LEFEBVRE A VANDAMME
12 février 1795.
« Je te prie, mon cher général, de continuer de nous secourir , je connais ton bon cœur à cet égard, c'est pourquoi je m'adresse avec confiance à toi pour que tu ordonnes qu'on nous envoie dans le plus court délai un convoi de fourrage ; je suis d'autant plus persuadé que tu ne me refusera pas ce service en ce que j'ai appris par un officier de ton état-major que tu désirerais trouver l'occasion de rendre service à notre armée ; je t'offre donc cette occasion que je te prie de saisir ; je t'aurai en mon particulier une reconnaissance éternelle. »
PICHÊGRU A VXNDAMMÊ.
15 février 1795.
• Vous avez dû prendre jour Macdonald et toi pour la marche que vous avez à faire dans les provinces de Frise, de Groningue et d'Overyssel ; puisque l'ennemi y a laissé si peu de monde, il ne faut pas tarder à l'en chasser totalement ; cela est d^autant plus urgent que les habitants de ce malheureux pays éprouvent journellement des vexations de tout genre, de la part des émigrés et des Anglais.
« Il ne faut pas laisser les troupes hollandaises à Nieuvep-Sluys , ni dans aucune place forte , je préfère qu'elles soient à Utrecht et dans des villes et cantonnements ouverts ; si tu reçois des plaintes sur quelques corps ou détachement de ces troupes, tu les feras désarmer sur-le-champ.
« Sans suivre absolument les dispositions que tu me présentes pour la répartition de la cavalerie dans les deux premières divisions, je ferai en sorte que vous soyez tous contents.
« Je t'autoriserai volontiers à garder dans la brigade Laurent la 3* compagnie du 8* régiment d'artillerie légère , venant de l'armée de Sambreet-Meuse, mais je t'observe qu'elle ne peut y rester, puisque tu as déjà dans ta division deux compagnies de cette artillerie , et que la division de Macdonald, quoique d'un tiers plus forte, n'en a qu'une ; arrangez-vous comme bon voisins.
« Tes observations sur Tarmée hollandaise me paraissent fort justes, si les États ne prennent pas promptement un parti à l'égard de ces troupes, je prendrai en attendant celui de les désarmer totalement.
« Quant à la proposition qui l'a été faite par le général Daendels, puisque tu veux bien me demander mon avis, je pense que tu ne dois accepter que d'après le vœu et même Tordre du gouvernement français. Sans avoir jamais servi de puissances étrangères, je me persuade qu'on ne le fait jamais avec autant d'agrément que quand on sert son propre pays. Tant que l'on est très-utile et nécessaire , on est bien regardé, bien traité , mais vous faites bientôt des jaloux, et on profite souvent de la moindre circonstance et des plus petits événements pour vous remercier. On est alors lorl embarrassé, si on ne s'est pas réservé dans son propre pays un emploi à reprendre au besoin ; c'est ce qui ne peut avoir lieu que lorsqu'on a marché par ordre du gouvernement, c'est donc , puisque tu me permets de le dire, ce qui doit diriger ta conduite en cette circonstance.
« Il doit y avoir des souliers à Utrecht. C'est là où doivent être conduites les 16,000 paires qui ont été promises pour le 1®^ du mois, je t'autorise à en prendre 6,000 paires au lieu de quatre.
« Je te renvoie ci-joint le certificat que tu donneras au capitaine Rousseau. Je l'ai apostille légèrement ne connaissant pas cet officier. •
« P. -S. — On n'a point trouvé de prisonniers à Berg-op-Zoom.
• Je l'envoie ci-joinl la permission d'un tambour major, qui est venu ici faire rinsolenl et qui est retenu dans les prisons ; tu voudras bien inviter le capitaine et Tadjudant général qui Tonl signée à ne plus en signer pour aller au delà d'une lieue des cantonnements ou garnisons ; je punirai les signataires de tout autre permission. »
23 février 1795.
• Pichegru , général en chef de l'armée du Nord, ordonne à tous officiers et commandants do troupes hollandaises de porter et faire porter à leurs troupes la cocarde aux couleurs nationales, et leur défend de porter en aucun temps l'écharpe de couleur orange. Les commandants français, dans les différentes places, restent chargés de la communication du présent ordre à tous ceux à qui il appartiendra, ainsi que do la surveillanee en son exécution.
