ISORÉ, REPRÉSENTANT DU PEUPLE, A VANDAMME
n avril 1791.
(( Je viens d'avoir, cher camarade, le plaisir de voir le brave patriote Makcrel, et cela m'a renouvelé le plaisir que j'ai éprouvé avec nos braves frères de l'armée du Nord lorsque j'y fus. Si des occupations ne m'eussent pas retenu à Paris,
j'aurois retourné déjà au poste de la gloire, à la barbe derennemi. Je te donne un de mes parents à placer, qui veut servir à un autre poste que celui qu'il occupe. Je connois les causes qui le portent à changer ; elles sont légitimes, et je n'hésite pas à te dire de me croire; place cet homme au simple grade de soldat, mais mets-le avec de braves républicains. Je te le recommande, parce qu'étant à tes ordres, il suivra les principes de la guerre avec une hardiesse dont tu montres l'exemple. Ce citoyen se nomme Charles-Henry Dufey, sergent-major-adjoint au 4* bataillon de tirailleurs, 8® compagnie de Kellec, au cantonnement de Boeschepe, près Steenvoorde. »
BAUDOT, AmE. DE CAMP DE MOREAU , A VANDAMMK.
Avril 1794.
« Général, je l'envoyé, par un gendarme, un particulier porteur d'une lettre à ton adresse. Comme ce citoyen nous a paru suspect, d'autant plus que depuis ce matin il rôde dans {noDi illh sibh^, tu voudras bien l'interroger ; lu lui demanderas pourquoi il vouloil retourner à Hazebrouck ayant une lettre à ton adresse.
« Moreau envoya, avant-hier, pour voir ces messieurs les quartiers-maîtres qui s'y trouvaient, son intention étant qu'ils fussent près de leurs corps. J'appris hier, par quelques plaintes venues de Messine, que le quartier-maître du 14® bataillon d'infantçrie légère y était; je crus, par cç
itif, et connaissant les intentions du général, /oir lui donner ordre de rejoindre son corps et se tenir près de lui, autant que possible, pour rveiller les distributions, afin que rien ne mane à sa troupe. Il a trouvé mon procédé peu honte. Il voulait que je lui donnasse des ordres pour e ses équipages le suivissent. Je lui ai dit que st au général de brigade à fixer le lieu d'emplanaent des équipages et que je me comprometlis en lui donnant des ordres, et lui ai dit de idresser à toi pour connaître tes intentions. « Il y a encore plusieurs quartiers-maîtres qui irment fort bien à Messines, entre autres ceux 1 2*^ bataillon d'Isle-et-Vilaine, du i*''' régiment, 1 16*. J'ignore si c'est conformément à tes ores, mais crois devoir t'en prévenir. J'en parleli à Moreau aussitôt qu'il sera éveille. »
MOREAU A VANDAM.ME.
23 avril 1794.
» Le général de brigade Vandamme donnera
5S ordres pour que les troupes qu'il commande
I poun'oyent, demain 5, de vivres pour jusqu'au
inclus. Il rassemblera aux villages de Boeschepe
Godei'vaerfvelde ladite troupe demain soir, leur
'a emmener leurs canons et caissons, et ren-
rra à Gassel les effets de campement des deux
mps de Rome et Caeslre. 11 se fera donner l'état
s hommes non armés qu'il y a dans les batail-
[is, et il fera partir les susdits, moitié pour Bail-
leul et l'autre pour Gassel, où ils devront rester jusqu'à nouvel ordre. Il fera seulement rester dans chaque corps cinquante de ces citoyens non armés, auxquels il sera délivré demain soir des pelles et des pioches. Le 6, à deux heures et demi du matin, le général Vandamme attaquera les postes de Westoutre et Reninggels ; il assurera sa droite par un corps en arrière, qui devra le couvrir dans l'attaque de Vlaermertinghe qu'il tournera par sa gauche et qu'il devra attaquer de concert avec le général de brigade Desenfants, qui exécutera son mouvement sur ce poste par son front et sa droite,
