‹ Le général VandammeChapitre 13 sur 49 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

D'octobre 1 806 à 1 809.

Vandamme, à l'expiration de son congé, rejoint la grande armée. —- Il reçoit le commandement d'une division da 6« corps (Ney), avec la({uelle il investit Magdebourg (octobre 1806). — Bombardement et capitulation de la place. — Satisfaction de l*Empereur. — Vandamme envoyé au prinœ Jérôme, en Silésie. — Lettre de Berthier (27 novembre 1806).

— Siège de Glogau, par la division wurtembergeoise de Seckendorf, commandée par Vandamme. — Capitulation de cette place, dont la garnison met bas les armes et défile devant Vandamme, le 3 décembre. — L'Empereur fait écrire, par Berthier, une lettre de fclicitation à Vandamme ( 5 décembre). — Investissement de Breslau, le 5 décembre. — Opérations devant cette ville, du 5 décembre 1806 au 9 janvier 1807. — Sujets de mésintelligence entre le prince Jérôme et Vandamme. — Tentatives du prince d'Ânhalt-Pless. — I-a petite année des alliés prend le nom de 9* corps da la grande armée. — Lettres du prince Jérôme et du général Hédou ville à Vandamme. — Réponses de Vandamme (janvier 1807). — Affaire du fourgon de Vandamme. — Opérations devant Schweidnitz : blocus, siège et bombardement de cette forteresse, par la division wurtembergeoise, commandée par Vandamme. — Belle conduite du général devant cette place. — La garnison défile devant le prince Jérôme, venu à Schweidnitz pour la circonstance. — Ijcttre de la marquise de Mazancourt.

— Démonstration de Vandamme sur Glatz et Silberberg. — Opérations devant Neiss. — Le siège converti en blocus. — Investissement. — Blocus. — Reprise du siège. — Siège et bombardement du 11 avril au 29 mai. — Attaque du fort Blockauss. — Capitulation de la place. — Reddition de Neiss

(16 juin). — Contentement de l'Empereur. — Félieitation à Vandamme. — Jérôme et Vandamme devant le camp retranché de Glatz (22 juin). — Lettres du marquis de Bombelles. —Vandamme reçoit le commandement de la 16* division militaire â Lille (11 novembre 1807). — Il est fait eomte 4e l'Empire par décret du 19 mars 1808. — 11 reçoit le com» mandement du camp de Boulogne, le 16 août 1808.

Le congé de Vandamme expirant au comnien- ' cernent d'octobre 1806, et la guerre avec la Prusse' n'étant plus un secret pour personne, le général,; qui ne voulait pas rester inactif pendant cette! nouvelle campagne , demanda à rejoindre son ancienne division. Le ministre fit répondre à, Vandamme d'avoir à se rendre à Mayence, et de là au grand quartier général, vu que le comman-1 dément de sa division ayant été donné au générait Levai, on ne pouvait le lui restituer.

Dans le courant d'octobre, on lui prescrivit del prendre au 6® corps (celui de Ney) le commandement devenu vacant de la division Malher. Il était alors à Halle. Il en partit le 21 octobre pour; Halberstadt , où était le quartier du futur prince de la Moscowa.

Le corps de Ney, après avoir franchi le Mein au-dessus de Bayreuth, s'était porté sur Hoff, avait conversé sur Géra avec le reste de Tarmée, concourant au mouvement d'ensemble, par lequel Tannée française, débordant Taile gauche de l'ennemi et envahissant la Saxe , avait coupé les Prussiens de leurs lignes sur Berlin, et les avait forcés à accepter une bataille, dans la-

quelle le sort de la campagne pouvait être décidé.

• Le 14 octobre, en effet, la lutte décisive avait

lieu à Yéna et à Auerstacdt, les Prussiens écrasés

fuyaient dans toutes les directions, et le corps de

!Ney se portait au nord sur l'Elbe, pour s'emparer

■ de Magdebourg.

A peine arrivé à la tête de sa nouvelle division, Vandamme reçut Tordre d'investir cette grande et importante place par le bas Elbe. Il prit position, la droite à Olivenstadt, la gauche à Rothen-Sée. : Jusqu'au 28, on n'entreprit rien de sérieux, occupé que l'on était à faire les approches et à reconnaître la place sous le canon prussien. Quelques petites affaires d'avant-postes eurent Heu, et comme après chacune d'elles des déserteurs se jetaient dans les rangs des Français, on dut en conclure, ou que les troupes chargées de la défense étaient assez médiocres , ou bien qu'elles étaient dans un grand état de démoralisation.

Voyant qu'un blocus ou une attaque régulière pouvaient faire traîner les choses en longueur, le maréchal Ney résolut de brusquer le dénouement, en essavanl d'intimider les habitants et la garnison par un bombardement. Des ordres furent donnés en conséquence. On fit venir de Brunswich et d'Erfurt les bouches à feu de gros calibre qui s'y trouvaient. Le soir môme, deux obusiers furent mis en batterie, à 800 mètres de renccinte. On tira une trentaine de coups, puis on ôta les pièces des batteries.

Le 29, le commandant de la place s*aboucha avec Vandamme, mais les propositions de ce dernier furent rejetées.

Vandamme résolut alors de continuer le bombardement. Le 30, prenant avec lui le commandant du génie de sa division, il poussa une reconnaissance jusqu'au pied de la place, du côté du magasin à poudre. Un fait assez singulier se produisit, et le général en profita avec audace et habileté.

On devait croire que les magasins à poudre étaient occupés; néanmoins, pendant cette reconnaissance on ne tira pas sur les deux officiers. Tous deux, fort étonnés de cette circonstance, pénétrèrent dans l'un de ces magasins qu'ils trouvèrent sans défenseurs. Or, ces couverts se prolongeaient au loin, dans une direction parallèle à la place, sur un développement de 7 à 800 mètres. S étant bien assuré du fait , le général ordonna d occuper ces locaux, par des postes qu'on y installa, de telle sorte que l'ennemi fut resserré, et qu'on ne se trouva plus qu'à 200 mètres de ses palissades. C'était là une chance des plus favorable pour le succès du bombardement projeté. En outre, en tête du faubourg de Neustadt, Vandamme reconnut un rideau qui s'étendait jusqu'à la même distance de l'enceinte, et qui pouvait également être utilisé.

