DU GÉNÉRAL DE DIVISION VANDAMME
« S'il était nécessaire de prouver de nouveau cju'il y a eu, au commencement de la campagne le Tan vu (1799), un système complet de désorganisation de larmée française, qu'un des moyens le désorganisation sur lequel comptaient les traîtres qui voulaient livrer la patrie à la guerre civile et à l'étranger, était l'avilissement des généraux et leur mise en jugement, mon mémoire pourrait fournir quelques paragraphes concluants à ce chapitre fameux.
« J'ai été accusé par un Directoire dont la majorité des membres est, en ce moment, poursuivie par l'opinion publique ; dont la majorité des membres est présentée à la tribune du corps législatif sous les rapports les plus odieux et les plus vraisemblables de haute trahison, d'arbitraire, de tyrannie. Je pourrais, en versant sur ces hommes maintenant démasqués le blâme et le reproche, essayer la moyen ordinairement employé de la ré-
crimination ; je n'en ferai rien : la loi et ses ministres sont là; c'est à elle seule, c'est à eux à accuser, à convaincre et à punir les traîtres. Moi, je veux que ma justification soit directe, et étrangère aux circonstances environnantes ; je veux que ma justification ne soit établie que sur mon innocence personnelle bien démontrée, sur des faits simples et clairement énoncés.
« Un arrêté du Directoire, en date du 8 floréal, an vil (27 avril 1799), m'accuse « d'avoir imposé, « à mon profit, des contributions particulières; • d'avoir exercé et toléré des déprédations, con- « eussions et exactions dans le pays dé la rive « droite du Rhin, où j'ai commandé à l'ouverture « de la campagne de l'armée du Danube. • Le délit qui m'est imputé est grave, sans doute; les faits à l'appui seront précisés et appuyés sur une évidence légale et satisfaisante. Ici j'appelle l'attention particulière de mes frères d'armes et des amis sincères des lois et de la liberté ; c'est à eux seuls quej'adresse ma justification: après le bonheur général de mon pays, la gloire de ses armes et l'affermissement de la République, leur estime a toujours été ma plus douce récompense et ma seule ambition; qu'ils jugent si j'ai mérité de la perdre.
• J'ai attendu à Strasbourg, pendant deux mois d'inaction, que la procédure dirigée contre moi fût complètement instruite. Le rapporteur a employé, pour arriver à la découverte de la vérité, tous les moyens que la sévérité de ses fonctions et
les apparences lui indiquaient. Enfin, le conseil qui devait prononcer allait être convoqué, lorsqu'un arrêté du Directoire, en date du 54 messidor, an vn (12 juillet 1799), a ordonné au rapporteur l'envoi des pièces au ministre de la guerre, chargé d'entendre mes moyens de justification et d'en faire un rapport.
« Il m'est doue refusé d'être jugé par mes pairs! Mon innocence ne sera donc point proclamée en présence des témoins nombreux de ma conduite! Si mon respect pour le Directoire , et les motifs honorables qui ont dicté ce dernier arrêté, ne me faisaient pas de l'obéissance un devoir, j'aurais rejeté cette espèce de faveur; je n'en avais pas besoin : la sévérité des formes légales n'effraye que le coupable ; elle tourne au profit, elle assure le triomphe de Thonnête homme faussement inculpé.
« En obéissant au Directoire qui, dans la prévention bien établie de mon innocence, se réserve d'être mon seul juge, je ne négligerai rien de ce qui peut donner à ma justification toute la publicité convenable. Que le Directoire régénéré répare seul l'injustice et la malveillance de ses prédécesseurs; qu'il proclame seul ma réintégration, j'y consens, puisqu'il l'ordonne; mais je veux, je dois établir ma justification aux yeux de tous ceux auxquels mon accusation est parvenue. Je les invite, je les somme, au nom de l'honneur, de me lire, de m'entendre. Un officier général qui, depuis huit ans, a contribué efficacement aux Iriom-
phes des armées françaises, a bien le droit, lorsque sa réputation est attaquée, d'exiger l'attention de tous les Français, pour lesquels la chose publique, la patrie, la justice ne sont pas de vains mots.
« Si, comme je le voulais, je ne suis pas jugé par un conseil de guerre, au moins aurai-je la satisfaction de publier ma justification dans un état aussi complet, aussi développé qu'elle aurait pu l'être par-devant lui. Lorsque l'arrêté du 24 messidor (12 juillet), reçu seulement à Strasbourg par le rapporteur le 3 thermidor (21 juillet), est intervenu, la procédure dirigée contre moi était entièrement instruite; toutes les informations possibles à l'appui des faits reprochés avaient été soigneusement recueillies. L'instruction ayant été complète et sévère, ma justification aura tous les développements désirables.
