AU NOM DE LA NATION FRANÇOISE
« Monsieur Vandamme, fusilier au 24® régiment d'infanterie, est autorisé à former de suite une compagnie franche de cent hommes, dont il sera commandant. Le lieutenant et le sous-lieutenant de ladite compagnie seront à sa nomination. La compagnie nommera au scrutin et à la pluralité
jusqu'au 5 septembre 17d8. A celte époque, elle Tut versée dans le bataillon des chasseurs du Mont-de-Cassel , qui eut pour premier commandant Vandamme. I^ bataillon du Mont«de- Cassel fut composé de cinq compagnies : i'* Vandamme, organisée le 5 septembre 1192; 2* de l'Egalité, organisée le 4 septembre 179S ; a* de Soully (5 septembre 1192) ; 4* de rObseryatoire (5 septembre 1792) ; 5» des Pyrénées (1»»- janvier 1798).
Ce bataillon forma le 3« de la 14* demi-brigade légère, laquelle demi-brigade fut composée des trois bataillons suivants: 14« bataillon de chasseurs ; 5« bataillon de tirailleurs (ancien bataillon Paoli) ; bataillon du Mont-de-Cassel. En 1795, cette 14* demi-brigade devint première demi-brigade légère.
Elle fut presque toujours dans les commandements du général Vandamme et s'illustra dans plusieurs combats glorieux.
des suffrages, un sergeut-mcgor, quatre sergents/ et huit caporaux.
c Monsieur Vandamme partira de suite pour se rendre à Cassel, où il établira le dépôt de sa com«pagnie, et fera sans délai le travail relatif à son traitement.
• Au quartier général à Valenciennes , le 24 août 1792, lan IV de la Liberté. Par ordi^e du générai d*armée,
« Le lieutenant général, chef de rélat-major de l armée du Nord,
« Signé : J.-M. Moretox. »
• Vu, au directoire du district d'Hazebrouck, après que M. Vandamme a prêté le serment de maintenir la liberté et Tégalité ou de mourir en les défendant. Fait en séance, ce 27 août 1792, Tan IV de la Liberté et le premier de TÉgalilé. »
Suivent les signatures.
• Vu à la municipalité de Cassel, le vingt-neuf août, 17 c. quatre-vingt-douze. »
La première mission confiée à Vandamme par les magistrats de son propre pays, dès que la compagnie franche fut formée, ne laisse pas que de prouver la confiance que Ton avait dans le jeune capitaine. On le chargea de veiller à la préservation de meubles et d'effets, qu*à tort ou à raison , le district de Hazebrouck considérait comme étant la propriété de la nation.
• Ceci résulte de l'acte suivant :
« Extrait du registre aux arrêtés du congei générai du district d'Hazebrouck.
, « Sur ce qu il a été représenté qu'on transpor toit journellement des meubles et effets du cou vent des ci-devant récollets de Cassel apparteiiîyit à la nation, le procureur syndic entendu,
« Le conseil général du district d'Hazebroucl a arrêté de mettre des gardiens à la maison de ci-devant récollets à Gassel pour la conserx^atioi de ces meubles et effets , à quel effet le sieu Vandamme a été nommé pour y établir des gar .diens à son choix. •
« Fait à Hazebrouck, en la séancedu coi;iseil gé néral, ce vingt-deux septembre 17 c. quatre-vingl dou2e, Tan IV de la Liberté, le premier de TÉgalitc . > Pour copie conforme audit registre. »
Quelques jours après que Vandamme se fi installé avec sa compagnie franche ponr veiller ce que rien ne |fut détourné du couvent dont avait la garde, il remit divers objets à la munici palité et en retira le récépissé suivant :
« Le sieur Vandamme, capitaine commandai des chasseurs, a déposé ce soir, devant les corn missaires municipaux de cette ville, le pied d'un cit)ix d'argent, ainsi que deux autres pièces de 1 ■même croix, qu'il déclare avoir trouvé an couver des ci-devant rëcollets cachés sous la- paille-, cett
pièce lui servant de récépissé. A Gassel, ce vingl- Irois septembre 1792. »
Suivent les signatures.
Le 1* décembre 1792, la compagnie Vandamme reçut Tordre du chef d'état-mcy or de l'armée du Nord de se rendre à Armentières, partant de Cassel le 3 du môme mois. Une situation signée de son chef constate que Teffectif réel se composait alors d'un capitaine, d'un lieutenant, de quatre sergents, de huit caporaux et de soixante-dix-sept chasseurs, total quatre-vingtdouze hommes.
Le 4 , la compagnie était à Bailleul , et le 5 u Armentières, entre Lille et Cassel.*
A la fin de cette même année 1792, nous trouvons à la situation de l'armée du Nord du 25 décembre, la compagnie Vandamme, forte de cent cinq hommes, en garnison à Anvers.
Avant d'aller plus loin, qu'on nous permette un court exposé de l'état de la France et de l'Europe dans les derniers mois de 1792.
L'émigration et l'arrestation du malheureux roi Louis XVI à Varennes avaient été suivies de la déclaration de Pilnitz. La déclaration de Pilnitz avait provoqué la levée des bataillons de volontaires et la guerre avec l'Autriche. Le roi captif n'avait plus d'autorité. Quatre armées : du Midi sous Monlesquiou, de F Est sous Lukner, de la Snmbre Gi cje^ Vosi/i^s sous Lafayelte , de la
Flandre sous Uochambeau (total quatre-vingt mille hommes), garnissaient les frontières.
Telle était la situation en août 1792, lorsque les armées prussiennes se présentèrent sur notre frontière nord-est. Repoussées dans les forêts de TArgonne, battues le 20 septembre à Valmy par Dumouriez, ces armées étaient en pleine retraite et hors du territoire le 15 octobre. Pendant que les Prussiens opéraient à Test, les Autrichiens à rouesty pour faire une diversion, avaient essaye inutilement d'intimider Lille. Forcés d'abandonner leurs projets, ils voulurent , au commencement d'octobre, inquiéter Valenciennes, mais les efforts réunis de Labourdonnaye, à la tête des troupes de Tintérieur, et de Beurnonville, avec un corps débouchant de la gauche de Dumouriez, les forcèrent à repasser la frontière.
C'est à ce moment que la compagnie Vandammc reçut Tordre de s'établir à Annentières.
Dès le mois d'octobre 1792, Dumouriez, commandant en chef de l'armée du Nord, crevant le moment venu de mettre à exécution le projet d'invasion en Belgique qu'il méditait depuis la retraite des Prussiens, avait divisé son armée en quatre corps. Dix-huit mille liommes sous le général Labourdonnaye occupaient Lille : ([uarantc mille, dont il prit le commandement direct, vinrent s'établir près de Valenciennes, douze mille sous lo général Harville, autour de Maubeuge , et seize mille sous le général Valence à Givet. Cette armée
ée quatre corps , forte de quatre-vingt-six mille combattants, était opposée à celle du duc de Saxe- Teschen forte de quarante mille soldats divisés en trois corps : un de dix mille à Toumay, un de cinq mille à Bury, un de vingt-cinq mille sur les hauteurs de Mons.
Le 28 octobre, le mouvement d'invasion commence : Labourdonnaye marche sur Toumay pour tenir en échec la droite des Autrichiens, Berneron sur Bury pour observer leur centre, le gros de l'armée sous Dumouriez, s'avance par Quiévrain sur Jemmapes et Mons. Malheureusement le général Harville ne fait son opération sur cette dernière place que le 1®^ novembre.
Le 6 a lieu la bataille de Jemmapes. L'armée française victorieuse entre dans Mons le lendemain 7, et le 14 à Bruxelles.
Le général Labourdonnaye s'empare d'Anvers ; Valence prend Namur.
C'est alors que la compagnie franche de Vandamme faisant partie des troupes aux ordres du général Labourdonnaye vient tenir garnison à Anvers où nous la trouvons à l'effectif de cent cinq hommes , dans la situation de Tarmée du Nord du 25 décembre 1792, ainsi que nous l'avons dit pli)s haut.
A cette époque on faisait encore la guerre en suivant les anciens errements. On entrait volontiers en quartiers d'hiver. Les Autrichiens sous Clairfait s étant retirés en bon ordre, repas-p
— insèrent la Meuse à Liège et prirent leurs quartiers. Dumouriez établit les siens entre la Meuse et la Roër et investit Maëstricht.
Plus habile ou moins observateur des méthodes anciennes, Dumouriez eut pu facilement rejeter Glairfait derrière le Rhin, en concertant une opération sur Trêves avec l'armée française de la Moselle, ce qui eut permis ensuite aux trois armées du Rhin, de la Moselle et du Nord de se trouver en ligne sur le Rhin avec un débouché sur la rive droite par Mayence. Mais, nous l'avons dit, à cette époque on ne connaissait pas les campagnes d'hiver. D'ailleurs, Dumouriez ne se souciait peut-être que fort médiocrement de se trouver avec des collègues investis comme lui de commandements en chef.
L'Autriche et la Prusse cependant , humiliées de se voir battues par des armées françaises composées en majeure partie de volontaires et d'officiers de la veille, résolurent de faire les plus grands efforts pour venger l'honneur de leurs armes. L'Angleterre et la Hollande s'unirent à ces doux Puissances. Les Hollandais et cinij mille Anglais sous le prince d'Orange furent réunis autour de Gork. Le roi de Prusse envoya un corps à Wesel sous le prince de Bruiiswick-Oëls. •L'empereur d'Autriche donna soixante mille hommes au prince de Gobourg et maintint le prince de Hohenlohe à Trêves. Beauliou resta à Luxembourg et des cordons de troupes, des corps d'émi-
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de quatre corps, forte de quatre-vingt-six mille combattants, était opposée à celle du duc de Saxe- Teschen forte de quarante mille soldats divisés en Irois corps : un de dix mille à Tournay, un de cinq mille à Bury, un de vingt-cinq mille sur les hauteurs de Mons.
Le 28 octobre, le mouvement d'invasion commence : Labourdonnaye marche sur Tournay pour tenir en échec la droite des Autrichiens, Berneron sur Bury pour observer leur centre, le gros de l'année sous Dumouriez , s'avance par Quiévrain sur Jemmapes et Mons. Malheureusement le général Harville ne fait son opération sur celte dernière place que le 1®' novembre.
Le 6 a lieu la bataille de Jemmapes. L'armée française victorieuse entre dans Mons le lendemain 7, et le 14 à Bruxelles.
Le général Labourdonnaye s'empare d'Anvers; Valence prend Namur.
C'est alors que la compagnie franche de Vandamme faisant partie des troupes aux ordres du général Labourdonnaye vient tenir garnison à Anvers où nous la trouvons à l'effectif de cent cinq hommes , dans la situation de l'armée du Nord du 25 décembre 1792, ainsi que nous l'avons dit pli}s haut.
A cette époque on faisait encore la guerre en suivant les anciens errements. On entrait volontiers en quartiers d'hiver. Les Autrichiens sous Uairfait s' étant retirés en bon ordre, repas-p
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faire croire au désir des troupes de voir le procès se terminer par une condamnation à mort.
On inséra au Moniteur universel du 12 janvier 1793 une lettre supposée écrite le 6 par les commissaires de la Convention à Tarmée de Mayence.
Cette lettre, qu*on signa des noms des trois commissaires Haussmann , Rewbell , Merlin de Thionville, est assez importante pour être relatée.
La voici telle qu'elle est au Moniteur^ journal qui, soit dit en passant, n'était pas à cette époque et, comme par la suite, Torgane officiel, avoué et accrédité du gouvernement.
« Citoyens représentants, nous nous étions proposés d'écrire peu , mais d'agir beaucoup ; cependant les circonstances nous ont forcé d'écrii e de Strasbourg une lettre au comité des finances à laquelle nous avons joint la réquisition que nous a inspirée l'urgence de remplir les magasins militaires et de diminuer la concurrence des acheteurs dans les marchés, afin que le prix du pain ne haussât pas. Nous joignons copie de cette réquisition à laquelle nous avons fait un léger changement de rédaction qui ne se trouve pas dans l'exemplaire envoyé au comité des finances.
« Nous avons aussi écrit de Strasbourg au citoyen ministre de la guerre sur plusieurs sujets qui nous. ont paru .mériter son attention. Nous écrivons par le présent courrier aux comités di-
plomatiques de la guerre et des finances réunis, au conseil exécutif et au ministre de la guerre. L'on pourra reconnaître au vrai dans cette correspondance et dans les mémoires y joints notre situation politique, militaire et financière à Mayence.
« Le peuple de Mayence et des pays environnants est bon et très-porté à adopter nos principes; mais nous ne pouvons nous dissimuler, citoyens représentants, quel événement de Francfort (événement cruel sous tous les rapports) et la présence des armées prussiennes et hessoises ont un peu refroidi les plus ardents patriotes. Nous espérons parvenir à les réchauffer ; mais il faut qu'on vienne nous aider à achever la révolution dans cette belle partie de l'Empire. Ce n'est pas le cas de s'éloigner des armées prussiennes et hessoises qui ne tournent pas sans raison tous leurs efforts vers ce point important. Noire liberté ne sera jamais assurée tant que nos ennemis les plus acharnés seront debout. Il faut donc les balayer de dessus la surface de la terre ; qu'il sera vigoureusement secondé, celui qui se joindra à nous!...
« Il n'y a pas d'armée plus brave sous le ciel, et qui soit animée d'un meilleur esprit que celle que nous avons parcourue, et qyi nous entoure. Nous n'avons entendu d'autre plainte que celle de n'avoir rien à faire. Depuis que les glaces ont forcé de rompre le pont de Gassel, dés bataillons
entière biiTonaquent sor la rive droite du Rhin, les autres envient leur sort ; et au moment que nous écrivons, Houchard est aux prises avec l'ennemi qu*il est occupé à déloger des hauteurs. Il a tombé plus d*un pied de neige pendant la nuit et le combat que nous voyons dure depuis une heure du matin. (Il est huit heures.)
« Cependant nos frères d'armes ne sont pas vêtus ; il vient, à la vérité, de nous arriver des redingotes, mais il n*y en a pas pour tout le monde, et plusieurs manquent d'habits sous ces redingotes. Nous avons exprimé toute retendue de nos besoins dans nos lettres aux comités et aux ministres. Secondez notre zèle, citoyens représentants; que le conseil exécutif fasse son devoir : il n'y a rien de grand et de glorieux que nous ne puissions vous promettre, et nous rirons des efforts impuissants des nouveaux ennemis que la perfidie des cabinets nous suscite. Nous sommes entourés de morts et de blessés. C'est au nom dk Loms Capet que les tyrans égorgent nos frères ,
ET NOUS APPRENONS QUE LoUIS CaPET VIT EN- CORE ! ! ! »
Il est facile, aujourd'hui, de prouver que cette lettre est supposée, qu'elle n'a jamais été écrite , attendu qu'elle n'a pas pu Têtre, puisqu'elle est en contradiction flagrante avec des documents du même jour, documents irrécusables, existants en originaux.
