‹ Le général VandammeChapitre 28 sur 49 · SIS · texte numérisé non relu

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90 peaux de bœuf et 600 aunes de toile, ou bien 7,200 florins en argent, si les objets à fournir n'existaient pas. On assure que la crainte d'être maltraités détermina les habitants à payer 3,125 florins;

« 2^ Que des chasseurs wurtembergeois exigèrent à Feldbach, outre 12 bœufs, 400 peaux de veaux, ou leur prix en argent. Ils en obtinrent à peu près le quart ;

• 3^ Que M. le général de Hugel a frappé sur Tarrondissement d'Herberstein une réquisition de 496 paires de souliers, que le gouvernement de Styrie annonce lui avoir été payés, moyennant une somma de 3,472 florins, et qu'il a été frappé eo outre une autre contribution de 1^800 florins sur la commune de Feldbach •

« L'Empereur est très-mécontent que des offi^ ciers wurtembergeois aient exercé des actes de cette nature, qui tendent naturellement à ôter aux habitants des pays conquis les moyens de remplir les réquisitions légales qui leur sont faites et d'acquitter le montant des contributions auxquelles ils sont imposés. Sa Majesté ordonne, en coqs6t quence, que vous fassiez punir les coupables et que vous preniez des mesures pour réprimer se* vèrement de semblables abus.

« Faites-moi connaître, général, les dispo^itim; que vous aurez prescrites pour remplir à cet égard les intentions de Sa Majesté. > . Vandamme essaya encore de pallier raffaipe en

Tépondant au major général qu'il avait la certitude que toutes les réquisitions avaient été employées au bien-être des troupes, qu'il espérait que l'Empereur serait moins irrité en apprenant que le soldai avait seul recueilli les avantages des réqui* sitions illégales.

Toutes ces affaires désagi*éables avaient fortement impressionné le général, qui ne cessait de solliciter un autre commandement ; aussi appritil avec grand plaisir, le 14 octobre, que le 8* corps devait se mettre en route le lendemain pour rentrer dans les États de Wurtemberg, et que luimême allait avoir une nouvelle destination.

Les Wurtembergeois partirent le 15, en effet, passèrent le pont de Vienne et vinrent à Krems ; mais, dès le 19, leur général en chef reçut de nouvelles plaintes contre les troupes d*avant-garde du général Hugel.

Le chef d'état-major écrivit de Ki'ems au général de WooUwarth, au nom de Vandamme, une lettre trés-sévère, et mit à Tordre qu'un officier, qui s'était permis d'exiger 1,000 florins d'une commune, avait été incarcéré et allait être jugé par un conseil de guerre ; que pareils faits déshonoraient le corps, et que le général en chef rendait les colonels responsables de pareils délits.

Vandamme, resté à Vienne, avait sollicité 6 plusieurs reprises une audience de l'Empereur sans pouvoir Tobtcnir. Le 16 octobre, il adressa lalettre ci-dessous à Napoléon :

« Sire, depuis mon retour do Styrie, j'ai soUicilé à plusieurs reprises une audience particulière de Votre Majesté ; mais n'ayant pu obtenir cette faveur, j'ai l'honneur de la prier de daigner me permettre de réclamer quelques-uns de ses instants.

« Je ne dissimulerai point, Sire, que depuis longtemps j'ai le cœur navré. J'ai tu, je puis dire ma douleur, tant que la reprise des hostilités est restée incertaine ; mais aujourd'hui que Votre Majesté vient de nouveau de donner la paix à la France, je crois pouvoir lui exposer mes chagrins. Il m'est sans doute bien pénible. Sire, de demeurer dans le profond oubli qui m'accable, tandis que je vois toute l'armée française comblée de bienfaits, de faveurs, et que, sous mes yeux, mes égaux sont gratifiés de rangs, de dignités et de fortunes immenses. Je sais qu'on cherche à faire croire que, moi aussi, je possède de graAds biens ; mais, s'il s'agissait de les dénombrer, ils paraîtraient bientôt faiblement réduits, et je n'en citerai ici qu'un exemple : ma dotation en Weslphalie, qui m'est comptée pour 30,000 francs net, lorsqu'au moyen des retenues que j'éprouve, ces revenus s'élèvent à moins de 20,000 francs.