« Pour être lu, il faut être court. Tout ce qui ne sera pas fait prouvé, principe incontestable, sera par moi soigneusement écarté de ma défense. Ensuite je ne veux présenter à ceux qui me liront d'autre intérêt que celui de la vérité, que celui d'une accusation grave et péremptoirement détruite. Je sais que, pour plaire à certaine portion du pubHc, il faut être malin et parler le langage des passions et des partis. Je n'essayerai point d'intéresser cette espèce de public ; je n'ai jamais rien fait pour lui. Que tous ceux qui n'attachent aucun intérêt à la justification pure et simple d'un
général français, dédaignent de me lire; je n'ai point écrit pour eux : ce n'est point à leurs suffrages et à leur estime que je prétends.
« Le 8 floréal, an vn (27 avril 1799) , un arrêté du Directoire m'accuse :
« D'avoir imposé, à mon profit, des contribu-
• tions particulières, et d'avoir exercé et toléré
• des dépréciations, concussions et exactions « de toute espècedans les lieux où j'ai commandé. »
« Une lettre du ministre de la guerre Milet-Mureau, en date du i9 floréal (8 mai), adressée au général enchelMasséna, produit contre moi, pour servir à l'instruction de mon procès, et déterminer la conviction des juges et de l'armée, les pièces à charge dont le détail suit :
« 1° Une lettre adressée au citoyen Trouvé, ministre de la République française, par le ministre des affaires étrangères du duc régnant de Wurtemberg, datée de Stuttgard, le 26 mars 1799;
« 2*^ Une traduction d'un rapport officiel adressé à S. A. S. Monseigneur le duc régnant, par son grand-bailli de Tabingen, en date du 23 mars 1799;
« 3° Extrait d'une lettre du citoyen Roberjot au citoyen Merlin y directeur, datée de Rastadt, le 28 germinal j an vn (17 avril 1799) ;
« 4* Une lettre du citoyen greffier du tribunal criminel du département du Haut-Rhin , au Directoire exécutif, datée de Golmar, le 3 ûo- ^éa/ (22 avril 1799);
« 5^ Une lettre àeLéopoId Krautb, greffier de la ville du Vieux-Brisach, adressée à un législateur, le 4 floréal (23 avril 1799) ;
« 6® Extrait dune lettre du général en chef Joarclan, au Directoire exécutif, en date du 6 ûoréBl (25 avril 1799);
« 7® Une lettre du citoyen Trouvé, ministre de la République près le duc régnant de Wurtemberg, adressée au ministre des relations extérieures, datée de Paris, le 13 Qoréal (2 mai 1799);
« 8^ Détail des contributions privées que le gêné* rai Vandamme a levées en Souabe.
« Avant de donner l'extrait fidèle des charges résultant des pièces ci-dessus mentionnées, j'observerai que l'accusation, complètement prise, se divise en deux parties. La première se compose de faits qui doivent avoir eu lieu dans la Souabe, dans le duché de Wurtemberg et autres pelils États adjacents; la seconde partie de raccusation repose sur des faits que l'on suppose arrivés dans la ville du Vieux-Brisacb. A l'appui des faits passés dans la Souabe, on produit les pièces po^ técs sous les n^* 1 , 2, 3, 6, 7 et 8; à l'appui de ceux arrivés dans la ville du Vieux-Brisach , on allègue les pièces portées sous les n^" 4 et 5.
« Si je me traîne lentement sur la division méthodique des imputations qui me sont faites, c est que je veux instruire le public sur ma moralité, et non pas l'égayer par une diatribe virulente contre mes accusateurs; je veux mettre de l'ordre
dand l'exposé de mes accusations, afin qu'il y en ait dans mes réponses; je veux déduire, avec une exactitude minutieusement scrupuleuse, les griefs qui me sont imputés, parce que je suis assez fort pour les détruire tous péremptoirement.
« Je parcours donc les pièces produiles à l'appui des faits arrivés en Souabe. La première pièce, la note officielle du ministre des affaires étrangères du duc de Wurtemberg , en dénonçant au . ministre Trouvé des oppressions et vexations , commises dans Je grand-bailiiage de Tubingen par les troupes de la République et leurs oftl- ^ ciers commandants, n'a pas même prononcé mon nom.
