CHAPITRE X Quatrième présomption
Les plajis directeurs des foileresses (1893).
Formule de la présomption. — Aussitôt après avoir déclaré que certains actes de trahison antérieurs à 1892 pouvaient être imputés à d'autres qu'à Greiner, et qu'il y avait présomption, notamment pour quelques-uns, qu'ils pouvaient être attribués à Dreyfus, le général Koget a ajouté : « Pendant les années 1892 et 1898, la correspondance au ministère de la Guerre' traite surtout des plans directeurs des places fortes. J'ai pu constater simplement, en ce qui concerne ces actes de trahison, que Dreyfus avait eu la possibilité d'avoir ces plans directeurs. » Un point, c'est tout.
Questions que ne s'est pas posées le général Roget. — Dreyfus est-il le seul officier qui ait eu la possibilité d'avoir ces plans directeurs? — N'y
I. Il s'ajrit évidemment de la corre.«;pondaiice des aj^ents étraoRei-s, dont le bureau des renseiguementa s'est procure le texte.
a-t-il qu'une seule piste sur laquelle les soupçons puissent s'engager, et est-ce nécessairement celle sur laquelle se rencontre Dreyfus? — Sous quelle forme ont été livrés ces plans directeurs? sont-ce les exemplaires officiels? a-t-on vérifié s'ils se trouvaient à leur place et s'il y en avait le nombre voulu? — A-ton cherché s'il n'y aurait pas quelque joint mal fermé, par où auraient pu disparaître, au moment du tirage, des épreuves non cataloguées? — Sont cèdes copies qui sont tombées entre les mains des agents étrangers? A-t-on essayé de retrouver les traces de ce travail? — Quelle que soit la fissure par où la fuite a pu se produire, a-t on prouvé que Dreyfus et Dreyfus seul la connaissait, était en mesure d'en profiter. J'imagine que, pendant cette année 1892-185)3, le bureau des renseignements, qui fonctionnait sous le colonel Sandherr, de si merveilleuse façon, ne s'est pas contenté de classer la correspondance saisie, et que, en présence de révélations aussi graves, il a fait tout le nécessaire pour surprendre le traître et arrêter la trahison. S'il n'y a pas réussi, est-ce une raison pour que, aujourd'hui, le général Roget, sans même se donner la peine d'esquisser une démonstration, répare cet insuccès et l'explique en accusant Dreyfus, procédé exactement semblable à ceux qui furent employés en 1891 par le commandant Besson d'Ormescheville et par les auteurs du premier dossier secret?
Contradiction entre le général Roget et le capitaine Cuignet. — Au surplus, que le général
Roget se débrouille avec le capitaine Cuiguet, qui connaît le dossier aussi bien que lui. Voici ce que le capitaine dit sur ce sujet, dans sa déposition du 5 janvier :
(( Nous avons des preuves, a-t-il dit, que des plans directeurs des places fortes parvenaient à une puissance étrangère : j ignore abaulnment si ces faits peuvent être attribués en tout ou en partie à Dreyfus, et rien dans le dossier ne permet Je crois, d'affirmer quoi que ce soit à ce sujet. On sait seulement d'une façon certaine, par une lettre d'un agent d'une puissance étrangère, que les plans dérobés provenaient du ministère de la Guerre. »
Pour moi, je n'ai qu'à enregistrer cette délaration ; je note qu'elle est à la fois conforme au bon sens et à l'équité, et, puisqu'il n'y a rien dans le dossier qui permette d'affirmer quoi que ce soit, je regrette que le général Roget ait eu recours à une simple remarque, dont l'allure innocente ne peut tromper personne, pour présenter sous forme d'insinuation une charge nouvelle contre Dreyfus.
Inanité de la présomption. — H est donc impossible d'accuser Dreyfus d'avoir livré les plans directeurs des places fortes qui, en 1892-93, ont fait l'objet, entre les agents étrangers, d'une correspondance active, connue du ministère de la Guerre.
Par contre, il y a présomption grave contre le général Roget :
D'avoir retenu cette accusation, pour faire nombre, et pour ajouter aux concordances, sans même avoir essayé de l'appuyer sur un semblant d'hypothèse.