucunes relations. — Corps de troupes. — Impuriance seulement... venant du Ministère ».

Dans sa lettre au Garde des sceaux du 14 septembre 1898, le colonel Picquart avait donné pour la seconde pièce le texte que voici : « Doutes... Que faire? Qu'il montre son

Quel que soit l'officier français désigné par le mémento, il importe assez peu, pour sa culpabilité, de savoir si le mémento représente la réponse à la dépêche; mais il importe beaucoup, pour le jugement que l'on doit porter sur le témoignage du ^iénéral Roget, d'examiner si cette hypothèse est admissible, et de voir comment le général lit, étudie, interprète les textes qui lui sont soumis, surtout lorsqu'ils sont rédigés en style télégraphique.

Lhypothèse du général Roget se heurte à quatre difficultés graves. — P Dans la dépêche. Choses est un mot vague, ou un mot de convention, qui pourrait désigner toute autre chose que des documents. Première incertitude.

2° Supposé que choses désigne des documents, il faudrait savoir ce qu'il convient d'entendre par signes d'état -major. Sont-ce des marques extérieures : cachets, timbres, grifïes, en-têtes, comme ceux qu'Esterhazy se vante d'avoir fait mettre sur les faux documents qu'il prétend avoir lixrés à .Schwarzkoppen? Sont-ce au contraire des signes reconnaissables au contenu des documents? Deuxième incertitude.

:')" Supposé que choses désigne des documents,

hretet d'officier. Qu'y a-t-ilà craindre f Que ■peut -il fouriiirf II n'y a pax d'intérêt à avoir de relations fcec un officier de troupes. »I1 est sfir qu'au point de vue de l'exactitude matérielle, cette transcription est très inférieure aux deux autres, et cela est facile à expliquer : Picquart n'avait pas revu la pièce depuis deux ans quand il en a parlé ; les souvenirs de M. Cavaignac et du général Roget •-ont beaucoup plus frais, et, pour le général, ils peuvent être de la veille.

r><' LK «iÉNÉKAL KOGET ET DREYFUS

faut -il eûtendre que ce sont des documents venus par une voie secrète? Et, qu'on les ait jugés inté rt'Sîsauts ou non, est-il vraisemblable qu'à leur propos Berlin risque d'tneiller les soupçons de Paris, par une dépêche en clair, qui sera certainement lue au passage, avec les mots ait/nos d'état major qui attireront (•t'rf.iiiuMncni r.uft'iifion? Troisième incertitude.

1" Supposé enfin qu'il ^agisse bien, dau^ la de jH'clie. de documents livrés par un traître, et envoyés à Berlin par Schwarzkoppen, comment, se fait-il, si le mémento est un brouillon de la réponse, qu'il ne renferme pas l'ombre d'une allusion à l'envoi des documents auxquels manquent les signes (Votai -major, et particulièrement à ces nii:

M, Cavaignac, qui croit comme le général 1. à la solidarité des deux pièces, interprète le mot Doute, ]xir lequel commence le mémento, comme s'il signifiait : On me dit (jue les documents ne portent pas la marque de l'état- major général; il y a des doutes. C'est là une interprétation évidem ment arbitraire; elle ne serait admissible que si M. Cavaignac avait prouvé au préalable, soit par des faits précis, soit par d'autres expressions très claires, tirées du mémento, que celui-ci est bien la réponse à la dépêche. Or, il n'y a de faits précis à alléguer que ceci : dépèche et brouillon ont été interceptés l'un après l'autre, dans un laps de temps assez court, et qui peut varier de huit jours à un mois. Et, à moins de supposer que, dans ce laps de temps indéterminé, Schwarzkoppen n'ait re<;u aucune autre commuiication de Berlin et n'ait

LE GÉNÉRAL ROiiET KT DREYFUS 51

préparé aucun autre brouillon de rapport, ce qui est invraisemblable, il est impossible de dire que les oirconstances de la saisie établissent le raj)port d'une pièce à l'autre.

11 ne»r pas davantîijre possible dédire qu'il y ait, dans le brouillon, uneexpression quelconque qui se rapporte directement à la dépêche, et permette d'interpréter le mot doute comme a fait M. Cavaignac.

Quatrième dffficulté dont MM. Roget et Cavaignac ne semblent pas s'être aperçus.