En revenant de cotto reconnaissance, le général combina immédiatement son plan. Il résolut

de faire deux attaques séparées, l'une contre le faubourg de Neustadt, Tautre contre la place ellemême. Il destina à la première deux pièces de douze et un obusier, et à la seconde trois batteries installées dans les couverts même qu'il avait trouvé inoccupés, par l'imprudence si singulière de l'ennemi. Ces trois batteries, dirigées spécialement contre la ville, furent armées, l'une à gauche, avec quatre mortiers ; l'autre à droite, avec trois mortiers ; la troisième au centre, avec quatre obusiers. On les fît soutenir en établissant des places d'armes pour recevoir les défenseurs. Jusqu'au 5 novembre, l'ennemi ne fit pas de tentatives sérieuses pour s'opposer au bombardement ; mais dans la nuit du 5 au 6, il essaya une sortie qui fut repoussée avec la plus grande vigueur.

Le feu des batteries commença par celle de Neustadt qui , dans la nuit du 4 au 5, mit le feu à trois maisons, et par un mortier de la batterie de gauche, qui incendia également trois autres maisons dans l'intérieur de la ville. La garnison qui ne s'était opposée que faiblement à la construction des batteries, à leur armement et au creusement des parallèles et places d'armes, commença une défense plus accentuée, envoya des boulets et de la mitraille et fit une sortie ; mais après deux jours de bombardement, la place se rendit, et le 11, la garnison défila devant le 6® corps. Vingt généraux, huit cents officiers, vingt mille hommes d'infanterie, quatre cents de cavalerie, deux mille d'ar-

lillerie déposèrent leurs armes. On prit dans cette ville cinquante-quatre drapeaux, huit étendards, huit cents bouches à feu, un équipage de pontons, un millier de poudre et des magasins considérables.

L'Empereur se plut à rendre à Vandamme cette Justice, qu'il avait plus que nul autre contribué à cette conquête importante .

Au commencement de la campagne de Prusse, le plus jeune des frères de l'Empereur, Jérôme Bonaparte, était rentré en grâce auprès de Napoléon. Il était alors très-aimé et très-apprécié du souverain , parce qu'il avait montré de l'énergie en sauvant son vaisseau, le Vétéran, dans la baie de Conoarneau, préférant la mort au déshonneur de se rendre aux Anglais.

L'Empereur avait beaucoup admiré ce trait d'audace. Croyant reconnaître dans ce jeune homme des aptitudes pour la guerre, il le nomma général de division, et résolut de le charger de la conquête d'une des plus riches provinces de la monarchie prussienne , celle de la Silésie dont il comptait tirer ses approvisionnements pour la grande armée.

La Silésie avait alors des places fortes de premier ordre dont il fallait s'emparer, et dont plusieurs pouvaient nécessiter des attaques régulières et des sièges. Le jeune prince, passé du jour au lendemain du commandement d'un vaisseau faisant partie d'une escadre, au commandement d'un corps

d'armée agissant un peu en dehors de l'Empereur lui-même , devait nécessairement avoir besoin d'éléments de premier ordre auprès de sa personne, pour réussir dans un métier nouveau qu'il ignorait complètement. L'Empereur songea à lui donner un bon et sérieux chef d'état-major, dont il connaissait par lui-même la capacité, le calme, la bravoure et l'ordre, le général Hédouville, et un excellent et vigoureux commandant en second, qui pût agir, au besoin , en dehors de la direction du jeune commandant en chef, et lui en imposât par sa réputation militaire. Il jeta les yeux sur Vandamme , dont le rude caractère, la trempe énergique et les talents incontestables connus de l'armée entière, devaient rassurer Napoléon, si son frère n'était pas à la hauteur de la mission qui lui était confiée.

Le 27, Vandamme reçut de Berthier la lettre cidessous, datée de Meseritz, et qui indiqua en quelques Ugnes, et la nature du service nouveau confié au général, et la nature des relations qui devaient exister pour le reste de cette campagne, entre lui, le major général, et le prince Jérôme :

« L'Empereur ordonne au général Vandamme de laisser le commandement de sa division à son plus ancien général de brigade, et de partir sur-lechamp de sa personne, avec ses aides de camp, pour se rendre devant Glogau et y prendre le commandement du siège : il trouvera la place investie par huit mille Wurtembergeois et des batteries de

mortier établies ou prêtes à être établies. Ces mortiers et munitions viennent de Gustrin. L'intention de l'Empereur est que le général Vandamme resserre la place ; qu'il fasse donner toute la nuit des alertes ; qu'il fasse préparer des échelles , afin de menacer la garnison d'escalade , et enfin de commencer le bombardement qui décidera probablement le gouverneur à rendre celte place.

« Gomme le corps wurtembergeois fait partie du corps auxiliaire aux ordres de S. A. I. le prince Jérôme, qui est à Kalisch avec seize mille Bavarois, le général Vandamme fera part au prince Jérôme de ce qui se passera , et n'en communiquera pas moins directement avec moi à Posen, afin que les rapports parviennent à l'Empereur. Je le préviens que le général Montbrun commande la cavalerie wurtembergeoise , et est en avant sur Breslau. Il est ordonné au général Vandamme de m'iiistruire fréquemment de toutes les nouvelles qu'il apprendrait de la Silésie. »

La petite armée mise sous les ordres du prince Jérôme à la fin d'octobre 1806, et qui bientôt prit le nom de 9® corps, ne se composait que de troupes étrangères, deux divisions bavaroises et une wurtembergeoise .

1*^ bavaroise de Deroy, lieutenant général, généraux majors Siebein et Raglovich, huit bataillons de ligne, un d'infanterie légère, deux compagnies de chasseurs à pied, deux régiments de cavalerie (huit escadrons) , deux batteries

(douze bouches à feu). Total, un peu plus de huit mille hommes présents sous les armes. — 2*^ bavaroise deWrède, lieutenant général (commandée pendant toute la campagne par le général major Minucci, généraux majors Mezzanelli et Minucci, huit bataillons de hgne, deux d'infanterie légère, trois régiments de cavalerie (neuf escadrons) , trois batteries (dix-huit bouche» à feu, dont six de douze). Total , six mille combattants. — Division wurtembergeoise de Seckendorf, général de division ; deux brigades de ligne, généraux majors de Lilienberg et Schrœder; une légère, colonel Neubronn , dix bataillons de ligne, deux d'infanterie légère, deux de chasseurs à faible.^ effectifs, trois régiments de cavalerie légère (neuf escadrons); une batterie à pied et une à cheval (douze bouches à feu). Total général, huit mille cinq cents hommes «

Le 9® corps avait donc, à l'ouverture de la campagne, un effectif de vingt-deux à vingt-trois mille hommes et cinquante-deux bouches à feu.

