‹ Le général Roget et Dreyfus; étude critique sur la déposition du général Roget devant la Cour de cassation (21, 22, 23, 24 novembre 1898, 28 janvier et 3 février 1899]Chapitre 25 sur 50 · I.i; (JÉXÉRAL ItOGET ET DEBYFUS 1Ô · texte numérisé non relu

I.i; (JÉXÉRAL ItOGET ET DEBYFUS 1Ô

des discours et des toasts furent portés par le général de BoLsdeffre et le général Dragoniirof, en présence des généraux fr;un.*ais énumérés par le mémento.

Ce détail fait voir avec quelle légèreté le générai Roget a étudié les pièces qui lui ont été mises sous les yeux, et quelle confiance on peut avoir dans les exigences de son esprit critique.

Le général Roget n'a rien compris à la première partie du mémento faute d'en avoir examiné le texte avec attention. — Si le général Roget avait retrouvé lui-même les lirconstances dans lesquelles a été prononcé le toa^t rapporté par le mémento, il aurait vu très clg^rement que Schwarzkoppen n.'avait prononcé aucun toast, qu'il ne pouvait parler de luimême, en disant : a Je porte un toaat », et qu'il se bornait à transcrire, telles qu'il les avait entendues, les paroles prononcées.

En effet le toast lui-même m à la réunion des drapeaux franco-russes sur le prochain champ de bataille » ne pouvait avoir été prononcé que par un Russe ou par un Français, et indiquait avec la clarté de l'évidence que, dans cette partie du mémento, Je n'était pas Schwarzkoppen.

Ceci aurait pu éveiller l'attention du général Roget sur la nature des phrases du commencement du mémento, et lui donner à peu>er qu'elles pouvaient être, elles aussi, des paroles rapportées.

Même -.luT > c icnj|jn",in luciit, il aurait pu, eu e.\aminantde près le texte même des premières phra.ses,

154 lA: liKNÈKAL, UUi.l.l Kl DKI-.^ll.s

s'apercevoir que, pas plus au coinmencement <ju'à la fin, Je ue pouvait t^tre SchwarzkoppeiK

l'' Il est clair que, si Schwarzkoppen a eu la pièce entre les mains, il sait s'il l'a re^ue directement ou par l'intermédiaire du grand état-major de Berlin : par conséquent il- n'a pas à exprimer d'alternative. Ses correspondants, d'autre part, doivent le savoir aussi bien (jue lui, et, de ce point de vue comme de l'autre, l'alternative est impossible.

2'* 11 est bizarre, si c'est Schwarzkoppen qui parle pour son propre compte, qu'après avoir mis Vattaché militaire dans la première phrase, il mette les attachés militaires dans la seconde.

3° Il est plus bizarre encore, s'il dit je pour luimôme, qu'il parle ensuite dans la môme phrase de lui-môme à la troisième personne.

4° Il est inadmissible qu'écrivant, il dise qu'il peut assurer rerbalement.

Tout cela,'au contraire, dev4ent clair, si l'on reconnaît que, dans la première partie de cette pièce comme dans la dernière, Schwarzkoppen rapporte aussi li(t»''r;il<Mncnt que po-;<ihlo dos paroles entendues.

Interprétation rationnelle des premières phrases du mémento. — La seule explication rationnelle possible des premières lignes du mémento, c'est donc qu'elles reproduisent des propos d'un général français sur l'affaire Dreyfus, probablement du général de Boisdeffre. Celui qu'a entendu Schwarzkoppen, quel qu'il fût, assurait verbalement qu'avant de revenir au bureau des renseignements.

la pi^ce sur laquelle Dreyfus avait été condamné-, était allée soit au grand état major de Berlin, soit à l'attaché militaire; ce dont il était le plus sûr, c'est « qu'elle était réellement arricée entre les mains des attachés militaires. »

Ce pluriel surprend tout d'abord, parce qu'on se rappelle que le bordereau a été saisi à l'ambassade d'Allemagne; mais il devient tout à fait clair, dès qu'on sait qu'après le procès Dreyfus, le mot d'ordre, àl'état-major.aétédedireque Panizzardi avait servi d'intermédiaire entre Schwarzkoppen et Dreyfus.

On voit, en effet, dans la déposition de M. Paléologue (9 janvier), que, lorsque, le 17 novembre 185)7, il fut chargé de communiquer au ministère de la Guerre la déclaration de l'ambassadeur d'Allemagne, par laquelle M. de Schwarzkoppen « protestait, sur l'honneur, n'avoir jamais eu directement ou indirectement aucunes relations avec Dreyfus », le colonel Henry répliqua : « Mais nous n'avons jamais dit que Dreyfus ait eu des rapports directs avec l'ambassade d'Allemagne. Vous savez bien que Panizzardi était l'intermédiaire. » Et le général Gonse, survenant, répéta la déclaration d'Henry.

