‹ Le général Vandamme (volume 2)Chapitre 18 sur 43 · FERRAND A VANDAMME · texte numérisé non relu

FERRAND A VANDAMME

1" novembre 1794.

« J'ai reçu ta lettre du 6, par laquelle tu m'annonces, moucher général, la prise de Venloo; je l'avais déjà appris par la voie des représentants du peuple. Je sais comme toi que nos troupes

ont le plus grand besoin de repos, particulière-* ment celles sous les ordres du général Laurent. Dans tous les cas, si on vous envoie au siège de Nimè^ue, après cette opération faite, vous vous reposerez sûrement.

« Dis de ma part mille choses agréables au général Laurent, dis-lui de même qu'il est un paresseux en ne m écrivant pas; et qu'en attendant je l'embrasse ainsi que toi, mon cher général. »

VANDAMME A MOREAU

Glèves, 2 novembre 1194.

« J'ai VU ici, avec indignation, les hussards du 3® venir fourrager par ordre du général Jardon. Ces hussards vont tout bonnement de maison à maison prendre ce qui peut leur convenir et se soûler comme des cochons. Le général Jardon devrait cependant bien savoir que ces hussards ne lui apporteront point de fourrages puisqu'ils ne pensent qu'à eux-mêmes et laissent leurs chevaux à Fabandon. Je t'engage de parler à Jardon, car je me persuade que tu en sens le mal que cela peut faire pour le service. »

VANDAMME A MOREAU

Glèves, 4 novembre 1794.

« Je suis parti hier matin, général, pour visiter tous mes postes, J'ai parcouru le bord du Rhin

en passant par les villages de Warbeyde , Calcar etXanten; je n*ai vu sur le bord du Rhin que de très-faibles gardes. Il y a sur le Rhin de petites barques où à peine dix hommes pourraient passer. J'ai été ce matin à Buderich, Tennemi était dans ce village et nous Ten avons bientôt fait sortir. J'ai été à portée de fusil du Rhin ; ils n'ont qu'un pont volant où cent cinquante hommes seulement peuvent passer. Il est faux qu'ils aient établi un pont. Le général commandant à Wesel a ordre de ne point tirer sur les Français de peur d'avoir le môme sort que Dusseldorf. J'ai reconnu le fort de Schenkenschans, il n'y a personne ; je viens de donner ordre d'envoyer, demain malin, une compagnie de carabiniers, cinquante chasseurs et autant de chasseurs à cheval pour reconnaître ce fort et s'en emparer s'il est possible.

« Il y a eu un corps autrichien sans solde pendant cinq jours, à Wesel, composé de trois mille hommes, que le duc d'York a pris à la solde de l'Angleterre, et ils viennent de recevoir un ordre de se rendre à Arnheim, en réserve.

« Il y a à Emmcrick, quelques grands ])ateaux hollandais; je sais que si l'on tirait quelques coups de canon, ils passeraient bientôt de notre coté. J'attends tes ordres à ce sujet.

« Je t'enverrai demain le capitaine des grenadiers de la Corrèze. Tu sais quelle conduite il a tenue en tous temps. Lorsque les Français entrèrent à Ypres, il était ivre; enfin je n'en peux rien

faire, je vais te Tenvoyer avec une plainte. J'attends tes ordres relativement à cet officier de chasseurs. »

MOREAU A VANDAMME

5 novembre 1794.

- J'ai reçu, mon cher camarade, ta lettre d'hier. Si tu peux occuper le fort de Schenk ce sera une bonne affaire, et surtout si tu peux le tenir, ce que je pense que tu ne peux faire qu'en t'emparant des bateaux d'Emmerich, ce que je t'invite de faire le plus tôt possible. Il est important que tu menaces l'ennemi d'un passage du Waal. Il faut aussi détruire à coups de canon le ponton de Wesel, mais après l'autre opération, si cela est possible. L'ennemi a fait hier soir une forte sortie de Nimègue, mais il a été vigoureusement repoussé. »

MOREAU A VANDAMME

5 novembre 1791.

