‹ Le général Vandamme (volume 2)Chapitre 4 sur 43 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Coup d'coil général sur la situation de rarmée française ù la fin de 1793 et au commencement de 1794. — Sur la situation de l'Europe. — Vandamme, commandant une des brigades do la division Moreau , S™» do rarmée du Nord , a son quartier général à Hazebrouck et ses postes le long delà frontière, près Steenvoorde. — Correspondance. — 11 prolite d'un repos momentané pour organiser sa brigade. — 11 est dénoncé le 27 février par une société populaire de Cassel. — Pièces relatives ù cette affaire. — 11 se fait donner un certificat par les magistrats do llazol)rou(k. — Tentatives do corruption faites îiuprèsdo lui par b^s généraux ennemis. — Documents relatifs à cette affaire. — Pichegru, commandant en chef l'armée du Nord, commence ses opérations à la fin d'avril 1794. — La brigade Vandamme investit Menin. — Sortie de la garnison le 30 avril. — Prise de cette ville. — Documents. —

Vandamme so rapproche de Courtrai. — Affaires qui ont eu lieu autour do cette place du 4 au 17 mai. — L*eunemi prend Toffensive et tente de couper l'année du Nord de ses communications avec Lille. — Bataille de Tourcoing , le 18 mai. — Rôle de la brigade Vandamme. — Elle est envoyée au siège d'Ypres. — Documents. — Reddition de la place le 18 juin 1791. — Concentration des commandements. — L'ai^ mée de Sambre et Meuse. — Opérations do Vandamme contre Nieuport et l'île de Cazaud. — Sa brigade est décimée par la maladie. — Marche de la division Moreau sur Vanloo. — Reddition de cette place. — Vandamme prend le commandement de la division. — (Correspondance.

La fin de la campagne de 1793 avait été brillante pour les armées républicaines. Les succès obtenus par Tarmée du Nord, en donnant de l'énergie aux soldats, ranimaient les espérances et rendaient moins pénibles les sacrifices exigés par les circonstances. Les jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans appelés sous les drapeaux, en verlii de la loi, obéissaient plus volontiers. Les armées commençaient à avoir des hommes plus aguerris, mieux disciplinés, et des chefs sinon plus instruits, du moins plus rompus à la pratique de la guerre, et qui valent souvent mieux que ceux théoriquement habiles. Les généraux acquéraient chaque jour de Texpérience, et lorsqu'on lit avec attention les lettres du jeune Vandamme, par exemple, ou est étonné de trouver dans ces lettres des idées militaires aussi nettes et aussi pratiques.

Il est à remarquer que les campagnes de 1793 et de 1794 furent en quelque sorte le creuset d'où sortirent, d'une part les hommes de guerre de mérite, comme les Moreau, les Pichegru, les

Hoche, les Vandamme, les Souliam, et où vinrent 5 ensevelir à jamais les hommes poussés par les îirconslanccs, et remplaçant le talent et les qaaliés du chef par un sanculolisine (qu'on nous passe e mot) qui se traduisait uniquement en violence ^t en une ignorance absolue.

A cette époque, si les souverains alliés avaient oulu se donner la peine de se rendre compte de a situation et de Tétat d'effervescence du pays [u'ils cherchaient à envahir, ils eussent vu que occasion avait fui pour eux, parce qu'ils n'avaient tas su en profiter. Ils auraient arboré une poUtiue plus sage, reconnu la RépubUque française et ffertla paix. C'était peut-être le meilleur moyen de ulbuter le gouvernement tyrannique, en quelque orte excusé et consenti par la nation, parce que 3s moyens violents pouvaient seuls, alors, sauver indépendance du pays. Il eût bien fallu revenir à e modérantisme dont le nom seul était un objet 'horreur pour les clubs qui menaient les masses, -a nation française ne se fût pas longtemps soufiise à un joug odieux devenu sans objet par uite de la conclusion de la paix. Elle eût réclamé es principes de justice qui lui sont naturels et ympathiques.

