‹ Le général Vandamme (volume 2)Chapitre 25 sur 43 · L£FEB\11E A VA5DAMME · texte numérisé non relu

L£FEB\11E A VA5DAMME

29 mars 1795.

« La lettre que je viens de recevoir de loi, mon camarade, m*étonne singulièrement attendu que mon quartier général, était encore à Borkelo le 5, et le 6 à Zulphen, sans que j'aie reçu aucune plainte du pays prétendu ruiné par mes troupes ; et j'aime à me persuader, que s'ils avaient exercé après mon départ quelques voies de fait contre les habitants ou les propriétés, connaître assez les chefs des corps pour les croire attachés aux vrais principes que nous professons, et ils m'en auraient certainement rendu compte. Mais enfin, de quelle nature sont ces horribles désordres? sont-ce des vols, sont-ce des massacres, ou ne sont-ce que les réquisitions? Je te le demande instamment.

« Quant aux réquisitions, il est bien vrai, que j'ai donné des ordres pour faire ramasser le plus de voitures qu'il serait possible, parce que, sans cette mesure, je me voyais réduit et dépourvu de toutes subsistances. Je conviens que cette mesure est un peu violente, mais le cas où je me

rouvais l*a nécessitée. Je suis persuadé que tout mtre en ma place en eût fait autant, puisque d'elle lépendait la nourriture de mes troupes et la con* servation des chevaux de ma division. Je suis donc à Tabri de toute inquiétude, ayant la preuve certaine de ce que j'avance ; j'espère cependant les renvoyer sous peu de jours, telle qu'a été mon intention, au moment où je les ai fait prendre. »

VANDAMME A MOREAU

1" avril 17%.

« Les deux compagnies nantaises sont arrivées dl les deux escadrons du 2® régiment de dragons, J'attends le 3* régiment d'hussards; alors je serai fort tranquille sur notre position,, dans le cas où les Prussiens rompraient la suspension, ce qui l'est pas à croire. Ils agissent envers nous avec a plus grande loyauté; ils ont détruit tous les re- .ranchements faits par les Autrichiens , comblé outes les coupures et levé les abatis; ils font le jervice comme en temps de paix, viennent tous es jours parler à nos avant-postes et désirent sincèrement la paix. »

SALM A VANDAMME

3 avril 1795.

« Du pain, du pain, mon bon ami Vandamme, si

lu ne viens à mon secours je me fous dans le

Rhin, ou mes administrateurs; les scélérats, je te

réponds, seront tous arrêtés lorsque ma troupe aura à manger; procure-moi quelques râlions, mon cher Vaudamme, j'enverrai les fourgons des bataillons et mes chevaux d'artillerie les chercher, tu servira l'humanité en moi, je suis persuadé que tu ne t'y refuseras pas. Renvoie-moi de suite la réponse par un homme sur, afin que j'y envoie de suite.

« Je suis établi à Devcnter. •

Ou lit au bas de cette lettre :

« Le commissaire-ordonnateur Pety peut -il donner à la brigade de Salm quelques rations de pain? »

VANDAMMË A MUUKAU.

6 avrU nU5.

« Je te joints ici, mon général, différentes lettres qui me sont adressées par le chef de la 31® demi-brigade auquel je te prie de bien vouloir t'intérësscr. Je ne peux plus longtemps répondre des grandes difficultés qui se présentent tous les jours, le refus absolu que l'on fait partout des assignats; les soldats me font les demandes suivantes : Les assignats ne valent donc rien? pourquoi ne nous paye-t-on pas avec d'autre monnaie qui ait cours. Nous servons bien et Ton nous paye mal; et enfin quoi répondre, jo ne sais rien. Je te demande, répond§-moi.

.f Hien de nouveau quant à Teauemi, >

LE GÉNéftAL COMMANDANT LES TR0UPE8 ANGLAI8B8

A BRBMBN A VANDAMMB.

6 avril 1795.

• Monsieur le général , les prisonniers anglais laissés malades à ZwoU ont reçus de vous un traitement que Je dois reconnaître et dont je [n*empresse de vous témoigner ma reconnaissance, le désirerais que ces prisonniers puissent être les [)remiers compris dans les échanges et en demanlant pour eux une nouvelle preuve de bienveillance, e prends la liberté de. vous faire parvenir par M. le capitaine Cerjat, la somme de 250 louis, que ^ous voudrez bien faire remettre à M. Coiisiden, ;>ourvoyeur des hôpitaux, pour le soulagement des naïades, en attendant qu*ils puissent nous être renvoyés. »

VANDAMME A MOREAU

8 avril 1195.