« Que dois-je penser maintenant. Sire? que penseront ma famille et tous ceux qui me connaissent ? Suis-je frappé de disgrâce ou m'est-il encore permis de compter que je conserve les bontés de Votre Majesté ? Sans doute, si l'on jette un regard

sur ma conduite, Ton doit me croire plutôt envi* Yoimé de la bienveillance de Votre Majesté que supportant l'amertume d'une défaveur. Qu'il me soit permis de rappeler ici à mon souverain rattachement inviolable qu'à toutes les époques je n'ai cessé de porter à lui et à sa famille, ce que j'ai fait sous ses yeux, et de fixer son souvenir sur des événements plus récents. Donawerth, Abensberg, Ratisbonne et Eckmulh. Votre Majesté alors daigna me faire des promesses, et il m'est douloureux de n'en voir réaliser aucune. Si je n'ai pas eu le bonheur d'assister à Wagram, chacun sait que j'ai presque gémi de ce que Votre Majesté m'avait jugé utile à un autre poste, et que je me suis désespéré de ne point aller partager les dangers de Votre Majesté à celte glorieuse journée.

(c Je ne puis donc qu'attribuer aux insinuations mensonjgères de mes ennemis secrets laffliction que j'éprouve aujourd'hui, et s'il m'est réservé de la subir encore, je prie instamment Votre Majesté de me permettre de me retirer chez moi. La paix me détermine à lui faire celte demande. Si la guerre eût continué , j'aurais, sans chercher à en tirer aucun mérite, abandonné mes intérêts pour en songer qu'à ceux de Votre Majesté. »

C'est au moment où il avait le cœur ulcéré par ce qu'il considérait comme une sorte de disgrâce, que Vandamme, dont le zèle ne s'était pas démenti

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un seul instant, reçut du commandant 6n second des troupes wurtembergeoises, le général de Wollwarth, la lettre suivante :

« Monsieur le général, comme il parait, par votre lettre du 17, que vous allez bientôt quitter l'Allemagne et que vos relations avec le corps d'armée de Wurtemberg cesseront, je prends la liberté de vous faire observer. Monsieur le général, qu'il y a encore un officier général à qui vous devez réparation.

« C'est M. le général de Hugel, que vous avez grièvement offensé à Mautern, en présence des officiers de votre suite et de vos ordonnances, et qui insiste à obtenir de votre part réparation convenable.

• Gomme il serait cruel pour moi que votre départ fût marqué par une scène d'un état trèssérieux, je vous prie, Monsieur le général, de satisfaire le général de Hugel d'une manière publique, ce qui, pour un général en chef qui quitte son corps d'armée et qui ordinairement prend congé dans un ordre du jour, ne peut guère être difficile.

• J'en appelle à votre justice. Monsieur le général, et à la bonté de votre caractère et qui ont toujours percé par la vivacité de votre tempérament et qui, dans cette dernière occasion , seraient à leur place pour honorer encore davantage votre souvenir. »

Vandamme, hors d'état de se contenir plus

longtemps, écrivit au comte de WoUwarth le 19 octobre :

• Je reçois à l'instant votre lettre en date de ce jour et m'empresse d'avoir l'honneur d'y répondre. Que penser de vous, Monsieur le général, qui avez signé cette lettre? A qui donc croit-on avoir affaire ? Le général Hugel ignore-t-il qui je suis ? Quoi ! j'ai grièvement offensi ce général -major à Maulern, parce que je lui ai reproché sa néghgence, la fausse position qu'il avait fait prendre à son artillerie, le tort qu'il avait d'avoir trop dispersé ses troupes, Tinsouciance qu'il avait montrée eu ne visitant pas ce jour-là toute la ligne, tandis que l'ennemi pouvait au premier passage tout enlever, ce qui serait effectivement arrivé sans la reconnaissance que j'ai faite moi-même, puisque le lendemain les Autrichiens, à deux heures du matin, avaient déjà dépassé les positions où étaient la veille les canons du général Hugel ? Je lui représentai la générosité de son roi, de qui il venait de recevoir une épée d'honneur, et je lui lis des reproches en termes sévères, mais nullement inconvenants. Je l'ai envoyé aux arrêts, simplement pour l'éloigner de moi, parce qu'il était fort impertinent. Ce général s'est plaint à son frère, l'envoyé de votre roi, je crois, à Sa Majesté ellemême. J'ai feint de tout ignorer, je ne m'en suis pas plaint à l'Empereur qui aurait sans doute renvoyé le général de Hugel de l'armée. J'avais l'ha* bitude de traiter ce général peu respectueux, avec