« Dira- t-on qu'en ma qualité de général des troupes françaises qui, dans les derniers jours de ventôse et les premiers de germinal an vn, se trouvaient dans les États du duc de Wurtemberg, je suis responsable des désordres qui auraient été commis parles soldats et officiers qui m'obéissaient? « Je connais la responsabilité d'un général ; je ne chercherai point à en diminuer l'étendue ni la rigueur; je l'adopte tout entière, et je soutiens, ma correspondance à la main, que j'ai, à cet égard, rempli mon devoir tout entier. J'ai fait tout pour maintenir la discipline dans la division qui m*obéissait , pour prévenir toute vexation , même dans les pays qui n'étaient point alliés, et donner à là proclamation du général en chef Jourdan Texécution la plus honorable.
« Je n'essayerai point de prouver k ceux qui me liront, que le registre de correspondance d'un général est une pièce de conviction devant la loi et tous les tribunaux qui prononcent en son nom; que la conduite d'un général est suffisamment appuyée sur sa correspondance. J'extrairai, entre beaucoup de lettres, qui toutes expriment ma volonté bien prononcée pour la discipline , pour le respect des personnes et des propriétés, deux ordres adressés par moi au général de brigade Compère, au moment même où je commandais les troupes françaises dans le duché de Wurtemberg et autres états de la Souabe.
f Un ordre extrait de mon registre de correspondance, à la date du 26 ventôse, an vii, est ainsi
conçu :
Au général de brigade Compère,
« Ordonnez, mon cher camarade, que vos troupes épargnent essentiellement les possessions du duc de Wurtemberg et du prince de Furstenberg, sans que personne ne se permette, pour cela, le moindre désordre dans les autres pays ; car, comme il se peut que nous restions encore ici quelque temps, nous serions exposés à manquer de subsistances. Je compte, au reste, sur vos soins, persuadé que vous ne négligerez rien pour le maintien du bon ordre et pour remplir les intentions du général en chef. •
« Le lendemain, 28 du même mois, je recommandais au même général les plus grands ménagements pour le pays de Wurtemberg, et j'ordonnais de délivrer des bons en règle, toutes les fois que l'indispensable nécessité le forcerait à requérir des vivres ou effets.
Au général de brigade Compère.
• Vous épargnerez, autant que possible, le pays « de Wurtemberg, et vous n'y requerrez, en vi- « vres ou effets, que ce qui sera indispensable- - ment nécessaire ; et vous aurez soin d'en faire « délivrer des bons en règle. »
a Je faisais donc tout pour faire respecter l'alliance et l'amitié du gouvernement français avec le duché de Wurtemberg; je voulais même que, dans le pays encore ennemi de la France, l'employé, le soldat, l'officier ne se permissent aucun désordre. Est-ce là le langage, le style d'un général qui impose, à son profil, des contributions particulières; qui exerce et tolère des déprédations, concussions et exactions? Je ne me contentais pas de donner des ordres rigoureux et sévères pour le maintien de la discipline et le respect dû aux pays alliés de la République ; je veillais nuit et jour à ce qu'ils fussent exactement remplis par tous les officiers qui commandaient sous mes ordres. Pourquoi, ayant été accusé par-devant un conseil de guerre, n'ai-je point été jugé par lui? J'aurais
eu la satisfaction de faire entendre des témoins nombreux et de tout grade sur mon active surveillance , sur toutes les parties de la discipline militaire au commencement de la campagne de Tarmée du Danube : ils auraient pu se plaindre de mon excessive sévérité à ce sujet ; mais tous auraient déclaré unanimement que tous mes efforts , pendant tout le temps que ma division a été dans le pays de Wurtemberg, Fûrstenberg et antres États adjacents, ont été constamment dirigés vers ce but, donner à V Allemagne une opinion honorable du gouvernement français et de ses défenseurs armés; ils auraient déclaré que tous mes discours, tous mes ordres, toutes mes actions, avaient pour motif ce grand objet.
a La note officielle du ministre du duc de Wurtemberg, portée sous le n® 1 des pièces adressées par le Directoire au rapporteur, sert de lettre d'envoi d'un rapport fait au duc régnant par son grandbailli de Tûbingen. Le rapport est en date du :23 mars (3 germinal), et porté sous le n** 2 des pièces à charge produites contre moi.
a Voici l'extrait fidèle de ce rapport en tout ce qui me regarde.
