‹ Le général VandammeChapitre 43 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

sa bravoure et ses talents Qiilitaires, mourut quelques heures après.

« L*ennemi prit position à une lieue en avant de Kulm, sa gauche du côté de Tœplitz, et sa droite dans la direction de TElbe et d'Aussig.

« Le l^*" corps prit position immédiatement en avant de Kulm, sur la hauteur, sa droite aux montagnes, et sa gauche sur les mamelons, dans la direction d^Aussig.

« Le 30, à 8 heures 1/2 du matin, l'ennemi fil déboucher par Tœphtz deux fortes colonnes d'infanterie ; une tourna de suite la gauche du corps d'armée et l'autre vint en attaque sur Kulm ; dès le matin il s'était emparé en force du col de Hellendorf.

« Dans cette situation, on ordonna au 1*' corps la retraite sur Hellendorf.

« La V^ et la 42* divisions, qui tenaient la droite de la ligne, ne pouvant arriver sur Kulm, se jetèrent dans les montagnes, à droite.

« La 2* division, la brigade Quiot de la 23® division, deux bataillons du 46* et un bataillon du 72®, qui étaient de la brigade Reuss, se trouvèrent engagés avec toute rartillerie et les bagages du 1®' corps.

« Une partie de la cavalerie avait fait une trouée, l'autre avait gagné dans les montagnes à droite, après avoir combattu.

« Les troupes qui étaient au combat firent des efforts extraordinaires; la colonne ennemie qui

avait pris position, dès le matin, à Hellendorf, et qui avait descendu le col, éprouva de très-grandes pertes. Elle fuyait de toute part, abandonnant son artillerie ; mais la colonne ennemie qui se porta sur Kulm, n'ayant trouvé aucune résistance, vint tomber sur ce qui restait encore de la 2® division, de la brigade Quiot et de la brigade Reuss* La fortune changea de face; le 1**^ corps perdit son artillerie, ses bagages et son général en chef qui fut fait prisonnier.

« Les autres officiers généraux et d'état-major,

perdus dans l'affaire du 30, sont indiqués sur Tétat ci-joint au présent rapport.

« Sa Mfigesté Impériale a ordonné la réunion

du 1*"^ corps en 25 bataillons, conformément à

Tétat de situation ci-joint. •

L'Empereur apprit la nouvelle du désastre de Kulm dans la nuit du 30 au 31 août* Il fit écrire, .à 5 heures du matin, à Saint-Cyr, de couvrir la roule de Peterswalde à Dresde ; à Mortier, de prendre position en avant de Pirna ; à Marmont, de s'établir à la droite du 14® corps, ayant le duc l dejteilune sur sa propre droite. Il craignait que rennemd ne voulût se porter sur Dresde.

Dans la journée, plusieurs rapports furent faits à TEmpereur sur laffaire du 1®^ corps. Le baron de Trobriant, dans le sien, écrivit : « On ne sait rien de positif sur le général Vandamme. Un officier de son état-major a assuré à M. le mare-

chai duc de Trévise qu'il s'était brûlé la cervelle. »

C'est après avoir reçu ce message que l'Empereur écrivit au duc de Raguse, le i" septembre: • Mon cousin, le duc de Tarente est aujourd'hui sur Goerlitz. S'il continue à se laisser pousser, il serait possible que je fusse obligé de marcher le 3 sur Bautzen. Mon intention est d'y mener votre corps avec ma garde. Soyez donc à Dippoldiswalde, de manière à pouvoir, en un même jour, passer les ponts à Dresde. Ce malheureux Vandanime , qui paraît s* être tué, n'avait pas laissé une sentinelle sur les hauteurs, ni une réserve nulle part ; il s était engouffré dans un fond , sans s'éclairer en aucune façon. Cependant il m'arrive beaucoup de monde de son corps ; presque tous les généraux sont arrivés, et il est aussi arrivé déjà 15,000 hommes ; de sorte que je pense que ma perte ne sera que de 4 à 5,000 hommes. »

Le lendemain, l'Empereur manda à Berthier : • Mon cousin, le secrétaire particulier du général Vandamme se trouve à Dresde. Faites mettre les scellés sur ses portefeuilles. Vous en retirerez tous les papiers relatifs à l'armée ou aux affaires d'État ; et les papiers particuliers du général seront cachetés et envoyés à sa famille. » Vandamme ne s'était pas tué; nous dirons plus loin ce qu'il était devenu. L'Empereur l'accusait injustement de s'être engouffre dans un fond,

sans s'éclairer. Vandamme n'avait agi ainsi que sur des ordres formels. On n'était pas fâché de voir disparaître les traces de ces ordres ; on fit arrêter son secrétaire pour saisir les papiers du général. C'était peine inutile. Vandamme avait donné lecture de ces ordres à plusieurs de ses généraux, entre autres au général Haxo, et, au moment d'être fait prisonnier, il les avait anéantis.