Disons d'abord que toutes le« recherches faites
les Brchives des différents ministères, dans 3 dites impériales, dans celles de la police, ; pu aboutira faire retrouver ce document, Ton a rappelé récemment pour essayer d'ininer la mémoire d'un des hommes les plus lêtes du commencement de la Révolution , et talent rares à celte époque si fertile en scé-
1 trouvera, nous l'espérons, assez curieuses preuves que nous allons donner de la nonlence de cette lettre du 6 janvier. Non-seulet elle n'a pas été écrite, mais elle n'a pas été i la Convention. Elle a été simplement invenluis insérée au Moniteur pour les raisons que j avons indiquées.
icolas Haussmann, à plusieurs reprises comlaire du gouvernement républicain auprès des tes françaises, et dont nous aurons encore à 8r dans cet ouvrage, était un homme honnête, incipes rigides. Maire de sa commune, celle Ihavllle, près Versailles, sous la seconde Resation, il vivait fort tranquillement en dehors oute préoccupation politique, au milieu de sa Ue et de ses administrés, lorsqu'un beau jour septembre 1815 il fut dénoncé par le curé, me professant des principes anti-royahstes et me étant régicide. Le garde des sceaux, •gé provisoirement du portefeuille de l'intérieur, ipressa de demander des renseignements au et de ^eine-et-Oise, lequel s'adressa dans le
môme but au sous-préfet de Versailles. Ce demi répondit la curieuse tellre ci-dessous :
« M. Haussmann est un parfait administratev Personne dans la commune ne pourrait le reii placer comme maire ; mais il a donné à la Rév lutipn des gages affreux : il a voté la mort du i avec rage. Son nom était cité le premier en té de ceux de Rewbell et de Merlin de Thionville.G'c un homme dont le maintien en place est un sca dale et dont la suppression sera une calami pour la commune. ■
Le fonctionnaire de la Restauration basait s( accusation de régicide sur la lettre du Moniteu
A la suite de sa communication, et penda plusieurs mois, des renseignements nouveaux f rent demandés par le préfet de police, comte A) glès, puis par le ministre de la police, comte Gazes, ancien secrétaire particulier de Madam Mère, devenu le favori de Louis XVIII.
Le 15 février 1816, en vertu des ordres du con de Gazes, le préfet de Seine-et-Oise fit mettre surveillance le maire de Ghaville. Un officier gendarmerie se présenta au domicile de Nicol Haussmann et lui demanda pourquoi il ne s'éb pas conformé à la loi sur les régicides, c'estdire pourquoi il n était pas sorti du royaume.
Haussmann répondit à lofficier que cette loi i lui était pas applicable ; que le préfet du dépari ment pouvait se faire représenter les procès-ve
baux authentiques de la Convention, qu'on y verrait la vérité des faits qu'il avançait ; qu'on ne pouvait mettre en surveillance un propriétaire qui s'était toujours fait un devoir d'obéir à la loi, et dont la conduite paisible était à l'abri de tout reproche.
Il écriviftensuite dans ce sens au préfet de Seineet-Oise, et adressa le même jour, 15 février, au comte de Gazes, la lettre simple et digne que voici :
« Monseigneur, M. le préfet de Seine-et-Oise a dû rendre compte à Votre Excellence d'un acte de surveillance qu'il a fait exercer à mon égard hier matin. M. le préfet ne consultant sans doute que des brochures qui n'ont aucune authenticité, a pensé que j'avais voté la mort du roi, et que la loi du 12 janvier m'était applicable. J'ai prouvé à l'officier de gendarmerie porteur de l'ordre, par la production des procès-verbaux imprimés de la Convention, que, le 18 décembre 1792, je fus envoyé en mission à l'armée du Rhin, et que , dans les quatre appels nominaux sur le jugement du roi, mon nom a figuré comme absent par com^ mission .
« M. le préfet a aussi fait observer à mon fils que j'avais écrit dans le temps une lettre blâmable au sujet du jugement du roi. Je supplie Votre Excellence de se faire représenter les procès-verbaux authentiques de la Convention. Elle se convaincra que, depuis le 18 décembre 1792, jusqu'en
mars 1793, mon nom n'y est mentionné que comme absent. Je ne me suis jamais occupé, dans mes missions, que des objets d'administration, et je n'ai pas écrit la lettre qui m'est attribuée; ellp ne peut être que du fait d*un de mes collègues. Il est d'ailleurs prouvé que ceux des députés absents, à qui le Moniteur attribue la littre, n'ont figuré dans le procès que comme absents et n'ont point compté parmi les votants. »
Le comte de Gazes voulut connaître exactement la vérité sur la lettre du Moniteur^ et espérant trouver cette preuve de la culpabilité de Tancien commissaire de la Convention, il fit demander, le 21 février 1816, aux Archives, pour le travail qu'il devait présenter à Louis XVIII sur les régicides, les originaux des lettres adressées à la Convention, au moment du jugement du roi , par les députés absents par commission.
Or, voici la réponse de M. Daunou, alors garde des Archives du royaume. Ce document, tout de la main de M. Daunou, daté du 24 février, est encore en original aux Archives :
« A son Excellence le comte de Cazes , ministre ÇQCrétaire d'Etat au département de la police.. « Monseigneur, les originaux des pièces cijointes, n^ 3 et 4 (1), ne sont point aux Archives.
(i) Cette lettre n® 4 était celle attribuée aux trois commissaires et insérée au Moniteur du 12 janvier n9;3. I^cs lettres n» i et 2 sont étrangères À l'affaire Haussmann.
l^MoniiBurlM rapporte comfne Ium à la séance dn 41 janvier; cependant le procès-verbal de cette séance n'en fait aucune mention. Elles ne sont indiquées dans aucune partie des tables et inventaires des pièces déposées aux Archives.
« On n'y a pas non plus l'original de la pièce m 2; mais Texpëdition que j'ai rhonneur de vous adresser est faite sur une copie authentique.
« La lettre n® 1 est la seul* qui existe en original.
• J'ai parcoum, outre les tables et iiiventairèis, les liasses mêmes où sont réunies les lettres écrites par des députés en mission depuis les mois de décembre 1792, janvier et février 1793, et je n'y êi rencontré aucune pièce de cette nature. ■
Il semble que cette réponse de M. Daunou devait suffire pour éclairer la religion du ministre, pour prouver que la lettre du Moniteur n'avait pas été écrite par Haussmann , et que ce dernier lie pouvait on aucune façon être considéré comme rtyant voté la mort du roi. On ne condamne pas i^ homme contre lequel non-seulement il n'existe Mucune. preuve , mais en faveur duquel milite Muoe façon concluante l'absence même des f preuves. En effet, si le document, base del'accufMlion, avait existé, il n'eût pu manquer d'être
Irouvé , puisqu'on le cherchait pajrtoul avec le
^Ms grand désir de le mettre sous les yeux ^u ministre. A l'époque où ceci se passait , Je
comte de Gazes , redevenu au commencement di second Empire un des familiers des Bonaparte montrait un royalisme ultra par lequel il cher chait à faire oublier les jours de sa jeunesse pendant lesquels il avait été employé près de h mère de l'ogre de Corse. Il frappait de préfr rence les hommes à principes immuables. Ne pouvant appliquer à l'ancien commissaire conves' tionnel la loi sur les régicides , il chercha néanmoins à rinquiéter.
Le 29 mars 1816, il manda au préfet de Seineet-Oise :
« Je dois ramener votre attention sur Tobjeld ma lettre du 18 février dernier en réponse à l vôtre datée du 14 du même mois, relative au siea Haussmann, conventionnel, absent par commission à répoque du jugement de S. M. Louis XVI
« Le sieur Haussmann était commissaire à la Convention à Tarmée de Custine avec ta sieurs Rewbell et Merlin de Thionville. Ne po* vaut prendre part au recensement des votes dai les séances du jugement , les trois commissaifi envoyèrent, sous la date du 6 janvier, à la Coi vention, une lettre écrite de Mayence , termii*' par cette horrible phrase :
f C'est au nom de Louis Capet que les K f rans égorgent nos frères, et nous apprend € que LouisCapet vit encore! »
a Le sieur Haussmann était un des trois signa-; laires de cette lettre.
a Une circonstance remarquable, c'est que le vote écrit de ces trois individus , placés d*ailleurs hors de Tinfluence d'une assemblée orageuse, était d'une date antérieure au premier appel nominal de la Convention qui déclarait Louis XVI coupable.
« D'un autre côté, l'assurance que vous me donnez que le sieur Haussmann a signé l'acte additionnel et celle du danger de ses relations et de son influence sur une certaine classe d'hommes, tout semble concourir pour faire désirer son éloignement. r Je ne peux à cet égard que m'en rapporter à votre zèle et à votre prudence.»
Lorsqu'il écrivait cette lette ambiguë et perfide, M. de Gazes savait fort bien, par la réponse de M. Daunou, que la lettre du 6 janvier n'avait pas été écrite et que Nicolas Haussmann n'était pas un régicide ; aussi n'osant lui appliquer la loi relative à ceux qui avaient voté la mort de Louis XVI, il' se borna à des insinuations auprès du préfet de Seine-et-Oise.
Maintenant, pour terminer cette longue digression dont le but est de prouver ce que nous avons avancé , à savoir que la Convention ne reculait devant aucun moyen pour arriver à peser sur les juges de la famille royale, nous allons établir par des faits matériels que la lettre insérée au Moni-
teur^ sous la signature des trois commissaires, n'a pu être écrite par eux.
Dans cette lettre, on fait dire à ces commissaires de la Convention :
« Au moment que nous écrivons, Houchard est aux prises avec Tennemi qu'il est occupé à déloger des hauteurs. Il a tombé plus d'un pied de neige pendant la nuit, et le combat que nous voyons, dure depuis une heure du matin, (Il est huit heures.) •
1^ Houchard non-^seulement n'était pas occupé à déloger l'ennemi des hauteurs que ses bataillons occupaient et où ils avaient été surpris, mais il ne cherchait qu'à se replier vera Gassel, ainsi que cela ressort du rapport de Gustine , en date du 6 janvier. Gela ressort également des renseignements donnés par le colonel La Ferrière et par l'adjoint aux adjudants généraux Hastrel. Ces renseignements sont contenus dans des lettres originale^ qui sont au dépôt de la guerre , ainsi que le rapport du général en chef ;
2*^ Les commissaires ne pouvaient écrire qu'ils voyaient de Mayence le combat livré à Hockheim et à Gustheim; à peine pouvaient-ils en entendre le bruit. S'ils avaient vu le combat, ils n'eussent pas écrit que l'affaire avait commencé à une heure du matin et que Houchard était occupé à enlever les hauteurs, puisque l'attaque de l'ennemi n'eut lieu que vers cinq heures et que les généraux
français Sëdillot et Houchard , loin de chercher à prendre Toffensive, faisaient tous leurs efforts pour se replier sur Gassel même en abandonnant leur artillerie.
11 y a donc là contradiction flagrante. Voici une autre contradiction plus forte encore. On lit dans la lettre du Moniteur :
a Cependant nos frères d armes ne sont pas vêtus. Il vient à la vérité de nous arriver des redingotes , mais il n*y eu a pas assez pour tout le monde, etc. »
Or, dans une lettre du ministre de la guerre à Cusline, le ministre, répondant le 12 janvier à ce que le général en chef lui a mandé le 6 , lui dit qu'il a lu ses lettres , et qu'il ne comprend pas comment Tarmée n'a pas reçu une seule des mgt mille redingotes promises depuis longlemps et expédiées (1).
Si les redingotes étaient arrivées, au dire des commissaires, comment Gustine écrivait-il le
(i) Cette letti'O du ministre est également au dépôt de la guerre ; voici la phrase relative aux redingotes :
« Voua n'avez pas reçu une seule des vingt mille redingotes que je vous promets depuis longtemps... Le huit décembre, il en a été expédié quatre mille six cents, et puis, presque tous 1(^ jours, il y en a des expéditions jusqu'au vingt-sept , ce qui fait un total de trente mille , ainsi que les registres en font foi. »
lia circonstance de l'envoi des redingotes à l'armée do Mayeucc était probablement connue des inventeurs do la lettre 'lu 6 janvier, et ils auront cru donner à cette lettre un plus grand cachet d'authenticité en la relatant.
même jour, 6 janvier, qu'il n*en avait pas reç une seule ?
Enfin les dernières phrases de la lettre insère au Moniteur sont celles-ci :
« Nous sommes entourés de morts et de blés ses. C*est au nom de Louis Capet que nos tyfai égorgent nos frères, et nous apprenons que Lou Capet vit encore ! ! ! »
1^ Les représentants à Mayence étaient aloi coupés de Gassel par le pont replié à cause d( glaces, ainsi que cela est établi par les documen officiels et par la lettre de Gustine. Ils ne poi valent donc écrire qu'Us étaient entourés c morts et de blessés, puisque les morts et h blessés étaient à plus de deux lieues sur la ri^ droite du Rhin et qu'ils étaient, eux, sur la ri^ gauche.
N'est-il pas évident, lorsqu'on rapproche a contradictions de l'inutilité des recherches faite par des gens désireux de retrouver l'original ( la lettre du 6 janvier, lorsqu'on voit à la mén date du 6 janvier des documents écrits par h mêmes commissaires (1) et tout différents c celui-ci , n'est-il pas évident que l'origine et le motifs de la pièce en question sont bien ceux qii nous lui avons attribués, savoir :
Le besoin de faire croire à Paris que h armées demandaient la tête du tyran.
(1) Deux lettres qui sont au dépôt de la guerre.
La parole seule d'un homme comme Nicolas Haussmann pourrait suffire lorsqu'il dit qu'il u-a pas écrit cette lettre ; mais lorsque son affirmation est appuyée par des preuves pareiUes à ceUes que nous avons fournies plus haut, il nous parait impossible à tout esprit impartial de ne pas admettre nos conclusions.
La République proclamée en Franco ne put d'abord faire entrer en ligne des forces capables de balancer celles de la coaUtion.
La Convention décréta bien la levée de cinq cent mille soldats ; mais n'ayant adopté aucun mode régulier de recrutement , les forces qu'on eut à opposer aux alliés ne s'élevèrent pas à plus de cent vingt à cent trente mille combattants, savoir: soixante-dix nwlle au nord et sur la Meuse; vingt mille sur la Moselle ; trente mille sur le Rhin, à Mayence.
Peut-être cependant était- il temps encore de rejeter les Autrichiens sur la rive droite du Rhin, par la combinaison de toutes les forces réunies sur la frontière nord-est; mais Dumouriez avait voulu tenter un coup audacieux et faire avec une vingtaine de mille hommes la conquête de la Hollande, persuadé que le succès, qui justifie tout, le rendrait maître de la situation et forcerait les alliés à repasser en Allemagne.
Au mois de février 1793, et dans la prévision des opérations auxquelles il s'était décidé, Dumouriez renforça son avant-garde d2 l'armée du
Nord, vers Ruremonde, à l'est d'Anvers. La compagnie Vandamme , forte de cent douze combattants, reçut l'ordre de partir d'Anvers le 16 février pour se porter de ce côté.