Mais, en 1794, les puissances aUiées, dirigées lar l'Angleterre, songeaient bien moins à rétabUr 3s rois légitimes sur le trône de France qu'à faire ne guerre de conquête. S'il en eut été autrement, i leurs motifs eussent été purs et avouables, les

souverains auraient-ils retenu sur les bords du Rhin les corps d'émigrés ? Ne les auraient-ils pas dirigés sur la Vendée alors en feu? Auraienl-ils laissé arborer le pavillon anglaisou autrichien, au lieu du drapeau blanc, sur celles de nos places tombées un instant entre leurs mains ?

Les alliés avaient évidemment, pour continuer la guerre, trois raisons dans lesquelles n'entrait nullement celle du rétablissement des Bourbons :

1^ Écraser la France, d'où cherchaient à s'échapper des principes politiques en complet désaccord avec ceux du pouvoir absolu ;

2® Démembrer cette France si belle, si turbulente et si riche ;

3^ Empêcher les principes de 1789 de pénétrer dans leurs Etats.

Ils ne purent abattre la barrière que le patriotisme des armées républicaines leur opposa, mais ils furent aidés par les excès du gouvernement français. Si la République de 1793 et de 1794, au lieu d'imposer le despotisme et la tyrannie au nom de la liberté, eut opposé la liberté au despotisme, les souverains étrangers auraient eu fort à faire dans leurs propres pays pour mettre une digue aux idées nouvelles.

La Franco, au commencement de 1794, avait à lutter contre presque toutes les puissances de l'Europe. Cependant il faut reconnaître que la Prusse, soit pour amener l'Angleterre à lui fournir des subsides plus abondants, soit parce qu'elle avai

à se plaindre de l'Autriche, montrait plus de froideur et de circonspection. A cotte époque, le cabinet de Berlin avait rappelé des environs de Mayence une partie de ses troupes et donné le commandement de son armée au général de Mollendorff, peu partisan de la guerre avec la France, et qui profita du prétexte de rechange des prisonniers pour entrer en négociations avec les généraux républicains.

Si la Prusse semblait prête à s'éloigner de la coalition, FAutriche paraissait au contraire plus iisposée que jamais à continuer les hostilités et h eur donner un aliment nouveau. L'empereur se rendit de sa personne en Belgique pour activer es opérations. Cent cinquante mille Autrichiens, \nglais, Hanovriens et Hollandais, sous le comnandement du prince de Cobourg, occupaient le )avs entre la Meuse et la mer, maîtres de trois le nos places. Beaulieu, avec un corps de vingt nille hommes indépendant de la garnison de Luxembourg, couvrait le pays de la Meuse à la Moselle. Un autre corps pareil, sous Blankestein, ^'étendait, dans la direction de Mayence, entre Prèves et la Moselle. Enrm soixante-cinq mille Austro-Prussiens cantonnaient près de Mayence, nv la rive gauche du Rhin, tandis qu'un autre orps d'Autrichiens et d'émigrés français, sous le uc de Saxe-Teschen (55,000 hommes) était dans 3 Haut-Rhin, vers Baie et Meinhem.

Les forces françaises, opposées à ces trois cent

dix mille hommes pourvus d'une nombreuse cavalerie, étaient :

1* L'armée du Nord (150,000 hommes), de Maubeuge à Dunkerque ;

2* L'armée des Arclonncs (30,000 hommes), de Givet à Sedan.

Ces deux armées sous les ordres de Pichegim.

3" L'armée de la Moselle (44,000 hommes), sous Hoche, de Longwy à Bliescastel;

4' L'armée du Rhin (60,000 hommes), sous Michaud, la gauche à Kaiser-Lautern, le centre el la droite se prolongeant sur Huningue.

Vandamme, comme on Ta vu, commandait une brigade de la deuxième division (d'abord Ferrand, puis bientôt après division Moreau) de l'armée du Nord. Il avait son quartier général à Hazebrouck, et ses avant-postes le long.de la frontière, dans la direction de Sleenvoorde.

Les premier mois de 1794 se passèrent sans que l'ennemi fit aucune opération sérieuse de ce côté. L'armée du Nord, occupée de l'instruction des nombreuses recrues qu'elle avait reçues , et qui avait renforcé ses cadres de six à sept cents hommes par bataillon, n'entreprit que quelques opérations de détail propres à aguerrir ses jeunes soldats.