Au moment où le prince Jérôme en prit le commandement, le 10 novembre, on donna à ce corps, d'après les ordres de l'Empereur, une organisation identique à celle des corps de la grande armée. Des huit régiments de cavalerie, on enferma trois brigades : la 1"^®, général Mezzanelli (1®*" dragons et 2® chasseurs bavarois). — La 2®, général français Montbrun (1'® et 2® de chevau-légers bavarois). — La 3® , général de brigade Lefebvre-Desnoëttes^,

premier aide de camp de Jérôme (1®"^ de chasseurs, 3* de chevau-légers et 2® de dragons wurtembergeois) .

Lorsque Vandamme arriva le 28 novembre devant Glogau, voici ce qui s'était passé en Silésie, et où en étaient alors les affaires. Le 6 novembre, le général Lefebvre, avec sa brigade, avait fait une tentative sur Glogau, puis le 10, la division de Deroy s'était présentée devant la place, l'avait investie, et le 11, avait commencé les travaux du siège. Le 15, elle avait reçu la brigade bavaroise de Lilienberg pour renfort, laquelle s'était établie sur la rive droite de l'Oder, tandis que toute la division bavaroise s'était portée sur la rive gauche. Le 18, l'autre brigade wurtembergeoise s'était rapprochée de Glogau. Le 11, la place avait été sommée inutilement; le 13, le feu avait été ouvert, mais comme on n'avait que des pièces de campagne , et comme la place paraissait vouloir se défendre, on se décida à faire venir un équipage de siège de Custrin. Les 15 et 16, dans la nuit, le feu recommença , quelques incendies se décla* rèrent, et le prince Jérôme voulut risquer un assaut dans la nuit du 16 au 17. Le général de Deroy ne répondant pas que ses troupes fussent assez hardies pour une pareille tentative , on y renonça. Berlhier écrivit le 19 à ce sujet, à Jérôme : « J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, Monseigneur, votre lettre ; Sa Majesté trouve que les observalions que vous a faites le général de Deroy sont

très-justes ; on ne peut pas prendre une ville d*assaut, quand on n'a pas fait brèche et quand il y a une escarpe et une bonne contre-escarpe ; Sa Majesté pense que ceux qui ont pu être de l'avis d'une pareille attaque ont eu très-grand tort ; car on y perdrait beaucoup de monde inutilement. »

La dernière partie de la phrase semble être un reproche tacite à l'adresse du chef d'élat-major, dont l'Empereur croyait peut-être que le conseil avait influé sur la décision de son frère. Le major général conseillait ensuite un bombardement pour forcer l'ennemi à capituler.

Cependant, le siège ne marchait pas, et cela était d'autant moins étonnant que le parc n'arriva devant Glogau que le 28 novembre, et que le 24, le prince Jérôme, sur l'ordre de l'Empereur, était parti avec les deux divisions bavaroises pour ral- Her la grande armée, laissant seulement devant Glogau les sept mille hommes de la division wurtembergeoise , dont Vandamme vint prendre le commandement supérieur le 28, au moment où les bouches à feu de gros calibre, retardées par la crue de l'Oder, parvenaient enfin sous, les murs de la place. Le général les fit conduire au village de Prostau. Un bataillon seulement bloquait sur la rive droite la tête de pont du fort de Dohm, le reste de la division était sur la rive gauche, aux travaux et aux attaques. Six mortiers, quatre gros et deux petits, quatre obusiers furent mis en batterie le 30, et au signal d'un coup de canon, le feu com-

mença. Le tir fut dirige sur les édiSces.. On voulait, comme à Magdebourg , effrayer les habitants, et amener à composition le général prussien Reinhart, qui trois fois déjà avait refusé de capituler. Qq n'avait pu, à cause des chemins défoncés et des pluies, transporter les gros mortiers au front d'attaque, mais Vandamme ne voulut pas attendre plus longtemps. Le !•' décembre, de six à neuf heures du matin, les petits mortiers et les obusiers envoyèrent des projectiles qui portèrent la désolation dans la ville* Le gouverneur parlementa toute la journée, et voyant enfin que le bombardement allait recommencer avec les bouches à feu de gros calibre, il consentit; à 9 heures du soir, à rendre la ville, basant sa capitulation sur celle de Magdebourg.

L'avant-veille, le vieux général prussien avait sollicité et obtenu de Vandamme la permission de faire sortir de la place des femmes et des enfants auxquels on avait même procuré des voitures. Le 30, il avait demandé une suspension d'armes de quatre jours, et un passe-port pour un officier qu'il voulait envoyer aux informations de l'autre côté de rOder, qui avait été refusé. Enfin, le !•' décembre, il avait écrit à Vandamme :

• Sur la parole d'honneur que vous me donnez

qu'il n'y a ni Prussiens ni Russes de ce côté de la

Vislule, je suis prêt à capituler, si vous accordez

pour première condition à la garnison la sortie

libre pour se rendre à volonté à Schweidnitz ou à Glatz, » Cette clause fut rejetée.

Le 3 décembre, les trois mille cinq cents hommes de troupes qui se trouvaient dans la forteresse défilèrent et mirent bas les armes. Les officiers furent libres de se retirer où bon leur semblait, après s*être engagés à ne pas servir jusqu'à la paix ou leur échange. L'on entra en possession de quatre cents milliers de poudre, de trois mille fusils, de deux cents bouches à feu, et de magasins de biscuit et avoine.

Napoléon se montra très-satisfait de la conduite de Vandamme en cette circonstance, il lui fit écrire par Berthier :

« L'Empereur a appris avec grand plaisir, gé* néral, la reddition de la place de Glogau. Sa Ma* jesté approuve la capitulation que vous avez faite ; elle attend d un moment à l'autre que Breslau aura signé la même capitulation.