PICHKGnU A VANDAMME.
24 février 1195.
« Le général Lefebvre ma écrit comme à loi, qu'il ne recevrait et n'exécuterait plus aucun ordre qu'il ne vînt de son général en chef, j'en ai fait part aux représentants qui m'ont dit qu'ils allaient envoyer un d'entre eux à Arnheim, pour ordonner
au général Lefebvre d'exécuter lé mouvement dont je leur ai fait sentir la nécessité pour couvrir ta droite, et dans le cas où toute sa division ne pourrait pas faire un mouvement en avant, il faut au moins qu'elle prenne une position oblique, la gauche vers Groll, et la droite vers Arnheim.
« D'après le refus de ce général, j'ai cru devoir renoncer à toute portion de commandement sur Tarmée de Sambre-et-Meuse, et j'en ai fait la déclaration la plus formelle aux représentants.
• Je compte me rapprocher de toi, en me plaçant plus centralement ; j'établirai incessamment mon quartier général à Utrecht. »
PICHÉGRU A VANDAMME.
27 février 1795.
« Je viens de recevoir ta lettre du 6, qui me fait part des coups de main que tu as été obligé de donner pour prendre ta position. Ton aide de camp s'étant bien comporté comme en beaucoup d'autres occasions, il faut faire un mémoire pour lui obtenir une place au 5" régiment d'hussards où il désire entrer, je te promets de l'apostiller favorablement.
« Le général Lefebvre vient de m'écrire qu'il a fait un mouvement qui flanque ta droite ; malgré cela, je vais m'occuper d'augmenter tes forces en avant de l'Yssel ; je serai demain à Utrecht, d'où je ferai partir de suite un de tes bataillons, et l'autre le suivra de près.
« Ce que tu me dis de l'urgence de pï^ettdre un parti envers Tarmée hollandaise n'est mieux senti par personne que par moi, mais Je n'y peux rien, cela ne dépend aucunement de moi.
« Fais une demande en forme pour des fonds d'espionnage, je l'apostillerai. »
LEFÉBVRÉ , COMMANDANT l' AVANT-GARDE , A
!«' mars 1795.
« C'est avec plaisir, mon cher général, que je rapprends qu'enfin je saurai à l'avenir à qui je dois obéir. J'ai reçu le 8 un ordre du général Jourdan, qui eiyoint aux deux divisions de gauche de l'armée de Sambre-et-Meuse d'exécuter tous les ordres qui viendront du général Pichegru. Comme je tenais à cette époque déjà plus de terrain qu'il m'ordonnait dans sa notice, je me suis empressé de lui envoyer cette lettre par un courrier, en lui demandant de nouveaux ordres, et j'attends son retour aujourd'hui. Je fais, en l'attendant toujours, passer l'Yssel au plus de troupes que je puis, et j'approche le reste le plus qu'il m'est possible, pour qu'au retour de mon courrier , et à la confection de mes ponts, je n'aie plus qu'un pas à faire pour être en hgne.
« Tu as déjà à ta droite 7 bataillons et 5 escadrons, et à Doësbourg il y a 2 bataillons et 3 escadrons. Ces troupes tiennent depuis Zevenaer, jusqu'à Groll.
« On me fait aussi espérer que mon parc d^arlillerie et mes canons de campagne pourront passer demain le Waal, sinon, je te prierai de me fournir des munitions si j'en avais besoin.
« Les villes d'Arnheim , Doësbourg , et les autres forts ont été réarmés vingt-quatre heures après notre arrivée.
« Si tu pouvais me faire avoir des souliers , capotes et habits, tu me rendrais un grand service.