L hypothèse du général Roget est exclue par ce passage du mémento : « Apporter ce qu'il a. » — Non seulement il n'y a dans le mémento aucune expression qui se rapporte directement à la dépêche. mais encore le sens fort clair d'un des passages du mémento exclut nécessairement l'idée que celui-ci puisse être une réponse k celle-là.

On ne peut contester en effet qu'eu écrivant apporter ce qu'il a, Schwarzkoppeu indique qu'il ne connaît pas encore ce qu'a ï officier français parce que celui ci ne le lui a pas encore apporté '. Mais si l'officier français n'a rien apport»*. Schwarzkoppen n'a rien en\ oyé k Berlin. Or, si Ton dit à Berlin que des documents n'ont aucun signe d'état major, c'est qu'on y a reçu ces documents. — Par conséquent, les cliosci^ qui n'ont aucun signe d'état-major ne sont pas des choses provenant de Vofficier français. Par conséquent le mémento saisi en janvier 1894 n'est pas le brouil-

1. M. Cavaignac traduit : « Je dirai à l'ofticier d'apporter ce qu'il a. •

Ô'i LE (JÉXÉRAL ROCiET ET DREYFUS

Ion d'une réponse à la ^ép«Vhe eu <l:Mr «lu 27 décembre 1893.

La dépêche de décembre 189;} et le rapport de janvier 1894 n'ont aucun rapport. Ceci n'est plus une difficulté ; c'est une impossibilité, établie par une démonstration irréfutable. La conséquence nécessaire de cette impossibilité c'est qu'il faut retirer tout d'abord du dossier de ^L Roget la dépêche du 27 décembre 1893, renoncer à l'hypothèse d'après laquelle le brouillon de janvier aurait répondu à cette dépèche, et examiner le larouillon en lui-même, sans se préoccuper davantage de la dépêche.

Le colonel Picquart ne croit pas que lofflcier français du mémento soit Dreyfus. — La question (jui ^e pose est la suivante : Dreyfus peut-il être l'officier français dont il est question dans cette pièce? A cela Picquart a répondu : non.

D'après sa lettre au Garde des sceaux, « le simple bon sens dit que l'auteur de ce canevas avait reçu des propositions d'un individu se disant officier; qu'il avait des doutes sur l'opportunité qu'il y avait à entrer en relations avec lui, et qu'il s'agissait de quelqu'un qui était dans la troupe. »

Il est vrai qu'avant de raisonner ainsi, Picquart avait reconstitué de mémoire la fin du brouillon de la manière suivante : « Que peut-il fournir? il n'ya l)as d'intérêt à avoir des relations avec un officier de troupes. »

Le général Roget reproche à Picquart d" avoir introduit dans le mémento de Schw^arzkoppen

un mot et une idée qui n'y sont pas. — Le géuéral Uoget s'inscrit en faux contre le commentaire de Picquart.

« M. Picquart, dit-il, a introduit dans ce texte une expression qui n'y est pas : officier de troupes, et une idée qui n'y est pas davantage, celle de : il n'y a aucun intérêt à avoir... Il en conclut, par suite, que le correspondant avait reçu des propositions d'un officier de troupe; qu'il se demande s'il y a intérêt à entrer en relations avec lui, et qu'il estime, en tout cas, qu'il n'y a pas d'intérêt à avoir des relations avec un officier de troupe. Or, le texte exact est : aucune relation corps de troupe, ce qui ne peut s'entendre que des relations de celui qui écrit, ou de celui dont il parle, et établit, soit pour l'un, soit pour l'autre, qu'il n'a pas de relations avec des corps de troupe. »

La question n'est pas de savoir si, dans le texte tel que l'a reconstitué Picquart, il y a des inexactitudes matérielles, mais de savoir si, rapprochées du texte exact, ces inexactitudes matérielles s'expliquent, comme le résultat d'une interprétation Taisonnable.

Or, nous voyons, tout d'abord, que le commentaire de yi. Cavaignac l'a conduit à mettre, dans ^on interprétation du texte, le même mot et la même idée, que le général reproche à Picquart d'avoir ajouté au texte.