« J'ai mis sous les yeux de l'Empereur les té» moignages avantageux que vous rendez de Tad* judant commandant Duveyrier. Sa Majesté m'a laissé espérer qu'elle l'avancerait, dans la Légion d'honneur. Aussitôt qu'elle en aura pris le décret, il me sera agréable de vous en instruire. »

La nouvelle de la capitulation de Glogau arriva à Posen où était le grand quartier général, le 2 au soir (1). Le 3 décembre, au malin, Berthier en*

(1) On attribua naturollement la gloire de cette opérutiou à

voya Tordre à Yandamme de laisser mille hommes dans la place, pris parmi les moins valides et de se porter dans le moindre délai avec le reste de la division wurtembergeoise sur Breslau. Il lui prescrivait de faire embarquer toute rarlillerie et le prévint que le prince Jérôme partait de Kalisch avec les Bavarois pour attaquer également la capitale de la Silésie.

« Le prince Jérôme commandera en chef le siège, disait la lettre de Berthier, et vous serez sous ses ordres. Je lui ai prescrit de faire faire un pont pour établir ses communications avec vous. Vous voudrez bien m'informer de votre départ et me faire connaître Tartillerie que vous avez embarcpiée pour le siège de Breslau. »

Comme nous avons nous-mêmes publié, en 1851, une histoire détaillée de la campagne de Silésie, histoire écrite sur des documents d'une vérité incon*teslable, nous abrégerons dans ce nouvel ouvrage le récit de cette guerre, nous bornant à faire con^ naître succinctement ce qui concerne Vandamme,

Le 14 novembre, pendant le siège de Glogau, les deux brigades de cavalerie Lefebvre et Montbrun avaient été envoyées devant Breslau pour chercher à intimider la garnison prussienne, La

Vandamme, bien que Jérôme eût commencé le siège et continué les opérations jusqu'au bombardement. Gela choqua lo joune prince et fut uu des premiers sujets d'une sorte do mésintelligence qui éclata à plusieurs reprises, pendant cette campagne, entre Vandamme et lui.

démoralisation des troupes ennemies était telle alors, qu'on avait espéré voir la capitale de la Silésie se rendre à la première démonstration. Les sommations adressées au gouverneur, le général Thile, furent sans effet et les Prussiens travaillèrent avec ardeur à mettre la place en état de défense.

Breslau avait 70,000 habitants , et 6,000 hommes de garnison dont 300 de cavalerie paraissant disposés à se défendre. Elle avait douze kilomètres de développement sur les deux rives de rOder qui baignait au nord le pied de ses remparts et séparait la ville d'une partie de ses faubourgs. Une première enceinte bastionnée, un fossé de 10 mètres de largeur et profond de 4 mètres , une seconde enceinte également bastionnée avec large fossé, constituaient les défenses régulières sur la rive gauche du fleuve. Sur la rive droite, elle était défendue par la petite rivière d'Ohlau, par des coupures à terres coulantes, par un petit système bastionné par une tète de pont irrégulière formant une petite île au nord-ouest de la place, enfin par une large coupure devant laquelle une petite redoute formait des rives sur un des faubourgs.

Le système général de défense de Breslau était bon, mais nécessitait une nombreuse garnison et une nombreuse artillerie. La place était bien commandée, mais la garnison était trop peu considérable; elle était bien approvisionnée et possédait

un magnifique arsenal avec le plus beau matériel.

Lorsque Vandamme se présenta devant la ville, le moral des habitants venait d'être relevé par la nomination comme gouverneur de la Silésie d'un homme énergique , le prince d' Anhalt-Pless, qui avait reçu du roi la mission et le plein pouvoir de faire des levées pour défendre le pays.

Le 4 décembre, après avoir vu défiler la garnison de Glogau, Vandamme se dirigea sur Breslau en remontant l'Oder par la rive gauche, tandis que le prince Jérôme partait le 5 de Kalisch avec la brigade Lefebvre et la division de Vrède (ou plutôt Minucci, le général de Vrède étant malade), laissant à la grande armée la division de Deroy et la brigade de cavalerie Mezzanelli, diminuée du régiment des chevau-légers du Prince Royal.

Le 5, la brigade Montbrun se présenta devant Breslau sur la rive gauche de l'Oder et en commença l'investissement. Le 6, Vandamme s'établit à 6 kilomètres de la place, au château de Lissa, et le 7 il fit, avec le colonel du génie Blein et le général d'artillerie de Pernety, la reconnaissance pour déterminer le point d'attaque.

Dans la nuit du 7 au 8, en commença le travail de la tranchée sur la rive droite. Le lendemain, le prince Jérôme compléta l'investissement sur la rive gauche. Le gouverneur, sacrifiant aux dures nécessités de la guerre, fit brûleries faubourgs'.

dont beaucoup des malheureux habitants furent recueillis par nous. Le 10, le feu commença vers six heures du matin. A une heure, le prince Jérôme, qui commandait en chef, fit sommer le gouverneur qui refusa d'entrer en pourparlers. Les travaux et le bombardement continuèrent donc; les batteries d'attaque furent rapprochées jusqu'à 180 mètres de la place. La division de Deroy que FEmpereur avait gardée en Pologne fut renvoyée par lui devant Breslau, dont on n'avait pas cru que la défense serait aussi énergique.

Vers le milieu de décembre 1806, le 9® corps tout entier se trouvait en Silésie, la division Minucci devant la capitale sur la rive gauche de VOder, soutenant la division wurtembergeoîse aux ordres supérieurs de Vandamme , la brigade Montbrun partie en observation du côté de Schweidnitz, la division de Deroy et la brigade Mezzanelli à 16 lieues de Breslau, et pouvant en deux jours être appelées au siège.

Cependant le général prussien Thile, malgré un bombardement vigoureux, se défendait avec courage, persuadé que la prochaine entrée en ligne de l'armée russe et les efforts du prince de Pless parviendraient à le dégager. De notre côté, le plus jeune des frères de l'Empereur déployait de l'activité. Il était secondé avec énergie par Vandamme, qui toujours sur pied, toujours prêt au combat, déployait les talents dont il avait donné depuis si longtemps des preuves. Le général de

Pemety, homme d'un grand mérite, secondé par le capitaine Marion, le colonel du génie Blein, poussaient les travaux sans donner un instant de répit aux Prussiens.