« Le grand bailli de Tûbingen, après avoir exposé à son souverain les réquisitions, qu'il appelle vexatoires et exorbitantes , faites pour la subsistance des troupes - françaises qui ont séjourné dans le pays, articule :
« Que le citoyen Tourneur, aide de campdn
< générât Vandamme, arriva avec un détache-
• ment d'hussards à Nammerhof, et qu'il de- « manda cinquante louis d'or au receveur de
• Tabbaye de Schwirchtbal; que, le receveur ne
• pouvant dopner cetle somme , Tourneur lui fit
• promettre, par écrit, de payer les cinquante louis « d'or dans l'intervalle de quatre jours , à moins « que le général Vandamme ne lui accordât quel-
• que diminution sur la somme entière. »
« Pour donner une idée juste de la confiance que méritent des rapports officiels de cette espèce, j'affirme que je n'ai jamais eu d'aide de camp de ce nom. La preuve de mon affirmation est facile à acquérir dans les bureaux du ministre de la guerre.
« Mais ce qui caractérise d'une manière non équivoque rachamement du grand bailli de Tûbingen contre le général français, c'est qu'il ajoute à son rapport des détails conlrouvés et absolument étrangers à l'administration du grand bailliage, de laquelle seule il devait compte au duc son maître. Son imagination va créer dans les petits États voisins des griefs contre le général. Il dénature, avec une complaisance particulière, ma conduite à l'égard du. prince dUHecbingen-'Frank, dont le petit État est enclavé dans le Wurtemberg, Il savait que ce prince, de la maison de Hobenzollern, était parent du roi de Prusse, et que, sous ce rapport, il parviendrait facilement à exciter le mécontentement de l'ambassadeur français à Stuttgard.
a Voici littéralement les griefs que le grand bailli de Tiibingen articule contre moi, relativement au prince &' Hecbingen :
• A Hechinrjen même . nonobstant la sauve-
• fçarde accordée au prince par le général Jour-
• dan, et malgré le traitement et l'accueil dislin- « gué accordé au général Vandamme, reccN'anl « du prince deux chevaux et de la toile fine, on fit « des réquisitions exorbitantes, payables partie en
• nature, partie en argent comptant. On estime à
• dix mille florins la dépense du prince, causée « par le séjour de ce général dans son pays. •
Je réponds au grand bailli de Tiibingen ^ qu'il ment impudemment au duc son maître dans tous les détails qu'il a fabriqués sur les prétendues vexations que j'ai exercées dans le pays d'//ecA//?gen. Pour démontrer l'inconcevable impudence de ce rapport, je transcrirai ici la lettre qui m'a été écrite, au nom du prince à'Hechingen, le lendemain de mon départ, par le baron de Heer, son grand-maréchal :
Au général Vandamme,
«Hechingen, 22 mars 1199.
« Le prince, pénétré de l'honneur que vous avez - bien voulu lui faire par votre lettre, me charge.
• monsieur, de vous en présenter ses remerci-
• ments , vous assurant que rien ne saurait lui « tenir plus à cœur que de vous savoir satisfait d^
sa personne et de sa réception. Son Altesse vous aurait répondu elle-même sans son indisposition, qui ne l'a point encore quittée d'un moment. Recevez de ma part, mon général, Fhommage des sentiments les plus distingués , avec lesquels j'ai rhonneur d'être, etc. »
« J'observerai que cette lettre n'a pu être dictée par la crainte qu'aurait inspirée mon retour, puisque le lendemain de mon départ d'Hechingen et jours suivants, l'armée du Danube, après des prodiges de courage dont les soldats français seuls sont capables , reculait rapidement devant un ennemi supérieur en nombre dans la proportion de cinq contre un. Alors le prince à!Hechingen pouvait librement exprimer son opinion sur le mal que j'avais fait à lui et à son Etat. Ecrit-on dans ce style à un général concussionnaire ?
a Un fait bienpo.-itif, et qui aurait été attesté par de nombreux témoins devant le conseil de guerre qui devait prononcer, confirme les sentiments de satisfaction du prince pour ma conduite envers lui et son État. L'armée se retirait en arrière à!Aacb, et le corps des flanqueurs de gauche que je commandais, suivant ce mouvement, avait ordre de se porter vers Neadingen sur la rive gauche du Daitiube. L'artillerie de la division, par une erreur de l'officier qui la commandait, tint une route entière- ^nent opposée à celle qui lui était ordonnée, et alla Occuper un village au delà de Tiibingen. Sa pbsi-
tion était entièrement hasardée, puisqu'elle sf trouvait à près de douze lieues des troupes françaises, au milieu des partis autrichiens. Par mon ordre, le citoyen SeroD, mon aide de camp, partit, accompagné seulement d*un brigadier d*hussards, pour aller chercher Tartillerie et la ramener à la division pnr les derrières de l'armée. Il arriva à Hechingen; là il trouva le prince et toute la cour, remplis de crainte sur l'arrivée prochaine de l'armée impériale. Le prince le reçut avec beaucoup d'égards, et lui fil fournir des chevaux même de son écurie , pour arriver plus promptement à la recherche de l'artillerie.
