II
« Les autorités civiles et judiciaires sont priées de concourir de tous leurs moyens à faire connaître ceux qui pourraient compromettre les bons habitants du pays et l'armée. Le moment est venu de se montrer tout entier au souverain et fortement attaché aux devoirs de sa place.
« De toutes parts, des corps nombreux accourent de Tancienne France pour vous secourir et prou* ver à nos ennemis, quels qu'ils soient, que Ton ne touche pas impunémeut au territoire du grand Empire. De nouvelles victoires vous rendront bientôt cette sécurité que de lâches alaimistes vous ont un instant fait perdre • L'Empereur veille et pourvoira à tout; restez-lui fidèles; ses ennemis n'ont jamais été longtemps heureux. >
La mission de Vandamme dans les départements du nord devenait de jour en jour plus impor*tante et plus difficile. Napoléon lui prescrivait de prendre des mesures promptes et énergiques pour réprimer les insurgés, de faire des exemples très-sévères, de réoccuper les côtes, de rétablir les batteries de côte abandonnées, de tenir en force la ligue du Weser, etc.
Le 29 mars, le général manda d'Osnabruck au major général qu'arrivé la nuit, il avait trouvé son 1^' bataillon de marche et serait le surlendemain à Brome ; qu'en traversant Munster il avait vu les autorités et passé la revue de quatre bataillons; qu'il apprenait à l'instant que les insurgés de Brenierleké avaient été réduits, le fort repris, et qu'on
y avait tué cent cinquante révoltés , quarante Anglais, et que l'un des chefs de Tinsurrection, Jean Boucher, avait été fusillé.
Dans les premiers jours d'avril , Vandamme apprit par une dépêche de Tétat-m^jor général que le prince d'Eckmûlh ayant reçu le commandement de toute la ligne de TElbe, de Magdebourg à la mer, la ââ^ division était sous ses ordres, et que lui-mâme par conséquent se trouvait devoir obéir au maréchal, et correspondre avec lui. Il restait néanmoins revêtu du titre de commandant supérieur des trois divisions se réunissant dans la 32® division territoriale, lesquelles étaient : celles des généraux Garra-Saint-Gyr, Dufour et Dumonceau. La mission des troupes qui les formaient était de marcher sur les rassemblements, de désarmer le pays et de faire de sévères exemples. Elles devaient, une fois les côtes et les batteries réoccupées, se porter sur Lunebourg, Haarbourg, Hornebourg, Guxhaven, se placer sur la* rivé gauche de TElbe de façon à reprendre Hambourg lorsque le moment serait venu.
Vandamme avait espéré rester seul commandant' ea chef de la 32* division militaire, il fut médiocrement satisfait d'apprendre qu'une fois encore il était sous les ordres de Davout.
Toutefois, il ne laissa rien percer de sa contrariété, et il continua à servir, comme il avait Thabilude de le faire, avec une activité, un dévouement au service de l'Empereur et de la France, avec
une fermeté, une vigueur bien appréciés de Napoléon.
Le 15 avril, il écrivit de Brème au major général.
« Monseigneur, l'Empereur ayant daigné me laisser la plus grande latitude et me dire qu'arrivé à Brème je serais le maître d'agir d'après les circonstances, j'ai pensé qu'en ce moment l'objet essentiel était de calmer les esprits et de rétablir l'ordre. Ce résultat est complètement obtenu, je puis en attester MM. les préfets. Maintenant je vais faire réoccuper les bords de l'Elbe et observer Hambourg par les troupes que commande le général Garra-Saint-Gyr. Mes bataillons se porteront sur la côte au fur et à mesure qu'ils arriveront. Les derniers bataillons formeront une résene sur le Weser. Je crois que ces mesures compléteront mes premières opérations. De nouvelles circonstances détermineront de nouvelles dispositions.
« Le roi de Westphalie, Monseigneur, 'm'a donné connaissance d'une lettre en date du 29 mars , par laquelle le vice-roi annonçait à Sa Majesté que la colonne qu'il avait dirigée sur Werben était entrée dans la ville le 27 au soir et y avait culbuté un millier de Gosaques qui la défendaient; que cependant il était déjà passé le général Gzernichen avec un duc d*CEls et un général hanovrien, et que leurs troupes, consistant, dans environ 3,000 chevaux et 3,000 hommes
d*infanterie, s'étaient dirigées à Sahausen et paraissaient vouloir gagner le Hanovre dans Tespérance de Tinsurger. Je me suis empressé de faire les dispositions nécessaires pour arrêter les progrès de ce corps. Je ne puis encore confier mon rapport au papier; mais, dès que je serai sûr des communications, j'aurai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence des mesures que j'ai prises et du résultat qu'elles auront produit.
• P.'S. — D'après les nouvelles que je reçois à l'instant, il paraîtrait certain que ce corps ennemi n'a pu continuer sa marche sur le Hanovre et qu'il a eu un engagement avec le général Morand, car on a entendu hier une canonnade du côté de Totstedt, Un officier français, qu'on va envoyer interroger, est arrivé blessé à Ottersberghée. Les communications avec le général Morand ont sans doute été interceptées, puisque jusqu'aujourd'hui on n'a pas reçu de ses nouvelles.
« Le bruit court que Tennemi a un fort poste à Celle, ce qui pourrait aussi faire croire qu'il s'est porté sur le Hanovre et qu'une partie du corps seulement a été engagée avec la division du général Morand. »
Rien ne pourra mieux faire connaître la situalion des choses à cette époque, dans la 32* division militaire, que les lettres suivantes, émanées de divers personnages :
LE GÉNÉRAL CARRA-BAmT'^GTH AU GENBBAL MOUTOR.
« Brème, 1" avril 1813.
« Mon cher général, j'ai reçu la lellre que vous m'avez fait Thonneur de m écrire d'Utrecht, le 28 mars.
« Les temps sont changés, si vos instructions ne le sont pas; il est prudent pour vous de ne plus compter sur la division danoise •
« J ai dû passer sur la rive gauche de l'Elbe pour y prendre position , je l'ai quittée momentanément pour empêcher l'insurrection dans le département du Weser de faire de trop grands progrès. Le lieutenant général Vandamme ayant porté son quartier général à Brème, je pars aujourd'hui pour me joindre avec les troupes à ma disposition au général Morand, et tenir sur la rive gauche de l'Elbe.
« Voilà, mon cher général, mon histoire en raccourci; le sort, sur mes vieux ans, ne m*a pas destiné à d*heureuses aventures; cependant je pousserai ma carrière tant que mes forces me permettront de suivre l'Empereur. »
VANDAMME AU MAJOR GÉNÉRAL
« Br^me, 3 avril 1813.
« Monseigneur, j'ai reçAi la lettre que Votre Excellence m'a écrite le 30 mars. J'ai de suite fait
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connaitfe à MM. les préfets d*OsnabrUck , Brème et Hambourg, que l'Empereur ordonnait que les départements composant la 32® division fussent mis en état de siège.
« J'avais déjà, Monseigneur, fait mes rapports au prince d*Eckmûhl ; je les lui continuerai et m'empresserai d'exécuter les ordres qu'il me donnera pour le service de Sa Majesté.
« Les instructions que Votre Excellence m'adresse par sa dépêche du 30 seront ponctuellement suivies. Elle voudra bien être persuadée que je ferai tous mes efforts pour remplir le mieux pTossible les intentions du souverain. •