‹ Le général Roget et Dreyfus; étude critique sur la déposition du général Roget devant la Cour de cassation (21, 22, 23, 24 novembre 1898, 28 janvier et 3 février 1899]Chapitre 26 sur 50 · CHAPITRE XVII La démonstration de la date · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII La démonstration de la date

Date du bordereau, d'après la date de son arrivée au ministère. — Il faut savoir gré au général Roget de nous avoir indiqué, dans cette partie de sa déposition, comment il fallait dater les documents non datés venus par la voie des papiers déchirés. Je ne reviendrai pas sur ce sujet. J'ai montré déjà que les exceptions à la règle, alléguées par le général Roget, n'en étaient pas. Aucun des deux documents non datés qu'il adonnés comme exemple ne se distingue des autres par un signe qui permette de le dater contrairement à la règle : celle-ci reste donc absolue.

Du moment qu'un paquet de papiers déchirés était arrivé au ministère en août (déposition Cavaij/nac, 0 novembre),

— que le paquet où se trouvait le bordereau était arrivé entre le 20 et le 25 septembre,

— qu'enfin les cinq autres documents du paquet étaient datés des 4, 21. 2.'3. 26 août et du 2 scptciiilti-f,

l'induction, en vertu de laquelle on avait considéré jusque-là que la date de tous les documents déchirés

IGO LE GÉNÉKA.L ROQET ET IiREYFUS

devait être postérieure à celle du précédent rapport, s'appliquait avec toute sa force au bordereau : il fallait qu'il eut été écrit daus la période qui allait du commencement d'août à la quatrième semaine de septeinlire.

Date du bordereau d'après son contenu. — Le général Roget a fort bien montré qu'aucune des indications du bordereau n'obligeait d'en rechercher la date jusqu'en avril; il a môme prouvé que deux d'entre elles l'iaterdisaient.

L'une est tout à fait topique, parce qu'il s'agit d'un document connu, directement nommé par le bordereau, et dont l'histoire est facile à étu^blir avec précision. Il n'y a rien a reprendre à ce passage de la déposition : « Les premiers envois du Projet de manuel sont du IG mars, et ils n'ont pu parvenir aux destinataires avant le 21 ou le 22; les autres envois du projet sont échelonnés du l(î mars au 12 mai. Pour que le bordereau fut d'avril, il faudrait avoir su que le Projet eidstait dès les premiers envois, et s'en être fait prêter un aussitôt, alors qu'il n'y en avait qu'un très petit nombre^ et que chacun de ceux qui en étaient normalement détenteurs avait d'abord intérêt à en avoir connaissance. »

J'attache moins d'importajice à la seconde preuve du général lloget, parce qu'elle tient à ir ■ ' -prétation hypothétique de la .Voie »Mr /a /. ùon

aux formations de VariiUerie. Je montrerai* que l'hyi- ♦''''*. par laquelle on y voit une allusion à la loi lut les pontounicrsr n'est pa.s la seule

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possible, et que, par conséquent, on ne peut fonder sur t'ilo aucun raisonnement sûr.

Mais ce qui est intéressant pour moi dans cette preuve, c'est qu'elle s'oppose d'une façon irréduc til>le au passafre du rapport BesHond'Ormescheville, qui suppose que, quelques semaines avant cette loi, l>reyfus ne pouvait pas s'en désintéresser. Du moment que le commandant Besson interprétait la note de la même façon que le général Roget, il lui • tait impossible d'en tirer, pour la date du bordereau, une autre conclusion que le général. Quel motif a pu être assez fort pour l'obliger à raisonner ainsi à contresen>'.'

Le général Roget n'a pas expliqué pourquoi le commandant d'Ormescheville avait daté le bordereau à contresens. — Tendant toute sa démon>tration contre la date d'avril, il aurait semblé naturel, il était en tout cas très désirable que le général Roget expliquât comment, en 1894, cette date avait pu être acceptée et, tout inexacte qu'elle fût, permettre de condamner Dreyfus.

Le général Roget a pensé se tirer de cette difficulté par des dénégations contre l'évidence, que je m'abstiendrai de qualifier : « Personne n'a jamais dit au bureau que le bordereau fût d'avril. — Le rapport d'Ormescheville n'a pas essayé d'établir, et il u'y a\ait aucun intén'^t à le faire, quelle était la date du bordereau. » Le général Roget se trompe s'il se figure qucde pareilles affirmations suffisent, pour nous faire croire qu'il repousse la date d'avril sans se mettre

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cheville. Il a, d'ailleurs, essayé de donner le change en faisant une diversion.

Le général Roget ose faire de la date d'avril une invention du colonel Picquart. —Le général Itoget ne se contente pas, en effet, d'affirmer contre l'évidence; il va plus loin. Il accuse Picquart d'ôtre l'inventeur de la date d'avril : « Le colonel Picquart a dit, devant la Cour d'assises de la Seine, que le bordereau était du mois d'avril, sans en donner d'ailleurs aucune preuve. »

C'est jouer sans franchise sur les mots. Picquart n'avait pas à prouver que le bordereau fût d'avril ; il n'avait qu'à constater que la date donnée au bordereau en 1894 était avril, et il lui suffisait, pour le constater, de lire l'acte d'accusation de Dreyfus; une fois cette constation faite, il montrait qu'en avril Dreyfus n'avait jamais dû partir en manœuvres et que par conséquent Dreyfus n'avait pu écrire à cette date : « Je vais partir en manœuvres . »

Si, par un hasard extraordinaire, cette date d'avril, qui est manifestement inexacte, ne s'était pas retournée contre Esterhazy, à cause des manœuvres de brigade auxquelles il a pris part en mai, on peut ^tre assuré que personne n'aurait songé à la changer et que le général Roget n'aurait pas reproché à Picquart de la donner sans preuves.

Désarroi causé au procès Zola par 1 obligation où l'on s'est trouvé brusquement d'abandonner la date d'avril et de reprendre la date d'août. —

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