CHAPITRE XII Sixième présomption
L'organisation militaire des chemins de fer français (fin 1893).
Formule de la présomption. — « Il y a, dit le général Roget, une pièce dans laquelle Pauizzardi dit à Schwarzkoppeu qu'il va recevoir l'organisation militaire des chemins de fer français. Cette pièce peut désigner Dreyfus, parce que Dreyfus avait été stagiaire au 4« bureau de l'état-major dans le semestre précédent (2"* semestre 1893), qu'il était stagiaire au réseau de l'Est, le plus important de tous, puisque tous les mouvements de concentration aboutissent sur ce réseau, et parce qu'on avait fait aux stagiaires, dans ce semestre (au mois de décembre), des conférences sur l'organisation militaire des chemins de fer, conférences auxquelles je présidai.
MLa.pièce a été saisie en avril 1894. Elle pouvait remonter à une date plus éloignée.
») Les stagiaires qui étaient au 4« bureau à ce moment (1«' semestre 1894) n'étaient pas en mesure de fournir uu document de que^iue valeur sur l'or-
ganisatioQ des chemins de fer; ils n'avaient, dans tous les cas, pas assisté aux conférences sur cette organisation qu'on leur faisait en fin de stage ; enfin il n'y avait parmi ces stagiaires que deux officiers d'artillerie, les capitaines Meno et Ducrocq, et ces officiers servent encore actuellement comme titulaires au 4« bureau de l'état-major de l'armée, ce qui prouve suffisamment la confiance qu'ils inspirent.» Par la déposition du capitaine Cuignet, nous savons que cette lettre de Panizzardi n'est pas datée par son auteur : « Elle porte simplement à l'encre rouge, de la main d'un officier du service des renseignements, la date d'avril 1891. »
Le général Roget est hors d'état d'assurer que la lettre Panizzardi corresponde à une trahison commise. — Jusqu'à présent, nous avons vu le général Roget interpréter des documents qui dénotaient un fait accompli : il s'agissait de savoir si le fait était criminel ou non, et, dans le cas où il était jugé criminel, si Dreyfus en était l'auteur. Ici le point de départ delà présomption est un fait annoncé, et dont le général Roget ne nous dit pas s'il a jamais été réalisé: entre autres possibilités, il y a donc celle que Panizzardi n'ait jamais reçu l'organisation militaire des chemins de fer français, et, par conséquent, qu'on n'ait à, soupçonner de l'avoir livrée ni Dreyfus ni personne.
Il faut, en outre, se rappeler que, si les attachés militaires étrangers étaient en rapport avec de véritables espions, ils recevaient aussi les offres de services d'escrocs, qui leur fournissaient desrenseigne-
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ineuts de fantaisie, et souvent aussi ils avaient affaire à de faux espions que leur expédiait le bureau des renseignements.
M. Paléologue a donné à la Cour, toutes chambres réunies, un exemple curieux de ce dernier cas. Il a raconte, dans sa déposition du 20 mars, que, dans les premiers jours de novembre 1891, on tendit un piège à Pauizzardi, en lui faisant savoir qu' « un certain Y., qui se trouvait k X., allait partir sous peu de jours pour Paris, porteur de documents relatifs à la mobilisation de l'armée, qu'il s'était procurés dans les bureaux de l'état-major. » Pauizzardi se hâta de transmettre cette information au chef de l'état-major italien, et la dépêche par laquelle il l'en avisa fut interceptée et déchiffrée. Elle ne correspondait à rien de réel, et il en eût été de même d'une lettre à Schwarzkoppen, s'il lui eût transmis la nouvelle, et si la lettre avait été saisie.
Ainsi, tant qu'on n'a pas la preuve que l'anizzardi a re(.'u sur l'organisation des chemins de fer français les renseignements qu'il annonce par sa lettn? saisie en avril 1891, il est permis de douter non seulement si la trahison a été commise, mais encore si elle a jamais dû être commise. Il reste donc, sur le fait lui-même, une telle incertitude, qu'il est inadmissible de se servir de la i<ttr.' lumv émettre un soupçon contre qui que ce s<'
Si la trahison a été commise, le général Rogat esthorsd'étatde dire exactement quels documents ont été livrés. — Le général \lo>^c\ veut <|U0 le (lo<Miiiicnt attendu par Pani/zardi ait été la Néric des