Un second sujet de mésintelligence éclata à cette époque entre Jérôme et Vandamme. Ce dernier et le général Montbrun ayant besoin d'argent pour payer leurs espions, firent faire une réquisition de 250 louis par leurs aides de camp, à Neumark. Le prince Tapprit, en écrivit à l'Empereur, el donna ordre aux deux généraux de faire rendre les 250 louis.

La division de Deroy et la brigade Mezzanelli forent enfin appelées au siège, et le général Thile ayant résisté à une nouvelle sommation, on fit venir de Glogau un second équipage de siège.

Le 17 décembre, le prince Jérôme fut mandé auprès de l'Empereur. Il quitta son armée le 20, laissant son chef d'état-major Hédouville chargé de concentrer le service. Vandamme eut le commandement du siège sur la rive gauche de l'Oder, te général de Deroy sur la rive droite.

Hédouville, brave homme, excellent chef d*étatïrtajor, n'avait ni les titres ni les talents militaires de Vandamme ; aussi ce dernier fut-il blessé en voyant Jérôme lui laisser en quelque sorte le commandement. Ce fut là encore un des griefs du général contre le prince. Le siège n'en continua pas moins, poussé avec vigueur. On fit le 22 une tentative qui ne réussit pas contre le bastion de

la porte d*Ohlau. II fallait opérer deux passages successifs de fossés pleins d'eau et cela par surprise, tandis qu'on occupait l'ennemi sur deux autres poinls. L'affaire manqua par suite d'un retard dans l'envoi des troupes commandées pour I^ttaque, et cela sans qu'il fût possible de dire de qui provenait la faute. Du moins tous les rapports se taisent à ce sujet.

Pendant que l'infanterie du 9® corps était occupée au siège de Breslau, la cavalerie détachée dans les environs pour éclairer le pays livrait plusieurs combats brillants. Le 17, le colonel des dragons de Latour et Taxis, à la tète de son régiment, culbuta une forte colonne de cavalerie prussienne cherchant à introduire un convoi d'argent dans la forteresse de Schweidnitz. Il fit une soixantaine de prisonniers et s'empara du convoi. Le 21, un détachement de 150 chevaux du régiment de Linange mit en déroute aux portes de Schweidnitz 300 chevaux prussiens, lui prenant. 36 hommes, 32 chevaux et un convoi de bœufs.

Cependant le prince d'Anhalt-Press, vigoureux soldat et habile général, d'une grande énergie, commençait à être en état de tenir la campagne. Il avait réuni autour de Brieg des détachements de troupes tirés des forteresses, les gardes forestiers et les douaniers assez nombreux dans cette partie de la province, des paysans, et se trouvait alors avoir un petit corps de 14 à 16,000 hommes, moitié soldats réguliers, moitié partisans. Le

24 décembre, à la tête de 5,000 combattants et avec 6 bouches à feu, il fit un mouvement sur la gauche, se porta sur Strelhen dans Tespérance de jeter une partie de ce petit corps dans Breslau, mais il était surveillé. Vandamme, informé par Mon tbrun , dirigea aussitôt sur Strelhen la deuxième division bavaroise éclairée par la brigade de cavalerie Montbrun. Après une marche forcée de huit heures, le général Minucci arrivé à Grosburg, apprit par sa cavalerie que les Prussiens étaient en position à Strelhen. Il n*avait avec lui que la 2^ brigade ; cependant il se porta vivement sur Tennemi, tandis que Montbrun tournait la position de ce dernier. Le prince de Pless vigoureusement attaqué de front et en flanc abandonna ses positions et opéra sa retraite en perdant du monde, mais avec assez d'ordre jusqu'à l'arrivée de Montbrun qui changea son mouvement rétrograde en une véritable déroute. On lui prit 800 hommes, 300 chevaux, et ses six pièces de canon.

Ce beau combat ne contribua pas peu à la reddition de Breslau. Vandamme en instruisit le gouverneur, ne lui cachant pas que s'il refusait de capituler, il allait employer contre la ville le tir à boulets rouges. Le général Thile, d'abord incrédule, ayant appris bientôt par ses propres espions l'avortement de la tentative du prince de Pless, entra en pourparlers ; mais tout à coup et sans motif apparent, il rompit la négociation. Le fait est qu'il venait de recevoir du prince l'assurance

d'être secouru souô peu de jours. Vandamme furieux mit à Tordre que le gouverneur de Breslau ayant rompu Tarmistice qu*il avait sollicité lui^ même, des mesures extraordinaires allaient être prises pour réduire la ville. Une longue instruction fut donnée aux troupes et aux généraux. L'artillerie prépara tout pour tirer à boulets ronges et mettre le feu.

Vandamme avait trop d'expérience pour ne pas comprendre que la brusque rupture du général Thile était la conséquence d'une promesse nouvelle du prince d'Anhalt. Il prescrivit donc à sa cavalerie de veiller avec le plus grand soin du côté de Brieg et de Schweidnitz. Il envoya même trois bataillons légers de la division wurtembergeoise s'établir dans la petite ville d'Ohlau, non loin de Brieg et sur la route de Breslau, pour soutenir la brigade Montbrun. Dans la nuit du 27 au 28 décembre, le feu devint des plus violents contre Breslau; 87 pièces étaient en batterie. Le 28, l'ennemi fît une sortie que les canonniers repoussèrent. Le 29, tous les ouvrages de l'attaque étant terminés et armés, on reprit le feu sans discontinuer. Le même jour, Montbrun prévint que le prince de Pless marchait sur lui avec douze mille hommes. Vandamme fit aussitôt partir pour Ohlaula division Minucci, dégarnissant ainsi fott5ément la ligne autour de Breslau. C'était où en Voulait venir le gouverneur de la Silésie qui, laissant un corps aux prifles du côté d'Ohlau, réunit

ses principales forces près du confluent de la Neiss et deTOder, vers Schurgast, pour marcher sur la capitale. Le 29, à Ohlau, 2,000 fantassins prussiens, 400 chevaux et une batterie de 6 pièces se jetèrent sur la brigade Montbrun et sur ses trois bataillons. Le général français céda d'abord du terrain, mais voyant Tennemi prendre une mauvaise position, il fit un retour offensif, le tourna, Taltaqua en flanc , lui tua 500 hommes et lui prit 4 de ses 6 canons.