« Ce procédé honnête et généreux du prince d'ffecbingen fera, je me l'assure, complètement mon apologie à son égard. Eh bien ! dans les mains dn grand bailli de Tùbingen, cet acte d'obUgeance, et, j'ose dire de reconnaissance, de la part du prince à' Hechingen, devient une concussion commise par le général français. C'est, selon lui, en abusant du droit du plus fort, que je l'ai contraint à me faire le cadeau de deux chevaux. Il lui plail même d'ajouter de la toile fine au présent cpie la terreur répandue par moi arrachait. Si ce rapport n'était pas le comble de l'impudence, il serait celui de la sottise. Je rougirais de consacrer un mot dénia justification à détruire des imputations de cette sorte « Passe encore pour la dépense de 10,000 ûorin^ que mon séjour dans le pays à' Hechingen a causée à son prince ; au moins cette concussion a dt'
rimportance par la quotité de la somme. Sur cette dépense, la vérité bien attestée est que je n'ai demeuré au château de ce prince que du 29 ventôse, à midi, jusqu'au 1®^ germinal au soir. Quelque distinguée que fût la réception que le prince crut devoir me faire, elle n'a pas dû lui coûter la cinquantième partie de la somme alléguée.
a Je crois inutile de m'étendre davantage sur cet objet, puisqu'il n'existe aucune plainte de la part du prince à'Hechingen. J'alfirme, sur le témoignage de tout le corps d'armée que je commandais, que la résidence du prince dont il est question, et tous les villages compris sous sa domination, ont été essentiellement ménagés par mes ordres. Quoiqu'il n'eût accédé à aucun traité d'alliance ou même de neutralité avec la République, j ai cru devoir ces égards à sa qualité de parent du roi de Prasse et à la sauve-garde qui lui avait été accordée par le général en chef; j'avoue que j'étais loin de m'attendre qu'il me serait un jour reproché d'avoir exercé des vexations dans ce petit État.
• Après avoir parlé de l'impudent mensonge du grand bailli de Tùbingen avec la franchise d'un soldat et l'amertume d'un homme faussement accusé, je dois à la vérité de déclarer, sur le surplus des plaintes portées par ce magistrat allemand, que la ville de Tùbingen particulièrement a été ménagée au point qu'aucune réquisition en vivres ^t effets nécessaires pour la subsistance des troune lui a été adressée par mes ordres. Cette
ville est le séjour d'une université célèbre ; elle renfermait des savants distingués ; j'ai voulu que l'asile .des sciences fût respecté.
« Je suis encore à concevoir, autrement quepar le motif d'avilir les généraux français et de senir secrètement le parti de TAutriche, racharneroenl du grand bailli de Tùbingcn contre moi. Je croyais qu'entre nous deux Teslime était réciproque. Il m'avait obligé deux ans auparavant , en Iraitani avec bonté mon secrétaire fait prisonnier; je lui conservais de cœur une reconnaissance bien \ive. et lorsque, le 1*' germinal, j'allai à Tûbingen pour prendre des renseignements sur la position de l'ennemi, mon premier soin fut d'aller moi-même le remercier d'un service que je regardais coirme personnel. Puisque cet homme a voulu me nuire, il faut que les haines nationales soient inflexibles!
« La troisième pièce de conviction produite contre moi, porte encore sur les faits do mon commandement dans la Souabe. C'est l'extrait d'une lettre du citoyen /îo/>e/y'o/, ministre plénipotentiaire au congrès de Rastadt, adressée à Vex-directeur Merlin, Elle est datée de Rastadt, k 28 germinal an vu.
« Pourquoi faut-il qu'après avoir répandu avec tous les bons Français des larmes sincères sur les cendres de Roberjol et de Bonnier , pourquoi faut-il qu'après avoir fait de cœur le serment de venger leur sang, de venger la gloire de la grande nation assassinée dans leur personne, de venger