Telle étaitdonc lathèseadoptéeàrétat-major,pour tenir compte en apparence des prostestations allemandes, si énergiquement formulées en janvier 1895, et c'est elle que nous retrouvons dans les propos entendus par Schwarzkoppen au banquet de Mire" court, à l'automne de cette môme année 1895.

Menues absurdités dans les raisons données par

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le général Roget pour justiâer son interprétation .

— Ayant lu le mémento sans y rien comprendre, le général Roget pouvait difficilement dire quel<iue chose de sensé pour expliquer .une interprétation aussi manifestement absurde que la sienne.

I. « Le bordereau, dit il. était la seule pièie sur laquelle l'agent étranger dont il s'agit eût à fournir des explications à son gouvernement. »

Il va de soi que. si Schwarzkoppen avait réellement reçu le bordereau, et si, par conséquent, il avait eu des explications à fournir à son gouvernement sur cette pièce, il n'aurait pas attendu le mois de septembre pour le faire, huit mois après la visite de M. de Munster à M. Casimir-Perier.

II. « Il peut très bien se faire, ajoute-t-il, que le bordereau ait été remis dans un autre centre d'espionnage. Bruxelles par exemple, et, dans ce cas, il faudrait nécessairement admettre qu'il a été renvoyé k Paris. »

Outre que c'est une hypothèse nouvelle et indémontrable, il est invraisemblable que les différents centres d'espionnage allemand ne correspondent pas séparément et directement avec Berlin, et. en particulier, (juc celui de Bruxelles, où les coudées sont plus franches qu'à Paris, fasse repasser par Paris ce qu'il reçoit. Le général Roget sait, au contraire, très bien que l'agence de Bruxelles, qui ne peut avoir pour objet principal de surveiller les choses militaires de la Belgi que. est chargé de détourner une partie des informations d'origine française,, en les soustrayant autant que possible à notre surveillance.

III. « Il peut, dit le général, n'avoir été question qu'assez tard du bordereau, attendu que le procès Dreyfus a eu lieu à huis clos et qu'il peut se faire que les agents dont il s'agit n'aient eu connaissance qu'assez tard de la base d'accusation. »

Ceci est un non-sens de plus. Si Schwarzkoppen a eu des relations avec Dreyfus, il sait que l'accusation a été fondée et la condamnation méritée. Il peut, à la rigueur, ignorer que la base de l'accusation a été le bordereau ; il sait que c'est une pièce de sa correspodance avec Dreyfus qui a été saisie, et il le sait depuis le mois d'octobre 1894.

S'il a ignoré que la pièce saisie fût le bordereau, il n'y a pas un mot dans le mémento de septembre 1895. pour donner à penser qu'il l'ait appris à ce moment, et il n'est pas nécessaire qu'il l'ait appris pour parler de la pièce.

En outre, ce commentaire dépourvu de sens €st en contradiction avec la partie de la déposition du génfM-al Roget où il a inventé contre Dreyfus la preuve par prétérition d'innocence.

Parlant de pièces de correspondance entre Schwarzkoppen et Panizzardi, qui sont contemporaines du procès ou postérieures, « il est assez singulier, dit-il, que des personnes renseir/nëes sur l'affaire, qui en causent d'une façon intime, ne fassent jamais allusion <\ l'innocence possible du condamné ».

.Si, à l'époque même du procès, le général Hoget suppose que Scluvarzkoppen était renseigné sur l'affaire, comment peut-il supposer en même temps qu'il n'a connu qu'assez tard la base de l'accusa-

tioD, et, s'il tient ici compte du huis clos, comment u'en a-t il pas tenu compte là ?

Ce qu'ily a à retenir de la démonstration du général Roget sur l'authenticité du bordereau. — On voit que, si le général Koget pouvait se dispenser de démontrer l'authenticité du bordereau, le commentateur du général Roget ne pouvait guère se dispenser d'examiner sa démonstration.

Il n'y a pas, après cette démonstration, une raison de plus qu'avant de croire à l'authenticité: niai^ il y a plusieurs raisons nouvelles de croire :

1° Que le général Roget ne sait pas lire un texte ;

2" Que le général Roget néglige de faire les recherches les plus clairement indiquées et les plus faciles, pour s'aider dans la lecture et l'interprétation des textes ;

3° Que le général Roget n'hésite pas, suivant les besoins de la cause, à faire simultanément ou successivement des hypothèses contradictoires.

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