En mars, cette compagnie, réduite à quatrevingt-douze hommes, fut placée à la brigade Berneron, avant-garde du corps de Dumouriez, lequel corps expéditionnaire était formé de trois divisions et d'une colonne de renfort.
Cette petite armée, étant entrée, le 17 février, sur le territoire batave , entreprit tout à la fois le blocus de Berg-op-Zoom et de Sleenberg et les sièges de Bréda et de Klundert ; ces deux dernières Tplaces ouvrirent leurs portes après un bombardement de peu de jours, et Gertruydenberg, aussi mal défendue, suivit leur exemple. Le général français, y ayant trouvé une marine considérable, se disposait à passer le Rhin, lorsqu'il fut forcé, i)ar les succès des Autrichiens, d'abandonner son entreprise pour venir se mettre à la tète de son armée, laissant le commandement du corps d'expédition au général de Fiers.
.En effet, le prince de Gobourg avait passé la Rocr le l^*" mars, et les Français, surpris dans leurs cantonnements, s'étaient repliés dans le plus grand désordre sur Louvain , ayant eu à peine le temps de retirer l'artillerie de siège de devant Maëslricht. L'armée autrichienne, qui aurait dû les suivre vivement pour les empêcher de se raUier, marcha lentement et prit des can-
onnements serrés entre Tongres et Tirlemont. Dumouriez, arrivé le 13, réorganisa son armée, \e porta en avant le surlendemain, et chassa Tenlemi de Tirlemont. Ce petit avantage ayant rendu le la confiance aux troupes, il se décida à livrer )alaille, et, le 17, il rangea son armée, la droite ^ersElissem et la gauche vers Orsmaël. Le prince le Cobourg posta la sienne la droite en avant do Méerlanden, et la gauche en arrière de Overwinlen. N'ayant Tintention que de jeter un coup d'œil 5ur les opérations de cette époque, nous ne détailerons pas les événements de cette journée. Nous lirons seulement qu'après divers engagements )ù le duc de Chartres montra beaucoup de valeur, it où Valence chargea avec intrépidité la cavalerie lutrichienne , le général en chef, n'ayant pu se aaintenir dans Neerwinden pris et repris deux )is, forma sa ligne à peu de distance da village, araissant disposé à recommencer l'attaque le îndemain, et qu'il ne se décida à battre en refaite que quand il apprit que son aile gauche, ux ordres de Miranda , s'était repliée sur Tirlelont. Dumouriez , contre qui les Jacobins se déhaînaient depuis quelque temps, prévoyant u'après l'échec qu'il venait d'essuyer, il courait î danger de porter sa tète sur l'échafaud, résolut 8 lutter contre le gouvernement républicain, l'étant concerté avec les généraux ennemis, il fit rréter quatre députés de la Convention et le miistre de la guerre, venu pour lui signifier l'ordre
de 86 rendre à;. Paris. Pois il se disposa à marcher sur la capitale. Mais son armée Tabandonna» et il se vit contraint de passer précipitamment au milieu de nos adversaires. Les troupes se retirèrent en désordre dans les places fortes et dans le camp de Famars. Le général Dampierre prit le commandement.
Il semble que si les souverains coalisés n avalent eu d'autre but que celui d'arrêter les progrès de la Révolution et de remettre la France aux Bourbons , ainsi qu'ils le disaient bien haut, le moment était favorable pour une guerre d'im-asion. Certes le prince de Cobourg ne pouvait désirer des conditions plus avantageuses que celles où Ton se trouvait. L'armée française du Nord n'était plus en état de tenir la campagne, et, eu outre , l'épouvante et le désordre régnaient dans rintérieur. Cependant le prince se détermina à faire des sièges. Après avoir donné quelque repos à ses troupes, il investit la place de Condë. Dampierre fit inutilement plusieurs tentatives pour la secourir. Il fut tué au combat du 8 mai. Le général Lamarche le remplaça, en attendant l'arrivée de Custine. Peu de jours après, les alliés, à la suite d'une attaque générale sur toute la frontière, emportèrent les camps de Famars et d'Anzin el formèrent l'investissement de Valenciennes. La garnison se défendit vaillamment, et les assiégeants furent obligés de pousser leurs travaux jusqu'au chemin couvert et d'enlever d'assaut les
rages «ctérieurs.- Néanmoins le général Feri, pressé par les habitants, capitula le 28 mai, i garnison, forte de neuf mille hommes, sortit 5 les honneurs de la guerre et ne fut point priaière. Celle de Condé avait ouvert ses portes
de jours après avoir consommé toutes ses usions.
es affaires n'étaient pas dans une meilleure ation sur le Rhin. Le roi de Prusse, à la suite i siège qui couvrit de gloire la garnison de ence, consentit à la laisser sortir le 22 juillet,
condition de ne point servir pendant un au Ire les alliés. Cette petite armée passa dans la dée, où elle soutint la réputation qu'elle s'était jise. On reprocha dans la suite à Custine de )oint avoir secouru cette place ; on aurait pu 'ocher avec plus de raison au roi de Prusse le pas avoir réduit la garnison à la nécessité e rendre prisonnière de guerre, ous voici arrivés à l'époque la plus dosasse de la Révolution; les armées de laRépu- Lie battues sur tous les points, découragées et organisées ; la guerre civile prenant un grand elère et faisant les progrès les plus alarts ; Toulon au pouvoir des Anglais ; Landau sti par les Prussiens ; Lyon en insurrection ; dliés maîtres de deux places fortes et n'ayant
d'obstacles à franchir pour atteindre Paris :
était la déplorable situation de la France. Convention, effrayée des dangers qui mena-
çaient la République, investit de grands pouvoirs un Comité de salut public. Ce nouveau gouvernement , qui aurait obtenu de la nation tous les sacrifices qu'exigeaient les circonstances, en les réclamant au nom de Thonneur et de la pairie, voulut établir sa puissance par la terreur. Lesl prisons ne furent pas assez vastes pour contenir les citoyens de toutes les classes. La France fut inondée de sang, et les généraux, sous la surveillance des commissaires de la Convention, se trouvèrent dans Talternative de vaincre ou de mourir d'une mort ignominieuse. Chaque événement malheureux amena le sacrifice d'une victime , et la victoire ne préserva pas toujours de Téchafaud. La postérité appréciera sans doute le dévouement de ces hommes généreux qui se plaçaient entre la hache révolutionnaire et les coups de Tennemi , méprisant les grandeurs et les richesses, et obéissant au noble sentiment de l'amour de la patrie.
Cependant les Français, redoutant par-dessus tout le joug de l'étranger , se soumirent à la tyrannie d'un gouvernement qui se montrait déterminé à défendre l'indépendance nationale. Les jeunes gens de l'âge de dix-huit à vingt-cinq ans, j mis en réquisition, se rangèrent sous les drapeaux de la patrie ; la France fut couverte d'ateliers d'armes , partout on fouilla la terre pour trouver du salpêtre, et la République sortit victo-
neuse de cette lutte terrible engagée contre l'Europe entière.
Le général Houchard prit le commandement de Tarmée du Nord, en remplacement de Custine destitué, et releva un instant la gloire des armées de la France. Les alliés, après avoir fait la faute de ne pas s'avancer rapidement sur Paris, ou de se porter en masse sur Maubcuge, commirent encore celle de fractionner leurs troupes. Les Anglais marchèrent sur Dunkerque , et les Autrichiens restèrent aux environs du Quesnoy. Houchard, saisissant habilement Toccasion de les combattre séparément, tomba sur Tarmée d'observation du duc d'York, à Hondschoote, le battit complètement, et obligea ce prince à s'enfuir précipitamment de devant Dunkerque, abandonnant toute son artillerie de siÉge.
Malheureusement , dans le même temps , le prince de Cobourg s'empara de la place du Quesnoy et remporta un avantage sur la garnison de Cambrai. Le Comité, attribuant ce fâcheux événement au général en chef, lui reprocha de ne pas avoir profité de sa victoire. L'infortuné Houchard porta sur l'échafaud sa tête ornée des lauriers d'Hondschoote.
Revenons maintenant à Vandamme. Il avait pris part avec ses chasseurs à la courte et glorieuse campagne de Hollande, attaché à la brigade Berneron. Il combattit à Klundert, à Meer-
dick, h Willemstadt , et revint en avril 1793 à Cassel, en cantcMinemcnt avec sa compagnie, sous les ordres du général O'iMaran, lorsque Dumouriez, rappelé par les échecs des troupes qu'il avait laissées sur la Meuse, fut contraint d'abandonner sa conquête.
En juin et juillet 1793, les chasseurs de Vandamme restèrent près Oost-Gapel, au corps chargé de fournir des garnisons aux places de Dunkerque, de Bergues, de Bailleul, et au camp de Cassel et de Ghyvelde.
Le 1*^*" août 1793, le jeune capitaine, dont les services avaient été appréciés et le bouillant courage mis en relief pendant la campagne de Hollande, reçut le commandement du bataillon léger dit du Mont-de-Cassel , dans lequel ces chasseurs furent versés et dont ils formèrent la première compagnie.
Vers la fin de ce même mois d'août, Vandamme fut dénoncé au Comité de salut public par un membre des assemblées primaires de Bailleul. Cet individu, nommé H. de Clercq, adressa à Paris la plainte ci-dessous, trop curieuse pour ne pas trouver place ici, bien qu'elle ne paraisse pas avoir été prise en sérieuse considération (1) :
« Sauveurs de la Répubhque, depuis longtemps je gardais le silence le plus absolu; il suf-
(1) Le caractère bouillant de Vandamme était de nature à lui faire beaucoup d'ennemis ; aussi fut-il souvent dénoncé dans ces temps, en dénonciateurs fertiles.
fisait que mon inflexible sévérité à maintenir les principes qui sont devenus la base de l'immortelle constitution que la Convention vient de donner à la France donnât ombrage aux administrations supérieures pour que je n'hésitasse point à me réduire à la plus complète nullité. Mais deux assemblées primaires m'ayant nommé pour porter leur acceptation unanime de la constitution à la Convention, et un décret chargeant les envoyés desdites assemblées de propager, en rentrant dans leurs foyers , les principes de l'unité et de l'indivisibilité de la République , de surveiller, etc. , etc. , je me croirais indigne de la mission dont vous nous avez investi , si je ne rompais le silence pour vous donner part de mes observations sur tout ce qui se passe en ce pays ; j'ai des craintes mortelles qu'il ne devienne une nouvelle Belgique. La constitution y avait généralement rallié tous les esprits, tous, et chacun jouissait déjà de l'espérance de la liberté. Mais les militaires s'arrogent ici tous les pouvoirs ; on ne peut leur parler sans voir pleuvoir sur sa tête une nuées d'injures et de menaces, qui souvent sont ensuivies par la prison. Citoyens, au nom de la patrie en péril, donnez-y toute votre attention, car si les mêmes exactions continuent, croyez et souvenez-vous de ce que vous dit ici un observateur philosophe : l'esprit public, qui était beaucoup monté depuis l'acceptation de la constitution, va se perdre et nous devien-
dra funeste dans cette partie de la République.
« Je vais donc jeter un coup d'œil rapide sur tout ce qui se passe dans nos environs ; vous serez à même de pouvoir l'apprécier : j'aurai rempli ma tâche, j'aurai satisfait au plus impérieux ' des devoirs.
« J'observerai d'abord qu'il existe dans nos environs un homme nommé Vandamme, qui, simple capitaine de chasseurs, ci-dcvant dits les chasseurs de Dumouriez , enlève tout ce qui vient à sa tête à deux lieues à la ronde : si on a un ennemi, on va le lui dénoncer ; il l'arrête et renferme comme suspect. Il est la terreur du pays ; bientôt les campagnes seront désertes; tout tremble devant ce dictateur audacieux, magistrats aussi bien que les simples particuliers, et c'est cependant ce même homme qui singe maintenant le patriote par excellence, qui, lors de la trahison de Tinfàme Dumouriez, ne rougit pas de prêcher hautement qu'il n'y avait que Dumouriez qui pouvait nous sauver, que sans le roi la France était perdue, et que la Gonvenlion était un composé de ce qu'il y a de plus infâme. Il ne sera peut-être pas inutile de vous observer que le traître Dumouriez l'avait fait capitaine d'ime compagnie de chasseurs de son nom, de simple soldat qu'il était dans le régiment de Bric. Ce fidèle suppôt de Dumouriez dépeuple nos campagnes ; les cultivateurs délaissent leurs moissons, leurs propriétés, leurs maisons : déjà plusieurs
fermes sont entièrement abandonnées, et ceux qui restent accourent lui porter des présents en foule, pour échapper à son incpiisition. La désolation est ici sur tous les visages, dans tous les cœurs, et bientôt ce beau pays ne représentera plus qu'un désert. Envoyez ici un commissaire ; ne fût-il chargé que pour le moral, je me charge de le mener incognito dans les campagnes, dans les chaumières, dans les villes, et alors il sera à même de pouvoir vous faire un tableau exact de la situation de ce pays ; car, sans trahir moi-même ma patrie et mes concitoyens , je ne puis vous dissimuler que vos commissaires sont continuellement trompés par ceux qui les entourent, qu'on leur déguise la vérité, et par conséquent que leurs
rapports sont pour la plupart très-inexacts Je
n'ai déjà que trop souvent vu que ceux qui obsèdent vos commissaires et les généraux le font, les uns pour exercer en leur nom quelques vengeances personnelles, et les autres par intrigue, pour obtenir, soit pour eux, soit pour leurs parents, quelque emploi au civil ou à l'armée. La vérification serait peu difficile.
« J'observerai encore qu'on a enlevé en cette ville et aux environs un nombre de personnes suspectes, et cette mesure de rigueur a été peut-être trop tardive; mais il n'est pas moins vrai qu'il s'en est trouvé dans le nombre qui étaient gens Vraiment paisibles et auxquels on ne peut reprocher autre chose que de ne pas fWeiuenter' le»
églises, taudis que nous voyons ici se promener orgueilleusement dans nos rues une trentaine de pères, mères, épouses, /ils, filles et parents d'émigrés, qui y sont venus on ne sait d'où, et y restent malgré un arrêté du département, qui depuis trois mois les renvoie dans Tinlérieur du pays, en sorte qu'il ne faut pas s'étonner si nos ennemis savent aussi vite que nous ce qui se passe sur nos frontières.
t BaUleuI, 27 août 1793. '
Le bataillon de Vandamme,- nommé bataillon du Mont-de-Gassel, était formé des quatre compagnies franches de Saulty , de V Égalité, de V Observatoire, de Vandamme.
Le 5 septembre 1795 , le nouveau commandant reçut Tordre de se mettre à la tête d'un petit corps ou sorte de brigade de quatre mille trois cents hommes, avec mission de contribuer aux opérations qui allaient être faites pour tenter le déblocus de Dunkerque.