M. Cavaignac propose de tout le document l'interprétation qui suit, tout en déclarant que c'est chose fort délicate, parce qu'il s'agit de phrases hachées :

.'»'| LE GÊN'ÉfUU. BCKiET ET DREYFUS

H On me dit que le» documents ' ne portent pag la tinmjue de l'état major général: il y a des doutes, il faudrait donc des preuves. Je vais demander la lettre de service: mais comme il y a danger pour m/oi à condtiire personnellement la négociation, je prendrai un intermédiaire et je dirai à l'officier d'apporter ce qu'il a. Il faut une discrétion cd)so lue parce que le bureau des renseignements nous surn'ille: il n'y a lieu d'avoir aucunes relations arec un ojfi^ier de corps de troupes ; les documents ne pré sentent de l'importance que s'ils viennent du ministère, et c'est pour cela que je continue les relations. »

Aiusi, Picquart a mis officiers de troupes: Cavîiijruac met officiers de corps de troupes. Picq4iart a mis : // n'y a pas d'intérêt à avoir des relations avec un officier de troupes: Ca^aignac met : il n'y a lieu d'avoir aucunes relations arec un officier de corps de troupes.

Il est donc évident que, sur ce point, Picquart et Cavaignac ont compris le texte de la mcme mani«*re, et que cette manière n'est pas celle du géuérai Koget.

Le générai Roget n a pas compris ce que signifiait : « Aucune relation corps de troupe n. faute d'avoir vu le lien de ce passage avec « importance seulement venant du ministère ». lien marqué par l'adverbe « seulement ». Picquart et Cavaignac l'ont compris. — D'après le général

1. Il îi'a^rit do documents dont il est question dans l.i d»i..'(iii» «lu 23 décembre 1893. qui doit être eniièrenu'ut «'•(•aii<i' du di'bat.

LE GÉNÉBA.L ROGET ET DREYFUS îi^j

Ro{çet, le passage : aucune relation corps de troupe, doit »'tre pris comme une affirmation absolue : il établit que celui qui écrit ou celui dont il parle n'a pas de relations avec des corps de troupes. Kt on voit très bien l'intérêt d'une pareille interprétation, qui exclut Esterliazy et rend possible Dreyfus. Or. elle n'est pas du tout évidente.

D'abord, il faut distinguer entre celui qui cci-ii : Sch\\arzlcop{)en, et celui dont il parle : l'officier français. S'il s'agit de celui ci, il est vraisemblable, en effet. (|ue ces cinq mots sans verbe ont un sens affirmatif. Mais s'agit-il de l'officier français? Et si, en n'i«;olant pas ces cinq mots, en cherchant à les comprendre d'après le contexte de la pièce, on était amené à penser, comme Cavaignac et comme Pirquarr. qu'il s'agit de Schwarzkoppen, le sens affirmatif cesserait aussitôt d'être évident; tout dépend du verbe sous-entendu qui peut compléter la phrase. M. Roget prétend imposer : je n'ai pas: mais, si u'était : Je ne rcnx pas. le sens serait changé.

Comment choisir entre les deux? en n'isolant pas, comme l'a fait le général, les cinq mots à examiner ; eu les rapprochant de ceux qui les entourent, en cherchant si, parmi ceux-ci, il n'y en a pas un qui marque le lien entre l'idée incomplètement exprimée par ces cinq mots et une autre idée exprimée plus clairement, et permettant par conx-queut de compléter la première.

Or^ ce mot existe, et c'est pour y avoir pris garde tous les deux que Cavaignac et Picquart se sont rencontrés dans une même interprétation du passage.

C'est le mot seulement, dans le passage suivaut : Imporiance seulement, tenant du ministère. Ce xeu lement isole les choses qui eut de l'intérêt de celles qui n'en ont pas et les oppose les unes aux autres. Il va de soi que les choses venant du ministère sont importantes ; celui qui écrit n'aurait pas besoin de se le dire à lui-même, si ce n'était pour dénier toute importance aux choses qui ne viennent pas du ministère : pour lui l'idée essentielle du second membre de phrase est celle qu'exprime le mot seulement et, dès qu'on l'a reconnu, on est obligé de suppléer dans le groupe de mots précédents, non pas le verbe je n'ai pas, mais le verbe je ne veux pas.

Il faut évidemment lire le texte comme si l'auteur de la pièce avait écrit : Aucune relation corps de troupe importante. Importance seulement venant du ministère. Ainsi Picquart et Cavaignac n'ont rien imaginé en mettant ofjicier de troupe et il nij a pas d'intérêt à avoir des relations avec lui : ils se sont bornés à exprimer un sens qui, dans ce texte, sort très clairement du rapprochement de deux groupes de mots voisins, et du lien qu'établit entre eux le mot seulement.