« Les troupes arrivés à Vlaermertinghe y prendi'ont la meilleure position que pourra leur indiquer le général Vandamme et y attendront des ordres ultérieurs de ma part. Je me trouverai à cette expédition avec l'état-major qui m'est attaché. Il est prévenu que le général de brigade Desenfants attaquera entre quatre et cinq heures avec huit mille hommes d'infanterie et cent quatrevingt chevaux le poste de Poperinghue. Il attendra que la direction des feux ou des nouvelles qu'il aura reçu de Desenfants lui indiquent Tinstaut où ce dernier attaquera Wlaermertinghe afin d'agir eu môme tems de son coté sur ce poste. Il disposera comme il le croira utile les doux pièces de 8 qui sont à Steenwoorde et de deux obusiers qui se trouveront au camp de Caestre, leur attachera les artilleurs nécessaires, et y employera les capi-
laines d'artillerici Saint-Miohel et Santonnard, qu'il chargera de régler comme ils rentendront le service de œs pièces. »
Le 3 mai, Vandamme écrivit à Moreau de Méain, où il se trouvait alors :
a Je te fais passer le nommé François Roger, émigré de Cassel, un des plus grands scélérats que Lachâtre copipaande ; il était chargé de la partie des recrues de la frontière de la Vest-Flapdre, comme le constate ses papiers qui sojit dans son portefeuille, ^e t'invite à le faire passer à Cassel le plus vite possible afiij qu'on puisse en faire un exemple qui doit nécessairement frapper de terreur les monstres qui, comme lui, hajissent la RépubUque et vivent encore tranquilles, professant le plus vil modérantisme. Cet émigré a été trouvé dans les champs par des patrouille^ du camp de Wevelghem. m
Avant de décrire les mouvements et les combats de la brigade Vandamme, qui sont plus spécialement du ressort de cet ouvrage, qu'on nous permette de jeter un coup d'oeil rapide sur l'ensemble des opérations de la campagne dû 10 mai à la fin de juin.
Les alliés ayant résolu, au commencement de 1794, de prendre l'offensive, le duc d'York marcha surTournay, au soutien de Clairfait; le prince d'Orange et le général Latour, sur la Sambre, pour renforcer le prince de Kaunitz. Le prince de
Cobourg resta à Landrecies, pour mettre cette place en état de défense.
Pichegru , informé que le duc d'York occupait Lamain, fit avancer, le 10 mai, la division Souham, de Courtrai, et la division Bonnaud, de Lille, dans l'intention d'attaquer Clairfait.
Cette expédition échoua. La colonne de gauche ayant été rappelée à la hâte , au secours de Courtrai, vivement pressé par Clairfait, celle de droite fut repoussée.
L'entreprise de Clairfait est certainement une des plus mal combinées de la campagne (1). Loin de chercher à déposter les Français de Gourtrai, les alliés devaient se féliciter de les voir dans une position où il était facile de leur couper la retraite, en les attaquant avec des forces suffisantes : mais, puisqu'ils attachaient une si grande importance à la possession de cette ville , il était convenable d'attendre que leur armée, qui enfin s'était ébranlée , fut arrivée, et ne pas exposer un détachement de vingt-cinq mille hommes à une défaite certaine. Le général autrichien, après avoir passé la Lys à Haerlebecke, s'avança le 10 sur Courtrai, s'empara du faubourg de Bruges, et coupa la communication avec Menin en occupant le village Wevelghem. Mais, le 11, ayant été pris à revers par Macdonald, parti de Menin, et attaqué de front par Souham, il fut forcé de se reployer sur Thielt.
(1) Les considérations suivantes sont puisées dans les mémoires manuscrits et inédits de Jourdan.
Enfin , après avoir perdu un temps précieux à Landrecies, Tempereur et le prince de Gobourg étant arrivés à Tournay le 15 mai, formèrent le projet de couper la communication ^ur Lille aux cinquante mille Français campés sur la Lys. Quoiqu'il eut été convenable d'entreprendre cette opération avant le départ des corps passés sur la Sambre , les alliés étaient pourtant en état de lexécuter avec quatre-vingt-dix mille combattants restés en Flandre et ils n'échouèrent que par suite de leurs fausses combinaisons.
Nous avons vu que les divisions de Souham et Moreau étaient en position, la droite à Menin et la gauche à Gourtrai, et celle de Bonnaud vers Lille; des détachements occupaient Lannoy, Leers, Watrelos, Turcoing, Linselles, Werwicke et Moescroen ; ce dernier poste était fortement retranché.