Le même jour, 5 septembre, Vandamme porta ses troupes à Godewaersvelde. Il était très-fier des nouvelles et relativement importantes fonctions dont il était investi par la confiance du général en chef Houchard , fonctions à la hauteur desquelles il se croyait malgré sou jeune âge. En effet, ♦ ses talents mihtaires commençaient à se développer et à égaler son indomptable énergie, son bouillant courage et cette fougue, cette
haine des rois et des supériorités sociales qu'on appelait alors du patriotisme.
Le lendemain, une attaque générale devait avoir lieu sur le front de Gassel et dé Bergues. On voulait chasser Tetinemi et le contraindre à lever le siège de Dunkerque.
La colonne chargée de l'opération était composée des 1*'' et 2* bataillons des volontaires d'IUeel-Vilaine , du 14® d'infanterie légère, des chasseurs du Mont-de-Cassel, des 8® et 9® bataillons de fédérés, de trois bataillons de ligne et du 2® de hussards.
Le bivouac fut d'abbrd établi dans les prairies de Godewaersvelde. A minuit, les troupes se mirent en marche pour gagner les villages de Westoutre et de Reningelts, occupés par l'ennemi. L*attaque commença dès qu'on fut à portée ; les Anglais et les Hanovriens, qui se trouvaient sur les deux points, furent repoussés, et la colonne , prolongeant son mouvement offensif , vint camper à ProvQrn, village où elle passa la nuit du 6 au 7 septembre 1793.
Ici nous laisserons parler Vandamme lui-même, qui a écrit quelques notes sur ses premières campagnes, notes dans lesquelles nous puisons le récit suivant , relatif à la bataille de Hondschoote , /lans laquelle il joua un certain rôle avec ses quatre à cinq mille hommes.
« Il est à remarquer que, d'après les instructions que j'avais reçues, une colonne de dix mille
hommes devait partie do Sleenvoordo la nuit d 5 au 6 pour aller attaquer Poperinghue , ot qu'ui autre colonne devait partir de Bailleul pour \ porter entre Waemertingae et Ypres, et y ten en échec la garnison de cette dernière ville, con posée de six à sept mille hommes , tandis que colonne que je commandais attaquerait Westoutk et Reningelts, couperait la garnison de Poperii ghue et ferait ensuite sa jonction ; celle de Baille ne marcha pas , en sorte que les troupes dont , dirigeais la marche furent Irôs-cxposécs en pa sant entre Ypres et Poperinghue, en ce qu'elh auraient pu être prises à flanc et à dos par la ga nison dTpres que rien n'empêchait de sortir.
« Le 7, à cinq heures du matin, les troupe que je commandais se mirent en marche , passe rent par Boesbrugghe, d'où rennemi avait é' chassé parla colonne de Steenvoorde, marchèrei ensuite sur Rexpoede , où je fis faire un instai halte afin de les rassembler ; je me remis aloi en marche sur Westcappel, où l'on prit vingl-tro; voitures de bagages à l'ennemi avec plusieurs pr sonniers.
<c A quatre heures après-midi, je fis avancer le troupes en colonne sur Hondschoote, qui était oc cupé par quinze mille Anglais et Hanovriens; elle se déployèrent hors de la portée du canon des n doutes que l'ennemi avait construites, s'approche rent, et le feu commença de toute part ; on a pe d'exemples d'un feu d'artillerie et de mousquetc
rie aussi vif et aussi soutenu ; c'était une grêle continuelle de balles , de biscaïens et de boulets ; elle dura pendant trois heures. L'ennemi voulut sortir, nous repousser, mais ce fut en vain ; et si le jour ne fut pas tout à fait tombé, nous eussions pu entrer dans la ville malgré la supériorité des forces de l'ennemi, puisque déjà nos tirailleurs étaient dans la première rue (1). La nuit arrivée, les troupes se retirèrent en bon ordre à Killem, où elles se reposèrent pendant la nuit ; on fit cuire dans ce village le pain pour le soldat, qui en man* quait, et on fit tuer des bestiaux.
• Le lendemain 8, elles se remirent en marche à quatre heures du matin; les différentes colonnes de l'armée qui avaient le 6 et le 7 attaqué l'ennemi à Wormhouet, Hcrzeele, Houdkerque, Bambeke, Westcappel, Rexpoede, Quaedypre, Warhem, Poperinghue, Roesbrugghe et Oostcappel; l'ayant chassé de tous ces villages, marchaient aussi sur Hondschoote ; là on fit réunion des colonnes et on attaqua de concert l'ennemi, qui était très-retranché. Le feu fut terrible de part et d'autre et il dura
(1) La bataiHc de Hondschoote commença la réputation militaire de Vandammc. Nous lisons dans une des biographies 'lu général , qu'il y déploya la bravoure la plus brillante et 'pi'il y fit prouve d'une grande entente de la guerre, en indiquant aux commissaires de la Convention une manœuvre qui, exécutée comme il la projetait, eût coupé la retraite à Tennemi. Malheureusement, Vandanune dans son récit abrégé et trop •uodeste, ne parle pas de celte manœuvre et n'indique même la part qu'il prit à cette journée.
pluô de six heures; enfin nos soldats avancèrent avec tant de courage que l*ennemi fut forcé à la retraite. On entra dans les rues en battant la charge impétueusement, et il fut mis en pleine déroute.
« La bataille d*Hondschoote est une des plus sanglantes qu*il y ail eu pendant cette guerre; elle fut très-heureuse pour les Français, car leur perle fut peu considérable; mais les Anglais et Hanovriens eurent plus de six cents morts et quinze cents blessés ; ils perdirent trois généraux, dont l'un d'eux, fait prisonnier, mourut de ses blessures à Hondschoote, et fut enlerré avec les honneurs de la guerre. Le gain de cette bataille força Tennemi, qui assiégeait Dunkerque, de se retirer I)récipitammenl de devant cette place importante do peur d'être coupé par l'armée victorieuse.
« Je marchai à leur poursuite avec trois régiments de cavalerie, traversant les Moëres, et ayant débusqué vers Adinckerquc, une grande partie de leurs bagages furent enlevés et cent hommes à peu près furent pris. Pendant que l'armée française continuait sa marche, les troupes que je commandais restèrent ; elles occupèrent Hondschoote et les villages environnants. »
Après la bataille de Hondschoote, Vandamme fut investi des fondions de chef des cantonnements et des camps de ce côté. Le 11 septembre, il reçut de Houchard un ordre barbare qu'il ne crut pas devoir décliner, et dont l'exécution lui fut
par la suite bien souvent reproché , principalement à la seconde Restauration, en 1815. Cet ordre que nous avons en original sous les yeux, attendu que cet important document a été précfeusemenl conservé par le général, est ainsi conçu :
« // est ordonné au commandant Vandsmme de brûler le plus tôt possible les \illages de Rousbruge et Poperinghue, le diHleau de Watoue et les bois de Saint-Six. — Ilondschoote, 11 septembre 93, 2* de laRépulilique. — Le général en chef des armées du Nord et des Ardennes, — Houchard. »
Sur la gauche du papier, le cachet républicain en cire rouge.
A cette époque terrible où Téchafaud était en l)crmanence à Tintérieur, où la dénonciation et laf mort planaient sans cesse sur les armées versant leur sang pour la patrie, où une hésitation pouvait •Hre Tarrêt irrévocable du supplice, il n'était pas permis de retarder l'exécution d'un ordre pareil à celui donné par Houchard. C'est donc sur cet infortuné général républicain, qui allait payer de sa tête une défaite, que doit retomber la respon- >al)ilité d'un fait atroce dont Vandamme et les ofiiciers qui en furent chargés ne sauraient être solidaires.
Ce fut pour obéir à son général en chef que Vandamme prescrivit aii copimandant des troupes
cantonnées à Oostcappel, à celui de Bevern et au commandant du T do cavalerie, d'envoyer des colonnes mobiles pour brûler les villages, les châteaux et les bois désignés dans Tordre du 11 septembre. Ces tristes et cruelles expéditions ne s'effectuèrent pas sans donner lieu à des exactions de toute nature. La nécessité où Ton se trouva, à la même époque, de faire enlever des vivres dans les villages situés sur la frontière fut une nouvelle occasion de vexations inouïes commises au préjudice d'un grand nombre d'habitants. Vandamrae en fut informé. Il entra dans une violente colère, et pour arriver à une prompte répression, il expédia les ordres et les lettres qui suivent :
t lïj septembre 1198.
« Le commandant des camps et cantonnements de Hondschoote a appris avec mécontentemeul que beaucoup de soldats se permettent , en allant chercher par ordre et poiir la République les bestiaux nécessaires à la subsistance de nos armées, de frapper à coups de sabre les habitants des cam- : pagnes et de leur enlever, non-seulement leur ar- ! gent, mais encore tout ce qu'ils possèdent dans I leurs maisons, et de briser même ce qu'ils ne peu- j vent pas emporter. Le commandant Vandamme *
ordonne à tous les chefs et autres officiers d'eni- ^
pêcher de pareils désordres ; il leur enjoint de faire ; arrêter et conduire à Hondschoote ceux qui se rcii- ; draient coupables de la moindre violence cnvei's
les habitants, leur déclarant qu'il les punira trèssévèrement s'ils ne font pas exécuter le présent ordre. »
« 14 septembre 1793.
« Il est ordonné au commandant du 7* bataillon du Doubs de faire Tendre sur-le-champ, sous peine de destitution, tous les bestiaux et autres effets enlevés ce malin dans la ferme de Sainte-Glaire siluée dans les Moërcs autrichiennes, appartenant au citoyen Herwyn, adjoint aux adjudants généraux de Tarmée et commandant la garde nationale d'Hondsclioole.
- Ce commandant sera personnellement responsable de Tinexécution de cet ordre, et viendra rendre compte de sa conduite au commandant des camps et cantonnements d'iïondschoote. »
« 15 septembre 1793.
« 11 est ordonné au citoyen Moreau (1) commandant les troupes cantonnées à {nom illisible)^ de partir demain, à la pointe du jour, pour se rendre à Bulscamp avec la troupe qu'il commande. Il poussera ses patrouilles jusqu'auprès deFurnes, et sera personnellement responsable du pillage et du désordre que pourrait commettre la troupe.
« En conséquence, je recommande au com-
(1) Moreau, quelques semaines plus tard, général en chef, était alors simple coâimandant.
mandant Moreau la plus grande surveillance , c de faire rejaillir sa responsabilité sur les officier sous ses ordres. »
Vandamme avait alors pour chef immédiat 1 général de division Davesne, qui périt surTécIifi faud comme Houchard. 11 lui écrivit à cette époqu plusieurs lettres intéressantes, parmi lesquelle nous avons fait choix des suivantes :
« lâ septombro llUd.
« Je vous engage, mon général, à frapper 1 grand coup sur Ypres, cela me mettra à mémed faire de fréquentes incursions pour ramasser toi) les bestiaux, grains et autres objets nécessaire et utiles à la guerre.
• J'ai envoyé aujourd'hui à Cassel, au com missaire ordonnateur, un convoi de grains, troi cent cinquante bêtes à cornes, et j'espère double le convoi; puisqu'ils nous ont enlevé ce qu'ils ci pu, je crois que nous serions coupables de le épargner. Ils ont jure la ruine de la République ils n'épargnent rien pour la perdre, ne négligeon rien pour la sauver .
« J'enverrai demain cent voitures de bois à Tac ministration de Bergues que je fais ramasser 1 long du canal de Furnes, sur terre ennemie. J compte aussi pouvoir y envoyer demain une cin quantaine de voitures de grains.
« J'ai, en outre, rendu plus de trois cents va
îhes qu'ils m'ont réclamées avec des certificats în règle de leurs municipalités.-
« J'ai fait enterrer le général Issois et lui ai endu quelques honneurs de la guerre (i).
« Je dois vous prévenir, mon général, que le capitaine du 1®' régiment d'infanterie que j'ai envoyé à Fumes le 10, pour réclamer les prêtres onstitutionnels qu'on nous avait enlevés, n'est 3oint encore de retour, non plus que le trompette \m était avec lui,
• J'ai gardé deux de chez eux que je tiens en )lage. Vous voudrez me dire, mon général, la conluite que j'ai à tenir à cet égard.
« Il n'y a rien autre chose de nouveau dans mes cantonnements. Nous nous attendons à tout évélement. Je ferai toujours tout, mon général, pour nériter votre confiance sans jamais en abuser.
« Veuillez me croire sincèrement et avec res- )ecl, etc. »
« l.i septembre.
« Un homme vient de m'arriver qui était à ^umes depuis six jours ; il m'a rapporté ce qui mit :
• Hier au soir et ce matin, presque toutes les 'Orces qui étaient à Fumes en sont parties et se sont portées sur Nieuport, Ostende et Ypres , en
(l) Général ennemt tué à Hondschoote.
sorte qu'il ne reste à Fumes qu'environ milk hommes.
« Il paraît, par celle démarclie, qu'ils craignaient qu'Ypres , étant emporté , nous ne marchions directement sur Bruges.
w En attendant, je vais faire ramasser lei bestiaux qui sont de f autre côté de l'Ysèn et réduire en cendres les bois de Saint^Six, la ferme, les bois et arbres en avant d*liontern sont déjà brûlés.
« J'ai envoyé hier à Gassel trois cent ôfequante bêtes à cornes avec des grains. Aujourd'hui je vais en envoyer près de quatre cents, e tous les jours j'enverrai les prises que l'on pourn faire.
« Je pars à l'instant pour Houtern; je vais fain une reconnaissance du côté de Bulscamp.
« J'ai reçu aujourd'hui, mon général, un ordri du Ueutenant général Ghénier, daté de Gassel 42 septembre, par lequel il m'était enjoint de fain déchirer toutes les passes signées //0McAc7r(/ don seraient porteurs les citoyens passant les cantonnements que je commande ; il ne me donne aucur détail dans sa lettre. J'ai écrit sur-le-champ au> représentants du peuple, à Gassel, pour en savoii les motifs ; je vous prie aussi de m'éclairer sur cet article. »
« 15 septembre 1"793.
* Mon général, je m'aperçois bien qu'on de\Tail
tout faire par soi-même si cela était possible. Hier au soir, à neuf heures, je vous ai envoyé, par un cavalier du T régiment, les détails les plus intéressants que je venais de recevoir d'un particulier habitant les Moëres autrichiennes , et sur lesquels nous pouvions compter puisqu'ils étaient rendus par un philosophe ennemi juré des tyrans et ami de la hberté.
' Je n'ai pas reçu votre réponse et je ne sais quoi m'imaginer ; je vais rendre de nouveau ces détails. »
« 15 septembre 1793.
• Mon général, toutes les troupes sont évacuées ie Furnes et des environs ; elles sont passées par \vecapel et Lampernesse , du côté de Dixmude ; l'aulres sont parties de Nieuport sur Ostende où îlles embarquent. Elles laissent en arrière tous eurs magasins de fourrages , ne savent de quel îôté donner de la tête; partout elles pillent et lévastent tout.
• Un détachement du cantonnement d'Hoevaerletz est allé à près d'un quart de lieue de Furnes *>ette après dîner, et il n'a vu personne; j'ai fait ivancer à Bulscamp pour y cantonner les troupes pii étaient à Hoevaernetz et Houtern.