Ce que nous avançons là ressort, non-seulement de ce que lé général a écrit, de ce que nous avons exposé plus haut, mais de la correspondance suivante, à laquelle l'affaire de Kulm donna lieu.

Le 10 février 1826, M. de Norvins, auteur d'une histoire de l'Empereur Napoléon P', écrivit au duc de Bassano (père du duc actuel et alors . à Paris) la lettre suivante :

• Monsieur le duc , on m'a reproché d'avoir \ rendu, dans le portefeuille de 1813, M. Vandamme responsable de la malheureuse affaire de Kulm. Ce général était dernièrement à Paris et, chez le général Bertrand, en présence de plusieurs officiers généraux et notamment à la requête du général Haxo, il déclara avoir reçu deux ordres pour • marcher sur Tœplitz , l'un signé de l'Empereur lui-même, l'autre du prince de Neufchâtel ; M. le général Gourgaud, à qui j'allai faire part de cette déclaration, me dit qu'elle était d'autant plus fondée, qu'il croyait bien se rappeler avoir écrit lui-

même l'ordre de l'Empereur sous sa dictée ; je n'ai pas besoin de vous dire. Monsieur le duc, combien la vérification de ce fait est importante pour mon ouvrage et combien aussi la rectification de ce que j'ai cru devoir écrire intéresse mon honneur comme homme et comme écrivain. Au moment de publier Hne seconde édition, il est de mon devoir de réparer ce que mon livre peut contenir d erreurs et surtout de celles qui peuvent faire peser un grand reproche sur un chef d'armée. Ayant aj^ris que le général Vandamme avait ITionneur d'être connu de vous, je m'adresse à vous. Monsieur le duc,pourvous prier deluifaireconnaître toute mon inquiétude et le désir que j'éprouve d'être mis par lui en état de rétabhr les faits. Or, je ne vois qu*un seul moyen authentique , ce serait que le général Vandamme voulût, sur votre demande directe, vous envoyer, certifiée par lui, la copie de ces deux ordres et celle de la correspondance du quartier impérial, par laquelle il aurait du lui être donné avis que son mouvement serait soutenu par le maréchal Saint-Cyr, Mortier et^ellun^. Ceci est la légalisation historique des premiers ordres pour le mouvement sur Tœplitz ; de cette mamère, je rétablirai les faits, et justice serait rendue à chacun selon ses œuvres. Je dois ajouter que le général Vandamme a déclaré hautement avoir été abandonné par eux et n'avoir pas à se plaindre de TEmpereur. Le général Haxo a dit aussi que :troi& fois le général Vandamme lui avait lu Tor-

dre de marcher sur Tœplitz, ordre dont il avait été porteur, mais que cet ordre ne lui avait pas été lu tout entier ; vous voyez, Monsieur le duc, que ce sont ces deux ordres dans leur entier dont il est

important d'avoir une copie bien fidèle, car mon esprit n*est pas encore bien convaincu de la gra* vite de mes torts ; je suis prêt à les reconnaître et à les réparer, ci je reçois par votre entrertiise les témoignages écrits de l'obligation imposée au général Vandamme, non de s'arrêter sur les hauteurs de Péterswalde pour y couper la retraite des Prussiens de Kleist, mais d'aller à Tœplitz même fermer aux Autrichiens la retraite sur la Bohême.

• Veuillez, Monsieur le duc, instruire le général Vandamme de la démarche que je fais auprès de vous et le prier de ne mettre aucun retard pour l'envoi des pièces que je demande. Je réclame avec confiance et avec instance votre honorable intervention dans cette affaire, où se trouvent éga* lement intéressés l'honneur du général Vandamme et le mien. »

Quelques jours après la réception de cette lettre, le 10 février 1826 , le duc de Bassano écrivit à Vandamme retourné à Gand :

a Monsieur le comte, dans les derniers momentsde votre séjour à Paris, une indisposition qui dure encore m'a empêché d'exécuter le projet que j'avais formé d'aller prendre une ou deux heures de votre temps. Je voulais m'instruira auprès de voue de quelques circonstances rela-

tives au seul événement contraire que vous ayez éprouvé dans votre longue et brillante carrière.