Les principales forces des alliés campaient à Lamain et Marquain, en avant et à l'ouest de Tournay, le général Glairfait à Thielt, et le prince Charles à Saint-Amand.
Les généraux Souham et Moreau jugèrent, par les préparatifs de l'ennemi, qu'ils touchaient au moment d'être attaqués, et prirent la résolution de ^e rapprocher de Lille. Le 19 ils campèrent, la gauche à Moescroen, et la droite en avant de Neuville. Ce même jour, l'armée des alliés se mit en naouvement.
Le général Claii'fait marcha sur Werwicke où
il essàfa de fonet le passage de la Lys» dans rintention de s'avanoer jusqu'à Lônselles ; maiâ les répilblîcaiiis Tayant contenu, il ne put franchir la rivière que le 18 au matin.
Le général Busch se porta par Espierres et Dottignies sur Moescroen qu'il tenta vainement d'emporter; Les colonnes de Souham étant survenues dans ces entrefaites , Tennemi fut attaqué à son tour et repoussé jusqu'à Espierres. Le général OliOi qui entra dans Turcoing, informé de l'échec essuyé par le général Busch, n'y laissa que son avant-garde et reploya la plus grande partie de ses troupes sur Walrelos et Leers.
La colonne aux ordres du duc d'York occupa, sans grande résistance, Lannoy^ Roubaix et Mou vaux.
Celle aux ordres du général Kinsky, marchant sur Bouvines, attaqua le général Bonnaud et fut repoussée. Cependant l'archiduc étant arrivé sur le même point, vers deux heures après midi, Bonnaud se retira et ce prince campa à Lesquin.
On voit, par la position de chacune des deux armées, le 47 au soir^ que les alliéô tétaient éta^ blis entre les corps de Souham et de Moreau et la frotilièlre ; mais leurs troupes étaient tellement disséminées que les Français n'eurent pas lieu de S'en effrayer. Les premiers avaient en outre commis une faute grave en obligeant Bonnaud à se i^approcher de Lille , d'où il pouvait mafcher feci-
lement au secours des autres divisions. On conçoit difficilement comment des généraux d'une si grande réputation n'avaient pas aperçu que c'était sur Turcoing qu'ils devaient porter toutes leurs forces, dans la journée du 17, et qu'en restant éparpillés, tandis que leurs adversaires concentraient leurs troupes, ils s'exposaient au plus grand danger.
Les généraux français , ayant un grand intérêt à prévenir la réunion des colonnes éparses de l'ennemi, prirent l'offensive le 18 au matin.
Le général Morcau, avec huit mille hommes, morcha sur Nivelles , à la rencontre de Clairfait, et engagea un combat où les troupes montrèrent beaucoup de valeur et le général une grande intelligence; mais, ayant en tête vingt-cinq mille hommes, les républicains furent contraints de céder au nombre , et se retirèrent sur Bousbeck où ils furent se maintenir.
Souham, ayant sous ses ordres quarante-cinq mille combattants , dirigea ses colonnes sur Turcoing et Watrelos, et dispersa celle du général Otto, et en même temps, Bonnaud, qui n'avait laissé que des détachements on présence du prince Charles, vint attaquer le duc d'York. Celui-ci, ((ui croyait que les Français seraient contenus dans Lille par l'archiduc, fort surpris do les voir sur ses derrières, combattit néanmoins avec fermeté jusqu'au moment où, étant informé de l'approche de Souham, il craignit d'être enveloppé. Voulant alors opérer sa retraite , ses troupes se
débandèrent, et le prince ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval.
Pendant que ces événements se passaient, le prince Charles et le général Kinski , avec trente et un bataillons et (|uarante-huit escadrons, restèrent à Lesquin , dans une inaction qu'il est difficile d'expliquer et ne s'ébranlèrent qu'à quatre heures après midi, pour se reployer sur Marquain où ils recueillirent les coloimes battues. Le général Clairfait , apprenant ces désastres, se mit en retraite à la nuit, et retourna à son ancienne position de Thielt. La perte des ennemis fut évaluée à trois ou quatre mille hommes et soixante pièces de canon.