« J'ai envoyé le surlendemain de notre arrivée ci un capitaine du l*"" régiment d'infanterie avec an trompette au commandant des troupes anglaises et hanovriennes à Furnes , pour réclamer
plusieur?; curés conslitiilionncls rpii avaient été enlevés dans le district de Bergues ; il n'est pas encore revenu, ni le trompette, et je n'en ai aucune nouvelle ; je vous prie de le communiquer au général en chef.
« Je viens d'apprendre que plusieurs chasseurs de mon bataillon sont sans permission à Bailleul ; veuillez bien , général , y envoyer la gendarmerie pour les arrêter et les faire conduire ici de brigade en brigade. -
Au moment de faire sur Dunkerque le mouvement dont nous avons parlé, et de livrer la bataille de Hondschoote, le général Mouchard mit à l'ordre de son armée plusieurs dispositions que nous allons faire connaîtrQ parce qu'elles nous paraissent de nature à caractériser cette époque à la fois pleine de grandeur et de ridicule, fertile en dévouements sublimes et en actes d'une incroyable faiblesse.
Voici d'abord une disposition relative aux représentants du peuple , alors la terreur des généraux commandant les armées de la République :
« Il est ordonné de rendre les honneurs aux Représentants du peuple. Les commandants des postes feront battre au champ et prendre les armes.
« Il est ordonné à tous soldats de ne jamais jeter leur pain et leur viande. Tout soldat qui ne
conservera pas ses vivres et ses munitions sera sévcrement puni.
■ Le général Houchard compte sur la bravoure de ses compagnons : quiconque fuira sera indigne (le vivre. Il leur recommande de ne pas user leurs munitions inutilement, et de ne jamais tirer que lorsqu'ils voyent Tennemi à leur portée. Souvent on perd la victoire faute de munitions. Le général Houchard compte sur des soldats républicains et Men disciplinés. »
Arrété des représentants du peuple, envoyés près l'armée du Nord , daté du 5 septembre , de Gassel :
• Considérant que Pitt a répandu dans nos armées des agents qui y sèment la terreur et que y excitent le pillage, afin de les désorganiser;
• Qu'il n'y a point de tribunal militaire près l'armée qui marche sur Dunkerque, et conséquemment nul moyen de réprimer les délits ;
• Que cependant c'est au moment des batailles fu'ils sont commis de la manière la plus désastreuse; que déjà, à Lincelles et à Turcoing, deux victoires ont été sans succès pour la RépubUque, parce que les malveillants ont excité les soldats au pillage, et que pendant ce temps l'ennemi s'est rallié.
« Vu la grandeur du danger et les suites fâcheuses qui résulteraient de l'impunité, arrête ce qui suit :
« Article premier. — Il sera établi dans ce jour pour Tarméc qui marche sur Dunkerque un tribunal militaire qui jugera et appliquera la peine portée au Gode pénal militaire du mois de mai dernier.
« Art. 2. — Il jugera dans les vingt-quatre heures après l'arrestation, sur la simple audition des témoins et des accusés, et le jugement sera exécuté sur-le-champ en présence d'armée.
• Art. 3. — Ceux qui commettraient aucun des délits militaires seront aussitôt accusés et conduits au tribunal avec au moins deux témoins pour être entendus et jugés.
« Fait à Casscl , le 5 septembre , Tan II de la République française.
« Hextz et Levasseur. •
« Lès troupes feront deux fois la soupe aujourd'hui et garderont la viande de la dernière pour demain.
« Les commandants des corps sont responsables de la perte des bidons, marmites et autres ustensiles et effets de campement. Ils en rendront eux-mêmes responsables les officiers particuliers, et le général avertit pour la dernière fois qu'il proposera aux représentants du peuple la destitution des officiers et sous - officiers qui n'exécuteront pas ses ordres à la minute et en tout point.
« Les soldats qui jetteraient leurs ustensiles,
— soles payeront, il leur en sera fait retegue, et ils seront en outre traduits au tribunal militaire, pour s'être rendus coupables de désobéissance.
« On distribuera aujourd'hui, à Tarmée, \e Bulletin du 29, le supplément du 30, le Républicain du 81, une lettre des représentants du peuple au général en chef, et la réponse de ce général (1). »
Le 43 septembre, Vandamme ne fut pas peu étonné de recevoir du chef de Tétat-major de Tarmée du Nord l'invitation de faire anéantir toutes les passes , tous les ordres signés Houchard. La dépêche ne s'expliquant plus nettement, il en référa aux représentants du peuple et no tarda pas à apprendre que le général en chef était destitué et mis en accusation. Le général Leclerc Tayant remplacé provisoirement, Vanlamme lui écrivit le 18 pour lui donner connaissance de la> position de l'ennemi et des dispositions qu'il avait cru devoir prendre pour ses cantonnements.
• Général, l'ennemi est déjà en force à Reninjelts et à Poperinghue. Je viens de faire réduire en
(1) Ces ordres étaient donnés au moment où allait commencer le mouvement sur Hondschoote. On voit que, ipal^é les préoccupations des opérations militaires, les représentants du ^euplo et le Comité de salut public forçaient toujours les géléraux à entretenir parmi les troupes les errements détestables les clubs, errements incompatibles avec la discipline et les k'ertus militaires.
cendres le village de Roesbrugge. J'ai fait couper les deux ponts , et en tête du premier il y a une batterie de trois canons, un de quatre, une pièce de huit et un obusier. Ce poste est défendu par le 2® bataillon du 22® régiment , le 9® des fédérés , le bataillon des chasseurs du Mont-de-Cassel et cinquante-quatre cavaliers du 7* régiment. Il est appuyé à sa droite par le 3® bataillon franc, cantonné à Houtkerke, et sur sa gauche par deux bataillons cantonnés à Bergues, lesquels se défendront ensemble et formeront leur retraite sur Bergues, si une trop grande force les y forçait.
« Je crois devoir vous observer qu'il est temps de fortifier Bailleul, le mont Noir, le mont des Chats, Godevvaersvelde, Saint-Laurent, Drogeland, Houtkerke. Quant à ce qui est de mon côté, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour en répondre. L'enneiûi s'assemble de toutes parts et pourrait vouloir attaquer Bailleul, Oostcappel; vous pourrez en juger par les détails ci -joints.
« J'ai formé, par l'ordre du général Du Quesnoy, lorsque j'étais à Godewaersvelde , deux compagnies franches àBoeschepe, dont le citoyen d'Hericke est capitaine. Cette compagnie, si elle était organisée et habillée, vous servirait beaucoup parce qu'elle est composée de braconniers, bons soldats. Veuillez bien faire venir chez vous le capitaine et l'organiser définitivement. Communiquez cette lettre au général en chef. »
En même temps qu'il écrivait au chef de larraée,Vandamme, sacrifiant aux idoles de Tépoque, mandait aux représentants du peuple :
- Citoyens, d'après les rapports qui me sont parvenus, il parait que l'ennemi est en forces supérieures vers Dixmude. Il a à présent des forces à Poperinghue et à Reningelts. Il paraît vouloir attaquer du côté de Bailleul. Le point par lequel il pourrait m'attaquer de ce côté est Oostcappel. Pour mieux défendre le passage, je viens de faire brûler le village de Roesbrugge cl couper les deux ponts qui se trouvent sur TYsère.
« Ooslcappel est défendu par trois bataillons, trois pièces de quatre, une pièce de huit et un obusier. Sa droite est couverte par le 3' bataillon franc , cantonné à Houtkerke , et sa gauche par deux bataillons cantonnés à Beveren. Les cantonnements couvrent l'autre côté de Fumes, de manière à empêcher que l'ennemi n'attaque Fumes de ce côté.
■ Je vous prie de correspondre avec moi le plus souvent possible. Mon quartier général est à Hondschoote , point central de mes cantonnements.
« Communiquez cette lettre au général commandant à Furnes qui pourra vous passer le tableau des troupes que je commande. »
Le 19 septembre 1793, et en vertu des ordres
qu'il venait de recevoir, Vandamme commença un mouvement offensif sur Nieuport, tout en écrivant aux représentants du peuple qui lui avaient mandés de se porter sur cette ville :
• Citoyens, je désirerais autant que vous que les troupes françaises soient à Nieuport et Ostcnde, mais elles n'y sont pas; elles sont seulement à Fumes, et j'imagine qu'elles n'iront pas plus loin. Je n'ai aucune nouvelle à vous apprendre. Je vous souhaite le bonsoir et suis trèsfraternellement, etc. »
Ce fut alors que Vandamme se vit enlever une partie des troupes qu'il commandait. Le 2® de hussards, le T de cavalerie, trois bataillons de volontaires reçurent une nouvelle destination. Il ne lui resta plus d'autres cavahers qu'une trentaine de hussards.
Son petit corps occupait les cantonnements de Roesbrugge, Oostcappel, Steenvorde, l'Abeelc, etc., lorsque, le 8 octobre, il reçut, avec son brevet de général de brigade, l'ordre de prendre le commandement du camp retranché et de la place de Dunkerque. Il remit ses troupes à Moreau, chef du 1^' bataillon d'IUe-et- Vilaine, et partit le 9 pour sa nouvelle destination. Il était sous les ordr(*s directs du général Davesne et conservait le commandement d'Oostcappel jusqu'à Bailleul, ayant un chef de brigade sous sa direction, à Terdeghem.
Ainsi, à peine âgé de 23 ans, Vandamme, deux ans soldat et sous-officier en Amérique, un an ^'olontaire dans un régiment de ligne, un an capilaine d'une compagnie de chasseurs francs, un Tiois chef de bataillon, recevait le brevet d'officier jénéral à l'âge où , de nos jours , on sort des écoles militaires. Selon nous, ce grade prouvait leux choses : la pénurie de sujets et la bonne opilion qu'on avait des talents, du patriotisme etsurout de la valeur du jeune officier. Cette fois, du noins, le gouvernement républicain ne fit pas 'ausse route.
Au moment où Vandamme reçut l'ordre de se 'endre à Dunkerque, Jourdan vint prendre le comnandement en chef de l'armée du Nord, en rem- 3lacement de Houchard qui portait sa tête sur l'éhafaud.
Vandamme lui-même remplaçait Souham à Junkerque. A peine arrivé à son nouveau poste, 1 écrivit à Davesne :
• Dunkorquc, 14 octobre 1793.
« Général, d'après les lapports qui viennent de n'être faits, je persiste à croire que l'ennemi n'est )oint en force de ce côté. 11 m'est venu hier un déserteur qui m'a confirmé la même chose. Je désire lonc que vous employiez tous vos pouvoirs pour iccélérer le mouvement que vous vous proposez le faire, parce que la saison ne se dispose pas en lolre faveur. Je vous promets souvent de mes non-
vellcs, comme vous me le demandez ; je vous prie de ne rien négliger à m'insfruire de ce qui se passe de votre côté. Vous m'avez promis dem'envoyer une copie de la lettre du ministre, concernant la conduite que nous devons tenir sur pays ennemi, ainsi que celle d'une autre concernant le recrutement de la masse du peuple ; je vous prie de me les faire passer avec la carte dont je vous ai parlé hier.
« Je suis allé visiter le camp retranché de Rosendael ; il est dans le meilleur état de défense; le général Hoche n'a rien négligé pour ce bel ouvrage, il emploie jours et nuits, son repos même, pour parvenir à bien fortifier cette partie interressante de la République.
« Je ferai mon possible pour découvrir le soidisant officier Grégoire ; j'épierai sa conduite, et si je la trouve coupable je sévirai par la loi.
« Je vous envoie ci-joints les états de situation des troupes qui sont sous mes ordres. Si je manque à quelque chose, ce ne sera pas de ma faute; j'espère que vous voudrez bien user de tolérance (1). »
Le camp et la ville de Dunkerque étaient occupés par un bataillon d'infanterie légère, le 5® de
(1) On voit combien In façon d'écrire, d'un inférieur à son supérieur , était peu respectueuse à celte époque. Vandammo, officier plus intelligent que son malheureux chef le pressa inutilement de commencer les opérations contre les Anglais; Davesne tergiversa, et cette faute lui coûta la vie.
liasseurs à cheval et dix bataillons de ligue. Les ;énéraux Hoche et Roland commandaient ces roupes sous les ordres supérieurs de Vandamme, >ien que tous deux fussent plus anciens de grade [ue lui.
L'armée ennemie bloquait Maubeuge, et Ton aisait des dispositions pour dégager cette place, ^a division Davesne eut ordre, pour coopérer à :ette opération , de faire une diversion en mena- :anl la West-Flandre. On voulait, en contraignant es alliés à envoyer des forces de ce côté, les empêcher d'en porter de nouvelles sur la Sambre.
Les troupes de la division Davesne marchèrent sur trois colonnes dirigées sur Menin, Ypres et Nieuport. Vandamme fut chargé de l'attaque sur Furnes. Il écrivit de Dunkerque, le 21 octobre, à son général de division :
• Général, toutes nos opérations sont disposées, je n'attends plus que l'heure pour partir.
» Il est nécessaire que vous envoyiez ici un général pour commander le camp et la ville.
• Je vous observe, général, que je ne puis me passer de gendarmerie ; veuillez bien m'en envoyer pour la policede la petite armée que je commande. Je fais partir du port, en même temps que ma colonne, tous les bâtiments armés en guerre pour se porter sur Ostende. Je vous ferai part de tout ce que je ferai. •
Vandamme jeune, bouillant, plein d'ardeur, exalté
par les sentiments patriotiques, tels qu'on se les exagérait alors, croyait toujours commander une armée. Il se figurait naturellement que sa marche sur Furnes était une opération capitale, tandis que cette opération, ainsi que celles sur Ypres et Nieuport, n'étaient que fort secondaires dans k^ plan adopté par le général en chef.
On ne doit donc pas être surpris de voir le nouveau général de brigade écrire le 22 de Furues à Davesne.
« Vive la République ! Général, je suis parti ce matin à une heure de Dunkerque, avec cinq mille hommes d'infanterie et le 5® régiment de chasseurs à cheval, pour marcher sur Furnes; j'ai divisé ma troupe en deux colonnes ; Tune se porta par la porte de Dunkerque etrautre par TEstran; elles arrivèrent devant cette ville à cinq heures. J'en lis faire aussitôt l'attaque sur ces deux points par le général de brigade I loche, tandis qu'une colonne de mille hommes, commandée par le général Gougelot, partie dllondschoole, lallaquait par la porte d' Ypres. L'ennemi, au nombre de trois mille hommes bien retranchés , avec plusieurs pièces de canon, voulut se défendre et nous empêcher d'entrer dans la ville ; mais le courage que montrèrent tous les soldats républicains épouvanta les V77.s' esclaves ; nous les chassâmes de la ville, la baïonnette dans les reins; à midi, ils se retirèrent en désordre et mes troupes les poursuivent encore.
» Cette affaire ne nous a pas coûte douze républicains, nous avons eu quelques blessés. Une centaine d'esclaves ont mordu la poussière, et nous en avons pris environ soixante, sans compter ceux que les braves soldats vont attraper en^ core.
