‹ Le général Roget et Dreyfus; étude critique sur la déposition du général Roget devant la Cour de cassation (21, 22, 23, 24 novembre 1898, 28 janvier et 3 février 1899]Chapitre 19 sur 50 · I.i; GKNKHAL IJOClET KT 1»HKYI"US 1(W · texte numérisé non relu

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et que le gênc'ral Roget voulait accuser Dreyfus.

On a (U'montré, ou cru dt'moiitrer, pour le bordereau, qu'il fallait qu'il eût été écrit par un artilleur ; ici, on oublie que cela n'est mcmr pas démontrable, et, sans s'en apercevoir, on fait passer l'argument d'un cas où il pouvait servir, même mauvais, à un cas où il est absolument inutilisable.

Ceci dénoie beaucoup d'étourd«^rie chez le général Roget. Il ne faut pas trop le lui reprocher, puisque, du môme coup, cela découvre le fond de ses pensées. Nous pouvons, en étant sûrs de ne pas nous tromper, assurer que, pour retenir cette sixième présomption, le général Roget a établi, volontairement ou non, son raisonnement de la façon suivante :

(' Dreyfus a envoyé le bordereau en août 1894 à Scliwarzkoppcn; donc Dreyfus a envoyé en décembre 1803, à Panizzardi, les conférences qu'il venait de suivre sur l'organisation militaire des chemin*: do for français. »

Inanité de la présomption démontrée par la dépêche Panizzardi du 2 novembre 1894. — Ce

qui précède suffit pour prouver combien est vaine cette accusation. Mais il y a d'autre part une raison qui aurait pu nous dispenser de tout ce qui précède. Depuis que M. Paléologue a communiqué à la Cour de cassation la traduction exacte et authentique de la dépêche chiffrée que Panizzardi exi^édia à Rome le 2 novembre 1894, aussitôt après avoir appris l'arrestation de Dreyfus, nous savons de la faron la plus certaine que Pani//.inli ir.iA.iii .nicim rapport avec Dreyfus.

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Cette dépêche était ainsi conçue : u ^7 le cupitaine Dreyfus n'a pas eu de relations avec vous, il conviendrait de charrier V amhaasadeur de publier un démenti officiel, afin d'éviter les commentaires de la presse. » Comme l'a fait observer M. Paléologiie, si Panizzardi avait connu Dreyfus, il n'aurait pu parler ainsi à liome, avant de savoir si Dreyfus avait ou non fait des aveux, et il ne pouvait le savoir le 2 novembre. La sincérité de sa dépêche est donc certaine.

Elle est d'ailleurs confirmée par le rapport que Panizzardi avait expédié la veille, et dont le texte a été communiqué à M. Delcassé par le comte Tornielli, le 5 janvier 1899 (Documents annexes à la déposition de M. Paléologue, du 3 février 1897.): « Je m'empresse de vous assurer que cet individu n'a jamais, rien eu à faire avec moi. »

Ce télégramme et ce rapport mettent donc hors de doute que Panizzardi n'avait jamais eu aucun rapport avec Dreyfus et ne le connaissait pas, et, du même coup, que la lettre de Panizzardi sur l'organisation militaire des chemins de fer français ne saurait être utilisée contre Dreyfus.

Le général Roget ne peut être blAmé d'avoir ignoré cette impossibilité, puisque, dans le dossier qu'il a eu sous les yeux, la dépêche du 2 novembre 1894 était représentée par une version mensongère. Pour moi, je suis presque tenté de m'en réjouir: grâce à cela, en effet, j'ai pu donner un exemple très significatif de la méthode suivant ]•>-.. i-^ii.^ i<> général établit ses présomptions.

Si donc Panizzardi a jamais reçu, comme il

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rannouçait à Schwarzkoppen, eu avril 18î)4, l'organisation militaire des chemins de fer français, reconnaissons que, de ce chef, aucune présomption, ni légère ni grave, ne peut être retenue contre Dreyfus.

Par contre, il y a présomption gravé contre le général Roget :

1" D'avoir arbitrairement changé la date vraisemblable de la lettre Panizzardi ;

2'* D'avoir raisonné non sur une trahison prouvée, mais sur une hypothèse de trahison ;

3" D'avoir, sur cette hypothèse, greffé une seconde hypothèse relative à la nature des documents annoncés ;

4 " D'avoir, sur cette seconde hypothèse, greffé une troisième hypothèse relative à la personne du traître possible;

5° De n'avoir été guidé dans le choix de ces hypothèses successives que par la volonté d'accuser Dreyfus, comme l'a révélé l'allusion, autrement inexplicable, aux capitaines d'artillerie Meno et Ducrocq.

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