‹ Le général VandammeChapitre 15 sur 49 · VANDAMME AU MINISTRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

VANDAMME AU MINISTRE DE LA GUERRE

■ Monseigneur, honoré de vos bontés, de votre amitié même, je me croyais digne de Tune et de Tautre ; que penser aigourd'hui, lorsque, par les ordres de Votre Altesse, Ton me déshonore à Strasbourg, tandis qu'ici, depuis quatre mois, je me sacrifie à toute heure à la gloire et au service de Sa Majesté.

• Le général Legrand, mauvais officier, sans services comme sans talents, commandant à Anspach, dénonce à Votre Altesse le passage d'un fourgon à moi, contenant ' fusils de chasse, quelques lunettes d'approche, des cartes, plans, livres, etc., quelques pièces de toile et services de table, comme si cela avait dû être un trésor; tout est visité et arrêté à Strasbourg, comme effets volés appartenant à un voleur ; c'est ainsi, qu'au nom du prince ministre de la guerre on a agi envers, ce qui m'appartient. Rien ne me peine plus que cela, puisqu'il m'aviht d'une manière fort injuste, dans un pays où dix ans de bons services m'avaient assuré l'estime des gens de bien.

« Monseigneur, Ton m*a calomnié près de Votre Altesse, et ce n'est pas la première fois. J'ai besoin de toute votre justice pour me consoler de tout ce que j'ai souffert, et s'il restait le moindre soupçon sur mon compte, ce serait ma retraite que je demanderais* Servir comme je le fais, et être traité comme je le suis, ne peut-être juste, sous le règne du grand Napoléon.

« J'attends tout, d'un prince, d'un ministre, J'ose dire d*un ami comme vous, car les preuves d*amitié que j'ai reçues de Votre Altesse, et dont je serai toujours jaloux, me forcent à croire que l'on vous trompe souvent sur mon compte. »

• Monseigneur, le fourgon arrêté à Strasbourg est le mien, il contient quelques pièces et sctviettes, des livres, des cartes, et quelques fusils de chasse, rien de prohibé ou de mal acquis ; j*ose donc prier Votre Altesse d'ordonner qu'on laisse passer ce fourgon, en payant les droits conformément aux lois de Tempire.

• Ce M. Bertitt, qui a conduit monfoui^on, est un malheureux officier qui a donné dans le temps sa démission, et qui se trouve actuellement dans la misère; il était venu me rejoindre en Presse pour avoir du pain et je l'avais renvoyé chez lui; profitant de son retour, je lui confiai ce fourgon en lui donnant de quoi payer les frais du voyage; il a dû lui-même faire cet ordre dont Votre Altesse me parle, afin d^éviter quelques dépenses en chevaux, et voilà je crois la seule

chose à reprocher à ce pauvre diable. Je prie donc Votre Altesse de terminer cette affaire, afin que les Slrasbourgeois ne s'amusent pas i)lus longtemps à mes dépens. »

Le fameux fourgon put alors entrer en libre pratique, traverser la France et arriver à sa destination. Cette fois encore on fut obligé de reconnaître que la calomnie s'était attachée à dénaturer un fait des plus simples et qui, de tout autre, eût passé sans doute inaperçu.

Nous avons voulu présenter cette affaire dans tout son développement, pour qu'on pût se rendre compte de la défiance qui planait sur la conduite du général, et pourquoi on était à son égard d'une injustice qui le blessait profondément.

L'Empereur aimait beaucoup Vandamme, mais il était sévère pour les dilapidateurs. Ce qu'on avait dit du général en mainte occasion, avait laissé dans l'esprit du souverain des défiances, et il saisit la première occasion qui lui fut offerte pour reconnaître si ses soupçons étaient fondés ou ne l'étaient pas.

L'histoire du fourgon visité à Strasbourg, tourna entièrement à l'avantage du brave général.

Revenons maintenant à la campagne de Silésic.

La petite armée commandée en chef par le prince Jérôme , ayant vingt-neuf mille hommes présents sous les araies, prit le 5 janvier, par ordre de Napoléon, le nom de 9* corps de la grande

armée. Le jeune prince, arrivé en toute hâte pour se montrer en vainqueur , vit défiler la garnison de Brcslâu, tandis que Vandamme se rendait de sa personne devant Sohweidnitz. Brieg fut investie en même temps. Le général en chef resta à Breslau avec une réserve de six mille hommes, pour envoyer à la grande armée tout ce qu'on pouvait tirer de la conquête en munitions de guerre et de bouclie.

Le général de Deroy fut chargé de s'emparer de Brieg avec cinq mille cinq cents fantassins de sa division, huit cents cavaliers de la brigade Mezzanelli et six batteries servies par mille canonniers, plus un matériel de huit grosses bouches à feu.