* Je te prie aussi d'adresser dorénavant les lettres que tu m'écriras à Doësbourg , j'y serai demain au soir avec le général Jourdan. »
!«' mars 1795,
« Je ne crois pas, mon camarade, devoir m'adresser à d'autres qu'à toi, pour m'informer et t'instruire d'un bruit qui bourdonne de loin contre moi et qu'on semble vouloir me cacher. Je ne me connaissais point d'ennemis capables de se réjouir d'un vol prétendu qu'ils croient me prouver et par la même raison m'accabler de déshonneur. J'avais lieu de croire que mes calomniateurs, mal instruits, auraient eu la délicatesse de me prévenir pour entendre ma réponse, avant de divulguer ce qu'ils pensaient sur mon compte. Voilà le fait. Tu te rappelleras sans doute que le lendemain du passage du Waal tu m'ordonnas d'envoyer une forte découverte sur Huysen, tu m'ajoutas même qu'il était intéressant d'y envoyer un commissaire des guerres pour
y faire des réquisitions ; les ordres furent donnés à ce dernier qui ne les exécuta pas. J'ai trouvé à Huyscn des soldats de toute arme de la brigade du général Jaixion que je rencontrai peu de temps après avec un officier de son élal-major. Il est bon de t'observer que les maisons étaient remplies de soldats qni se comportaient abominablement. J'ai été reconnaître Tennemi sur Arnheim et je n'ai descendu qu un instant chez le bourgmestre pour y prendre des renseignements. C'est au moment où je montais à cheval que le receveur de cet endioil est venu me faire des plaintes sur Tenlèvement de sa caisse sans pouvoir me désigner les individus qui la lui avaient prise. Je n'eus pas le temps d'éclaircir l'affaire, attendu que le canon se faisait entendre de toute part et que le fort de Stein était évacué. Je devais donc me rendre le plus promptement possible à mon poste pour y établir l'ordre. J'ai logé depuis chez le receveur qui ne me parla plus de sa caisse. Instruit de la fermentation de mes faux accusateurs, j'ai fait demander à cet homme un certificat dont je t'envoie copie. Celle pièce seule terrassera mes calomniateurs que je poursuivrai selon toute la rigueur des lois. Dis-moi donc, général, ce que je dois faire en pareil cas? Ne devrais-je pas en instruire Picliegru? Crois que ces dénonciateurs ne m'ont entrepris que pour le quitter un instant.
« J'attends ta réponse.
« Salut fraternel. »
PICHEGRU A VANDAMM».
2 mars 1795.
« Je t'envoie ci-joint un arrêté des représenants, qui t'autorise à prendre deux mille livres ;n numéraire chez le payeur de Tarmée pour le jervice de l'espionnage.
« Tu prends des chevaux, tu les gardes , et tu n'envoies des gendarmes qui ont perdu les leurs, >our les remonter ; il faut tout un ou tout autre : ou jue tu envoies au dépôt les chevaux de prise, et )n y remontera ceux qui auront été démontés, ou lue tu les gardes et que tu remontes tous les individus sous tes ordres qui perdront des chevaux.
« Depuis mon arrivée ici, j'ai reçu différentes plaintes contre des généraux et autres qui font Dartic de la division sous tes ordres. On réclame les voitures, des chevaux, des effets et des fournitures de subsistances qui n'ont pas été acquittées. Mon intention est de faire droit à toutes celles de :es réclamations qui me paraîtront fondées. En conséquence, je t'engage à en prévenir les généraux et officiers d'état-major afin que, si quelquesans d'entre eux sont du nombre de ceux qui ont Jonné lieu aux plaintes, et qu'ils veuillent s'éviter ie désagrément de la publicité, ils s'empressent de les éteindre. Je viens d'en recevoir une contre le général Compère, de la part d'un officier municipal. Je ne sais pas encore sur quoi elle porte, mais on
doit m'en remettre la note demain le matin. Lorsqu'elle me sera parvenue, je t'en donnerai connaissance, si le cas Texige. »
PENCEZ A VANDAMME.
Almelo, 7 mars 1795.
• Citoyen général, je profite de Toccasion du citoyen Seron pour vous faire part que le mouve ment ordonné a été exécuté ce matin par un fort mauvais temps. Plusieurs volontaires sont pieds nus et je ne sais comment ils s'en tireront. Je désire que ces maux finissent, car peut-on commander des malheureux qui marchent sur la chrétienté. Je vous observe que le citoyen Le Duc, commandant des chasseurs du 23® régiment, m'avait promis qu'il me resterait trente-deux chasseurs sans être galeux, tel que je vous l'ai annoncé. Je suis étonné de n'en voir que dix-huit, dont quatre sont à Ommen pour la correspondance avec le général Macdonald, quatre au quartier général et qui ne peuvent y suffire, quatre à Northorn, quatre avec Aubrée à Nienhaus; pour la correspondance, et deux avec planton à Hankone. Vous voyez, citoyen général, que je ne puis rester avec si peu de cavalerie.
