‹ Le général Vandamme (volume 2)Chapitre 37 sur 43 · LE GREFFIER DE VIEUX-BRISACH AU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

LE GREFFIER DE VIEUX-BRISACH AU DIRECTOIRE

« 23 avril 1799.

« Citoyens législateurs , pardonnez si du sein de la misère j'ose vous adresser la présente : l'amitié que vous avez toujours témoigné à ma mère et à moi m'inspire le courage de vous faire le portrait de la calamité qui m'environne depuis près d'un mois. Vous n'ignorez point san^ doute la retraite que le général Férino fit de la forêt Noire par notre ville ; depuis ce jour firent construire et démolir par trois reprises le pont dont ils s'étaient servis pour leur passage ; chaque fois ils nous jetèrent une armée de 5 à 6,000 hommes sur le corps, et chaque fois, ils commencèrent à fortifier la ville comme tète de pont ; la première fois , nous n'avions qu'un commandant de place qui, outre sa table et celle de son bureau, nous coûta, tant pour ses petits besoins que pour acheter ses bonnes grâces, une somme considérable. Une autre fois , ce fut le corps du général Vandamme qui, avec trois autres généraux de brigade, Jardon, DecaenetDesenfans et plusieurs bureaux y restèrent ainsi que toute la troupe d'environ 5 à 6,000 hommes quatre à cinq jours aux

dépens de la malheureuse ville et de ses environs d'une lieue à la ronde. Dès le premier jour, je perdis moi seul tout mon fourrage, bois, grain, farine, vin, paille, volailles, bétail, chariots, et la plupart des meubles. Vous pouvez juger par moi, citoyens législateurs,ledégâtqtiicetteannéedoitavoir été fait chez les autres. Non content d'avoir tout consommé, le général Vandamme qui avait déjà fait des réquisitions de vin, de poules, de porcs et de veaux, et qui avait ordonné d'habiller de neuf le commandant de place et son adjudant, demanda, au moment de son départ, au magistrat, de lui fournir, dans cinq minutes, un baril de vin, un porc, de la volaille, de la cannelle, du sucre, du vin muscat et quinze louis en argent ; un moment après, un autre général demanda encore douze louis, menaçant tous de faire piller et brûler à Tinstant, si on n'y satisfaisait, le peu de maisons qui nous restent de Tincendie de 1793. On fit une quête à laquelle contribuèrent même les plus pauvres, vu que la ville elle-même n'a plus de revenus* depuis la guerre. Après que ce corps se fut ainsi retiré, un autre, sous les ordres de l'adjudant général Debilly revint à la charge le 26 germinal, et comme la troupe n'a ni tentes, ni bois de chauffage, ni légumes, ni sel... etc., elle se saisit de tout ce qui lui était à portée, la charpente des maisons, les planches, les portés, fenêtres, meubles de bois, etc...... Tout enfin ftlt

emporté, le vin, les légumes, les provisions .de bouche et tout ce qui se trouva près du catpp,

jusqu'aux arbres fniitiere, de façon que dan» peu la plupart des liabilants sera forcée de quitter ses demeui-es et d'aller mendier son pain en Alsace, rentrée du Brisgau leur étant fermée à cause du voisinage de Tennemi, d'où il résulte aussi que nous ne pouvons plus cultiver nos champs, et que nos bestiaux meurent de faim, personne n'ayant plus le moyen de gagner sa vie, et au moment où j'ai riionneur de vous écrire, trois mille paysans d'Alsace travaillent à la fortification de cotte malheureuse cité. Nous sommes tous les bras croisés, les visages pâles et tremblants ; les marchands, les cabaretiers, et tous ceux qui se nourrissent de leur trafic ne peuvent ouvrir leurs boutiques parce le soldat ne paye pas ; i)ersonne enfin ne sait d'où prendre de quoi sustenter sa famille. Je laisse à votre humanité, citoyens législateurs, de juger si une ville ruinée par le bombardement de 179?1, toujours amie des Français, alliée par le sang el les possessions foncières à l'Alsace, persécuté; du lirisgau même par rapport à cette connexion devrait être traitée de celte manière? Il est vra qu'au moment actuel la République française fournit le pain, la viande et l'eau- de-vie au soldat mais le bois, les légumes, le sel et mille autrei besoins forcent le soldat de prendre aux pauvreî habitants le reste de sa subsistance, et la pauvre ville est controinle de fournir encore la table di général et plusieurs articles aux autres officiers. • FA si dans le temple de l'honneur et du méril*

OÙ vos concitoyens vous ont placé, le portrait de la misôre de près de trois mille âmes appauvries par 1 le feu de 1793 et par lo fléau de la guerre actuelle t. touche vos âmes sensibles et compatissantes , t veuillez alors, généreux citoyens, qui avez une % gi-ande partie du gouvernement français entre vos 5 mains, veuillez, oublier un seul instant Tintérét 5 des grandes nations de l'Europe qui vous occupe,

< pour trouver, par votre sagesse, quelque moyen

. convenable et propre à adoucir le sort pitoyable de la commune du Vieux-Brisach, qui est perdue, à jamais sans votre secours.

« J'ai pris domicile chez ma mère, à Golmar. »

Toutes ces pièces, toutes ces dénonciations envoyéeè d'abord au Directoire, renvoyées parle Directoire à Jourdan, aboutirent à cette déclaration formelle de ce dernier aux membres du gouvernement :

« 25 avril 1799.

« Citoyens Directeurs, le général Vandamme a été en effet accusé d'avoir levé des contributions particulières; mais ceux qui me l'ont dénoncé n'ont pas pu me donner de preuves. Je n'ai pu, conséquemment, faire des poursuites. Il est certain que ce général n'a rien versé dans la caisse des agents civils de l'armée. »

Toutefois, les plaintes avaient été si violentes et si souvent réitérées contre Vandamme, que le Directoire, malgré la déclaration de Jourdan, crut

devoir saisir le nouveau général en chef Masséna de cette affaire.

Ce dernier écrivit le 27 avril à Vandamme :

« Je vous fais passer, général, la note originale qui accompagnait la lettre du Directoire exécutif, relativement aux plaintes qui lui ont été portées sur ce qui s'est passé sur la rive droite du Rhin. Je vous aurais communiqué cette note si j'en eusse pris lecture lorsque jlétais chez vous. Vous me la renverrez de suite avec vos observations. »

Vandamme renvoya en effet cette note avec ses observations , et il y avait Heu de croire que les choses en resteraient là; mais bientôt Masséna reçut du ministre de la guerre Tordre suivant, daté du 7 mai 1799 :

« Vous trouverez ci-joint, citoyen général, copie de Tarrcté du Directoire exécutif, qui ordonne que le général Vandamme, prévenu d'avoir imposé à son profit des contributions particuhères et d'avoir exercé et toléré des déprédations, concussions et exactions, sera traduit devant un conseil de guerre pour y être jugé conformément aux lois. Vous voudrez bien donner les ordres nécessaires pour l'exécution de cette mesure et vous conformer pour la composition du conseil de guerre qui devra juger le général Vandamme, aux dispositions de la loi du 4 fructidor an v. »

Cette lettre et l'arrêté ci-dessous étaient dus principalement à une note ci-dessous du ministre

de France à Stuttgard, qu'on lira à la suite de l'arrêté :

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