« J'écris des mémoires, vous le savez mon général et vous pensez bien que, quoique je ne me permette guère d'émettre des opinions sur les faits militaires, il est difficile qu'ils ne se rattachent pas quelquefois et par quelque côté aux choses dont j'ai été le témoin. Ainsi, lorsque la nouvelle de l'affaire de Kulm fut apportée à l'empereur par le général Corbineau, j'étais là, je recueillis toutes les impressions du moment, j'entendis ce qui fut dit d'honorable pour vous, je remarquai et retins dans ma mémoire des traits qui donnent la mesure du caractère du grand homme; mais je fus aussi spectateur de débats avec le prince de Neufchâtel et de recherches dans les livres d'ordre et dans la correspondance, d'où il résulterait pour moi que vous auriez marché sur Tœplitz ou sans ordres, ou malgré des contre-ordres qui vous auraient été transmis. J'aurais bien soupçonné alors quelque manquement grave du prince de Neufchâtel, dont il n'aurait pas eu le courage de faire l'aveu. Ces soupçons suffiraient-ils pour éclaircir le fait aux dépens d'un homme, qu'à la vérité j'ai vu trop souvent abandonner par faiblesse, ou par jalousie, le courage trompé dans ses efforts et la gloire malheureuse une fois ?

• Je voulais donc vous demander, mon général, des éclaircissements et même une copie des ordres qui vous ont été transmis. Je me proposais do

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vous les demander pour mon propre compte, pour m'éclairer et pour m'éviter de répandre par mes récits des impressions contraires à la vérité, j'allais vous écrire à ce sujet, lorsque j'ai reçu ce matin la lettre ci-jointe. Elle est de M. Norvins, écrivain distingué et ami du vrai. Vous ne pouvez désapprouver le sentiment qui Ta dictée. Veuillez, en répondant à la demande que je vous adresse pour moi, me prescrire ce qu'il vous convient que je dise à M, Norvins. Il est réellement troublé de son erreur, comme si elle avait été volontaire, et il ne désire rien tant que d'avoir la preuve de son tort pour le réparer dans sa nouvelle édition. »

Le 20 février, Vandamme répondit de Gand au duc de Bassano :

« Monsieur le duc, j'ai l'honneur de répondre' à votre très-flatteuse lettre du 10 courant dans . laquelle se trouve celle de M. Norvins, du 10 courant adressée à Votre Excellence ; je n'ai lu ces, lettres qu'hier à mon retour de mes terres de Culand.

« Je vous détaillerai ici Monsieur le duc, pour ^ vous d'abord, et pour M. Norvins, si cela vous convient, tout ce qui est relatif à l'affaire de Kulmoù je fus victime dun mauvais voisin.

« L'Empereur, ayant résolu de quitter les deux Silésies et de porter ses plus grandes forces sur Dresde et Kœnigstein, m'appela à son quartier général impérial à Stolpen, oii Sa Majesté me

confia sa résolution de forcer les ennemis à quitter l'entreprise dirigée contre Dresde, et de faire tous ses efforts pour battre les alliés et les contraindre de rentrer en Bohême.

• L'Empereur me chargea de me rendre de suite à Kœnigstein, et d y réunir le plus tôt possible le l^"" corps d'armée que je commandais pour attaquer et battre le corps russe, commandé par le général Ostermann et un duo de Wurtemberg, et forcer ce corps d'armée de quitter le camp de Pirna, ce que je fus assez heureux d'exécuter en 36 heures ; après quoi je reçus Tordre itératif et par duplicata du prince major général de forcer le passage de Péterswalde, de pénétrer en Bohême, et de faire tous mes efforts pour arriver à Tœplilz, où je trouverais Tartillerie, les caissons et les bagages d'une armée en déroute, •..; que je ne devais m'inquiéter, ni de mes ûancs, ni de mes derrières, ni attendre après les détachements que f avais laissés dans les défilés de F Elbe que je venais de traverser, que le maréchal Saint-Cyr me suivrait de très-près avec son corps d'armée, que le duc de Be 1 lune , "appuierait le maréchal Saint-Cyr, que je ne devais plus m'oty cuper des ponts de haquet que j'avais laissés sur FElbe à Pirna ; que le duc de Trévise» commandant la jeune garde, appuierait le mouvement du corps du duc de Bellune, et se chargerait de cet équipage de pont; un ordre particulier de l'Empereur me répéta les deux ordres du prince :

le premier m'a été apporté par le colonel Sloffel,^ suisse de Tétat-major général, et Tordre de TEmpereur et le duplicata par Anatole Montesquieu. Vous jugerez facilement , Monsieur le duc, que si je n'avais pas reçu les ordres les plus positifs de Sa Majesté et du prince de Neufchâtel, de la part de l'Empereur, je ne me serais pas engagé dans ces défilés et je n'aurais pas essayé de pénétrer par Kulm» sur Tœplitz, preuve que j'avais l'ordre de faire tous mes efforts pour y arriver le plus promptement possible, et que les corps d'armée susdits appuieraient mon mouvement.