Pichegru, qui se trouvait à son aile droite, pendant que sa gauche triomphait à Turcoing, étant de retour, chercha à profiter de la victoire. Il s'avança à cet effet le 22, ébranla les ailes dont la droite était appuyée à l'Escaut, vers Pecq, et la gauche à Lamain, et parvint d'abord à pousser la tète de la colonne qui marchait par Templeuse, jusqu'au faubourg de Tournay ; mais le prince de Cobourg ayant fait arriver des renforts sur ce point, les Français furent repoussés avec perte de quatre à cinq mille hommes. Elle eût été sans doute plus considérable, si Clairfait, au lieu d'être à Thielt, s'était trouvé réuni au gros de l'armée et si l'aile gauche, commandée par l'archiduc, devant laquelle il n'y avaitquedes postes d'observation, eut été mise en action sur la droite des Républicains.
Peu de jours après , Pichegru se détermina à faire le siège d'Ypres. La division de Moreau forma Tinvestisscmenl; celle de Souham prit position à Passehendaele et Langeuarcq , et Bonnaud resta à Courtrai. A la même époque, vingt-cinq raille hommes de Tarmée des alliés passèrent sur la Sambre avec l'empereur.
Les deux partis se livraient sur ce dernier point, lepuis un mois , des combats non moins terribles îl tout aussi peu décisifs. Charbonnier n'avait pas )u se maintenir sur la rive gauche de la Sambre, )ù il s'était porté, après avoir balayé la rive droite, ^pendant les renforts du centre étant arrivés, il effectua un second passage le 11 mai et s'empara le Binels et de Fontaine-Lévesques ; mais deux ours après il fut rejeté sur l'autre rive. Malgré ?es deux échecs , les Français franchirent de nouveau la rivière, le 20, et formèrent l'investissement le Gharleroi. Le prince d'Orange et de Kaunitz ne lardèrent pas à marcher à leur rencontre et les contraignirent, le 23, à repasser sur la rive droite.
Revenons maintenant aux opérations qui conîernent plus spécialement Vandamme.
Le général consei-va sa position quelques jours ît, le 8 mai , ses troupes se portèrent en avant de ]!ourtrai , la droite à la Lys , la gauche dans la lirection d'un village appelé GuUeghem, entre les outesde Menin à Gand par Gourtrai et de Menin à )stende par Thorout.
Le lendemain, 9 mai 1794, Tennemi voulant
8'as8urer de la force et de la position de la 2® division de Tarmée du Nord, fit une reconnaissance offensive en avant de la Heule. Il fat repoussé facilement. Le jour suivant la brigade Vandamme brûla les ponts sur la petite rivière, traversa Courtrai et vint s'établir au sud. Ce changement de front fit croire aux adversaires qu'on avait Tintention de franchir la Lys, il s'ensuivit une canonnade saris importance d'une rive à l'autre.
L'armée du Nord avait ordre de faire une attaque générale sur toute la ligne de Courtrai à Tournay» mais au même moment, l'ennemi rétablit ses ponts sur la Heule et vint menacer sérieusement la première de ces deux places. On résolut de le repousser avec vigueur et de le rejeter de l'autre côté de la rivière.
Vandamme traversa de nouveau Courtrai avec des troupes et sortit par la porte de Bruges, tandis qtie celles du général Daendols sortaient parla porte de Menin et que la brigade Maodonald opérait un mouvement tournant du côté de Menin sur la droite de Clalffait. Un engagement des plus vifs eut lieu entre les troupes de Vandamme et de Daendols et l'élite de l'armée autrichienne. On attendait avec impatience que le canon de Macdonald se fît entendre, mais l'état ded chemins et le mauvais temps ayant retardé la marche de ce général, il fallut combattre sans sa puissante diversion.
Le combat, engagé à trois heures, continuait encore à neuf heures du soll*.
Enfin^ l'émiemi Gômmença à &U)lir et finit par être GuUmtédans laHeuIe avec perte. Le V batail* Ion de la 2** de ligne ^ repoussé une première fois au village de Gulleghem, revint à la charge, s'em* para de la position sans tirer un coup de fusil et s'y établit. Au commencement de Taction, les dragons de Cobourg chargèrent sur la gauche de la ligne française , et s'approchèrent tellement de Menin qu'ils furent sur le point de pénétrer dans la place, dont le canon et quelques escadrons du 3® de hussards les éloignèrent.
L'ennemi, poursuivi avec acharnement, perdit du monde dans sa retraite. Le général major autrichien Wincken fut tué dans le combat.