• D'après tes ordres, mon général, je renvoie k Utrecht les Allemands qui voulaient s'en aller lans leur pays; chaque fois qu'il en viendra sans des passeports ou des routes signés de toi, lisseront arrêtés, les ordres les plus exprès sont lonnées.

« Tu m'ordonnes de secourir la brigade du jériéral Salm , en vivres . et fourrages ; par des Joins extraordinaires, le commissaire-ordonna-

tcur Pely s'élait procuré des subsistances pour quinze Jours, mais nous nous sommes trouvés assaillis de toutes parts, et bientôt nous sommes sans pain et sans fourrage.

• Trois bataillons de la division du général Delmas à Nimègue, Amheim et Doèsburg manquent de tout, le lO* régiment d*hussards ne peut être nourri par nous et ne sait comment vivre. 8alm manque, et je ne puis rien faire à tout cela, la division même de laquelle je suis spécialement chargé se trouve à la veille de manquer de tout si Ton ne vient promplement à son secours, non en promesses, mais en subsistances réelles, qui nous arrivent moins souvent que les promesses. ' • Les lettres que tu m'as fait passer pour les généraux Molendorf et Walmoden out été portées aux avant-postes.

« Longtemps lu m'as promis les hussards du 3% longtemps tu me promets les chasseurs du Montdes-Chals, longtemps tu me promets de rarlillerie légère, tout cela arrive cependant à la fin; mais cependant tu me promets depuis tant de temps des subsistances et rien n'arrive que les promesses qui ne remplissent point nos magasins; à présent tu me promets une visite, je ne sais quand toutes tes promesses seront remplies, enfin je prends patience. »

MOREAU A VANDAMME

10 avril 1795.

« J'ai reçu, général, tes deux lettres des 17 et 19 germinal. La disette où se sont trouvées les troupes sur TYssel à tenu à la difficulté de remonter le Leck par les vents contraires. Tu peux Dompter sur les soins qu'on se donne pour appro- É^isionner ce pays ; mais il est impossible de se 'aire d'idée des difficultés qu'on éprouve.

« Quant aux assignats, mon cher général, il aut encore souffrir ; je conviens que cela est afreux, mais indispensable ; cela tient à des arrangements de gouvernement, un peu lents à la vérité, mais qu'on ne peut contrarier.

« Les données que j'ai sur les négociations avec la Prusse me font regarder comme bien justes les rapports que tu m'a envoyé.

• Sans un voyage politique que je vais faire à la Haye, je serais parti aujourd'hui ou demain pour Zutphen ; je t'assure que mon voyage n'est que retardé de peu de jours.

« Il faudra que le lieutenant Borin vienne faire dser sa convalescence par le, comité de santé, ilors je pourrai la lui donner.

• Je te fais passer un arrêté du représentant i^ichard pour faire donner un congé au capitaine L.andel, tu me renverra ce congé et l'arrêté pour îue je le vise. »

MOREAU A VANDAMME

i4 avril 1795.

« Je te préviens, général, que la paix a été signée à Basle entre notre gouvernement et la Prusse, la nuit du 16 au 17; ainsi tu donneras sur-le-champ les ordres pour que toute réquisition et tous travaux de fortification dans les villes ou villages prussiens cessent à l'instant. La nouvelle n'est pas encore officielle, ainsi il ne faut pas la proclamer, mais elle est certaine et on peut la dire.

c Ci-joint un paquet pour M. le maréchal Mollendorf que tu voudras bien faire passer le plus tôt possible. »

VANDAMME A MOREAU

«0 avril 1795.