Vandamme profita de ce repos momentané pour lâcher d'établir de l'ordre dans sa brigade, et pour assurer l'habillement, l'armement et l'équipement des troupes. Tous les dix jours, des changements

i opéraient régulièrement dans les cantonnenoiUs. Vers le commencement d'avril, le quaricr général de la brigade fut établi à Steenvoorde.

Deux petites attaques furent faites pour éprouer les bataillons et apprécier leur vigueur. La •remière eut pour but Tenlèvement des postes enlemis de Saint-Jean de Biezen et celui de Wesoutre. Une marche de nuit, faite avec beaucoup ordre et dans le plus grand silence, porta Tinfan- Brie légère et quelques compagnies de grenadiers ur les postes ennemis, maison les trouva repliés. Jne chaîne de vedettes, étabhe en avant de Wesoutre, fit penser que Topération avait été éventée.

La seconde opération fut une attaque dirigée ;ur Poperinghue, petite ville située entre Steenvoorde et Ypres. On voulait enlever la découverte iirigée chaque malin sur TAbeele. L'ennemi ne se laissa pas entamer, il se replia sur Poperinghue, ^ans vouloir s'engager. Les troupes de Vandamme marchèrent hardiment sur cette position, dentelles s'emparèrent. Elles reçurent ensuite Tordre de rentrer dans leurs cantonnements, ce qu'elles 'irent sans se laisser entamer, quoique suivies jusqu'à l'Abeele par les forces sorties d'Ypres pour secourir la garnison de Poperinghue.

Le 27 février, une dénonciation contre Vandamme fut adressée au général Moreau par une société populaire de Cassel. Mais avant que de 'aire connaître ce document et la suite qui y fut lonnée, nous voulons mettre sous les yeux du lec-

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leur quelques lettres curieuses écrites par Vandammo ou à Vandamme.

VANDAMME A MOUEAU (1).

1" janvier 1194.

« Quelle race maudite que celle des commissaires de guerre ! il faudrait en guillotiner les trois quarts pour que l'autre quart fasse son devoir. Je n'ose plus me présenter devant les bataillons; le? soldats ne font, à juste raison, que de me demander du pain mangeable ; celui qu'on leur donne, depuis quinze jours, est un poison ; il est entièrement moisi ; celui distribué hier est affreux, c'est une infection, et si le soldat le mangeait, il serait empoisonné ; j'en ai donné à Real, afin qu il aille à Ostende trouver le commissaire ordonnateur Lefort, pour lui en demander d'autre ; point encore de nouvelles. Il faut cependant prendre un parti. Le soldat est souffrant et demande à grands cris du pain, tu es trop son ami pour ne pas venir à son secours. »

MORFAU A VANDAMME.

18 janvier 179i.

« Ayant eu des renseignements certains, citoyen, que l'ennemi étoit instruit de ce que nous faisions par les correspondances que d'infâmes habilanls de la France entretiennent avec eux, et dont les

(1) Morcau, naguère encore sous les ordres do Vandamme comme chef du batainon d'Ulc-et- Vilaine, puis chef de bri^j'ado. était devenu tout à coup général de division.

paysans limitrophes sont les agens infernaux, je vous prie très- expressément d'employer tous les moyens qui sont en vous pour déjouer ces manœuvres en empéchanttous les individus quelconques de passer d'une frontière à rautre. Les moyens militaires sont les patrouilles fréquentes sur la ligne avec l'arrestation subite de toute personne qui tenterait le passage. Les moyens civils que la loi autorise sont les visites domiciliaires que vous requerrerez souvent des municipalités frontières, dans les fermes, hameaux et villages qui bordent la ligne. « Vous me rendrez compte de Tinsouciance ou mauvaise volonté que plusieurs municipaUtés pourroient apporter à Texécution de ces mesures salutaires, afin que sur le champ je puisse en prévenir les administrations supérieures. Une indigne perfidie, bien digne de nos ennemis, est celle qu'ils employent pour faire passer en France quantité d'assignats faux fabriqués à Londres et qu'ils cherchent ■i répandre en France au moyen des mêmes paysans. Je vous recommande donc de mettre toute l'activité et de faire usage des pouvoirs que la loi te îonfie, pour empêcher la circulation sur notre territoire de ces faux assignats. »

MORE AU A VANDAMME

20 janvier 1794.