« Le poste de Schenk est pour nous d'une si grande importance, qu il est de la plus grande importance de tacher de s'en emparer et surtout de s'y maintenir. Si tu y es ou si tu peux y entrer fais-moi part de ce qu'il te faut pour tâcher de le conserver et je te ferai passer les moyens qui pourraient te manquer, même un officier de génie, soit pour se retrancher ou pour la construction d'un radeau pour le passage de l'artillerie. J'at-

lends demain matin chez Souliam, où je suis, ton rapport sur cet objet. •

VANDAMME A MOREAU

Clèvcs, 6 novembre n94.

« J'ai reçu cette nuit, citoyen général, la lettre par laquelle, tu me marques l'importance (ju'il y aurait à se rendre maître du fort de Schenk : depuis hier, nos troupes y tiennent poste. Je crois qu'il est pressant que tu m'envoies sur le champ un ingénieur, afin de prendre de concert les mesures pour le défendre et s'y maintenir; je t'ai fait différentes autres demandes hier, fais tout ce qui dépendra de toi pour me les faire tenir, et croismoi sincèrerpent, et(\ »

VANDAMME A MOREAU

(ilèves, 7 novembre 1794.

« D'après tes ordres, j'ai hier brûlé tous les bateaux qui se trouvaient sur le bord du Rhin. J'ai sommé la ville d'Emmerich de faire passer de ce côté-ci les bateaux qui se trouvaient sur le bord du Rhin et, sur son refus, j'ai pris le parti d'y jeter quelques boulets et quelques obus, qui ont bientôt mis en feu un magasin de fourrages situé entre la ville et le Rhin, sept à huit maisons ont été aussi brûlées. Je me prépare à faire de même du coté de Buderich, mais il est impossible que j'entreprenne rien sans avoir le 28* régiment do chas-

seiii's et quelqu'uns de mes trois bataillons. Je surveillerai les mouvements de Tennemi. Je te prie de me faire passer du numéraire ; je n'en ai point du tout dans ce moment. »

LE GÉNÉRAL DE BRIGADE d'hAUTPOUL A VANDAMME.

9 novembre 1794.

« Général, j'ai reçu la lettre à minuit , pariaquelle tu me marques que tu attaques Buderich ce matin. Le 2® régiment d'hussards cantonné à Alpen sera à cheval en avant de son poste à la pointe du jour et poussera des patrouilles sur le point de Buderich. Le l^*" régiment de chasseurs cantonné à Rinberg se portera à cette même hauteur et poussera également dans la journée des patrouilles en avant. Je me transporterai de ma personne sur Buderich, où j'espère, général, avoir le plaisir de te rencontrer et de faire ta connaissance. »

VANDAMME A MOREAU

Ginderick, 9 novembre 1794.

• Je te rends compte, générât, que, d'après tes ordres, je partis hier de Clèves, avec la 48* demibrigade, le 1^^ et le 2« de la 43«, et le 2* de la 44^ les deux bataillons d'infanterie légère et les deux régiments de cavalerie, pour aller bivouaquer à Xanten. Le 23® est venu m'y joindre le soir. J'ai fait former un bataillon de grenadiers, commandé par Habert, capitaine au b"" de Saône-et-Loire. Ce

malin je me suis mis en marche à quatre heures pour attaquer Buderich. Le 11^' et le :21®de chasseurs fut chargé de foncer sur la droite du village; les chasseurs du Mont-de-Cassel et le 2S^ sur la gauche, tandis (jne nous l'attaquerions de front. Après une assez vive résistance , nous sommes entrés sur trois points dans le village; nous avons poursuivi Tennemi avec vigueur, il s'est défendu de'même, et enfin, nous avons enlevé à la baïonnette la tête de pont qu'il avait construit sur le bord du canal de Buderich, et nous l'avons culbuté sur le pont avec une très-grande perte. Nous avons fait une trentaine de prisonniers. L'ennemi eut encore le temps de couper ce pont, en détachant deux bateaux qui suivirent le courant, de manière que nous ne pûmes le poursuivre dans Tespèce de fort situé entre le canal et le Rhin. Cependant , il fut bientôt obligé de se retirer entièrement sur l'autre rive du Rhin. Un officier du 14*^ se jeta à la nage, et mit le feu au pont de bateaux, qui brûle dans ce moment.