« Le maréchal Saint-Cyr, occupait les premières hauteurs près de Hellendorf, d'où le corps du général prussien Kleist a débouché pour se placer sur mes derrières, sans qu'un seul de ses soldats nous ait donné le moindre secours. Le général Haxo, commandant alors l'arme du génie de la garde, qui était auprès de moi, le général Corbineau qui fut blessé en avant de Kulm , savent très-bien que j'avais reçu ces ordres. Et qui, dans le monde, pourrait croire que j'eusse pris sur moi de tenter une telle entreprise? A chaque heure des officiers de l'Empereur suivaient mon mouvement et le général Haxo, lui-même, en aurait sans doute informé l'Empereur qui m'aurait arrêté ou rappelé. « Je dois aussi observer à Votre Excellence, qu'après avoir fait tous mes efforts le premier jour pour forcer le général Ostermann, qui a eu le bras emporté dans ce premier combat, je me suis bien

gardé le deuxième jour de m'avaiicer dans là plaine, car pas un des soldats du !*'■' corps d'armée que je commandais n'a dépassé le ruisseau qui est la défense de Kulm, et qui coulait partout à portée de mes batteries que j'avais établies défeiisivement. Prévoyant que je pouvais être forcé à me retirer par le défilé de Péterswalde , avant d'être secouru des corps qui m'avaient été annoncés, j'avais pris la résolution dès la pointe du jour de faire le sacrifice de mes canons et de mes bagages et entre autres les miens propres, pour ne pas encombrer le défilé en cas de presse, ayant eu la précaution de renvoyer vers Pirna mes caissons d'artillerie vides, mes chariots de vivres que les distributions avaient rendu disponibles, et qui me servirent à évacuer mesmalades et mes blessés; je me décidai à sacrifier mon artillerie après la plus vigoureuse défense, et ne laissant que peu de caissons et presque pas de munitions et pas un cheval des équipages d'artillerie. Je m'étais décidé à cette mesure, lorsqu'à la pointe du jour j'avais vu et bien acquis la certitude que non-seulement le corps d'armée du général Ostermann, mais des forces très-considérables des gardes russes et prussiennes, et plusieurs grandes divisions des trois armées marchaient contre moi. La déroute de la veille, qui, comme un torrent, débouchait par les vallées de Geising et de Zinnwald, venant de Dresde sur Tœplitz, avait cessé, ce qui me prouvait que les troupes n'étaient plus poursuivies par

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l'Empereur qui, selon moi, avait cliangé ses manœuvres, comme cela était effectivement, ce que je n'ai su que longtemps après ma captivité. J'espérais toujours les secours promis par Sa Majesté et le prince major général. Le maréchal Saint-Cyr n'arriva pas, et forcé, pour assurer la retraite de chaque régiment, brigade, ou division de percer la ligne prussienne qui avait débouché à Hellendorf, je finis par être pris par des cosaques de la garde impériale russe, un instant après que le général Haxo avait été fait prisonnier, et que j'avais fait passer une colonne que commandait le général Montesquieu de Fesenzac.

t Comme vous pouvez faire tel usage qu'il vous plaira de ma longue lettre, Monsieur le duc, je dois observer à Votre Excellence, que pas un seul régiment, bataillon ou détachement n'a été enlevé sabré ou enfoncé par des charges ennemies, causées par de fausses manœuvres de notre part, et qu'en tous ces combats, l'ennemi porte lui-même ses pertes devant le l^*" corps, depuis Pirna jusqu'en avant de Kulm à 14,000 hommes, et les nôtres à 9,000 hommes : un ordre du jour de Barclay de Tolly en fait foi. Je n'ai pas voulu faire imprimer l'historique de ce malheureux événement pour ma justification parce que j'aurais été forcé d'accuser des chefs qui ont encore les moyens de rendre service à la patrie, et que déjà dans maintes occasions nos ennemis, français ou étrangers, ont en à rire de nos débats et de nos divisions. Au

reste, Monsieur le duc, vous savez mieux quebeaucoup d'autres, combien j'ai toujours aimé ma patrie que j'ai servie de mon mieux, très-souvent, en exposant ma vie, et que j'ai été en tout temps noblement dévoué au grand capitaine qui a tan t illustré la nation et l'armée, quoiqu'il ne m'ait pas accordé autant de grâces qu'à tant d'illustres ingrats. Monsieur le duc, je dois tous cesdétails à votre ancienne amitié, à votre vieille estime pour moi. Je vous dirai .qu'ayant été pris tout à la fin de cette terrible journée, au moment que le général Haxo avait été jeté par la mitraille à bas de son cheval à mes côtés, exposé à tous les coups, à une mort à laquelle je n'ai échappé que par miracle, je n'ai rien à me reprocher que de n'avoir pas plus songé à ma propre retraite que j'ai pu opérer dix fois ; mais il restait encore des Français à sauver.