« Je ne puis plus longtemps, mon général, répondre de notre situation , tantôt sans fourrage pendant trois Jours, tantôt sans pain ou avec du pourri ; nulle part Ton ne veut de nies assignais, les chefs de corps ne peuvent même point faire les moindres réparations ; cela va de pis en pis, et les promesses que vous me faites ne changent rien à notre malheur, il augmente au contraire tous les jours. Il parait que Ton vous trompa sur les envois que Ton dit nous faire, et malheureusement rien n'arrive ; tandis que toute Tarmëe est

dans la-plaB opulente abondance, faut-il que cette division soit tous les jours vouée à la plus affreuse famine. Je ne puis croire, général, que ce sont là tes intentions. Il est temps, pour ne point dire trop tard, de porter remède à ces maux ; la patience fmirait, et des malheurs pourraient en résulter. La division est maintenant bien complète, mais il nous manque des vivres pour le^ hommes et des fourrages pour les chevaux. J'ai envoyé le chef d'escadron Grêlée et mon aide de camp à Munster pour y porter votre lettre au général Molendorf , et deux autres lettres aux généraux Walmoden et Arcourt pour le complet échange du restant des prisonniers ; ils ont remis aussi les 250 louis en or que les Anglais avaient envoyés à Zwol pour leurs prisonniers qui en étaient partis ; je leur ai dû donner 600 Uvres en argent pour leurs dépenses, ce que j'ai dû emprunter au payeur. Je te prie de demander au représentant du peuple Richard un arrêté pour deux mille livres, afin de payer les 600 1. empruntées, 200 livres que le général a aussi prêtées, il y a un mois, à Hengeloo. Répondez-moi, je voué prie, sur tout le contenu de cette lettre, et dismoi quel a été le résultat du voyage du commissaire Pely et l'adjoint Essée que j'ai fait partir* exprès pour nous procurer quelques vivres et fourrages que Ton nous promet si souvent et que nous ne voyons jamais. Depuis longtemps j'espérais vous voir à Zutphen, et vous n*arrivez point.

Le général prussien Keller m'a fait dire qu'il attend de votre part un général à Groenhoove pour convenir des limites entre les deux années. •

MOREAU A VANDAMME

27 avril 1795.

« Je te fais passer ci-joint, général, un arrêté du Comité du salut public qui t'appelle à Paris pour lui donner les renseignements dont il a besoin.

« En te conformant à cet arrêté, tu voudras bien me faire part du jour où tu partiras pour te rendre à Paris.

• Tu donneras au général Compère le commandement provisoire de la division , et tu donneras à l'adjudant général La Cour le commandement provisoire de la brigade du général Compère.

«* Salut et fraternité. »

A cette époque (mai 1795), Vandamme, dont les talents militaires avaient grandi dans les combats, dont le courage était connu de l'armée, mais qui s'était fait beaucoup d'ennemis par son caractère bouillant et souvent par sa sévérité, Vandamme, dénoncé à plusieurs reprises déjà par de prétendus patriotes, fut appelé à Paris pour rendre compte de sa conduite devant le Comité de salut public. Il laissa le commandement de sa brigade au général Compère.

Il était dénoncé comme terroriste et comme

ayant livré Fumes au pillage , tandis qtfau contraire il était inflexible pour les pillards, ainsi que l'indique sa correspondance et ses ordres. Déjà on se rappelle qu'en 1793 on lui avait reproché des actes de violence envers les habitants de la Flandre. A cette époque, Moreau lui avait épargné la disgrâce qui aurait pu l'atteindre, en ne donnant pas suite aux accusations des clubistes. Il ne fut pas aussi heureux en 1795, et il fut d'autant plus irrité de la conduite du gouvernement à son égard, qu'il ne s'était pas épargné pour faire triompher la cause de la République. Il avait même servi la patrie de sa propre bourse, comme le prouve la lettre ci-jointe, adressée par lui, te 15 avril 1794, au ministre de la guerre, lettre à laquelle on ne fit pas droit :

« Dans le mois d'avril 1793 (vieux style) , je t'envoiai deux états des dépenses que j'avais faites, l'un pour l'achat de plusieurs carabines et fusils, et l'autre pour la réparation des armes de la compagnie franche que je commandais alors ; le 1^' montant à 600 fr. et le 2* de 300 fr. Je te prie, citoyen ministre, de faire faire les recherches nécessaires dans les bureaux pour trouver ces deux états. Tu voudras bien te les faire présenter, les ordonnancer, et ensuite me les renvoyer, j'ai réellement besoin des sommes que j'ai avancées. »

Il paraît, du reste ; que Vandamme parvint à se faire absoudre pour le moment au Comité de salut

publiCi puisque nous le voyons revenir au commencement de juin, à l'armée du Nord. Toutefois la dénonciation, calomnieuse ou non, laissa dan^^ Tesprildes membres du gouvernement des préventions défavorables sur son compte, sans aucun doute, puisqu'il fut quelque temps sans position aux armées, comme on va le voir plus loin. Il est à présumer aussi que celte affaire retarda de plusieurs années sa nominsition au grade de divisionnaire.