« L'escadron du 3® régiment d'hussards qui était avec Aubrée a reçu l'ordre de partir pour se rendre à Dénekam; il a eu même l'ordre de faire rentrer les hussards qui étaient employés pour la
correspondance. J'ai reçu un hussard du 3® régiment qui a été ci-devant employé avec le représentant du peuple Belgarde. Je le garde avec moi et désirerais bien tenir le reste de ce régiment. Je ^ous réitère encore de faire votre possible pour ne faire avoir un peu de cavalerie. »
PICHEGRU A VANDAMME
il mars 1795.
« Le général Moreau qui t'est annoncé depuis [uelque temps part d'ici cet après midi pour e rejoindre; il sera porteur de ma lettre. Les )apiers publics t'auront sans doute appris qu'il me emplace au commandement de Tarmée. J'attends es ordres de mon changement.
« Les représentants pressent les États de prendre une mesure générale à l'égard des assignats; sitôt qu'elle sera décidée, l'armée en aura connaissance.
« Il m'est revenu que les officiers de la compagnie qui, à ta sollicitation, a été incorporée au bataillon du Mont-de-Cassel, n'étaient pas très-bien vus à ce bataillon. Préviens le chef de ce corps que s'il tolère quelques nuances de différence enire ces officiers et les autres du bataillon, il sera )uni. »
MOREAU A VANDAMME
Almelo, 13 mars 1795.
« J'arrive à l'instant à Almelo, demain je me
rendrai près de loi à Oolmarsen. J'ai appris que tu avais attaqué aujourd'hui Bentheim : je ne doute pas de la réussite.
« Je n'ai trouvé aucun poste de correspondance depuis Amersfort jusqu'ici, ce qui rend la communication avec le général en chef impossible, et par conséquent ne peut que nuire beaucoup au service. Je te prie de donner les ordres les plus prompts pour que sur-le-champ il y en est d'établi à Holslen,Devenler, Appeldorn et Vorthuisen. La preuve des inconvénients qui peuvent en résulter est qu'il vient d'arriver ici un paquet à ton adresse, parti d*Amersfort il y a trois jours.
« Je te serai obligé , par le retour de l'ordonnance, de me faire part de la réussite de ton attaque d'aujourd'hui. »
MOREAU A VANDAMME
50 mai-s 1195.
« D'après les ordres du Comité de salut public, mon camarade, que vient de me transmettre le général en chef Pichegru, tu feras les défenses les plus expresses à toutes les troupes de la division que tu commandes, d'agir offensivement contre l'armée prussienne. Tu feras cependant les défenses les plus sévères de passer les avant-postes, et tu voudras bien veiller à ce que leur service se fasse avec la même exactitude. »
MOKEAU A VANDâMM£.
24 mars 1195.
« J'ai su, général, que tu Tétais plaint de ce que n'avais pas eu en toi assez de conliance en te ssant ignorer la lettre que M. Molendorf avait rite au général Lefebvre, et que ce dernier me fit sser. Tu dois le rappeler qu'une heure avant je a avais fait d une nature plus importante ; et j'ai ur principe qu'un général de division ou qui en t fonction doit la mériter tout entière de la part celui qui le commande , ou qu'il ne doit pas 3ir cet emploi.
« Ainsi, je te prie de croire que si tu ne l'as pas , c'est que j'ai reçu cette lettre comme j'allais rtir, et que loin de retarder mon départ, elle doit au contraire le hâter, et le défaut de temps, il, m'a empêché de t'en instruire.
- Je te souhaite le bonjour.
« P. "S. — Je n'ai pu encore sortir de chez moi 3uis mon arrivée à Utrecht. »
VANDAMME A MOHEAU.
25 mars 17J5.
. Je reçois à l'instant ta lettre datée du3 germinal, te félicite du choix que la Convention fait de toi Lir commander en chef l'armée du Nord, peridé (lue lu t'acquitteras avantageusement de te honorable tâche ; sois persuadé de ma con-
fiance, je le connais, je voudrais Têtre de toi. Je regretle aussi la perte de noire général en chef Pichegru, mais puisque Tintérêl et la gloire de la République l'appellent au Rhin, que le bonheur le suive puisque son ami le remplace. »