« Je dois encore vous dire. Monsieur le duc, que lorsque le 16 janvier dernier, veille de mon départ deParis,je me suis trouvé chez le général Bertrand, le général Haxo s'y trouvait; je ne l'avais pas vu depuis notre captivité à Tœplilz; ce général me rappela et déclara, en présence de beaucoup de généraux, qu'en descendant le défilé de Péterswalde, bien en arrière de Kulm, je lui avais observé en passant devant la vallée de Hellendorf, par laquelle les Prussiens ont débouché : que si je n'avais pas r ordre de ne pas m'occuper de mes flancs et de mes derrières, f aurais laissé là un corps ot que t res-certaincment le mare-

chalSaint-Cyr y placerait sa première division, ce qui était très-naturel.

• Depuis mon retour des prisons de Russie, j'ai' su que le lieutenant général Thûmen, Prussien, qui avait son quartier général à ma campagne à Cassai, avait dit à différentes reprises que je n'avais dû mon malheur qu'à Tabandon où m'avaient réduit la négligence et la lenteur au moins du maréchal Saint-Cyr, et que le roi de Prusse a luimême beaucoup craint de perdre le corps du général Kleist, vivement compromis si le corps du maréchal Saint-Cyr m'avait secondé. Si le duc de Bassano désirait des éclaircissements plus étendus sur sur l'affaire de Kulm, M. Frosté, mon ancien secrétaire intime, répondrait avec vérité à toutes les questions qui lui seraient faites. J'ai cru, Monsieur le duc, de joindre ici la lettre originale de M. Frosté que je vous prie de conserver devers vous jusqu'à ce que par bonne occasion vous puissiez me la renvoyer.

« Je finis, Monsieur le duc, ces longs détails qui vous fatigueront probablement, mais que je devais en réponse à votre lettre, à la vérité et à tous mes sentiments pour vous. »

Le duc de Bassano , après avoir communiqué à M. de Norvins la lettre de Vandamme, lui répondit le 10 avril 1826 :

« Monsieur le comte, j'ai reçu à sa date la réponse que vous avez bien voulu me faire le 21 février. Je l'ai communiquée aussitôt à M. de Nor-

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vins. Nous nous sommes alors occupés, lui, dans rintérêtde la vérité, et moi dans un double intérêt puisqu'il s'agissait aussi du vôtre, de recherches qui n'ont pas été sans fruit. La complaisance de M. le général Dumas nous a procuré le moyen de compulser le livre d'ordres du prince de Neufchâtel, où nous avons trouvé les trois ordres dont je joins ici la copie textuelle. M. de Norvins rectifiera en conséquence, dans sa nouvelle édition, i l'article qui vous concerne.

• Je n'ai pas eu besoin de consulter M. Frosté, et quoique j'eusse été charmé défaire sa connaissance, j'ai craint de le déranger inutilement. Je vous renvoie sa lettre du 2 septembre 1813.

« Je vous prie, mon général, de me renvoyer aussi la lettre de M. de Norvins que j'ai jointe à la mienne du 11 février. >

Les trois ordres dont le duc envoyait la copie au général, sont : celui du 28 août, écrit près de Pirna et que nous avons donné in extenso; . celui du r30 août, de l'Empereur à Berthier, pour le duc de Trévise, et une dernière lettre du 30 août 1813, onze heures et demie du matin, adressée par le major général à Vandamme. La voici ;

« Je vous envoie, général, un officier de mon état-major pour savoir ce qui se passe. J'ai donné l'ordre au duc de Trévise de vous soutenir avec une partie de ses troupes, si vous en aviez besoin. Renvoyez-moi sur-le-champ l'officier que je vous expédie. >

Des deux dernières lettres il résulte que TEm- . pereur savait Vandamme en marche sur Tœplitz et que Tordre était donné à Mortier de le soutenir, ce que le maréchal ne fit pas plus que Saint- ^ I Cyr.

Voici maintenant une lettre du 4 mars 1826, du secrétaire de Vandamme, qui explique ce que sont devenus les ordres originaux portés au commandant du l^*" corps par des officiers du prince de Neufchâtel et de l'Empereur.

• Mon général, j'espère bien que vous ne pensez pas que je mette de la froideur à vos intérêts. Je m'en suis occupé et je m'en occupe encore, avec le zèle que vous m'avez toujours vu mettre à ce qui vous touche, et sur lequel vous devez toujours compter.

« Il sera bien que vous adressiez au duc de ' Bassano ce que vous avez de renseignements sur l'affaire de Kulm. Mais j'ai en mains et j'ai montré à M. de Norvins les documents les plus irréfragables qui établissent cette affaire dans tout son jour. M. de Norvins est tout à fait édifié et prépare depuis plusieurs jours un article qui redresse complètement l'opinion qu'il a émise sur cette affaire. Je suis armé jusqu'aux dents et je fournirai les renseignements que je me suis procurés à force de recherches. Us sont sans réplique.