Quoi qu'il en soit, il avait repris le commandement, non de la division de Moreau, mais de sa brigade à Tannée du Nord, lorsqu'il reçut du général en chef la lettre suivante, datée du 13 juin:

« Je te préviens, général, que je te confie le commandement de trois demi-brigades d'infanterie, un régiment de cavalerie, une compagnie d'artillerie légère et six pièces de position destinées à passer de l'armée du Nord à celle de Sambreet-Meuse. Ce corps se rassemble à Malines où tu te rendras pour en prendre le commandement.

« Fais-moi passer une demande en indemnité des frais de ton dernier voyage et je la remettrai aux représentants du peuple , avec une apostille de moi. *

Ce changement d*armée, Moreau l'avait accordé à Vandamme, non pour se séparer d'un de ses plus brillants hommes de guerre, mais parce qu'à son retour de Paris le général ne lui avait

pas dissimule le désagrémenl qu'il éprouvait à reparaître comme général de brigade dans une division dont il avait eu pendant six mois le commandement.

Quelques jours après, Vandamme ne put douter plus longtemps de la disgrâce dont il était Tob* jet, car la lettre suivante de Moreau, datée de la Haye, 39 juin 1795, lui fit connaître qu'il était, sinon destitué^ du moins privé de tout commande* ment .

MOREAU A VANDAMME

< 29 juin 1795.

« C'est avec bien de la peine que je t'apprends que tu n'es pas compris sur le nouveau travail des officiers généraux employés de l'armée du Nord; je ne sais à quoi attribuer cette omission, à moins que ce soit tes dernières affaires de Paris.

« Quand à ton changement d'armée dont tu ma parlé, je ne l'ai fait que d'après la demande que tu m'en fis à Zutphen, où tu me parlais avec raison de la peine que lu éprouverais de resservir comme général de brigade dans une division que tu avais commandée pendant six mois.

« Le représentant du peuple Richard n'a pas encore reçu de fonds et ne peut, par conséquent, faire droit à ta demande d'indemnité.

« Tu remettras au général Morgan l'état des

troupes destinées pour l'armée de Sambre-et- Meuse, et il leur donnera leur route.

• Salut et fraternité. •

Le lendemain, une nouvelle dépêche, complètement officielle, de Moreau, prévient Vandamme que la commission du mouvement des armées de terre lui avait adressé les lettres de service des officiers généraux etac^udants généraux employés dans l'armée du Nord, et que son nom n'étant pas au nombre des premiers, il aurait à se conformer aux prescriptions qui ordonnaient aux officiers non compris sur la liste de cesser leurs fonctions et de se retirer dans leur foyers, en indiquant à la commission leur résidence pour qu'on puisse leur faire passer les instructions du Comité de salut public.

Toutefois, Vandamme ne devait quitter l'armée qu*après avoir remis le ser\'ice à son successeur. On lui promettait une solde de retraite.

Dès qu'il eut reçu ces nouvelles, le brave Vandamme répondit àMoreaû, le l^** juillet :

• Général, c'est avec le cœur navré de douleur que je t'écris ces lignes; voilà donc le coup porté! Mes ennemis ont donc par leur intrigue et par leur scélératesse ravi la place que j'ai obtenue sans la chercher, et que je crois, depuis, avoir bien méritée par la manière dont j'ai servi.

« Après avoir parcouru tous les dangers et bravé tant de fois les périls des combats, en voilà donc la récompense! Après avoir sacrifié tant de veilles,

et seiwi avec tant de zèle , me voilà sans place, à Tàge de 26 ans, réduit à vivre dans la retraite.

« Je m'y résous, général, car je ne désobéirai jamais aux lois de mon pays ni aux ordres supérieurs. Il est cependant dur pour moi de devoir supporter cette honte, qui ne devait être réservée qu'aux lâches, aux factieux, aux ineptes et aux ennemis de la France, et, général, tu me connais, je ne suis ni l'un ni l'autre.