« Tu voudras bien, citoyen, donner les ordres les dIqs précis à tous tes commandants d'avant-postes 3t à tous les gendarmes qui sont sous tes ordres, de

faire les perquisitions les plus exactes pour arréler le nommé Hanoir, d'un village, à un quart de lieue d'Aire, âgé d'environ 21 à 22 ans, taille de 5 pieds quatre pouces, cheveux châtains, marqué de pelile vérole, coloré, le nez large et long. Ce scélérat émigré et servant dans la légion de la Châtre, fait de fréquents voyages en France où il recrute principalement dans les nouvelles réquisitions, il ne marche que la nuit et passe ordinairement par Ypres.

« Tu trouveras cy joint un billet doux à Real que tu avois remis au sergent du 24® régiment par mégarde. •

VANDAMME A MOHEAU.

24 janvier 1794.

« Je t'envoie ci-joint deux lettres que je viens de recevoir de Bruges et Ostende. Tu verras par celle d'Ostendo que l'ennemi se dispose à faire embarquer dans ce port, pour l'Angleterre, 2,000 hommes de toute nation, excepté les Anglais; il est constant d'après cela que le ministère craint que la révolution fomentée depuis longtemps n'éclate et que, pour empêcher ([ue les troupes anglaises sentant, comme les Français , qu'il vant mieux servir la cause du peuple que celle des rois, ne mettent bas les armes à la vue de leurs frères gémissant sous la verge de leurs tyrans et demandant la hberté, il y envoie des étrangers (1). •

(Suit le détail des forces de l'ennemi.)

(1) On voit quelles étaient les illusions politiques des jeunes généraux républicains de cette époque.

VANDAMME A MOHEAU.

26 janvier 1194.

' Les chasseurs braconniers de Boeschepe, 2:énéral, viennent encore de foutre le bal aux iBlellltes qui étaient cantonnés à Westoutre. Ils euront fait cette nuit danser une jolie carnialuole ; voici les détails :

« Hier soir, à 8 heures, le capitaine Dérike était ci avec moi, il partit à 9 heures pour se rendre à loeschepe, je lui dis de profiter du mauvais temps lour aller enlever le poste de Westoutre. Aussitôt on arrivée, il prépara son monde, et il partit de oime heure , les chasseurs égorgèrent les deux entinelles et ensuite ils fondirent dans les logeleuts, ils tuèrent vingt esclaves, le reste se sauva n désordre; ils ne purent qu'en attrapper un qui été ammené ici. Nous n'avons perdu persoime et ous n'avons eu qu'un homme blessé très-légèrelent à la main. Les chasseurs prirent plusieurs isils et une vingtaine de sacs que je leur ai lais- 3s ; ils prirent aussi un cheval d'un hussard qu'ils lèrent ; Dérike qui n'en a point, m'a demandé de garder, je lui ai accordé. »

VANDAMME A MOREAU

15 février [19 \,

« J'ai obtenu du Représentant du peuple Floîut-Guiot, un arrêté par lequel il permet aux lasseurs braconniers de se former en bataillon

sous le nom dé chasseurs tirailleurs ; je suis chargé de rexécution du présent arrêté. Le citoyen Piolaine a été destitué de sa place de chef du 2® bataillon d'IUe cl Vilaine ; on le remplace aujourd'hui d'après Tordre du représentant du peuple. J'ai obtenu du roi)résentant du peuple la nomination de Séron au grade d'adjudant général, rarrétc porte qu'il écrira de suite au ministère pour recevoir de lui son brevet. •

VANDAMMK A MOHEAL.

IG féviioi- 1194.