« Le général d'Hautpoul, à qui j'ai écrit hier soir, est venu avec plusieurs escadrons pour me soutenir sur ma droite. Si nous. eussions tardé quelques jours, ce qui nous a coûté peu de monde aurait été très-diflicile à emporter. J'attends tes ordres, et je suis décidé à rester ici, jusqu'à ce que j'en reçoive; je fais tirer dans ce moment, avec plusieurs pièces de 8 et obusiers, sur les bateaux qui se trouvent sur le Rhin,

« La troupe a montré, dans celte expédition, le plus grand courage ; j'ai surtout à me louer du 14® et du 2® de la 44^ demi-brigade. Je te prie de m'envoyer de nouveaux ordres le plus tôt possible, la troupe étant très-fatiguée. »

VANDA\lME A MOREAU.

10 novembre 1794.

« J'ai fait ce matin, mon camarade, une reconnaissance très-détaillée des travaux que Tennemi a fait de ce côté-ci du Rhin, et j'ai reconnu qu'il était décidé à tenir longtemps cette position, qu'il regardait sans doute comme très-intéressante. Il faudrait, pour profiter de l'avantage que nous avons remporté, qu'un ingénieur vînt sur-Ic-champ à Buderich, pour déterminer les travaux qu'il serait nécessaire de faire , afin de mettre l'ennemi dans Timpossibilité de tenter un nouvel établissement de ce côté ; je crois cependant qu'il en aurait d'autant moins l'envie, que nous lui avons coulé son pont de bateaux et son pont volant, chargé de deux pièces de canon. Envoie promptement l'ingénieur que je te demande, afin que nous ayons sur ce point toute la tranquillité possible. Je commence par faire détruire les ouvrages de l'ennemi, et établir ceux qui me paraissent les plus pressés. D'après les fatigues de la division, et le temps froid que l'on éprouve ici, j'ai ordonné aux troupes de prendre les cantonnements sui-

vanls, et qui seront tenus jusqu'à ce que je reçoive de toi d'autres ordres.

« J'attends de tes nouvelles avec impatience. J'ai reçu de Souliam celles de la prise de Nimègue ; elle ne pouvait pas arriver dans un meilleur moment. Nous venions de chasser l'ennemi. •

LETTRE APPORTEE A VANDAMME PAR UN PARLEMENTAmE.

12 novembre 1794.

« Le commandant et colonel de la ville et citadelle de Wesel, ainsi que les officiers municipaux, m'ont représenté de vouloir bien faire les remerciements à la grande nation française, pour avoir bien voulu épargner la ville à la grande affaire du 9 novembre. Lui et la ville espèrent que si les intérêts de la nation française le permettent , qu'on voudra bien ne pas commettre d'hostilité à l'avenir. La ville et la garnison ont ordre de ne pas faire feu, à moins qu'on l'attaque et qu'on ne commence pas le premier. Cependant, ledit commandant désire, de la part des officiers qui commandent ici, la neutralité du canal et de l'île, vu qu'elle est trop près de la ville. Le colonel et commandant de Wesel salue , ainsi que tous les officiers de sa garnison, les officiers commandant ici. »

Vandamme, en envoyant cette lettre à Moreau, ajoute :

« Le parlementaire m'a ^ dit de plus que nous

aurons la paix avec la Prusse dans huit jours ; qu'il en était certain. »

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