« M. de Norvins m'avait dit que vous aviez annoncé chez le duc de Bassano avoir les ordres qui

vous prescrivaient de marcher sur Tœplitz. Je lui n. 35

ai répondu que la communication qu*ii en attendait de vous était impossible, parce que je vous avais vu déchirer ces ordres au moment où vous me renvoviex dans Kulm pour y prendre et brûler le grand chifffe de Tarmce. J'ai en effet eu le temps de faire cet auto-da-'fé et d'y joindre une lettre que vous écriviez à la comtesse^ Je ne saurais donc trop vous engager^ mon général, à vous tranquilliser maintenant sur cette circonstance qui intéresse si vivement votre gloire. Je sais où sont les documents ofÛ- Giels^ et je les ferai lire à qui de droit. Je dois revoir M. de Norvins, avec qui je suis entré en relations. Il est désespéré^ ce sont ses expressions, d'avoir aventuré son opinion sur l'affaire de Kulm, qu'il ne connaissait que d'après les bulletins, et que par conséquent il ne connaissait pas. >

Enfin, le 3 novembre 1826 et le 3 janvier 1827, le général Haxo écrivit de Paris à Vandamme :

« Mon général, il se publie à Berlin une suite de plans et de relations des combats les plus im-^ portants de la dernière guen*e. L*auteur, M. le major Wagner, s'adresse à moi pour obtenir des renseignements sur l'affaire de Kulm.

• Vous jugerez peut-être convenable de fournir à ces Prussiens ce qu'ils demandent, afin que l'histoire, composée sur leurs documents, ne vous traite pas comme ont fait quelques écrivailleurs de Paris. J'espère d'après cela que vous voudrez bien me mettre en état de répondre convenablement à M.Wagner, et je prends la liberté de vous deman-

der communication des notes que vous pouvez avoir sur laforce des troupes et leurs manœuvres, depuis le passage de TElbe jusqu'à la journée de Kulm.

« Veuillez être persuadé, mon général, que je ne me mêlerai dans cette affaire que pour aider à rétablir la gloire du corps d'armée que vous commandiez, et pour vous donner une nouvelle preuve de la haute considération avec laquelle j*ai l'honneur d'être, etc.

« Mon général, je prends la liberté de vous rappeler la promesse que vous avez bien voulu me faire par votre lettre du 8 novembre dernier, relativement aux renseignements qu'on me demande sur l'affaire de Kulm. Le major prussien est pressé de pubUer son ouvrage et me fait sentir que mes notes pourraient arriver trop tard. Je serais fâché de voir s'échapper ainsi l'occasion qui se présente de donner au public une idée exacte d'une affaire malheureuse sur laquelle on n'a pas encore dit la vérité jusqu'ici. »

Vandamme, choqué probablement de ce que le général Haxo n'eût pas pris l'initiative et fourni lui-même à l'auteurprussien des matériaux qu'il eût été plus en position que qui que ce fût de lui adresser, lui répondit le 30 janvier 1827 :

« Monsieur le général, j'ai relu votre dernière lettre, et après mûre réflexion, je n'écrirai pas à M. le major Wagner sur l'affaire de Kulm, Leduc àoBassano^ M. le général Damas et M. de Norvinsontentre leurs mains les copies des ordres que

j'ai reçus dans le temps de l'empereur Napoléon et du prince de Wagram, major général. J'ai répondu à diverses questions qui m'ont été faites par le général Jomini, aide de camp de l'empereur de i Russie, et je pense là borner ma correspondance au ' sujet de cette affaire. S'il vous convient, Monsieur I le général, de fournir quelques renseignements à ce ■ major prussien, personne n*est plus à même que vous de lui faire connaître la véritable situation de notre position à Kulm, où vous avez tout \u aussi bien que moi. »

En note de la copie de cette lettre, on trouve écrit de la main du général :

« Cette copie doit être jointe aux lettres du général Haxo. Le général commandait dans le temps de l'affaire de Kulm l'arme du génie de la garde injpériale. Il s'est trouvé près de moi à cette expéaiiion, parce qu'il avait été chargé antérieurement par l'Empereur d'examiner la partie de la Bohême le long de l'Elbe, parce que nous étions au dépourvu de bonnes cartes. Ce général, très-instruit, galant homme, etc., etc., m'accompagnait dans la descente du, défilé du haut de Kulm, lorsque je lui observai que j'aurais laissé une brigade à Hellendorf,oi\ le prince ieReuss, général de brigade, venait d'expirer, si je n'avais pas Fordre très-expresse de ne pas m'occuper de mes flancs et derrières, les corps des maréchaux Saint-Cyr, Bellune et Trévise me suivant dans le grand défilé de Peterswalde à Kulm ,