C'est au contraire le général Hoget qui n'a pas vu ce qui est dans le texte, et, lisant mal, a mal compris.

Or ce commentaire plus que léger est le seul qu'il ait fourni sifr cette pièce ; il est, par conséquent, impossible de s'en contenter pour d(iclarer avec lui qu'elle peut concerner Dreyfus et ne peut pas con cerner Esterhazy. Si V ofjicier franrais est un officier de troupe, ce n'est pas Dreyfus.

M. Cavaignac a cru à tort que la lettre de service de l'officier français donnait nécessairement créance à des renseignements d'état-major. — S'érartant du général Roget dans son commentaire, M. Cavaignac se rencontre avec lui dans sa conclusion, et dit avec lui : V officier français peut être Dreyfus.

La première raison qu'il en donne, c'est que la lettre de service donne créance aux renseignements, et que, comme Schwarzkoppen ne trouve pas d'intérêt à avoir des relations avec un officier de troupe, ces renseignements doivent être fournis par un officier d'état-major. C'est arbitrairement que M. Cavaignac décide que la lettre de service garantit la valeur des documents. Apporter ce quil a prouve que Schwarzkoppen n'avait pas de documents en- <'ore entre les mains, lorsqu'il écrivait le mémento. La lettre de service ne garantit donc que l'identité d'un officier, et rien ne dit que ce soit l'identité d'un officier d'état-major plutôt que celle d'un officier de troupes.

1'^ L'absence du mot état-major, qui serait le véritable mot de valeur à côté du mot officier, est très significative à cet égard. S'il s'était agi d'un officier d'état-major, il est à peu près certain que cela aurait été indiqué sur le bordereau, comme un des points essentiels à retenir ;

2" Non seulement ça n'y est pas; non seulement l'officier n'est qualifié que de français, c'est-à-dire de l'épithète la plus générale possible, mais encore il y a ensuite corps de troupes: ces mots ne peuvent se rattacher qu'à l'idée de l'officier. Quelle

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nécessité pour Schwarzkoppen de se parler i\ luimême ou de parler à ses chefs d'un ofjicier de troupes, si c't'sf ;i lin officier d'ét.it in.ijoi' (lu'il :i affaire'.'

Ce serait aller chorcher midi à quatorze heures et c'est inadmissible.

La lettre de service ne garantit donc pas l'identité d'un officier d'état-major, et par consé(|uent elle ne peut garantir la valeur des documents de l'of licier français comme documents d'état-major.

M. Cavaignac a cru à tort que « ne pas conduire les négociations personnellement » et « apporter ce qu'il a » signifient que les relations continuent : ces passages expriment les conditions posées pour que les négociations continuent. — M. Cavaignac oppose une seconde raison qui n'est pas plus sérieuse. « Ne pas conduire personnellement les négociations et apporter ce f/u'il a indiquent, dit-il, d'une façon positive, que les relations continuent. Or, s'il s'agissait d'un offi cier de troupes, elles ne continueraient pas, puis(|ue Schwarzkoppen réfléchit qu'il n'y a pas lieu d'avoir aucunes relations avec un officier de troupes. )'

Nous reconnaissons là le raisonnement du commentaire de du Pat}', si malheureusement retiré du dossier comme propriété personnelle du général Mercier, mais dont l'observation relative à cette partie du brouillon a été notée par Picquart. dans sa lettre à M. Sarrien : « A. (Schwarzkoppen) trouve, (lit du Paty, qu'il n'y a pas d'intérêt à avoir àe relations avec les officiers de troupe^: il rlioisit

LE GÉNÉRAL ROOET ET DREYFf^ ">'•>

un officier detat-major, et il le prend au ministère ' . »)

Picquart trouve cette façon de commenter perfide; moi je la trouve absurde, et, chez M. Cavaip:nac comme chez du Paty, je vois dans un semblable raisonnement un véritable déni de raison.

A'e pas conduire personnellement les négociations n'indique pas du tout que les négociations continuent ; cela indique que. si elles continuent, Schwar/kopijen juge prudent de prendre un intermédiaire : 4-'est la réponse au groupe de mots précédent : Danger pour moi de relations avec un officier français.

Les mots : Apporter ce qu'il a. Absolu... loin d'indiquer que les négociations continuent indiquent (ju'elles ne pourront continuer que lorsque l'officier français aura apporté ce qu'il a, et montré s'il \ aut la peine qu'on poursuive l'affaire avec lui.