« Je suis allé aujourd'hui à Steenvoorde, Saint- Laurent et Winezéele ; j'ai appris par des habitants de Watouc qu'ils font leur possible pour nous procurer des grains et des bestiaux. Ils ont refusé de s'armer contre nous malgré les terribles menaces des habitants et du commandant de Poperinglme. Ces gens, quoique nos ennemis, méritent des considérations. Ils se plaignent des troupes d'Houterecke, malgré qu'elles ne leur fassent point autant de mal que celles qu'elles ont relevées. Je te prie donc de donner les ordres les plus sévères afin que CCS gens soient tranquilles dans leurs foyers, puisqu'ils font tout ce ({u'ils peuvent pour nous contenter, malgré noire conduite précédente. Tu sens combien il est intéressant d'avoir ces habitants pour nous. Je te prierai de donner ordre à l'ingénieur de se rendre àHazebrouck demain parce que j'ai besoin de causer avec lui relativement

aux fortifications non achevées de Steenvoorde. Je vais requérir Tadministralion du district de me fournir du monde pour perfectionner les ouvrages de défense de mes avant-postes. Tu sais que la saison approche où les petites attaques de postes vont commencer; c'est pourquoi, je veux que ma première ligne soit en bon état. Je te conseille de faire achever Touvrage que tu as fait commencer à Houtcrecke.

« J'ai été étonné de recevoir aujourd'hui les japiers-nouvelles sans recevoir d'ordre; j'ai peur jue le hussard qui était soûl ne l'ait perdu. 11 n'y i rien de plus étonnant que de voir un temps pré- ;ieux s'écouler sans que nos bataillons se complôent. Remue donc ciel et terre pour parvenir à ce complément. »

MOHEAU A VANDAMME.

17 février 1794.

ri'',

Tu voudras bien faire passer de suite, au quaricr général de Cassel, conformément à l'ordre du ÎO et ^1 pluviôse, la hste des ex-nobles qui se rouvent dans la.brigade que tu commandes. »

VANDAMME A MOREAU

21 février 1704.

« Pape (1) vient enfin d'arriver, parce que je l'ai nvoyé chercher, sans cela il n'aurait jamais osé

(1) Pape était un espion intelligent employé par Vandainme.

venir, il me croyait en arrestation et devant êlrc bientôt guillotiné , suivant les discours des administrateurs du district de Bergues (1). Ces derniers Tont fait mettre en prison, sa femme et son enfant ; ils ont force ce dernier de leur dire le nom de mon correspondant de Bruges ; ils ont défendu à Pape d'aller jamais y porter mes lettres sous peine de la guillotine. L'enfant a été aussi battu par les soldats aux ordres de Ganier, et en a été indignement traité et reçu plusieurs coups de sabre ; il n'est pas enfin d'indignités qui ne leur aient été faites ; on ne peut y voir que trahison. Dans tous les cas ils doivent être punis. Je te les dénonce et te prie d'écrire au Comité de salut public à cet égard. Je te prie aussi de défendre fortement à Gigaux et Ganier d'arrêter aucune personne qui serait munie d'une permission signée de moi et revêtue de mon cachet ; je pense qu'ils sont hgués ensemble pour arrêter ma correspondance; plusieurs fois déjà ils ont arrêté Pape.

« Je ne puis te donner des nouvelles de Bniges, Pape n'y a pas envoyé par crainte d'être encore arrêté et parce (|u'il croyait que j'étais en arrestation, mais aussitôt que l'exprès que je lui ai envoyé est arrivé, il a fait partir une personne pour Bruges ; elle n'en reviendra que dans trois à quatre jours. »

(1) A la suite de la dénouciutiou de la société populaire de Cassai.

II REPRÉSENTANT DU PEUPLE PRES l'aRMÉE DU NORD

A VANDAMME

27 février 179i.

« Je le remercie, citoyen général, de la place de capitaine que tu viens d'accorder au citoyen dont je l'ai parlé. C'est un chaud et pur patriote qui se bal aussi bien qu'il molione, et je veux que dans un mois tu me remercies à ton tour de t'avoir procuré un brave homme de plus. Il partira le 11, lendemain de la décade, et tu en jugeras par toimême (1). »

Revenons maintenant à la dénonciation portée contre Vandamme.

Voici la pièce qui fut envoyée au général Moreau; nous n'en modifions ni le style ni l'orthographe :

<^S6el, le 9 ventôse 2« de la République, 27 février 1794, une indivisible et impensable.

Lu Société Populaires et Montagnard de Cassel Hfi citoyen Moreau, g é né val de division^ à Cassel.