« Si le camp ennemi de Dixmude ne m'attaque pas en force demain, je marche sur Nieuport, et après-demain sur Ostende, je les enlèverai comme Furnes ; je suis d'autant plus fondé à vous le dire que l'ennemi tremble et que les soldats que je commande sont aussi courageux que disciplinés; aucun pillage n'a été commis dans cette ville ; les républicains ne pensent qu'à se battre et à vaincre, et avec de tels hommes, que ne peut-on pas espérer?
« Le citoyen Gastagnier, commandant la marine à Dunkerque, a mis à la voile toutes les chaloupes et bâtiments en état ; il suit mes mouvements ; il attaquera Ostende par mer lorsque j'attaquerai par terre. J'espère , citoyen général, que dans huit jours on dira : Il y avait un beau port à Ostende.
« Je fais main-basse sur toutes les caisses appartenant aux despotes, et non content de cela je vais faire contribuer la ville conformément à votre instruction ; je veux faire une telle provision que l'armée puisse vivre cet hiver sans qu'il en coûte à la République. Ahf pour cotte fols, les tyrans seront totalement exterminés.
-es-
• J*attends, en C6 moment, le rapport sur les mouvements qu a pu faire le camp de Dixmude; il aurait été bien nécessaire que vous fissiez faire une attaque sur Poperinghue ; j'ignore si vous Tavez faite faire, je vous prie de m'en faire part. •
Il faut se reporter à 1793 pour comprendre et excuser la jactance de cette lettre et de plusieurs autres qui la suivent. Encore une fois, Vandamme avait vingt-trois ans, il était franchement républicain, il avait embrassé , avec l'ardeur d'un caractère bouillant, les idées du jour. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que son style se ressente de sa position, de sa jeunesse et de ses opinions. Alors, pour Vandamme, sa brigade ou sa petite armée, comme il l'appelle, c'était le monde entier.
Ainsi, non content d'écrire à Davesne la lettre qu'on vient de lire, Vandamme en adressa le même jour une, dans le même goût, au Comité de salut public. Dans cette dernière on trouve celte phrase :
• Cent esclaves ont mordu la poussière el nous en avons pris soixante. Dans le nombre se trouvent trois émigrés ; leur procès va être fait. »
Il est donc bien positif, et cela ressort de plusieurs autres lettres, que Vandamme, pendant les campages de la République, fit fusiller des émigrés; mais en agissant ainsi, il se bornait à obéir à la
loi sanglante de la Convention, et nous dirons même qu'il ne pouvait faire autrement.
Si, par une humanité, du reste loin de son cœur à cette époque, ou par calcul, dans la prévision d'un avenir dont la pensée ne pouvait certes venir à personne, il eût essayé de sauver ses malheureux compatriotes pris dans les rangs des ennemis de la République, nul doute qu'il n'eût payé de sa tête ce manque aux décrets sanglants du gouvernement de 1793. Moreau, lorsqu'il commanda les armées, et bien d'autres généraux, n'ont nullement épargné l'existence des émigrés faits prisonniers. C'est donc à tort que la Restauration a imputé à crime au général fait comte de l'Empire par Napoléon P^ la conduite tenue en 1793 et en 1794 par le jeune général de la République.
En post-scriptuDi à sa lettre au Comité de salut public, on trouve :
« J'apprends que je n'ai rien à craindre du camp de Dixmude. Mes troupes sont sous Nieuport ; demain je l'enlève, après-demain à Ostende. »
Le premier succès de Vandamme l'avait en quelque sorte grisé. Il ne mit pas en doute un seul instant qu'il n'enlevât Nieuport et Ostende comme il avait fait de Furnes; mais il se trompait, ainsi qu'on va le voir.
Il fît en vain sommer trois fois le commandant de Nieuport ; cet officier refusa net de rendre la place et inonda les abords en levant les écluses.
Vandammc rondit compte de ses opérations en même temps au général Davesnc cl aux représentanls du peuple composant le Comité de salut public. Nous ne donnerons ici que les lettres a Davesne, celles aux représentants étant la copie presque littérale des autres, à rcxception d'une seule, en date du 2G octobre, que Ton trouvera plus loin.
« Vulpendick, 28 octobre 1793.
« Général , j'ai fait commencer Tattaque de Nieuport ce malin, après avoir établi mes batteries derrière le pavé de Fm-nes à Nieuport, par la colonne de Dunkerque. J'avais donné ordre à la colonne d'Hondschoote de se i)orter vers le vieux fort de Nieudam, et de s'en emparer pour couper la retraite de Tennemi sur Oslende; mais il ne lui a pas été possible d'approcher, parce que l'ennemi a levé les écluses de Nieuport et a inondé toutes les prairies ; elle a été obligée de rétrograder. Les eaux sont venues jusque dans mes batteries et m'ont forcé de les placer sur la route, qui est à l'abri de Tinondation par son élévation. Je no peux pas y placer beaucoup de batteries, mais elles suffiront toujours pour réduire la ville eu cendres.
« J'ai envové la colonne d'IIondschoote, aux ordres du général Gougelot, à Oost-Dunkerque, village situé entre les dunes et le canal de Nieuport, pour empêcher que Tennemi ne fasse une
ortie de ce côté et ne nous tourne. A minuit je oinmencerai le feu, et si Tennemi persiste à déindre la ville, je la forai totalement incendier.
« Le feu de mes batteries a été très-vif. Le feu
pris dans la ville au magasin de fourrages et ux maisons adjacentes ; il n'est pas encore éteint, .'ennemi nous a envoyé aussi beaucoup de bouitset quelques obus; mais il est si maladroit qu'il c nous a blessé ni tué aucun républicain.
« La garnison de Nieuport a reçu un renfort de ' dllc hommes avec plusieurs pièces de canon; le est forte à présent de quatre mille hommes.
« Les villes de Bruges et d'Ostende sont à la tîbandade ; les Anglais embarquent tous leurs lagasms pour Londres; je ne doute pas qu'avant iiatre jours ils ne soient eux-mêmes obligés de ire de même.
« J'ai reçu aujourd'hui trois bataillons de renrt; j'en ai envoyé deux à Steinkerke et l'autre Oostcappel, pour me couvrir du petit camp de ixmude. J*ai sommé les magistrats de Furnes ) pourvoir à la subsistance de l'armée que je )mmande, de me fournir la moitié des bestiaux, •ains et fourrages qui se trouvent dans le pays,
de compter un milUon. Je me suis saisi de utes les argenteries des églises et des cloches, ai chargé de toutes ces expéditions des vrais publicains de Dunkcrque que j'ai nommés à cet fet.
« Demain je vous donnerai d'autres nouvelles;
j*espère qu'elles vous apprendront la prise de Nieuport et ma marche sur Ostende.
« P. -«S'. — J ai requis la* municipalité de Dunkerque de faire lever les écluses pour faire couler les eaux de Tinondation de Nieuport. Vous voudrez bien faire passer la lettre ci-jointe au Comité de salut public, et celle au citoyen Loigerot (1). •
« 24 novembre 1793.
« Général, je viens de disposer Tattaquç de Nieuport par TEstran, seul point qui ne peut pas être inondé ; j'ai fait avancer douze bataillons d'infanterie, un bataillon de chasseurs et le 5* régiment de chasseurs à cheval commandé par le général Hoche, entre Oost-Dunkerque et Nieuport. On ouvre la tranchée pour y placer mon artillerie. J'espère que demain cela avancera beaucoup.
« D*après des nouvelles que je viens d'apprendre que Dixmude est totalement évacué et que les troupes se sont retirées «ur Bruges, où il y a trois mille hommes blessés que l'ennemi ne peut amener ni transporter, les troupes d'Ostende s'embarquent ; celles de Bruges se retirent sur Gand et Anvers ; tout cela me décide à faire marcher une petite colonne, demain, à la pointe du jour, par
(1) A cette lettre était joint un long procès verbal relatant les réquisitions du général Vandami^e et la note exacte des objets saisis à Fumes.
5choorback, pour inquiéter Tennemi le long du lavé de Nieuporl à Os tende, et, par ce moyen, écider la garnison de Nieuport à se rendre plus 5t.
• Donnez-moi des nouvelles d'Ypres, et j*agiai en conséquence. Envoyez-moi vos ordres, et Is seront exécutés. Je fais refluer sur Dunkerque in grand nombre de bestiaux et tout ce que je luis attraper à l'ennemi. Je compte sur vous, mon ;énéral, et vous pouvez compter sur moi. •
• 2i octobre 1193.
« Général, l'inondation est montée à tel point le hauteur, que je viens d'être obligé de faire reiloyer mon artillerie à la colonne commandée par B général Hoche, sur Vulpendick. J'en ai retiré ix bataillons que j'ai fait porter sur les glacis de •"urnes.
« J'ai ordonné à la colonne du général Gouge- Dt, que j'avais envoyé hier à Oost-Dunkerque, ie se retirer sur Coxide. J'ai fait couvrir ma droite n arrière par six bataillons que j'ai envoyés à îteinkerke, Oostcappel et à Vulpendick. J'atten- Irai jusqu'à ce soir pour voir les suites et les progrès de l'inondation. Nous allons nous concerter, 5s généraux Gougelot, Hoche et moi, pour nous lorter sur Ostende par un autre point que par Jieuport. Je vous ferai part de nos décisions. >alut et fraternité. »
« 35 octobre 1193.
« Général, le ministre de la guerre vient d'envoyer au général Hoche le brevet de général de divigion et Tordre de se rendre sur-le-champ à l'armée de la Moselle , pour y être employé en cette qualité. Cette nouvelle m'a fait la plus grande peine, puisqu'elle m'ôte un général aussi courageux qu'instruit, et qui me servait beaucoup dans les attaques dont j'étais chargé. Je ne puis, général, le laisser partir sans qu'auparavant vous ne m'eussiez envoyé un autre général de brigade pour le remplacer. Je l'ai prié, pour le salut de la République, do rester à son poste jusqu'à larrivée du général que vous m'enverrez. Veuillez bien, général, le faire sur-le-champ ; je l'attends par le môme courrier.
« La tranchée se fait toujours devant Nieuport; nous sommes maîtres du fort de Vicrvoet, et nous pourrons canonuer aisément. •
« 26 octobre 1793.
» Général, depuis hier Hoche est parti ; l'ennennî paraît en force dans Nieuport, le feu (le leurs batteries est très-vif. Hier, nos braves soldais se soiit emparés du fort de Viervoet. Je voulais y étabhr des batteries ; ^ peine avais-je conçu ce dessein qu'une escadre prit mw armée en trse vers et lança de» bordées terribles sui- le fort et environs.
« Le 22* et le 4® bataillon de Seine-et-^Oise se sont battus en héros républicains, ils ont soutenu le feu du canon du rempart et dQ la mousquelerie ; l'ennemi y a fait plusieurs sorties, et on l'a toiyours forcé, la baïonnette aux reins, à rentrer dans son repaire. Je ne puis vous exprimer le courage de nos braves soldais qui y malgré les mauvais temps et les bivouacs qu'ils sont obligés «le supporter, rie^ ne les dégoûtent;
« Je viens de donner les ordres les plus exprès pour qu'il soit délivré à la troupe, durant le siège,. Teau-de-vie deux fois le jour, la mauvaise eau que les soldats sont obligés de b.oire, et les fatigues continuelles qu'ils essuient^ les rendraient malades, si l'on n'y obviait par ce léger secours.
« J'ai dû évacuer le fort de Viervoet hier à la brune ; l'ennemi s'en est emparé aussitôt après. • L'escadre ennemie reste en observation sur noire gauche, je ne puis savoir son dessein, je ne crois pas qu'elle ait encore pu jeter des forces à terre ; dans tous les cas, elle ne peut débarquer du c-anon^ vu que les dunes sont impraticables; je crois que cette escadre est sortie du port d'Oft^ tende, et qu'un vont contraire s'est opposé à pa marche sur l'Angleterre ; peut-être son intentioii est de nous inquiéter seulement, peut-être aussi son projet eslril de faire une descente sur Dun-^ kerque ; le diable seul sait ce qu'elle veut, et j^ surveillerai si fort ses manoeuvres que j'espère 1« savoir ftussi.
* J*attends aujourd'hui un rapport et des nouvelles certaines de Tinlérieur de la Belgique; lorsque je serai instruit de ce qui se passe à Ostende, Bruges, Gand et Anvers, je prendrai un parti décisif ; ce qui est sûr , je ne puis rester longtemps dans la position où je suis, le soldai, mal nourri, couché à la pluie, ne pourrait longtemps résister.
« Hier au soir, j'ai changé mes batteries, j'ai de nouveau ouvert la tranchée ; je place mes batteries devant le front de la ville , je vais les faire joueretcAatf//er la ville, de manière à la contraindre à une prompte reddition.
« J*ai établi entre les dunes et la gauche de ma tranchée une pièce de 8 et un obusier pour empêcher les sorties de Tennemi de ce côté et pour assurer la retraite de ma grosse artillerie dans le cas où j'y serai forcé par des forces supérieures.
« Je n'ai rien à craindre sur ma droite, je suis couvert par les inondations, j*ai de plus un bataillon au pont rompu, une pièce de 12 et un obusier pour empêcher l'abord de l'ennemi de ce côté. J'ai étabi par précaution au pont de Vulpen, sur la rive droite du canal, un bataillon auquel j'ai ordonné de retrancher ses canons.
« Le général Gougelot est maintenant à Schoorback. Sa position est plus sûre que la mienne si, comme on m'a rapporté, Dixmude est évacué; on dit même de plus que les troupes qui étaient à Thouret se sont retirées sur Bruges. Je lui ai or-
donné de se retrancher et de garder sa position. Il fait faire des contributions, il enlève otages, bestiaux, grains, fourrages, etc.
« Si je puis contraindre, comme je Tespère, la garnison de Nieuport à la retraite , je donnerai ordre au général Gougelot de marcher directement sur Ostende ; je me joindrai à lui et nous ferons notre possible pour faire ti^iompher les armes de la République.
• Le gros de ma division est maintenant entre Nieuport et Oost-Dunkerque, sur la rive gauche du canal. J'ai établi mon quartier général à ce dernier village, mon parc d'artillerie est derrière Furnes; je retranche cette ville d'un côté et la fais démolir de l'autre. J'y ai laissé en garnison le bataillon de la nouvelle levée de Dunkerque qui y fait parfaitement le service ; la petite division navale, commandée par Castagnier, borde sans doute nos côtes en arrière, du côté de Dunkerque, car je n'en ai aucune nouvelle ; les forces supérieures des Anglais empêchent qu'elle ne marche sur Nieuport.
• Nos bataillons de nouvelle levée travaillent à la tranchée; dans le commencement, le feu de l'ennemi les intimidait beaucoup, à présent ils s'en font un jeu.
« Demain le grand coup.
« J'ai fait remplacer le général Hoche par l'adjudant général Brugant dont les talents militaires et Iç patriotisme sont connus; investi de toute ma
confiance, je vous prie de me le conserver et de lui faire son brevet de général de brigade. »
« 26 octobre 1798.