La brigade Vàndamme continua la poursuite. Le 12 mai, les rapports des espions donnant à penser que l'ennemi se relirait réellement, la brigade Daendels la soutint sur la gauche. Les Autrichiens, dont l'arrière-garde fut rencontrée à une lieue de Gourtrai, opérèrent leur mouvement de retraite en bon ordre sur le village d'Ingelmunster, cpii fut emporté après une vive résistance.
Malheureusement le général Daendels , au lieu de se borner au rôle qui lui était assigné, celui de flanquer la gauche de la brigade Vàndamme, voulut se porter sur Ingelmunster, ce qui permit aux' Autrichiens d'établir une batterie sur une hauteur et d'enfiler la route de Gourtrai.
On reçut à ce moment l'ordre de cesser la poursuite. Les deux brigades se replièrent sous le feu
de Tennemi, avec beaucoup d'ordre mais non sans perte, protégées par quatre pièces de campagne.
Le 13 mai , Vandamme avait repris sa position sur la Heule; le 16, il fit une forte reconnaissance sur Ingftlmunster, village que l'on trouva évacué par l'ennemi et où Ton s'empara de beaucoup d'avoine. Les prisonniers s'accordaient à dire que les Autrichiens se portaient sur Moorseele pour faire quelque tentative sur Vemcke et Gommines, en passant entre Ypres et Courtrai.
A peine rentré dans cette place, Vandamme recul l'ordre de partir immédiatement pour s'établir en avant de GuUeghem, afin de s'opposer au dessein de l'ennemi ; dans la soirée un nouvel ordre arriva au général qui, le 17, au point du jour, se porta sur Menin. Glairfait prononçait son mouvement offensif sur Wervicke et Commines, avec une vingtaine de mille hommes. On n'en avait à lui opposer que dix mille.
Il était cependant urgent d'attaquer l'ennemi, de l'arrêter dans sa marche offensive et de l'empêcher de couper la route de Lille. Le combat fut acharné, les Autrichiens eurent le dessous sur plusieurs points, à Turcoing, à Mauvaux, à Roubaix, à Lannoy; cependant on ne. put enlever les deux villages, clefs de la position. A celui de Bousbeke, le 8® de dragons anglais enfonça quelques bataillons et prit cinq bouches à feu, retrouvées plus tard à Ypres. Cette charge du 8* de dragons, poussée jusqu'auprès du grand parc à
Halluin, jeta l'épouvante et fit fuir en désordre vers Lille les caissons , les voitures , les cantiniers, etc. Elle coûta cher aux Anglais. Le régiment perdit 200 hommes tués, Tétendard, le colonel et cent dragons prisonniers, plus deux cents chevaux, mais elle donna de la hardiesse à Tinfanterie autrichienne. Cette dernière poussa avec vigueur les troupes françaises fatiguées des marches qui avaient eu lieu les jours précédents. La route de Lille fut occupée, et il était à craindre que Taffaire n'eût un résultat désastreux, lorsque les deux bataillons des chasseurs du Mont-de-Cassel et du Mont-des-Chats, retenus la veille par un malentendu au nord de Gourtrai, arrivèrent à temps pour reprendre le combat. L'ordre s'élant rétabli, une nouvelle action s'engage : les troupes françaises prennent l'offensive, se battent avec acharnement et parviennent, à la nuit tombante, à rejeter l'ennemi sur tous les points.
Cette journée du 17 mai, assez mal commencée, s'était terminée par une victoire sur l'armée anglaise, qui avait perdu son parc, composé de 74 bouches à feu. Clairfait, ne pouvant plus espérer opérer la jonction de sa droite avec sa gauche pour couper de leurs communications avec Lille les troupes de Pichegru, prit la résolution de se retirer.
La brigade de Vandamme avait ordre d'enlever les villages de Bousbecke et de Linselles. Le 18 mai au matin, elle trouva ces deux postes aban-
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donnés. Elle marcha aussitôt sur Wervicke : l'ennemi, après une courte canonnade, se replia en faisant sauter le pont, et, le soir, le général vint s'établir sous les murs de Menin.
Il y resta jusqu'au 23 mai, jour où sa brigade fut destinée, avec les autres troupes de la division Moreau, à faire le siège d'Ypres.