Pendant ce temps-là , et dans la nuit du 29 au 90 décembre , le prince de Pless avec dix mille hommes fit une marche forcée par d'horribles chemins, évitant les postes de la brigade Lefebvre. Le 80 avant le jour, il arriva jusqu'aux bivouacs de la division de Seckendorf, sous Breslau. Voulant faire connaître au général Thile qu'il était là, il fit incendier quelques maisons du village d'Hube, et se précipita sur les hameaux occupés par le corps de siège. Vandamme prévenu se hâta de prendre des dispositions pour résister d'une part à l'attaque furieuse du prince, d*une autre à une sortie probable de la garnison. Le départ de la division Minucci rendait la position des plus critique, mais Vandamme était doué d'une grande Aiergie et d'un coup d'œil militaire exercé. Il eut bientôt tout ordonné pour faire tète â Torage. Le 13^ de ligne bavarois laissé quelque temps devant le fort de Gumbald était arrivé fort heureusement la veille au soir. Il mit sous le commandement de

son chef d'état-major, Tadjudant commandant Duveyrier, un bataillon de ce 13* de ligne, le régiment du prince Charles, celui des chevau-Iégers de Linange et une batterie légère. Duveyrier marcha sur les villages attaqués et culbuta les Prussiens malgré une vigoureuse résistance. Pendant ce temps-là, les sapeurs, les canonniers fran* çais (car ces troupes spéciales n'étaient ni bavaroises ni wurtembergeoises) debout dans les tranchées étaient prêts à mourir à leur poste. Le feu contre la place redoubla.

Après deux heures d'une lutte acharnée , le prince de Pless vit qu'il ne pouvait forcer les lignes et se replia sur Schweidnitz. Vandamme dès le commencement de l'action avait chargé le capitaine (plus tard général) Vincent un de ses aides de camp, d'essayer de passer au travers des bataillons ennemis pour rappeler la division Minucci et la brigade Montbrun. Le brave aide de camp fut assez heureux pour remplir sa périlleuse mission. Les généraux Minucci et Montbrun; sans perdre de temps, se mirent en devoir de couper la retraite du prince qui, voyant le danger, ordonna à ses troupes de se disperser et de gagner par petits détachements les forteresses du comté de Glatz et du haut Oder. Dix-huit cents hommes, treize pièces attelées et mille chevaux restèrent aux mains de Vandamme.

Cette tentative fut la dernière du gouverneur de la Silésie pour délivrer Breslau. Mieux secondé,

le prince eût pu réussir peut-être, surtout s'il n'avait pas eu pour adversaire un homme de la trempe de Vandamme,

La tentative du prince de Pless avait prouvé que les Bavarois méritaient encore le reproche qui leur avait déjà été adressé à plusieurs reprises, celui de se garder très-mal. Vandamme leur en témoigna son mécontentement par un ordre du jour du 31 décembre, tout en félicitant les troupes de cette nation sur leur bravoure, grâce à laquelle tout avait pu être réparé dans le combat du 30.

Le 9® corps reprit ses positions autour de Breslau ; un corps d'observation , commandé par Montbrun, fut lancé sur les routes de Strelhen et de Schweidnitz. Le général Thile n'avait pas essayé de sortir pendant l'action du 30, ne s'étant pas bien rendu compte du mouvement fait en sa faveur par le prince de Plesô. Malgré un bombardement de trois jours, il voulut prolonger encore la défense, mais enfin, le 3 janvier 1807, ayant fini par se convaincre de la défaite du gouverneur de la Silésie, voyant qu'une résistance plus longue ne mènerait à rien qu'à faire écraser la ville, puisqu'il ne pouvait plus espérer de secours de l'extérieur, n'ayant pas assez de troupes pour résister à une attaque de vive force, il demanda à entrer en pourparlers. L'adjudant commandant Duveyrier, envoyé dans la place par Vandamme, rapporta les articles préliminaires, signés de lui et du général de Thile.

Nous avons dit que plusieurs circonstances, légères en apparence, avaient blessé Vandamme. Des difficultés s'étaient élevées entre lui et le général Hédouville, aussitôt après le dépari du prince Jérôme pour la grande armée. Vandamme avait affecté de ne pas reconnaître Tautorite du chef d'état-major général ; Hédouville s'était plaint du peu d'égards qu'on montrait envers lui, soit en ne faisant pas connaître à temps, à l'étalmajor, ce qui se passait au siège, soit en ne prenant pas les ordres du représentant du général en chef. Un échange de lettres aigres-douces eut lieu. Le prince, instruit de toutes ces petites discussions, qui, du reste, n'entravaient en rien le service, écrivit à Vandamme le 29 décembre 1806, de Pultusk :

« Monsieur le général, je reçois votre lettre du2â. J'ai vu avec bien du plaisir l'affaire de Strehlen. Je vais en faire mon rapport à l'empereur. J'espère que le nombre des prisonniers ne se sera pas borné à 400.

• Les Russes ont été complètement battus en plusieurs endroits. Ils sont en pleine fuite. Nous leur avons fait 3 à 4,000 prisonniers et enlevé 80 pièces de canon. Ils ont repassé la Narew et nos troupes prennent position ici.

« Je pars demain pour me rendre à mon corps d'armée. Je serai à Lissa le 6, si Breslau n'est pas déjà pris.

