ARRÊTÉ DU 7 MAI
« Le Directoire exécutif, vu la note officielle remise par le ministre des affaires étrangères à S. A. S. le duc de Wurtemberg, le 6 germinal de cette année ;
« Une lettre du citoyen Roberjot, ministre plénipotentiaire au congrès de Rastadt, en date du 28 germinal ;
« Une autre lettre du général Jourdan du 6 de ce mois et autres pièces ;
« Considérant que le général Vandamme est prévenu d'avoir imposé à son profit des contributions particulières, et d'avoir exercé et toléré des déprédations , concussions et exactions de touteespèce dans les lieux où il a commandé,
• Arrête ce qui suit :
« Le général de division Vandamme sera traduit devant un conseil de guerre, pour y être jugé conformément aux lois.
« Le présent arrêté ne sera pas imprimé; le ministre de la guerre est chargé de son exécution. »
TROl-N'K, MINISTRE PRKS LE DUC DE WURTEMP.KR'^., AU MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES TVL- LEYRWn.
« Paris, â mai 1^99.
« Citoyen ministre , j'ai l'honneur de vous envoyer les réclamations qui m'avaient clé adressée? à SUillgaid, par le minisire du duc, contre la conduite du général Vandamme. Comme les vexalioii> dont on se plaint avaient été commises presque au même moment que Tarmée française fut forcée de se retirer de la Souabe, je le dénonçai au général en chef Jourdan, mais sans lui faire pa^\•eni^ce^ pièces, que je me réser%ais de vous faire connaître à la première occ^asion. Je profite donc avec empressement de celle que vous m'offrez aujourd'hui, pour vous dire combien des turpitudes de ce genre nous ont fait d'ennemis dans un pays oi Ton ne se souvenait que des oppressions exercées par les Autrichiens deux ans auparavant, et des bons procédés des généraux Moreau et Sainl-CîT. Encore dans cette campagne, ce dernier s'était de nouveau concilié l'estime et la confiance des halitants du Wurtemberg; mais cette bonne conduite, les a^^surances données par le général Jourdan, celles que j'avais réitérée? au nom du Directoire exécutif, tout s'est trouvé bientôt effacé par linimoralilé du général Vandamme^our sentir à quel point cette immoralité est impolilique, il faut se
rappeler que la ville de Tubingen est la seule université de Wurtemberg, qu'elle possède beaucoup d'bommes éclairés, beaucoup d'amis de la philosophie et de la liberté. J'ai vu quelques-uns de ces hommes intéressants, ulcérés contre des actes qui prouvent si peu de républicanisme. Il faut se rappeler encore que le prince de Hechîngen, l'un des plus vexés de ces réclamants, est parent du roi de Prusse ; que le général Jourdan lui avait envoyé une sauvegarde, ce qui a été imprimé dans tous les journaux d'Allemagne , et qui ensuite n'a servi qu'à faire douter de notre fidélité à tenir notre parole.
• Le général Vandamme n'ignorait point les plaintes qu'il avait excitées , et il avait fait à cet égard les plus terribles menaces contre ceux qui oseraient les faire éclater. Aussi était-il parvenu à effrayer tellement ce prince de Heohingen, qu'un jour me trouvant chez le ministre de Prusse, lorsqu'il y vint, il crut que j'étais là pour le faire arrêter; mes politesses ne le rassurèrent pas; il n*osa point coucher chez lui, et le lendemain il quitta Stutlgard avec précipitation.
n J'ai vu, citoyen ministre, qu'il serait bien facile de faire estimer et chérir notre gouvernement dans tous les pays, et surtout en Allemagne, lors^ qu'on veut se conduire avec loyauté , modération et p^'obité. Mais une conduile opposée détruit ra-» pidement ces bons effets, et ç*e&t alors que les ha-« bitanta de^ campagnes^ regardant les Prançaisi
comme leurs ennemis, assassinent nos généreux soldats pour les fautes de deux ou trois chefs insatiables et déhontés.
« Je joins ici la traduction d*un paragraphe d'une excellente gazette qui s'imprime à Stuttgard et que rédige un des meilleurs esprits que j'aie rencontré dans cette ville, et l'un de nos plus véritables amis. Vous y verrez le relevé des contributions privées imposées par le général Vandamme. Ce tableau ne fera que confirmer les réflexions que je me suis permises dans cette lettre. »
A cette lettre se trouve jointe la note que nous avons donnée plus haut des exactions prétendues de Vandamme, laquelle note avait pour tout fondement un article d'un journal allemand^ article adopté comme authentique, comme ofTiciel, par le ministre de France à Stuttgard.
On verra plus loin comment, dans son mémoire fort bien raisonné, Vandamme se disculpe de tous les faits qui ne] semblent avoir rien de positif.
Maintenant, est-il impossible que Vandamme, aussi bien que les autres généraux de cette armée et des autres armées de cette époque, aient levé pour faire vivre leurs troupes des contributions ; qu'ils aient même employé la menace pour obtenir des vivres pour les hommes, des fourrages pour les chevaux? c'est ce que nous n'oserions affirmer. Le premier soin d'im chef, en campagne, n'est-il
pas de faire vivre par tous les moyens en son pouvoir ceux qui sont sous ses ordres? Or l'on sait bien qu'à cette époque, le gouvernement ne donnait souvent ni vivres, ni fourrages, ni argent. On allait donc au plus pressé.
Voilà ce qui nous parait expliquer les plaintes
des communes toujours disposées à croire et encore
plus à dire que les contributions exigées étaient
' faites au profit des généraux et officiers qui doii-
naient l'ordre de les lever.