« Citoyens représentants , je vous ai l'endu compte par ma dernière, que Tinondalion m'avait obligé de me retirer de la route de Furnes à Nieuport et de porter mon attaque du côté d'Oost-Diinkcrque, seul point qui ne pouvait être inondé (en laissant seulement au pont rompu, sur cette route, une demi-brigade). Je m'y suis établi le 25 octobre, j'ai fait aussitôt ouvrir la tranchée, sous le feu le plus violent des remparts de Tennemi ; la tranchée est à présent finie , et les bombes , obus el boulets rouges pleuvent sur la ville ; elle ne doit pas tenir longtemps, ou sous peu elle sera eulièroment brûlée.
«L'ennemi est assez en force dans la ville, il y a vingt bouches à feu, le feu des batteries est fort vif. Le 25, mes braves soldats se sont emparés du petit fort de Viervoet, je voulais y établir des batteries et comme je les faisais commencer, une escadre anglaise, composée de trente vaisseaux, prit mon armée en flanc et lança des bordées terribles. La garnison lit en même temps une sortie, mais elle fut obligée de rentrer dans son repaire, et fut poursuivie jusque sous les remparts ; plus de cent esclaves ont mordu la poussière •, je ne saurais assez vous louer le courage de tous les braves soldats de l'armée que je commande et
l'adresse de mes braves canonniers, ils supportent le mauvais temps et les bivouacs avec un courage qui n'appartient qu'à des hommes qui se battent pour leur liberté.
• Le ci-devant 22® régiment, le 4® bataillon de Seine-et-Oise et le bataillon des chasseurâ du Mont-de-Cassel ont dans cette sortie combattu en héros , ils ont soutenu pendant deux heures le feu des remparts, de la mousqueterie et de l'escadre ; cette escadre nous envoyait des bordées de quarante pièces à la fois, de 27, 36, 40 et 49, mais les boulets passaient trente pieds sur nos télés suivant leur louable habitude ; les dunes en sont remplies.
« J'ai été obligé d'évacuer le petit fort de Viervoet, je n'ai perdu que douze hommes. Ma positon actuelle est très-belle, l'ennemi ne nous tue personne et nous lui envoyons de la marchandise qui lui écrase et brûle toutes ses maisons, ça ira; il évacuera la ville d'ici à demain, ou je la fais prendre d'assaut; je puis le faire avec les vaillants républicains que je commande.
■ L'escadre a cessé son feu hier soir, elle l'a recommencé ce matin, mais dans la journée elle a Uni, et la majeure partie a pris voile pour l'Angleterre ; il est resté seulement six bâtiments qui >ont en observation, J'étais inquiet hier , parce |ue j'ignorais ses desseins, je suis à présent tran- [uille, ello ne peut faire une descente de canons tntre Nieuport et Dunkerque, parce que les dunes
sont impraticables, et que le citoyen Castagnier est d'ailleurs, avec plusieurs bâtiments, en observation le long des dunes.
« J'ai envoyé le 4, sept bataillons à Schoorback, commandés par (Jougelot ; ils se soat emparés de Dixmude et restent de ce côté en observation pour soutenir ma droite en arrière et empêcher que l'ennemi vienne m'attaquer de ce côté. L'ennemi s'est retiré au nombre de 3,000 hommes à Thourout ; il s'y fait aussi un rassemblement de paysans, mais vingt-cinq républicains en font fuir deux mille.
« Les enlèvements que je fais faire sont considérables , chevaux , bœufs , vaches , fourrages, grains, chariots, bois, fer, cloches, plomb, cuivre, draps, toiles, argenterie des églises ; je fais tout refluer sur Dunkerque, je les adresse à la municipalité.
« Les coquins de prêtres avaient fait cacher dans les églises presque tous les effets des villages, parce qu'on leur avait dit que les Français n'y entraient plus, mais comme ils se sont trompés ! j'ai fait fouiller toutes les églises, et dans toutes j'y ai trouvé de beaux effets; les vases ci-devant sacrés étaient «aussi cachés dans les cloches, mais je les ai trouvés ; à Dunkerque de suite ! Mes prises se montent bien à présent à six millions; je ne compte pas celui que la ville de Furnes doit me donner en numéraire. Ha ! quand j'entrerai dans Nieuport, quel coup, que d'enlèvements ! les
nàtins sont foutus, je ne veux laisser aux habiants que les yeux pour pleurer.
« Je vous enverrai, citoyens représentants, et au tiinislre de la guerre, le procès-verbal de tous mes nlèvements quand ils seront finis ; je suis tellement surchargé d'ouvrage que je n'ai pas un seul iiomeht à moi.
• Je ne dois pas oublier de vous dire que les [uatre bataillons de l'armée révolutionnaire que 'ai avec moi et que j'emploie aux travaux des ranchées travaillent avec le plus grand zèle et ;ans faire attention aux bombes qui pleuvent sur îux ; je ne puis vous nommer personne, tous les épublicains de mon armée ont le même courage )l tous se distinguent dans les fonctions qui leur )Ont attribuées.
• Depuis deux mois, le citoyen Seron, capitaine lu bataillon des chasseurs du Mont-de-Cassel, fait luprès de moi les fonctions d'adjudant général , îhefde mon état-major; je n'ai qu'à me louer de on zèle et* de ses talents. Le général en chef me promet toujours de lui obtenir son brevet, mais il l'arrivé pas; veuillez bien, citoyens représentants, ui faire obtenir et me l'adresser, il est nécessaire [u'il l'ait promptement.
« Le général de brigade Hoche, employé dans
armée que je commande , est parti le 25 pour
ommander dans l'armée de la Moselle, en qualité
e général de division. Le général Roulland est ai-
ivé ce matin pour le remplacer.
« Dans ce moment Nieuport est en feu. Je verrais presque assez clair pour écrire sur les dunes.
« Salut et fraternité.
* Le général commandant V armée républicaine devant Nieuport^
« D. Vandamme.
« P. 'S. Je vous envoie plusieurs lettres qui m'airivent à l'instant d'Oslende : j'en ai donné copie au général Davesne, commandant en chef la frontière depuis Lillejusqu'à la mer. •
Dans cette dernière lettre, Vandamme, général de brigade de la veille, s'intitule plaisamment général commandant V armée républicaine sous Nieuport,
Mais si le style du jeune homme qui devint l'un des chefs les plus complets de la grande armée du premier Empire présente une ampoulure excusable quand on songe à l'âge de celui qui écrivait ces lettres, il est impossible de ne pas être étonné des idées militaires qu'elles contiennent. Elles révèlent déjà chez Vandamme le génie de la guerre; et à ce point de vue elles méritent d'être lues et étudiées.
La suivante, du 27 octobre, au général Davesne, n'est pas moins curieuse que les précédentes :
« Général, mes tranchées sont finies, les bombes, obus et boulets rouges pleuvent sur Nieu-
port, elle est dans ce moment en feu et sons peu elle doit être réduite. L'escadre anglaise est partie, elle a fait voile pour l'Angleterre, il est resté seulement six bâtiments en observation, je suis à présent tranquille quoique je ne craignais guère ce débarquement ; puisque les dunes sont impraticables et que Castagnier est en observation le long des dunes, avec plusieurs bâtiments. Demain j'espère vous annoncer la prise de Nieuport. Je su s décidé, si elle ne se rendpas, à la prendre d'assaut. Il faut que cela aille, la liberté triomphera , les despotes seront anéantis, je fais faire des enlèvements considérables, j'envoie tout à la municipalité de Dunkerquc, grains, fourrages, chevaux, chariots,' bœufs, vaches, argenterie des églises, cloches, fer, plomb, cuivre, drap, toile.
« Le général Roulland est arrivé ce matin ; le général Gougelot reste toujours en observation à Schoorback et à Dixmude ; il inquiète beaucoup l'ennemi en même temps qu'il Tempêche de m'attaqucr. L'ennemi est retiré au nombre de 3,000 à Thourout, tous les équipages d'Ostende et Bruges sont évacués sur Gand et Anvers. Ça ira, vive la République ! »
Le 28 octobre, Vandamme, furieux de voir tous ses efforts échouer devant la place attaquée, somma pour la seconde fois le commandant.
* Monsieur, lui écrivit-il, j'ai, depuis quatre jours, employé des petits moyens pour faire ren-
die la ville de Nieuport ; votre opiuiàtreté me décide à prendre des moyens plus vigoureux ; je ne puis plus longtemps m*arrêter devant un si faible fort; les quatre régiments anglais qui vous sont arrivés d'Ostende n'arrêteront point les forces de la République que j'ai l'honneur de commander, rendez donc une ville que votre résistance ferait réduire en cendres, où je vous déclare qiie si, dans une heure, les portes ne me sont point ouvertes, je battrai en brèche et monterai d'assaut ; il ne sera plus temps alors de capituler ; je jure de passer au fil de l'épée tout homme armé que je trouverai ; rien ne m'arrêtera , mes mesures sont prises et je suis décidé.
« Vous aurez à me répondre sur votre tête de la résistance vaine que vous m'aurez opposée : j'ai ordonné aux généraux sous mes ordres de n'accepter aucune capitulation après l'heure fixée ; décidez-vous et répondez-moi. •
Le commandant de Nieuport ayant refusé de rendre la place, une seconde, puis une troisième sommation, plus violentes et plus menaçantes que les deux premières , lui furent encore adressées par Vandamme, mais en vain. Le 29 octobre, ce dernier apprit, par une lettre de Davesne, que, par suite d'une attaque de l'ennemi, le général Souham s'était replié, découvrant sa droite.
Forcé de renoncer à Nieuport et à marcher ensuite sur Ostcnde comme il s'en était un peu trop vanté à l'avance, dans ses lettres, le jeune général
devint furieux. Toutefois il avait trop de coup d'œil militaire pour ne pas comprendre le danger de sa position ; il se décida donc à se replier, ainsi que le lui prescrivait d*ailleurs son général de division!
Voici la lettre de Davesne et celle de Vandamme relatives à ce mouvement. Toutes les deux sont* du 29 octobre 1793.
• Je viens de recevoir une lettre du représentant du peuple Isoré qui m'annonce que l'ennemi a attaqué de vive force Tarmée du général Souham, et qu'il a évacué Menin, que l'ennemi menace cette di\ision d'importance , et que la déroute commencée hier a été heureusement arrêtée. J'ai peine à comprendre comment tout ceci s'est passé avec des forces telles qu'a le général Souham. Je ne peux pas comprendre comment il a été forcé dans les postes conquis. D'après cette malheureuse nouvelle vous comprenez bien que je ne peux laisser le monde que j'ai devant Ypres, qui ne consiste qu'en sept mille hommes dans les différents points qu'ils occupent. J'ai donné les ordres tout de suite au général Bertin de faire replier les deux mille hommes de sa droite sur Neuve-Église pour reprendre les postes de Nieppe et Armentières, et que lui, avec les cinq cents hommes restants, se retirera sur Poperinghue que j'ai déjà fait mettre en état de défense et, s'il se trouve forcé, de reprendre les positions de nos anciens postes.
• Quant à vous, mon cher général, je vous con-
seille de prendre toutes les mesures possibles pour ne pas être tourné dans les positions que vous occupez. Prévenez de suite le général Gougelol d'opérer sa retraite sur Hondschoote, toiyours en mesure avec celle que vous ferez sur Fumes, el de là, si vous y êtes obligé, dans votre ancien camp. Les nouvelles consolantes que j'avais reçues hier du citoyen Isoré, représentant du peuple, m'avaient fait espérer que les troupes de Souham auraient repris le Mont-Cassel et de Monqueron, qu'on les avaient déjà forcé d'abandonner, elde là se seraient jetées sur Gourtray. Avec les nouvelles consolantes que vous m'aviez envoyées, je croyais nos affaires dans une situation bien avantageuse pour la République.
« J'en ai même fait part au ministre, mais let^ lettres d'hier soir font évanouir cette belle perspective, il nous reste la consolation d'avoir fait notre devoir. »
« Général, écrivit le même jour Vandamme, je me vois forcé avec peine d'abandonner la siège de Nieuport d'après les dispositions que vous avez fait prendre à votre armée. Je ne puis rester plus longtemps dans la position que j'occupe, puisque ma droite n'est plus gardée, et que je suis menacé à ma gauche par une escadre anglaise qui, tous les jours, met hommes et munitions dans Nieuport et est prête à chaque instant à débarquer en entier.
« J'ai donc cru prudent de décider ma retraite. En conséquence , après avoir fait un feu le plus terrible, je commencerai à dix heures de ce soir à faire évacuer sur Dunkerque ma grosse artillerie ; Je filerai ensuite doucement avec mon armée sur Furnes; j'y laisserai une petite armée en observalion, après avoir fait couper les ponts et les chemins par où l'ennemi pourrait pénétrer, et je ferai retirer le restant de mon armée au camp qu'elle occupait devant Dunkerque ; je renverrai le général Gougelot à son ancienne position en lui faisant de même rompre tous les ponts et chemins.
- Je crains d'avance, général, de faire battre en retraite une armée telle que je commande, composée de si braves républicains ; mais, puisqu'il le faut, je m'y décide. Vous pouvez compter que ma retraite se fera dans le plus grand ordre et qu'il ne se commettra aucun désordre ; mes troupes se contiendront dans leur retraite comme à la charge, à^ l'exception qu'elles n'iront pas d'un même cœur. »
L'échec éprouvé devant Nieuport par Yarmée de Vandamme, comme il se plaisait à appeler sa brigade, ne provenait certes pas du fait de ce jeune ofllcier général qui avait déployé dans ses opérations autant d'énergie que de talent. Sa retraite s'opéra en bon ordre. Malheureusement il fut contraint d'abandonner quelques mauvaises bouches à feu. On ne doit pas oubher qu'à plusieurs re-
prises; il avait, pour ainf^i dire, persécuté son général (lo division afin do Ini faire prendre plul4)l l'offensive. Néanmoins , comme tout insuccès, à cette époque néfaste, équivalait à une action blà- , niable et punissable aux yeux du Comité de salul public, le malheureux Davesne fut rappelé, condamné à mort et exécuté ; Vandamme fut disgracié, tandis qu'on eut du, pour lui rendre la jusliœ que méritaient ses services, le féliciter et le récompenser.