* Je n'ignorais pas à mon départ que moa

absence ne serait que de très*peu de jours. G*est la raison qui m*a fait laisser mon chef d'état-major, afln qu'il transmit mes ordres comme si j'étais présent, Sa Majesté n'ayant pas jugé à propos que les généraux Hédouville, Deroy et Minucci fussent sous vos ordres pendant mon absence. Croyez, monsieur le général, que je sais apprécier mieux que personne vos talents, votre zèle et votre activité. »

Le môme jour, Jérôme mandait à Hédouville : f J'ai appris avec plaisir l'affaire de Strelhen, Tout ce qui s'est passé entre le général Vandamme, le général de Deroy (1) et vous, je l'avais prévu, et c'est pour cette raison que je vous avais laissé à Lissa ; je savais que ce n*était pas une conunission agréable, mais je savais également que je pouvais compter que vous feriez tout ce qu'il serait possible de faire. »

Plusieurs autres causes de mésintelligence éclatèrent entre le prince, Vandamme et Hédouville à la fin du siège de Breslau. Le plus jeune des frères de Napoléon, tout en quittant le 9® corps pour se rendre auprès de l'Empereur, entendait bien recueillir la gloire de la prise de la capitale de la Silésie. Il ne voulait partager avec personne les lauriers conquis devant cette place ; aussi fut-il

fi) Le général de Deroy avait été plaoé en dehora du cornmandement do Vandamme, qui n'avait sous ses ordres que les divisions de Seckendorf ot Minucci avec les brigades de cavalerie.

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très*mécontent que Vandamme eut envoyé son chef d'état-major au général de Thile. Il eût voulu que la sommation vint du général Hédouville, parce que celui-ci c'était lui. Il écrivit donc, le 1®' janvier, de Varsovie :

« Monsieur le général, je reçois à l'instant votre lettre du 26 décembre. Je suis fâché que vous ayez fait une nouvelle sommation au gouverneur. Vous saviez que mes intentions n'étaient pas telles. Je ne vous avais pas laissé ignorer avant mon départ que mon absence n'était que momentanée, que je ne quittais point le commandement de l'armée des aUiés, que je laissais mon chef d'état-major pour vous transmettre mes ordres, et je vois que dans tous ceux que vous donnez, vous le faites en votre nom. Le général Hédouville savait, par les instructions que je lui avais laissées, quelles étaient mes intentions. Vous ne deviez point envoyer M. l'adjudant commandant Duveyrier pour traiter avec le gouverneur, parce que c'était en mon nom que devait être faite la capitulation, et que mon chef d'étatmajor en était chargé, M. Duveyrier n'étant point le chef d'état-major de l'armée des alliés, et la place se rendant à l'armée et non pas à une division de l'armée comme à Glogau. J'espère, monsieur le général, que je ne serai pas obligé de vous faire de pareilles observations. Elles me coûtent d'autant plus que je n'ai qu'à me louer de vos talents, de votre zèle et de votre activité,

ce que je me suis fait un plaisir de laisser conoaitre à Sa Majesté TËmpereur. Je demanderai ai^'ourd'hui avant mon départ, à Sa Majesté, l'avancement que vous désirez pour les officiers de votre état-major. J'appuierai surtout la demande pour l'adjudant commandant Duveyrier. Je serai le 6 au plus tard à mon quartier général. J'espère apprendre en route la reddition de Breslau. J'écris au général Hédouville, et lui fais con-> naître à quels termes seulement je veux accorder la capitulation au gouverneur.

« Les intentions de Sa Majesté sont que vous vous portiez, sans entrer dans la ville de Breslau, avec la division de Wurtemberg et Tartillerie nécessaire, devant la place de Schweidnitz, pour en faire le siège. Au reste, cet article étant comme tous les autres dans les instructions que j'ai laissées à mon chef d'état-major, je ne doute point que, quand même la place serait rendue avant l'arrivée de cette lettre, il ne vous transmette les ordi-es que je lui ai laissés. »

Ainsi, il était interdit à Vandamme, auquel seul on devait la prise de Breslau, de mettre les pieds dans cette ville. C'était là une chose blessante et que Hédouville avait fait déjà pressentir à l'impétueux général, en lui écrivant le 26 décembre :

« S. A. I. m'a ordonné de signer en son nom la capitulation de la place de Breslau, dès que vous l'aurez faite. Mons^gneur le prince Jérôme Napoléon m'a diargé de vous transmettre l'ordre

d^aller faire le siège de la forteresse de Schweidnitz (aussitôt que nous serons en possession de Breslau), avec la division de Wurtemberg et la brigade du général Montbrun, etc. »

Il y avait en effet, dans cette défiance à l'égard do Vandamme, de quoi choquer un homme plus patient que lui. Il connaissait son mérite, sa valeur, ses services. Le prince Jérôme, le général Hédouville n'avaient été pour rien dans les combats de Strelhen, et devant Breslau, dans la reddition de cette ville. Mécontent, furieux même, il ne voulut pas laisser Hédouville signer seul la capitulation (1), et, malgré les ordres du chef d'étatmajor général, il y apposa son nom et lui écrivit :

« Je ne saurais aller à Schweidnitz que lorsque la division de Wurtemberg aura reçu ses renforts et son organisation, de manière à pouvoir me présenter devant cette forteresse sans compromettre rhonneur des alliés et le mien. Je ne puis non plus m'avancer vers cette place, que lorsque j'aurai un train d'artillerie capable d'entreprendre ce siège important. Je ne sais, d'ailleurs, si ma santé répondra au désir que j'ai d'exécuter les ordres de S. A* L, et si je ne «erai pas forcé à un repos de plusieurs jours.

(l> Hédouville, en apprenant lo 4 janvier la reddition de lU'Cslau, avait écrit ù Vandamme on lui envoyant ses noms, prciionis et qualités pour que la capitulation fût signée par lui seul au nom du prince , ce a quoi Vandamme ne voulut pas consentir.

Je ne puis vous dissimuler que la lettre que Je reçois du priuce et celle que vous m'écrivez me causent autant de surprise que de peine. Il me semble que ce n'est pas de moi qu'on devrait se jouer ainsi. Si je n'ai pas satisfait aux ordres et aux désirs du prince, en tout point, je le regi'ette beaucoup, mais du moins j'ai fait tous mes efforts pour sortir victorieusement de la situation difficile où je me suis trouvé. Enfin, si le malheur voulait que le prince fût mécontent, il est beaucoup d'autres généraux qui réussiront mieux que moi à lui plaire, sans doute, mais aucun ne saurait faire plus d'efforts pour mériter son suffrage et lui prouver un entier dévouement. J'espère, d'ailleurs, monsieur le général, que le retour de S. A. 1. me sera plus favorable que son absence.» Au prince, Vandamme répondit le 6 janvier : « Monseigneur, je ne puis dissimuler à Votre AUesse Impériale que, depuis quinze ans que je suis général, je n'ai reçu d'aucun de mes chefs les reproches amers qu'elle vient de m'adresser. Après les plus grands efforts que j'ai tout récemment faits pour sortir de la situation la plus critique, tant par rapport à l'ennemi que j'avais à repousser qu'eu égard à la composition des troupes qui se trouvaient sous mes ordres et qui m'étaient si peu connues, il m'a été plus sensible que je ne saurais l'exprimer de me voir aussi mal récompensé du service le plus difficile que j'aie jamais eu à faire, surtout de la part d'un prince

auquel jai voué un attachement si sincère et des bontés duquel j'avais osé me flatter. J'ai supporté avec beaucoup de peine la révolution que j'en ai sur-le-champ éprouvé.