« Ce général ne m'a pas quitté durant les différents combats. Il a été fait prisonnier presque en même temps que moi, après avoir été jeté en bas de son cheval d'un grain de mitraille qui l'avait ' atteint à la poitrine. Nous avons été conduits ensemble devant l'empereur Alexandre au château de Kulm, et ensuite à Tœplitz.

a Ce général a rappelé lui-même, en janvier 1826, à Paris, chez le général Bertrand, ce que je lui avais dit à la descente de Peterswalde, en route pour Kulm, etc., etc. »

Nous croyons avoir donné tous les documents de nature à bien établir que dans cette affaire il y a eu beaucoup de coupables, mais que Vandamme n'eut rien à se reprocher.

Le premier coupable est la fatalité qui ramena + Napoléon à Dresde et l'empêcha de suivre une opération dont il regardait le succès comme infaillible, tant elle était bien préparée. Ce retour de l'Empereur dans la capitale de la Saxe perdit tout, car s'il eût été sur le terrain, s'il eût vu le changement de route des alliés, il eût renforcé Vandamme par le duc deTrévise non pas le 30 août, lorsqu'il était trop tard, mais dès le 29 au matin. La position de Hellendorf eût été occupée, et le corps de Kleist fait prisonnier.

Le second coupable est Saint-Cyr, qui n'a pas suivi Kleist ; le troisième Mortier, qui manqua d'initiative.

Cette affaire de Kulm eut les plus désastreuses

conséquences pour la (in de la campagne. Dans tous les ouvrages où nous en avons lu la relation plus ou moins détaillée, nous ne l'avons trouvée ' appréciée avec vérité, avec impartialité, que dans V Histoire du Consulat et de l'Empire^ de M. Thiers.

Le Moniteur universel du 10 septembre annonça la mort de Vandamme. Il n'en était rien. On a raconté de plusieurs manières la réception du général par l'empereur Alexandre, sa captivité en Russie. Personne n'était plus à même que lui de faire connaître la façon dont il avait été traité, et voici ce qu'il a écrit à cet égard :

• Le général Vandamme fut annoncé à Tempereur Alexandre. Sa Majesté Impériale envoya le grand-duc Constantin au-devant du général prisonnier. Le grand-duc lui adressa son compliment de condoléance sur sa captivité et le félicita de sa longue et glorieuse défense. Le général fut conduit près de l'empereur, qui le reçut avec bonté et lui adressa également des compliments sur sa défense. Il fut mené avec le général Haxo à Tœplitz. Le lendemain, il fut dirigé sur Moscou, où il fut traité avec égards par le comte Rostopchine, et avec la plus grande bienveillance par beaucoup de seigneurs russes, dont l'esprit hospitalier et chevaleresque est bien connu. Le général passa cinq mois dans celte capitale, sans avoir à se plaindre de personne, et il fut depuis conduit à Viasma, à trois cents lieues de Moscou, à l'époque où les

aUiéB f^olurent }e passage du Rhin et l'attaque de h France. »

UVaE Xni & DERNIER.

De 1814 à 1815.

Vandamme paviaiiï ^n Franee, aa 1814. -^ Il est ei^lamiilé. ^ Réfutation des accusatix)ns portées contre lui. — Lettres qui lui sont écrites. — Il est envoyé en mission extraordinaire dans Le Nord, en avril 1815, après le retour do TËmpereur.

— Il est nommé pair de France et reçoit le commandement du 3"» corps de Tarmée du Nord. — Son entrée en campagne en juin 1816. — Combat contre le général Zicthen (15 juin) Bataille de Ligny (16 juin).'— Rôle da Yai^<^A^o^- .'^Marche sur Wavre (17). — Combat de Wavre (18). — Retraite sur Namur et sur Paris (du 19 au 30 juin). — Armée de la Loire.

— Vandanune proscrit. — r Son séjour à Limnges, Olivet, Vierzon, Gand, Philadelphie.— Son retour en France (1819). Dernières années de sa vie. — Sa mort en 1830 (15 juillet). — Coup d'ceii sur l'ensemble de sa vie militaire.

Vandamme resta en Russie jusqu'à l'époque où les prisonniers français furent rendus par Tempereur Alexandre. Voulant alors favoriser le retour

dans leur patrie de bon nombre d'officiers ses compagnons d'infortune, il fréta à ses frais dans le port de Riga un navire, la CoffAnna Dorotbea, appartenant à des armateurs de Copenhague, les sieurs Erick Nisson, et ayant pour capitaine un nommé Johan Peterson.