Le 29 mai, Vandamme quitta son camp de Lauwe sur la Lys, entre Menin et Gourtrai, pour se rendre aux abords d'Ypres. Les troupes du gé* néral, partagées en deux colonnes , se dirigèrent sur la ville par deux routes et replièrent les postes ennemis , après avoir combattu une partie de la journée.
Elles s'établirent de façon à compléter l'investissement. Le 34, elles repoussèrent une sortie vigoureuse de la garnison , et Vandamme établit son quartier général au village de Zillebeke, entre les routes de Menin et de Lille.
La première division de l'armée du Nord fut destinée à former le corps d'observation, la seconde le corps de siège. La tranchée fut ouverte sur le front de Touest, chaque bataillon fournit cinquante travailleurs par jour, et malgré une belle défense, Ypres capitula le 16 juin. La garnison, forte de 4,000 Autrichiens et 3,000 Hessois, fut prisonnière de guerre et sortit le 18 par la porte do Menin, pour mettre bas les armes sur le glacis. Quinze cents hommes de la brigade Vandamme conduisirent les prisonniers autrichiens à
Lille, tandis que les Hessois furent menés à Cassai par un détachement de la brigade du général Desenfants.
On trouva à Ypres beaucoup de munitions, des bouches à feu et des approvisionnements.
Vandamme contribua puissamment à la prise de cette place. Sa brigade, qui avait montré une grande vigueur depuis le commencement de la campagne, traversa la ville et vint bivouaquer sous ses murs, la gauche au canal de Bœsinghe faisant face à Roulers.
La division Michaud occupa la ville même.
Voici quelques documents relatifs à ces différentes affaires.
VANDAMME A MOREAU
4 mai 1794.
« Je me suis rendu ce matin, conformément à ton ordre, reçu la nuit dernière, près du général Daendels, pour me concerter avec lui sur les moyens d'attaquer le poslede Rousselaere. J'avais fait marcher avec moi à Wevelghem cent hommes a cheval; mais je fus fort surpris d'apprendre que Daendels était parti la nuit pour attaquer. Je m'avançai aussitôt sur Rousselaere, et je n'y étais pas encore que je vis les troupes de Daendels revenir. L'expédition n'a pas eu de succès; l'ennemi^ quoique chassé de Rousselaere et poursuivi assez loin, nous a pris un obusier, deux pièces le 8 et deux caissons d'artillerie légère ; il nous
a tué 20 hommes et nous eûmes 50 blessés ; tel est le rapport que Daeudels envoie au général en chef. Si tu désires que l'on recommence cette attaque, tu voudras bien me donner des ordres aujourd'hui. •
MOREAU A VANDAMME
17 mai 1794.
• Le général de brigade Vandamme est prévenu que toutes les troupes à droite de la Lys attaquent demain matin l'ennemi du côté de Turcoing. Il sera chargé avec sa brigade de défendre le passage de la Lys depuis Courtrai jusqu'à VerN'ike, Commines et Warneton. L'ennemi est actuellement maître de Gheluwe et de Ver\icke-nord. Outre le bataillon de TÉgalité, j'y ai envoyé le 14* bataillon de chasseurs, 400 hommes et deux pièces de 4; j'ai donné l'ordre d'envoyer à Warneton 100 hommes et une pièce.
• En arrivant à Menin, il disposera ses troupes de manière à assurer toutes les communications de la Lys, et s'il croit devoir faire l'attaque de Vervicke-nord et de (jheluvve par la rive gauche, il pourra l'exécuter, je m'en rapporte sur ce mouvement à sa prudence, et qui se trouve subordonné aux mouvements que fera l'ennemi. Je le préviens que Desenfans a été attaqué ; il parait qu'il a tenu. Watrelos (1) et Pont-à-Marcke ont
(l) Watrelos, point de jonction des routes de Courtrai sur Turcoing et Roubnix.
été forcé ; on croit même que Tennemi est maître de Turcoin et Lannoy. A l'attaque du premier de ces deux endroit-, une de ses colonnes a été battue; on emmène actuellement à Menin 400 prisonsonniers, on a aussi pris quatre pièces de canon. le l'ai fait chercher par un détachement de chasseurs qui n'a pu te joindre, il n'a trouvé que Mal- )ranc. »
La République, et la discipline, ou la mort (1).
.E GÉNÉnAL VANDAMME AUX CHEFS DES DIFFÉRENTS