indulgence, je puis même dire avec trop de bonté. Vous-même, Monsieur le général, avez été indigné de sa conduite et surpris de mon indulgence. Aujourd'hui, vous êtes son avocat et, oubliant ce que vous devez à votre rang et au mien, vous m'adressez une lettre qui étonnera beaucoup Sa Majesté l'Empereur, à qui je vais l'envoyer. Il paraît. Monsieur le général, que vous vous êtes entièrement laissé circonvenir par l'indigne hypocrisie de quelques gens de ceux qui vous entourent et dont vous vous êtes si souvent plaint à moi de confiance. Je n'ai qu'un seul reproche à me faire envers le général Hugel, c'est de lui avoir donné une réputation fort au-dessus de son mérite, et de l'avoir toujours trop bien traité à tous égards. Trop de braves officiers de tous grades de vos troupes en sont convaincus. Lui-môme doit en convenir.

« Il a plu à Sa Majesté l'Empereur de me confier le commandement des troupes de Wurtemberg en Silésie et en Allemagne. L'on sait assez partout ce que j'ai fait pour leur gloire et pour leur bien-être. La masse de vos officiers et de vos soldats m'a payé de reconnaissance. Je méprise quelques intrigants qui croient gagner quelque chose à être ingrats. Nos deux souverains finiront par les connaître et en feront bonne justice. Je ne sais pas encore si vos troupes cesseront d'être sous mes ordres. Sous peu nous connaîtrons nos nouvelles destinations. Quelque chose qui m'arrive,

je me rappellerai toig'ours des officiers qui ont bien servi. »

En transmettant à Berthier la lettre du comte de WoUwarlh et sa réponse à cet officier général, Vandamme envoya aussi les rapports de son chef d'état-msyor Revest, puis il écrivit lui-même à Berlhier :

• Au moment où je me disposais à donner communication à Votre Altesse de la lettre que vient dem'écrire M. le lieutenant général de Wollwarth et de celle que je me suis empressé de lui répondre, j'ai reçu de Tadjudant-commandant Revest, chef de mon état-major, le rapport que je joins ici et qui me signale de nouveaux abus commis par les troupes de Wurtemberg. Je dois d'abord convenir d'un tort que je me suis acquis visà-vis de moi, c'est d'avoir partout proclamé l'éloge de ce corps d'armée dont le commandement n'a été pour moi qu'un long tissu de désagréments les plus amers, et d'avoir cherché cent fois à lui assurer une réputation aux dépens de ma vie. Il est temps enfin, Monseigneur, que je ne dissimule plus des fautes qui, en définitive, me sont plus ou moins attribuées et qui ont toujours porté à mon honneur des atteintes dont je n'ai cessé d'être victime. Votre Altesse, en prenant connaissance du rapport que j'ai l'honneur de lui transmettre, verra que les troupes du général Hugel viennent, pour ainsi dire sous ses yeux, de frapper une assez forte contribution, qiioique nous soyons en paix ,

et ont cominid les plus grands désordres vis-à-vis des habitants qui ont refusé de payer. Une action plus noire encore que j'ai à reprocher aux troupes de Wurtemberg et qui doit m 'être la plus sensible, c*est d'avoir, à une certaine époque, à Freystadt, demandé une somme de 16,000 florins ; d'avoir fait paraître devant le général Vandarame qui, cependant, n'avait jamais dépassé Neumarck, un magistrat âgé à qui Ton a fait subir le traitement le plus inhumain. Je ne parlerai point de toutes les exactions qui se sont commises en mon nom, des abus qui se sont glissés malgré ma surveillance active, malgré mes remontrances et au mépris de toutes les mesures que j'ai pu prendre. Tous les soins que je me suis donnés pour cacher autant d'actes d'une conduite si coupable ont été payés de l'ingratitude la plus insigne. L on a cherché à me nuire et peut-être y est-on parvenu. Ce n'est point ici, Monseigneur, le désir de vengeance qui me conduit à faire connaître la vérité. C'est pour la vérité elle-même que je souhaite fixer Votre Altesse sur ces différents faits et aussi pour mon intérêt personnel, puisque, par une patience trop infatigable, ma réputation a été attaquée à différentes reprises, pour avoir traité avec trop d'indulgence des gens qui, en faisant peser sur moi tout le mal qu'ils commettaient, rapportaient à eux seuls le bien que par mon zèle je procurais à ce corps de troupes, etc. » Le major général s'empressa de transmettre à