• Enfin, réduit à rien faire, frappé de nullité par le gouvernement, je vais donc aller vivre avec mes parents, et manger ce qui me reste.

• Mais, général, ne pourrais-je te demander un certificat de la manière dont j'ai servi depuis que tu me connais? Si je mérite cela près de toi, veuille me l'adresser par la poste, chez mon père, à Cassel.

« Général, m'abandonneras-tu dans mes revers? Non! Je crois mieux te connaître, tu ne m'abandonnas jamais depuis que je te connais, et certes lu t'intéresseras pour moi près du Comité de salut public. Indique-moi les moyens que je dois prendre, et console-moi dans mon malheur. Écris à Gillet, je crois qu'il me servira, il m'en a prévenu à Paris.

« Prouve-moi, Moreau, que l'amitié que tu m'as tant de fois témoignée était sincère, et fais, je te prie, pour ton sincère ami, le sacrifice qu'il attend de toi; et si tu m'abandonnes, fais-moi au moins les adieux.

« Salut et amitié. »

Vandamme reçut d*un grand nombre de ses camarades des lettres flatteuses ; nous reproduisons seulement celles du général Ferrand et de Pichegru. Voici la première, du 3 juillet :

« J*ai reçu ce matin, mon cher camarade, ta lettre. Je pars après-demain pour me rendre à Tarmée du Rhin. Je voudrais bien t'y voir. Tu m'apprends avec peine que tu n'as pas d'emploi. Je pense que c'est par erreur; tu as battu assez souvent l'ennemi pour qu'on puisse t'en tenir compte. Mille amitiés, etc. •

' Voici maintenant la lettre de Pichegru, alors à Strasbourg, datée du 11 juillet (1) :

ii juillet 17%.

« J'apprends avec peine, mon cher Vandamme, que tu n'as pas été compris sur le nouveau tableau, et je m'empresse de t'envoyer le certificat que lu me demandes; je désire qu'il concoure effectivement à te procurer satisfaction.

• Tu as donc refusé l'emploi qui t'était offert en Hollande? On m'avait dit dans le temps que tu

(1) A cette lettre, Pichegru avait joint le certificat suivant : t Au quartier-général, à Strasbourg. — - Armée de Hhinet-Moselle. — il juillet 1795.

« Le général en chef atteste que le général de brigade Vandamme a fait la eampagne dernière, sous ses ordres, à rarmée du Nord ; qu*i| 8*est trouvé a toutes les affaires, batailles st sièges importants, et qu'il y a donné des preuves multipliées d'intelligence et de bravoure, et qu'il a très-efflcaeemenî con* pguru è Içur succès.

f riCHEGHU, *

venais d'être appelé à Paris pour ça. De tel côté que tu te tournes, mon cher ami, je désire que ce soit pouF ton bonheur, et si je peux y contribuer, lu me trouveras loiijours prêt à le faire, autant qu'il sera en moi.

< Salut et amitié. »

Vers la fin d'août, Vandamme reçut également le certificat qu'il avait demandé à Moreau, avec une lettre expliquant d'où provenait le retard éprouvé pour l'envoi de cette pièce.

Voici ces deux documents :

ai août 1795.

• J'ai reçu, mon cher général, tes deux lettres. Je te fais passer le certificat que tu demandes ; il est presqu'impossible à Richard de te faire payer à présent l'indemnité qui t'est due pour ton voyage , nous n'avons aucun fonds à notre disposition.

« Je ne puis attribuer que tu n'es pas employé cette campagne qu'à la dernière scène que tu as eue à Paris, elle t'a affiché et tu as donné beau jeu à tes ennemis,, car il n'est pas de fonctionnaire pu-; blic qui n'aie les siens, pour te desservir auprès du gouvernement.

• Ayant presque toujours été en course j'ai tardé de te répondre, mais tu as tort de croire que j'ai' oublié la manière dont je t'ai vu servir.

« Je le salue fraterQeUemeut. >

22 août 1793.