On lui ota donc momentanément le commandement de sa brigade. Il résolut alors de s'adresser directement au Comité de salut public, et il envoya le 2 novembre 1793 la justification suivante aux membres qui en faisaient partie :
« Citoyens représentants, je vous ai fait part que j'étais parti de Dunkerque le 23 octobre, avee vingt-cinq mille hommes, pour attaquer Fumes, tandis qu'une colonne, partie d'Hondschoote, attaquait cette ville d'un autre côté; j'y suis entré après quatre heures de combat, nous y avons tué plus de cent esclaves et pris soixante-huit. Les deux colonnes s'étant réunies, elles marchèrent sur Nieuport; j'y établis de suite la tranchée; j'y fis placer mes pièces, le feu commença ; mais l'ennemi ayant lâché les écluses de Nieuport, Teau gagna mes batteries et me força de me retirer sur la route où l'eau ne pouvait pas pénétrer à cause de l'élévation. J'avais envové la colonne d'Hond-
schoote, commandée par le général Gougelot, vers le fort de Nieudam , pour couper la retraite de rennemi surOslende. Les inondations Tobligèrent aussi de rétrograder et de revenir me joindre. Je lui donnai ordre, alors, de se porter entre Oost- Dunkerque et Nieuport. Je fis rétablir à cet effet le pont de Vulpen sur le canal de Fumes ; j'essayai à faire dç nouvelles batteries sur le xîhemin, mais le terrain ne me le permit pas. Je me portai donc, avec ma colonne, au lieu où était celle d'Hondschoote, après avoir laissé trois bataillons sur la route de Furnes à Nieuport, pour défendre une sortie de Tennemi. J'envoyai sept bataillons, sous les ordres du général Gougelot, à Schoorback pour inquiéter Tennemi et l'empêcher de venir m'attaquer par derrière ; et avec le restant de mon armée, forte d'environ huit mille hommes, parce que j'avais reçu un renfort de Cassel et d'Hondschoote, je me disposai à attaquer Nieuport du côté d'Oost-Dunkerque ; je fis ouvrir la tranchée très-proche de la ville, j'appuyai la droite de ma colonne au canal de Furnes, et ma gauche aux dunes. Dans cette position je fis attaquer la ville de vive force, le feu de mes pièces fut très-vif et continuel, l'ennemi y répondit aussi avec trente bouches à feu dont plusieurs de gros calibre, mais il ne nous tua personne.
• L'ennemi reçut alors un renfort de quatre régiments anglais venant d'i)stende, une escadre vint aussi côtoyer les dunes et nous lançait des
bordées terribles qui, heureusement, ne faisaient aucun effet. La majeure partie de cette escadre disparut et le lendemain elle revint et mit à terre quelques hommes qui entrèrent dans la ville.
« Le feu de mes batteries continuait toujours et faisait un effet terrible sur la ville, elle était en feu; mais voyant la résistance opiniâtre de la garnison, je sommai la ville de se rendre le 18 octobre au matin, comme vous le verrez par la lettre ci-joinle, n® 1. Le commandant me répondit qu'il s'y défendrait jusqu'à la mort. Je remis à son trompette la réponse ci-jointe, n^ 2. Le soir, le commandant de la ville m'envoya une lettre par laquelle il me dit qu'il avait envoyé ma sommation au duc d'York, et qu'il attendait sa réponse. Je lui écrivis de nouveau que je ne pouvais pas attendre ; ma lettre est ci-jointe, n° 3.
f Je ne reçus plus de réponse. Mon feu continua toujours et faisait un dégât considérable dans la ville, lorsqu'à cinq heures du soir du 29 octobre. Je reçus du général Davesne la nouvelle que l'ennemi avait repris Menin et qu'on avait abandonné le siège dTpres ; je savais, d'ailleurs, qu'une colonne ennemie marchait sur Dixmude pour m'atlaquer ; j'ai donc décidé d'abandonner le siège de Nieuport et de me retirer sur Dunkerque et Hondschoote , comme le général Davesne me l'ordonnait et l'avait annoncé au général Peternick à Dunkerque et au général Gigaud à Hondschoole.
« J'ai, en conséquence, ordonné la retraite; la
colonne de Gougelot se retira dans ses anciens cantonnements d'Hondschoote, et la mienne , au camp. Je renvoyai encore trois bataillons au général Gougelot. La retraite s'est faite dans le plus grand ordre, je. n'ai pas perdu un seul homme; mais les chemins étaient si mauvais que j'ai été obligé, malgré toutes les forces que Ton ait pu y employer, de laisser aux tranchées trois pièces de fer de 24 et un mortier qui était fendu, pris à Tennemi lors du siège de Dunkerque. Voilà mon crime, citoyens représentants, voilà ce qu'on me reproche, et c'est pour celte raison que l'on cherche à me faire destituer; j'ai perdu trois pièces de fer et un mauvais mortier, et j'ai fait enlever à Fumes et envoyé à la municipalité de Dunkerque plus de fer et de cuivre qu'elles ne valent, sans compter l'argenterie, le plomb, les draps, toiles, bestiaux, blé, avoine, et une grande quantité de fourrages et un milUon de livres en numéraire que la ville doit me fournir, et pour la sûreté duquel j'ai ici quatre otages les plus riches de la ville.
« Je suis aux arrêts à Dunkerque, le général Gougelot commande à ma place ; hier on a envoyé de Cassel deux membres de la commission militaire qui ont mis les «celles sur mes effets et ceux de mon état-major, j'étais alors à Cassel auprès du représentant du peuple Isoré : ils ont attendu mon arrivée à Dunkerque pour en faire la levée et ensuite, ont fait devant moi perquisition, on a
même fait aussi perquisition chez mon père, officier municipal à Casse! ; mais, fort de ma conduite et de ma conscience, je n'avais rien à craindre ; ils n'ont rien trouvé qui eut pu amener une dénonciation.
« Veuillez bien, citoyens représentants , décider mon sort ; si je suis coupable, qu'on me conduise à Arras et qu'on m'y juge avec toute la rigueur des lois ; mais si je suis innocent, comme je puis le prouver par le témoignage de tous les officiers d'artillerie et de l'armée qui, au contraire, me dénonceraient si j'étais coupable, pourquoi m'ôter un commandement que la confiance du général Jourdan m'a donné ? J'attends avec confiance votre décision, citoyens représentants, et je puis vous assurer que partout et dans tel grade qu'on voudra me placer, je servirai la République avec le même zèle et le même courage.
« Je vous envoie ci-joint, citoyens représentants, deux copies des procès-verbaux des enlèvements faits à Fumes, dont une pour vous et une que je vous prie de faire passer au ministre de la guerre (1). »
' La disgrâce de Vandamme ne fut pas de longue durée puisque le 1 1 novembre on le replaça à la tète d'une brigade de la division Ferrand, à Tar-
(1) A cette lettre justiAcative était joint en effet une pièce donnant le détail de tous les objets enlevés et prouvant que tout avait été versé entre les mains des agents de TÉtat.
mée du Nord, toujours sous les ordres de Jourdan. Cette hi'igade occupait Poperinghue et les villages environnants. La position était trop en pointe et dangereuse, mais on cherchait à la conserver momentanément pour avoir le temps de faire re- Quer sur la France plusieurs magasins.
Vandamme commandait le 14® bataillon d'in- Fanterie légère, les bataillons de chasseurs du Mont-de-Cassel, du Mont-des-Chats, 2 bataillons d'infanterie de ligne et 3 de volontaires. Chaque jour il dirigeait vers Tintérieur des approvisionnements considérables, ainsi que cela ressort des lettres suivantes, en date des 15 et 16 novembre 1793, adressées par lui, la première, à son général de division, la seconde, au Comité de salut publié.
• J'ai, aujourd'hui, fait enlever et conduire à Bergues les cuivre, plomb, fer, grains, cuirs et houblons qui ont été trouvés dans Poperinghue ; il en reste peu et demain ils seront amenés à Bergues. J'attendrai vos ordres pour la retraite, dans le cas où vous la déciderez. Je distribuerai ainsi les neuf bataillons qui sont sous mes ordres et celui de la Seine-Inférieure qui est cantonné à l'Abeele ; quant aux bataillons de la nouvelle le-
(1) On a, par la suite , accusé bien souvent le général Vandamme de pillage ; on peut voir que s*il fit des réquisitions à cette époque, ce ne fut pas pour en tirer profit. H obéissait d'ailleurs, à cet égard, aux oi*dres formels du gouvernement.
véc, ibrmant à présent la division de Steenvoorde, vous voudrez bien donner des ordres à cet égard. •
« Citoyens représentants, je m'empresse do vous faire passer plusieurs originaux de lettres qui me sont parvenues ; vous y trouverez des renseignements sur la dernière incursion qui s'est faite dans la Vest-Flandre. Je n'ai pu vous les eu- voyer plus tôt parce qu'elles ne font que m'arriver.
« L*ennemi, quoiqu'on force à Yprcs, est très- tranquille. Il paraît se tenir seulement sur la défensive, car il a fait un grand nombre de coupures sur la route d'Ypres à Poperinghue. Je profite de sa stupidité j)Our enlever bestiaux, grains, four- ;• rages, houblons, cuivre, fer, cuir et autres objels * non moins utiles à la Répubbque. J'évacue le tout à Bcrgues ; je vous en promets un état général le plus tôt possible.
«. L'empereur vient de faire distribuer une grande (piantité de fusils aux paysans des Pays- Bas. Il n'a pas craint, sans doute, que ces armes ne servent qu'à foudroyer ses esclaves. Qu'il tremble ! »
L'ennemi attaqua Poperinghue le 15 novembre; mais, comme l'ordre était donné déjà d'évacuer ce cantonnement, on se retira en bon ordre.
Le 18 novembre, Vandamme rendit compte directement de ses opérations à Poperinghue au Comité de salut public, par la lettre ci-dessous :
• Citoyens représentants, je suis parti de Dunkerque par ordre du général Souham, le 21 de ce mois, pour aller prendre le commandement de Poperinghue; je me suis aussitôt occupéde retrancher cette petite ville, autant qu'il était possible, et de faire enlever tout ce qui s'y trouvait d'utile à la République.
« Plusieurs commissaires civils vivaient déjà fait enlever, avant mon arrivée, les cloches et des grains, et avaient sommé la ville de donner une contribution de cent mille livres en numéraire, pour la sûreté de laquelle ils ont pris deux otages qui sont à présent à Aire ; mais il y avait encore de quoi faire main basse; j'ai donc requis les municipalités frontières de la République de m'envoyer toutes leurs voitures et, dans le peu de temps que j'y suis resté, j'ai enlevé deux cents voitures de cuirs , houblons , blé , avoine , fer, plomb et cuivre; le tout a été déposé au district de Borgnes qui fait dans ce moment imprimer les états des objets enlevés à Popcringhue et à Furnes.
« Le général Souham vous ayant fait part, citoyens représentants , de la retraite que nous avions été obligé de faire, d'après le compte que j'en avais rendu au général Macdonald , commandant à Casscl, il est inutile de vous le répéter
- Les troupes ([ue je commande occupent leurs anciens cantonnements ; tout est fort tranquille ;
l'ennemi est faible sur cette frontière. Il n'y a plus que quatre mille hommes à Ypres ; les forces qui m'avaient attaqué à Poperinghue sont parties du côté de Tournay ; il y a mille deux cents hommes à Ostende ; huit cents à Nieuport; cent à Furnes et trois mille à Dixmude. Vous pouvez ajouter foi à ce rapport, je le liens de mon correspondant de Bruges qui pst un vrai et pur républicain. »
Pendant le dernier mois de 1793, la brigade Vandamme n'eut pas à combattre. Son chef chercha, à plusieurs reprises, à faire disparaître de l'esprit des représentants du peuple près l'armée du Nord les préventions que sa disgrâce avait pu laisser sur son républicanisme et ses sentiments. On trouve dans une de ses lettres, en date du li décembre, adressée au citoyen Isoré, la phrase suivante.
« Tu peux compter sur mon zèle infatigable à servir la République, je te le prouverai par toutes mes actions, et lorsque tu seras convaincu, j'ose espérer, citoyen représentant, que tu rejetteras entièrement les calomnies qui t'ont été portées contre moi, cl que tu me rendras la confiance que tu peux avoir en un républicain aussi zélé que moi pour la défense de la République une et indivisible; ma conduite, citoyen représentant, te fera voir que je l'aurai mérité.
« Salut et fraternité. »
Le 26, il écrivit au même représentant :
« Je t'envoie ci-joint, citoyen représentant, plusieurs lettres que je viens de recevoir de Bruges el Ostende ; il paraît, d'après tous les rapports, que l'ennemi entre en quartier d'hiver de ce côté, et qu'il envoie des forces assez considérables, qu'il fait embarquer à Ostende, soit pour secourir Toulon, soit pour joindre les brigands de la Vendée ; le Comité de salut public doit prendre à cet égard des mesures pour empêcher les projets des Anglais, réduire en cendres la ville rebelle et exterminer jusqu'au dernier des scélérats de la Vendée. »
Nous terminerons ce premier livre par une lettre en date du 25 décembre, écrite à Vandamme par le général de division Ernouf, qui a joué un certain rôle sous le premier Empire et sous la Restauralion, et qui, à cette époque, chef d'étal-major général des armées du Nord et des Ardennes, était lié d amitié avec Vandamme. La voici :
• Tu te trompe, mon ami, quant tu crois que je l'oublie, il y a des témoins comme je tai bien peu perdu de vu, mais ce n'est pas l'instant de te remémorer ces choses. Tu dois connoître les occupations multipliées dont je suis surchargé et les clevoirs terribles que Téta t que j 'occupe actuellement îne prescrit de remplir, voila la cause de mon silence ïnais je nen suis pas moins ton véritable et sincère ami, tu serois un ingrat si lu en doutois un Ustant. Je t'en donnerai des preuves non équivolue au commencement de la campagne prochaine
tu seras des nôtres et lu trouvera des bougres unis et sans intrigues qui n'ont d'autre désir que de faire triomplicr les armes de la République ; je connois ton attachement pour elle, si tu n'a pas beaucoup mieux réussi ce n'est pas ta faute mais il faut prendre garde à ce que Ton dit et surtout à ce que Ton écrit, le public veut que Ton exécute ce qu'on lui promet, il n'entre pas et môme ne peut pas connoître les diftîcultés qui se rencontre; il faut donc être très circonspect.
« J'ai écrit pour ton ami Séron ; mais personne maintenant ne reçoit de Brevet, j'attribue à cela le retard qu'éprouve le sien.
« Je t'embrasse et t'aime sincèrement.
« Donne-moi souvent de tes nouvelles et ï^ois persuadé du plaisir qu'elles me feront. »
Celte letti'c i)rouve que Vandamme parlait beaucoup, et que son caractère ardent lui attirait souvent de mauvaises affaires. Nous aurons plusieurs fois, dans le cours de cet ouvrage, occasion de faire des remarques seml)lables.
Vandamme avait les défauts de ses qualités.
Le général Ernouf , alors chef d'état-major, ^i ardent républicain à celte époque , est le même officier qu'on retrouve auprès du duc d'Angoulème en 1815, lors des événements du Midi. Er- | nouf, chef d'état-major de Jourdan, ami de Bernadolte, opposé au 18 lirumaire, avait été disgracié un instant sous le Directoire. Envoyé en 1803 à la
Guadeloupe par le Premier Consul, il capitula en 1801), et fut emmené prisonnier en Angleterre. Échangé par ordre de TEmpereur, accusé d'avoir vendu la Guadeloupe à lord Cochrane, jeté dans un cachot, il fut très-hien accueilh par Dupont et par le gouvernement de hi Restauration. Membre de la Chambre introuvable^ il en devint un des royaUstes les plus exaltés.