TEmper^r la lettre du général de WoUwarth. Il pria Vandamme de venir dtner chez lui le 20, et manda au général wurtembergeois : « Vous avez oublié que vous écriviez à un général sous les ordres duquel vous êtes. En attendant la réponse de Sa Majesté et la décision du roi, vôtre souverain, je vous rappelle, Monsieur le général, à votre devoir et au respect que vous devez à celui qui vous commande. Vous serez responsable, Monsieur, des suites d'une démarche aussi inconsidérée, »

Le comte de WoUwarth ne s'attendait pas à une telle solution ; il se hâta d'écrire à Vandamme, le 21 octobre 1809, de Krems :

« Je suis au désespoir de l'effet que ma lettre a fait sur vous, effet tout à fait contraire à celui que j'en attendais.

« Il ne s'agissait pas de vous faire un affront, Monsieur le général, j'ai voulu en appeler à votre justice et à votre bonté, pour vous prier de vouloir bien réparer le tort que vous avez eu envers le général de Hugel.

« Ce ne sont pas les arrêts ni les reproches qui pouvaient l'offenser, c'était un mot inconvenable; un autre mot, une mention honorable dans uii ordre du jour, aurait tout réparé, et je crois que ni votre dignité, ni votre qualité de général en chef n'en auraient reçu la moindre atteinte. »

Vandamme apprit du major général, le 20, que

les Wurtraabergeois , dont l'Empereur était mé-

di(3crement satisfait, passeraient sur la rive gaucho du Danube, où ils attendraient de nouveaux ordres. A Krems , au moment du départ, une nouvelle plainte arriva au chef d'état-msgor. Des soldats, et même un officier, avaient maltraité un petit poste français.

Enfin, le 28 octobre, le ministre de la guerre reçut de l'Empereur l'avis que Vandamme allait se rendre, en toute diligence, à Anvers, pour y prendre, sous le duc d'Istrie, un commandement dans l'armée du Nord, attendu la connaissance qu'il avait de ce pays, mais qu'il resterait à la tête des troupes de Wurtemberg jusqu'au 20 novembre, époque de l'évacuation de Vienne.

Vandamme, fort aise d'être débarrassé du contingent wurtembergeois, fort mécontent de ces troupes alliées, assez peu satisfait de la campagne qu'il venait de faire, pendant laquelle il avait déployé vigueur, talent, bravoure et dévouement, quitta Lintz le 19 novembre, Passau le 20, et revint en France. Il fut d'abord chez lui, à Cassel, puis il se rendit à Paris au commencement de janvier 1810, affirmant que l'ordre écrit d'aller à Anvers, prendre le commandement des deux divisions de l'armée du Nord du général Reille, ne loi était pas parvenu. L'ordre ayant été réitéré par Berthier, Vandamme déclara que sa blessure, reçue àEckmuhl, s'était rouverte, qu'il était fort souffrant et que le climat humide de la Zéiande lui étant con* traire, il demandait un congé de quelques mois.

L*Empereur accorda sans hésiter un congé de deux mois au général; mais vingt jours plus tard, le 27 janvier 1810, il fît donner brusquement, par le ministre de la guerre, Tordre â Vandamme de se rendre en poste à Berg-op-Zoom, pour servir sous le maréchal Oudinot, dans l'armée du Brabant.

Le général resta à Paris, alla trouver Napoléon qui avait oublié le congé donné et fut autorisé à en profiter. Les choses en étaient là, lorsque, le 7 février, un nouvel ordre lui enjoignit d'aller à Boulogne-sur-Mer, pour prendre le commandement du camp en remplacement du général Sainte- Suzanne, rappelé à Paris. Cette fois, Vandamme n'osa pas refuser. Il se rendit donc , le 21 février 1810, à son corps d'armée, composé de deux divisions, à la tète desquelles se trouvaient les généraux de brigade Legrand et Sarrazin. Ces divisions étaient formées par les cohortes de la Somme, de la Seinç, de la Seine-Inférieure, de TYonne, et par quelques compagnies de marine, d'ouvriers militaires, d'ouvriers d'artillerie, donnant un total d'environ 6,000 hommes. Le général de brigade Harty était chef d'état-major de ce petit corps, qui ne convenait à Vandamme que par sa proximité de Lille et de Cassel, où il avait sa famille et ses intérêts.

Le général inaugura ses nouvelles fonctions par un trait qui fut désavoué par l'Empereur.

Voici, à cet égard, les documents officiels que

nous ferons suivre de la lettre explicative de Vandamme.

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