« Lo général en chef de l'armée du Nord certifie que le général de brigade Yandamme, employé à la 2** division de cette armée, et qu'il a commandée par intérim environ six mois, a montré dans toutes les affaires où il s'est trouvé, pendant les deux dernières campagnes, une grande bravoure, des talents militaires et une activité peu commune.

• En foi de quoi je lui ai délivré le présent. •

Vandamme s'était retiré à Cassel. Il avait été profondément affligé du silence de son ancien camarade Moreau, silence dont il ne comprenait pas le motif. Aussi s'empressa-t-il, au reçu de sa lettre, de lui répondre, le 27 août 1795 :

« Général, je viens de recevoir ta lettre et le certificat que tu as bien voulu m'envoyer, j'en ai reçu autant du général en chef Pichegru, et voilà la seule récompense que j'aie de mes services. Il est vrai qu'un témoignage aussi flatteur , et que je crois avoir mérité auprès de deux hommes que je respecte et que j'estime également, me vaut plus que la faveur d'une pension que je n'obtiendrais peut-être qu'en rampant devant quelques vils êtres que je méprise trop pour solliciter. Je te remercie, général, de ton souvenir ; n'oublie point celui à qui tu as tant de fois prodigué ton amitié que je crois encore sincère ; un plus long entretien me ferait penser à l'armée, et m'arrache déjà des larmes.

îéduit à la retraite, je ne sais quoi devenir. Pourai-je encore espérer, général, que tu entreprennes uelques démarches pour moi, afin de me sortir ;e l'inaction où je ne saurais vivre longtemps? N'y i-t-il aucun moyen, général? Qui seront donc ceux i qui on décerne des récompenses, si je n'y ai auîun droit? Tu m'as vu sur la Lys, sur la Meuse, e Rhin, le Waal, etc. etc. ; qui mieux que tai peut ne juger? Et pour tout cela, je n'ai obtenu que la lUppression. Ecoute ton cœur, Moreau. Je te conure, au nom de l'attachement que je t'ai toujours roué, fais pour moi tout ce qu'il dépendra de toi x)ur me faire remettre en place.

« Je ne suis point encore payé de mon voyage le Paris, non plus que de mes appointements du nois de messidor.

« Adieu. »

Incapable de rester sans occupation, n'admetant pas même la possibilité d'une inactivité à lajuelle il eût préféré la mort, Vandamme écrivit à jette époque à Pichegru et lui demanda s'il ne )ouvait pas l'aider à se rendre en Amérique pour ^ être employé dans une armée quelconque.

Le souvenir des premières années de sa jeulesse passées dans ce pays lui avait probablenent inspiré cette pensée. Pichegru lui répondit rAllkirch, le 24 août (1) :

(l) n est bon de faire ici une remarque. C'est que les formes ipistolaii'es commencent à devenir moins familières. Voici

« Je désirerais bien, mou cher Vandamme, pouvoir contribuer à satisfaire au désir que vous témoignez d'être employé en Amérique, mais je n'en ai aucun moyen; quant au conseil que vous me demandez, si vous devez aller à Paris, je ne sais trop que vous en dire : il en coûte tant pour voyager et pour habiter cette capitale, qu'il serait fort désagréable d'y faire un voyage inutile. Cepeiidaiil j'ai appris que beaucoup d'ofliciers généraux qui. comme vous, n'ont pas été eompi'is sur les nouveaux tableaux, ont obteim, étant sur les lieux, d^' se faire réemployer, mais presque tous à rarmef de l'intérieur. Je suis persuadé que ce n'est [)as h' poste que vous enviez ; j'apprendrais avec inléivl que Ton vous en a assigné un j)lus convenable à votre grande activité.

« Salut fraternel. »

Vandamme cependant, désespéré de voir qu'on se battait sans lui, sur toutes nos frontières, se d' cida à intéresser à sa position le représentant du peuple Isoré, qu'il avait connu dans ses premièiv> campagnes à l'armée du Nord.

Il lui adressa, à une date dont nous ne pourrion> préciser le jour, mais qui est, sans aucun doute, do la fin du mois d'août 1795, la longue lettre suivante :

Pichegru qui écrit, pour la première fois, à Vandamme, san> le tutoyer, liieutôt le style va changer complètement dans li correspondance militaire.

« Citoyen représentant, ayant eu Toccasion de vous connaître à Tarmée du Nord, dont naguères je faisais partie, j'ai cru pouvoir m'adressera vous pour vous faire part des réclamations que je suis dans ce moment en droit de faire.