Nous te faisons passer ci-joint une copie d'une dénonciation dirigé contre le général Wendamme ; il est important que tu la connoisse afin que tu prenne à cet égard les mesures que le prôcrira

(!) On voit quel était a cette époque le peu d'ordre et de hiérarchie existant dans Farmée, puisqu'il étai facultatif à un simple général de brigade de donner un brevet de capitaino à ou individu qui lui était recommandé.

sa nature; il sera peut-être nécessaire que tu agiss rigoureusement envers lui.

NiORÉ (président); Lemaitre (se cré taire); Moussette (secrétaire

« L anjsecond de la République française une ( indivisible, comme il importe pour Tintéret de 1 République , que les généraux ne s'arrogent pa des droits qui n appartiennent qu'au glaive de 1 Loi; je vais ici, en vrai Sans-Culotte, rendi compte d'un calaslrofe qui m'est arrivé sur 1 route de Gassel à Bailleul ; arrivé aux environs d Grand-Bruxelles, j'apperçus venir le général Van dame accompagné de son pure et son escorte; j me suis dérangé du pavé pour lui laisser un libi passage, étant à une portée de fusil de moi, il s retourne avec vivacité, et me dit (sans cependai que je lui ai parlé) : il me semble que tu fass mépris de moi, je lui répondis en vrai républicai que je n'avais jamais manqué à aucun do me chefs et que je serais fâché de commencer par lui c'est alors que la colère s'est emparé de lui, il m dit d'un ton qui n'appartient qu'aux despotes tais-toi, bougre, et mettant la main sur la poigne de son sabre, si tu ne te tais je te coupe le col je lui répondis sans rien craindre, que ce n'étoi pas à un vrai défenseur de la Liberté qu'il falloi couper le col , mais bien aux tirans. Il me dit ei se retirant, si tu ne me connois pas, tu appren dras à me connoitre. Comme je ne veux rien avoj:

sur moi, j'invite les vrais Sans-Guiotles de la Société de Montagnards de Cassel de prendre cette affaire en considération, et de poursuivre avec chaleur le coupable.

Les témoins entendus.

« Elionnct, sous-oflîcicr conduisant le détachement marchant à une portée de fusil, déclare avoir vu le général Vandame retourner sur ses pas ayant la main sur la monture de son sabre et disant au dénonciateur : Tu es la cause de bien des affaires qui se sont passées à Cassel.

Lcloup a déclaré avoir vu retourner le général, i^l de lui avoir entendu dire qu'il méritait qu'il lui coupa la tôte.

La citoycuno Etiennet qui était sur la voiture a la même déposition à faire.

Fait à Bailleul le quatre ventôse 2® année républicaine et sans tirans.

Le dit dénonciateur déclare ne savoir signer et leux secrétaires de la société Tattestent.

« La Société populaire de Cassel avait envoyé, Taprùs l'invitation de celle de Stenwoorde, deux commissaires pour assister à leur réinstallation; se présentant à la Société où Vandame était, et présentant au président l'extrait du procès-verbal lela séance (juiles nommait, en conséquence, Vanrlame prit la parole et dit que si il fesoit son devoir, il devait mettre les commissaires en prison, vu qu'ils ne devaient point aller munis d'un pouvoir. »

Moreau, dont Vandamme était l'ami et qui estimait les talents de son général de brigade, ne donna aucune suite à cette dénonciation; mais dans le pays, on crut quelque temps à la destitution et même à F arrestation du général. On a vu par une de ses lettres les mauvais traitements qu'on fit éprouver à des gens qui lui étaient dévoués.

Le 14 fé\Tier, le général Ferrand, qui commandait momentanément l'armée du Nord, avait élc remplacé par Pichegru.