Divisions rationnelles du mémento de janvier 1894. — Il faut tout l'entêtement de M. Cavai guac pour n'avoir pas reconnu que le texte du brouillon se divise simplement en trois parties :

l" Doute. Preuve (ou erreur). Lettre de service;

'*" JJanger pour moi de relations arec un officier J'rant;ais. Xe pas conduire personnellement les nègo dations ;

.3" Apporter ce qu'il a. Absolu. Bureau des renseignements. Aucune relation corps de troxipes. Importance seulement venant du ministère.

1. lyt Reri.si'ort du prorèa Dreyfus à (a Cour de cassation (27, Z6, 29 octobre 1898), p. llU.

Plus une remarque d'uu sens indéterminable : Déjà quelque part ailleurs.

V Le premier paragraphe correspond à un premier ordre de doutes, les doutes relatifs à la personne, vérifiables ou vérifiés par la présentation de la lettre de service ;

2" Le deuxième paragraphe correspond à la crainte des dangers qu'entraînent des relations avec un officier français, et au moyen de les atténuer par l'emploi d'un intermédiaire ;

3" Le troisième paragraphe correspond à un deuxième ordre de doutes, les doutes relatifs à la valeur des documents dont dispose l'officier. Ces doutes ne sont vérifiables que par la remise de ces documents; c'est là une condition absolue pour que les relations valent la peine d'être poursuivies. Si les pièces viennent du bureau des renseignements, ce sera bien, car il n'y aurait aucun intérêt à avoir des relations avec un simple officier de troupes : il n'y a d'intiTos^ant que ce qui sort du ministère.

M. Cavaignac a interprété le mémento à faux, pour n'y avoir pas observé l'ordre des mots, expression de la suite des idées. — Dès qu'on respecte dans le mémento l'ordre des mots, il est impossible d'en donner une autre interprétation que celle qu'on vient de lire.

Or, pour la lecture d'un document de ce genre, l'ordre des mots importe autant «^ue les mots euxmêmes; car il indique le mouvement de la pensée do celui qui écrit, et les rapports établis par la pensée entre les idées et les faits.

LE GÉNÉRAL ROGET ET DREYFUS Gl

M. Cavaignac a bouleversé l'ordre du texte :

1'' Il a séparé absolu, de : apporter ce qu'il a ;

2" Il l'a rattaché au danger des négociations et à la nécessite d'un intermédiaire ;

3" Il a entraîné, dans cette interversion, bureau des renseignements à la suite d'absolu, de manicre à obtenir : il faut une discrétion absolue, parce que le bureau des renseignements nous surveille. Bureau des renseignements tientaiUcoiitTSiïrc k aucunes relations corps de Groupes. Importance seulement cenai/t du ministère.

M. Cavaignac a introduit dans le commentaire du mémento des idées étrangères au texte ou en contradiction avec lui. — En outre, M. Cavaijîuac a ajouté au texte des idées qu'il n'indique ni ne suggère, qu'il écarte même.

P II a rattaché le doute du commencement aux documents dont il est question dans la dépèche de Berlin du 27 décembre 1893 ;

2'^ Il a vu un je continue les négociations, qui n'est nulle part dans le texte, et dont l'assurance contraste avec le ton d'hésitation, de réflexion, de raisonnement avec soi-même, qui caractérise toute la pièce;

3" Il a établi, entre cette décision imaginaire et les derniers mots du texte, un rapport d'effet à cause, qui est aussi imaginaire.

La seule interprétation raisonnable et correcte du mémento est celle qu'en a donnée Picquart.

— On voit, par tout ce qui précède, que la méthode

<)2 LE r.ÊNÔRAL BOOBT ET DREYFL's

tic M. l'avaf^ac est aussi peu rigoureuse que celle du général Rc^el. C'est par une suite de fautes gros sières de raisonnement, ou d'erreurs de lecture, qu'iU en sont arrivés à contester l'interprétation donnée par l'icquart du brouillon de Schwarzkoppen.

Ntus maintenons, avec l'ancien chef du bureau de renseignements, et nous croyons avoir démontré d'une manière rigoureuse, que cette pièce, placée en 1894 dans le dossier secret, conservée en ISJW par le général Roget dans son acte d'accusation contre Dreyfus, ne peut se rapporter à Dreyfus, parce qu'elle ne peut se rapporter à un officier d'état-major, et se rapporte nécessairement à un officier de troupes.

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