« Le 5 septembre 1793, je commandais depuis deux ans une compagnie franche d'infanterie légère portant mon nom, et je fus à cette époque nommé chef du bataillon des chasseurs du Mont-Gassel, formé de ma compagnie et de plusieurs autres; je reçus ordre à cette même époque, du général Houchard, de prendre le commandement d'une colonne de 5,000 hommes, qui était destinée à agir dans l'attaque générale qui devait avoir lieu pour débloquer la place de Dunkerque. Les succès de cette attaque sont trop connus pour que j'aie besoin d'en parler. Je conservai le commandement de cette colonne jusqu'au 27 septembre, jour auquel je reçus un brevet de général de brigade, avec ordre d'aller prendre le commandement du camp retranché et de la place de Dunkerque. Là, je fus chargé d'attaquer avec ma brigade, Furnes et Nieuport, pour opérer une diversion, et forcer l'ennemi à porter des forces vers ce point, ce qui s'exécuta. Le 31 brumaire, je quittai Dunkerque, pour aller prendre le commandement d'un corps de troupes (fui occupait Poperinghue et autres villages, commandé alors par le capitaine Moreau, chef du l®'' bataillon d'Ille-et-Vilaine, maintenant général en

chef de l'armée du Nord. Cette position fut peu dejours après abandonnée, et jecommandai pendant l'hiver une forte brigade cantonnée sur la frontière à une lieue et demie en avant de Gassel.

«On vit enfin s'ouvrir cette glorieuse campagne qui couvrit de gloire les armées républicaines. La brigade que je commandais faisait partie de la 2* division commandée par le général Moreau, et c'est je crois en dire assez, les travaux de celte division sont connus. On Ta vue après avoir agi très-activement dans les affaires décisives, du commencement de cette campagne, remplir une tâche non moins pénible dans les autres.

■ Dans les premiers jours de brumaire 3* année, le général Moreau ayant été appelé à commander par intérim l'armée du Nord, je pris le commandement aussi par intérim de la 2* division, et je le conservai toujours depuis. On sait que depuis cette époque, elle força Tennemi à repasser le Rhin devant Wesel, qu'elle passa le Waal, àdeux reprises différentes, et qu'à son entrée dans la Hollande elle fut destinée avec la première division à couvrir l'Over-Yssel, et le pays de Groningen, et qu'elle eut plusieurs affaires avec l'armée anglaise.

« Vers la fin du mois de prairial, je reçus l'ordre, comme n'iMant point destiné à rester en Hollande, (le ma rendre à Malinv^s, où devait se rassembler une l)riî':ade queje conduirais à Maeslrichl, où je recevrais de nouveaux oîdres. J'exécutai ce

jassemblement, déjà une partie do la brigade ulail partie, et j'étais au moment moi-même de partir avec le reste de la brigade, lorsque je re- (;us une dépêche qui m'annonçait que je n'étais pas compris dans le nombre des généraux employés. Je ne cherchai point à pénétrer les causes. J'ai pour me tranquiUiser ma conscience et la persuasion intime d'avoir fait mon devoir. Je vais faire imprimer un mémoire dont je vous enverrai un exemplaire. Ce ne sont pas des raisonnements, ce sont des faits que j'expose, «animé du seul désir de servir encjore ma patrie; je compte sur votre justice, citoyen représentant, et j'ose espérer que vous voudrez bien adresser une réclamation au Comité de salut public. Je ne crois pas inutile de joindre ici le certificat des généraux Pichegru et Moreau ; vous pouvez d'ailleurs vous adresser à mon collègue qui m'a connu à l'armée du Nord. En vous intéressant à mon sort , vous me rendrez à moi en particulier un service important,, puisque le bonheur de ma vie en dépend, et vous rendrez à la patrie un serviteur fidèle qui sera toujours prêt à verser son sang pour elle. Je n'ai point encore fait de réclamation, parce que ma santé altérée par les fatigues de la guerre m'en a empêché. Je désirerais surtout être employé dans une des armées actives de la République ; la patrie a encore besoin de défenseurs : faites, je vous prie, tout ce ({ui dépendra de vous, pour obtenir oe que je demande. Ne laissez point dans l'oisiveté un

mililaire qui désire et eroit pouvoir encore servir sa patrie. »

La eon(ianrc(lu ii:('Mi('M*al Vandamnie dans le représentant Ison» ne* fui pas trompée. C(^ députi' se lit son proleeteui', s'adressa à Merlin alors foil puissant, et, le 2S.sept(*nil)n\ il put enfin mand(*r à l'exilé de (lassel la bonne nouvelle qu'il ne larderail pas à élre rétabli sur les cadres de Tarmée.