Pour contre-balancer les mauvaises impressions que, dans ces temps si difficiles, une dénonciation populaire pouvait laisser dans l'esprit du Gouvernement et des représentants détachés près des armées, Vandamme, au moment où il quitta Hazebrouck, le 11 mars 1794, obtint des magistrats de la ville la déclaration, ou, si l'on veut, le certiâcat ci-dessous :

■ Les administrateurs composant le conseil général d'Hazebrouck certifient à tous ceux qu'il appartiendra, que pendant tout le temps que leur concitoyen Vandamme a tenu son quartier général à Hazebrouck, il a constamment déploie le caractère d'un vrai républicain et d'un général citoyen, tant par Tordre et la discipline qu'il a fait observer aux troupes sous ses ordres, par sa sollicitude afin de pourvoir à leurs besoins, que par le patriotisme le plus pur dont il leur a toujours donné l'exemple, et qu'il s est attaché d'entretenir parmi eux en toute ocoosion, tant par ses discours que par se§

actions, ce que nous avons également remarqué dans tous les rapports que nous avons eus avec ledit général depuis son sc\jour dans Tarrondissement de ce district.

« En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour semr et valoir ainsi que de raison, en notre séance publique du Directoire du 21 ventôse, l'an 2 de la République, une et indivisible.

(Suivent les signatures.)

Un mois plus tard, l'ennemi fournit à Vandamme Toccasion de donner une preuve plus éclatante de son dévouement à la République.

Les généraux de la coalition n'avaient pas encore songé à Pichegru pour lui proposer de trahir la République.

On crut probablement au camp du prince de Cobourg que l'on séduirait facilement Vandamme. On savait ce général très-redouté des clubs montagnards de Gassel et du pays, à cause de l'énergie de son caractère. On jeta donc les yeux sur lui pour rengager à passer avec ses troupes dans les rangs de la coalition.

Vandamme, franchement républicain et incapable de se laisser aller à une action- de cette nature, indigné qu'on osât lui proposer de se vendre, fit passer à Moreau, qui les transmit à Pichegru, son général en chef, les lettres envoyées de l'armée ennemie. Pichegi*u les expédia aux représentants du peuple, et le Comité de salut

public 8'empressa de féliciter Vandamme. Voie; les documents qui concernent cQtte affaire.

Propositions faites au général Vandamme.

« Au moment où les armées formidables des puissances alliées, vont se présenter et s'avancer pour éteindre à jamais l'anarchie qui désole la France, elles engagent le général Vandamme à ne point faire une résistance opiniâtre aux forces qui sont en ce moment en pouvoir de l'anéantir à jamais ; il est au contraire assuré de la bienveillance de nos généraux, s'il veut acquiescer à noire demande.

« On lui assure une sauvegarde, sa sûreté peifeonnelle, deux cent quarante mille livres, et le prix de toute l'artillerie qu'il pourra passer avec lui el son armée. On désire pour cela, s'il est à même de le faire (nous ne doutons point du désir qu'il a de participer au bonheur de la France), de nous faire passer son plan; les moyens qu'il se propose de prendre pour faire réussir ce projet ; on désire qu'il y participe de suite et on lui indiquera aussitôt les siiretés nécessaires pour y réussir. D'ailleurs sa façon honnête de penser devient suspecte à la Convention ; et c'est sa manière d'agir qui nous engage à lui en faire de suite la proposition. Ne doutant donc point qu'il n'accepte nos justes propositions, nous l'engageons de suite à nous adresser son plan, à Ypres à l'adresse de Lord Twedei, jf n^4650, rue de Beurre.

DeuxiAme lettre au r/éneral Vamlamme,

General, ceci n'est pas une plaisanterie ; si vous adhérez à ces propositions, Ton vous fera passer un acte de sûreté de votre existence ainsi qu'à celle (le vos troupes. Vous ne serez pas regardé comme prisonnier de guerre, mais comme le bienfaiteur de la Flandre française ; vous aurez votre liberté, même si vous le voulez vous aurez des gardes pour v^otre sûreté, et une somme de deux cent quarante mille livres de France, et même payé vos canons 3t bagages , etc. Si vous acceptez ces propositions, envoyez aussitôt votre plan, s'il vous est possible, à Ypres, par un de vos espions , chez Twedce, rue au Beurre, n"^ 1650. La personne que /ous enverrez sera conduite à la grand'garde, iites-lui qu'elle demande à remettre ce paquet )lle-méme. Si vous cloutez de ces propositions )n vous fera passer un traité, muni de la signaurc de Son Altesse rovale le duc d'York et du Drince de Cobourg ; on vous laissera avancer du îôtc que vous croirez réussir le mieux.

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