« L'ordre de Votre Altesse, de marcher sur-lechamp sur Schweidnitz, porte une sorte de défense d'entrer en ville dont je me suis trouvé fort humilié. Je ne saurais vous taire , Monseigneur, que ma santé a beaucoup souffert de l'état d'inquiétude où je me suis trouvé pendant voire absence.

• « Permettez-moi de répondre au reproche que me fait Votre Altesse, sur la sommation que j'ai adressée au gouverneur, le 25 décembre, que je ne pouvais politiquement et militairement, surtout au moment où j'avais à faire valoir la défaite de Strehlen, user des moyens terribles en artillerie que j'étais sur le point de déployer, sans chercher encore à détourner de cette ville les malheurs affreux qui la menaçaient. Cette sommation n'a pas eu de succès ; mais c'eût été un grand bien qu'elle réussît.

« Enfin, il me semble voir dans toute la dernière lettre de Votre Altesse que j'ai perdu sa confiance et que j'ai eu envers elle des torts que je ne puis deviner. Sans doute quelqu'un me les a gratuitement donnés; mais j'ose espérer de Votre Altesse Impériale la justice qu'elle me doit et la prie do croire pour toujours à mon dévouement. »

Le général Hédouville répondit à Vandamme ;

« Je vous prie, mon cher général, de m'envoyer la capitulation que vous avez conclue avec le gou- A-erneur de Breslau, Son Altesse Impériale m'ayant ordonné d'en prendre connaissance et même de la faire moi-même, et se réservant de l'approuver.

* L'intention de Son Altesse Impériale, ainsi que je vous l'ai déjà mandé, est que Monsieur An-» glès, intendant de Breslau, et Monsieur Maupetit, commissaire des guerres, entrent dans cette place avec les premières troupes des alliés ; je vous prie de m'instruire de vos dispositions à cet égard.

« Son Altesse Impériale m'ayant chargé de vous transmettre l'ordre d'aller avec la division de Wurtemberg et la partie de la division Deroy, qu'il a mise sous votre commandement, assiéger la forteresse de Schweidnitz , aussitôt que Bréslaa serait rendu , m'ordonne de vous réitérer le même ordre, et de vous mander d'aller cerner Schweidnitz, aussitôt que la garnison de Breslau aura quitté cette ville.

• Je vous avoue que je n'ai pas été peu surpris de voir arriver ici à l'instant un officier et trentequatre hommes du 13® régiment d'infanterie de ligne, d'après vos ordres, pour rester en sauvegarde au château de Lissa ; cet officier était muni d'une liasse d'ordres de sauvegardes à envoyer dans le cercle de Neumarck; vous n'ignoriez sûrement pas que le quartier de Son Altesse Impériale est ici, et que les troupes sous mes ordres occu-

pent Neumarck. J'ai ordonné à cet ofQcier et à son détachement de rejoindre leur coips.

• Veuillez bien, général, ordonner au i^^ bataillon des gardes du roi de Bavière, que vous m'aviez demandé momentanément , de venir se réunir ici à son second bataillon, c'est l'intention de Son Altesse Impériale.

« Elle m'a ordonné d'entrer dans.Breslau avec la division Minucci. •

Le jeune prince ne voulut pas se priver des services d'un homme de la valeur militaire de Vandamme ; il eut d'ailleurs la satisfaction d'amour-propre de faire, le 8 janvier 1807, sou entrée solennelle dans la place que lui avait conquise son intrépide lieutenant. Horace Vernel, qui commençait alors sa carrière de peintre d'histoire militaire, fit un tableau qui représentait Jérôme Napoléon, à cheval, recevant les clefs de la ville et les hommages des habitants.

Vandamme fut surtout choqué de voir que les bulletins 48 et 50 de la grande armée, rendant compte de la prise de Breslau et des combats devant cette place, nommaient tous les généraux, excepté lui. Le prince Jérôme, qui n'avait été pour rien dans la conquête de cette place, aussi bien que le général Hédouville, étaient cités ; et de lui, Vandamme, pas un mot (1). 11 fut sur le point de

(1) Le prince Jérôme, dans un ordre du 9 janvier, relatif à la prise de Breslau, évita également de parler de Vandamme.

demander à se retirer. Cependant, le sentiment du devoir l'emporta chez lui, et malgré son mécontentement légitime, il se décida à se venger noblement, en rendant à la France, à TEmpereur et à l'armée, de nouveaux et signalés services.

Nous croyons devoir maintenant interrompre un instant le récit des faits relatifs à cette campagne de Silésie, pour expliquer d'où venait la suspicion dont Vandamme était alors l'objet.

Le général, ainsi qu'on l'a vu dans le cours do cet ouvrage, avait été plusieurs fois déjà en butte à certaines accusations, qui tout en n'ayant eu pour résultat que de constater son innocence, n'en avaient pas moins laissé de lui l'opinion fâcheuse qu'il était enclin à lever des contributions pour son propre compte.

Or, l'officier général qui commandait alors la i& di\dsion militaire, ennemi personnel de Vandamme, avait adressé à plusieurs reprises des rapports au ministre de la guerre, sur les envois faits par le général, à son domicile, à Lille. Le ministre, mis en éveil par ces rapports, avait prévenu de ces faits l'Empereur ;.des ordres secrets étaient donnés au prince Jérôme, pour qu'il eût à empêcher, à tout prix, Vandamme d'entrer dans les places conquises, dans la crainte qu'il ne fit des détournements à son profit.

Nous allons à cet égard anticiper un peu , et raconter ce qui se passa à la fin de mars.

Vandamme envoya de la Silésie, à Lille, un

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