Voilà la lettre d'Isoré:

• J'aivn, comme tu me Tas mandé, général, lereprésentant Merlin, qui m'a assuré de la réintégration. J'en suis bien aise, car tout ce qui sent l'ancien régime a nn bien mauvais goût pour moi. Ta destitution m'a, je t'assure, singulièrement surpris, mais tn as essuyé le sort de bien des braves comme toi, qui dans nn moment ou dans l'autre reparaîtront sur la scène, peut-être malheureusement, pour réparer les perfidies de ces hommes qu'on ne peut appeler que monsieur. Ne perdspas courage, mon cher camarade, si MerUn tarde Je le ferai ressouvenir de ce qu'il faudra faire.

« Je te salue fraternellement. •

Quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis la lettre du représentant, que Vandamme recevail celle-ci du commissaire exécutif delà commission de l'organisation et du mouvement des armées de terre, le citoyen Pille:

« Je vous adresse, Tampliation d'un arrêté du

Comité de salut public, en date (du 29 septembre) qui vous ordonne de vous rendre sans délaiàTarméo de TOuesl, pour être employé dans votre gi'ade, soit à celte armée, soit à celle des côtes de Brest, au choix du général en chef Hoche.

« Je donne avis de cet arrêté à ce général, en l'invitant de se concerter avec le général en chef Pérignon, commandant Tarmée des côtes de Brest, pour déterminer à laquelle de ces deux armées vous serez attaché. »

A cette lettre était jointe la copie de Tarrêté suivant :

7 vendémiaire, an IV, 29 septembre nQô. — Extrait des registres du Comité de salut public.

« Le comité de salut pubUc arrête que le général de brigade Vandamme sera remis en activité et ([u'il se rendra sans aucun délai à Tarmée de TOuest, pour être employé dans son grade, soit à cette armée, soit à celle des côtes de Brest, au choix du général en chef de la première.

« La commission de Torganisation et du mouvement des armées de terre est chargée de Texécution du présent arrêté.

« Cambacérès, Merlin, Dermont, Letourneur, La Revellière-Lepeaux. »

La destination affectée d'abord à Vandamme ne larda pas a être changée. Le général n'aimait nullement la guerre civile, et ses champs de bataille

restreints. Il fallait à son ardeur et à ses talents

un vaste théâtre. Il fit si bien qu'il obtint de semr à une autre armée que celles de l'Ouest ou des côtes.

Tandis que Hoche, enchanté d'avoir sous ses ordres un ancien camarade dont il connaissait ©l appréciait la bouillante valeur et Taptitude militaire, lui écrivait de Nantes, son quartier général, de se rendre à Ancenis, pour y prendre le commandement de rarrondissement,où le général Chabot devait lui adresser des instructions, Vandamme était informé par une lettre du ministre de la guerre Aubert Dubayet, en date du 22 novembre, que le pouvoir exécutif le plaçait à l'armée de Rhin-et-Moselle, où il hii donnait Tinjonction de se rendre sans nul délai. Il ne se fil pas attendre; il arriva au milieu de décembre au quartier général à Herxheim d'où il fut dirigé sur Deux-Ponts à la onzième division d'infanterie commandée par Gouvion-Saint-Gyr.

Le 30 décembre, il reçut de son nouveau chef la lettre ci-dessous :

LE GÉNÉRAL DE DIVISION SAINT CYR, AU CITOYEN VANDAMME, GÉNÉRAL DE BRIGADE.

« Vous prendrez, mon cher camarade, le commandement de la bri;jade de gauche de la 11* division, qui était provisoirement confié au chef de brigade Rivet, auprès duquel vous vous rendrez

ur prendre note de remplacement des troupes et î renseignements que vous désirerez.

« Salut et fraternité. »

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