Vandamme , avec la division wurtembergeoise, mit ses troupes en marche le 9 janvier, sur deux colonnes, la première formée de neuf cents cavaliers composant la brigade Montbrun, et de quatre bataillons légers, deux mille six cents fantassins, avec six pièces de six et quatre obusiers. La seconde, commandée par le général de Seckendorf, avec huit cents fantassins des régiments de ligne et dix bouches à feu. Le parc de siège n'arriva devant la place assiégée qu'à la fin du mois. Une centaine de soldats du génie et d'artillerie français furent désignés pour être adjoints aux troupes, dont l'effectif total ne s'élevait pas à plus de six mille cinq cents hommes. Elles furent renforcées le 18 de mille cinq cents combattants envoyés de Glogau.

Schweidnitz était alors une des places les plus fortes de l'Europe. Elle était surtout de premier ordre à cause de ses mines *et de ses batteries casematées. Elle avait une garnison assez nombreuse , des approvisionnements pour neuf mois , en un mot, elle passait pour imprenable. Située dans une belle position , sur un plateau au pied duquel coule le ruisseau nommé la Weistritz, elle avait une ancienne enceinte environnée de plusieurs grands forts étoiles à doubles enceintes, reliés par de longues courtines brisées flanquées par des lunettes intermédiaires. Le développement total de ces fortifications embrassait quatre fronts, celui du côté du ruisseau, susceptible d'inondation, était le plus fort. Les trois autres étaient entièrement coutre^minés. La place avait en outre des ouvrages détachés battant au loin la campagne, et empêchant les approches.

Schweidnitz, en 1807 , au moment où Vandamme se présenta sous ses murs, présentait donc de grandes difficultés pour son attaque. Sa situation en avant des montagnes du comté de Glatz, entre Breslau et Brieg, non loin de Neiss, de Glatz et de Silberberg , en faisait un point stratégique de la plus haute importance. Sa garnison, commandée par le lieutenant colonel de Haxo, se composait de deux bataillons (mille six cents hommes), de six dépôts (six cents soldats), de <iuatre cents cavaliers montés, de cent artilleurs, ^^ quarante mineurs , de cinquante invalides ,

total, trois mille anciens militaires, plus de deux mille cinq cents conscrits.

Les opérations devant cette place peuvent être divisées en deux périodes. L'investissement et le blocus du 10 au 81 janvier; le boipbardement de la fin de janvier au 7 février 1807.

Vandamme, comme on le voit, avait des moyens fort restreints, comparativement à ceux de l'ennemi, pour s'emparer de Schweidnitz, puisque la garnison de la place était presque aussi forte que le corps mis à sa disposition pour l'attaque. L'Empereur comptait beaucoup sur l'énergie et la profonde connaissance de la guerre du général : il ne se trompait pas. Ce dernier, avec ses sept à huit mille hommes, ne pouvait faire un siège régulier, il ne pouvait même investir la ville que par un système de patrouilles volantes, il le comprit et se décida à un bombardement.

Le 10 janvier, il arriva avec ses deux colonnes en vue de la place qu'il investit , en occupant les hauteurs voisines. Tous les postes ennemis se replièrent et rentrèrent, mais la garnison essaya presque immédiatement une sortie , dans le but d'incendier un faubourg où l'assiégeant aurait pu se loger. Elle exécuta son projet, mais perdit quelques hommes. Le lendemain, 11 janvier, Vandamme somma le gouverneur, qui parut fort choqué qu'on osât lui demander de rendre , sans l'avoir attaqué , une forteresse comme la sienne. La place fut resserrée et on se mit en commurri-

cation avec la division de Deroy occupée devant Brieg, attendant pour agir efQcacement Tarrivée de l'équipage de siège, les outils, matériaux et les munitions nécessaires. La nuit on fit quelques dé* monstrations pour fatiguer la garnison qui^ le 14, tenta inutilement une petite sortie. L'eau arrivait en ville par deux tuyaux qui l'amenaient des montagnes voisines ; on les rompit le 17, et l'ennemi pour s'en procurer et en puiser au ruisseaU; fut contraint de faire une sortie le 18. La ville commença à souffrir et à être inquiète, bon nombre de déserteurs se présentèrent aux avant-postes de Vandamme. Dans la nuit du 19, le général fit tirer six coups par obusier, et le feu prit à l'intérieur. On voulut détourner le cours de la Weistritz, pour priver complètement les défenseurs d'eau potable ; mais cette opération difficile ne réussit qu'imparfaitement. D'ailleurs, il existait des puits à Tintérieur. Le 24, le gouverneur tenta un coup de main hardi, et chercha à enlever un poste de cent hommes qui se tenait près d'un des ouvrages extérieurs. Il ne réussit pas. Le général Bertrand avait été envoyé pour faire un rapport à TEmpereur et pour reconnaître la place ; deux officiers de génie venaient également de se rendre au quartier général de Vandamme ; ce dernier se décida alors à faire ouvrir la tranchée dans la nuit du 25 au 26. Une forte gelée ne lui permit pas d'exécuter son projet.

A cette époque, Vandamme reçut du général

Page 1