Le général s'embarqua avec ses compagnons d'armes dans le port de Riga au mois de juillet, pour revenir en France par Copenhague et Dunkerque. A cette même époque, le bruit se répandit dans sa famille que le grand -duc Constantin ayant eu une discussion des plus vives avec lui, ayant même été provoqué, s'était vengé en obtenant qu'on fît subir à Vandamme d'affreux traitements. On ajoutait qu'il ne serait pas rendu à sa patrie. La sœur du général écrivit à la comtesse Vandamme qu'elle ferait bien de partir immédiatement pour Paris demander justice au roi, et qu'il fallait faire prévenir de ce qui se passait le général Maurice et le colonel Lévêque alors à Saint-Pétersbourg, chargés de faire rentrer les prisonniers.

Si l'on en croit ce que Vandamme lui-même a écrit sur sa captivité, il aurait été au contraire l'objet des soins, des attentions et des prévenances des Russes.

Quoi qu'il en soit, le général, embarqué à Riga, vint relâcher quelque temps à Copenhague, et remit à la voile pour Dunkerque. En vue du port de cette ville, le navire ayant touché sur les bancs éprouva des avaries assez graves. Le capitaine

perdit d'abord la tête, puis se livra à la boisson, et la Dorothea ne dut son salut qu'au sang-froid de Vandamme et des officiers français passagers à son bord.

Cette circonstance et la mauvaise foi des armateurs donnèrent lieu à une réclamation mal fondée et injuste des sieurs Nisson. Il s'ensuivit un procès qui dura plusieurs années et que Vandamme termina au moyen d'un sacrifice d'argent.

Le général fut reçu à Dunkerque par sa femme, par sa sœur, par son père, par son fils et par ses neveux et nièces. Ce fut une scène des plus touchantes. Toute la famille s'était réunie pour l'embrasser plus tôt.

Des ennuis d'une nouvelle espèce l'attendaient sur le sol natal. Des calomnies avaient été répandues sur son compte par des journaux allemands. On avaft fait circuler en France le fragment d'une prétendue lettre qui aurait été adressée en 1793 par lui à un de ses compagnons d'armes. Dans cette lettre il aurait écrit en parlant des émigrés :

« J'ignore si vous connaissez le traitement que je leur fais quand j'ai le bonheur d'en attraper. Je ne donne pas à la commission miUtaire la peine de les juger; leurs procès sont faits sur-le-champ, mes pistolets et mon sabre font leur affaire. »

Une lettre anonyme, parvenue à Vandamme le 18 juillet 1814, lui fit connaître ce que l'on disait. Fort ému, il se rendit à Paris et demanda une audience à Louis XVIIL Le roi refusa de le recevoir,

ainsi que cela résulte de la réponse, en date du 22 septembre, du duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre.

Vandamme se décida alors à avoir recours, pour confondre ses calomniateurs, au témoignage de ses anciens chefs et camarades.

Il écrivit à plusieurs d'entre eux. Nous allons donner quelques-unes des réponses qui lui furent faites. Le maréchal Jourdan, gouverneur de la quinzième division mihtaire, lui manda de Rouen : « J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 7 courant, par laquelle vous me prévenez qu'on vous accuse d'avoir tué de votre main des émigrés à Nieuport en 1793, et vous ma priée de vous accorder un certificat en ma qualité d'ancien général en chef de cette armée pour vous aider à repousser cette imputation calomnieuse. Je présume que, comme tous les autres chefs militaires, vous avez fait exécuter les lois qui ordonnaient de traduire devant des commissions militaires tous les Français pris les armes à la main dans les rangs des ennemis de la France, mais je déclare qu'il n'est jamais parvenu à ma connaissance qu'aucun d'eux ait péri de votre main. »

A la même époque, Ernouf, ancien chef d'état* major des armées républicaines et alors, comme Jourdan, raUié à la cause des Bourbons, dont il se montra, en 1815, un des plus zélés partisans, écrivit également à Vandamme :

« Monsieur le comte, j'ai l'honneur de vous

accuser réception de votre lettre, par laquelle vous m'instruisez qiie de vils calomniateurs vous ont dénoncé à notre auguste souverain comme ayant tué de votre main des émigrés à Nieuportenl793, el que Son Excellence le ministre de la guerre vous avait conseillé pour repousser ces imputations calomnieuses, de recueillir quelques certificats des personnes marquantes qui étaient employées à cette époque à rarmée du Nord.

« Je m'empresse de rendre hommage à la vérité» et je déclare que jamais il n'est parvenu à ma connaissance qu'un attentat aussi indigne de la générosité d'un officier français ait été commis par vous. »

Enfin nous ferons connaître encore les deux lettres suivantes, du 10 octobre 1814, relatives au même objet. La première est du général Dejean, la seconde du maréchal Macdonald :

« Monsieur le général, j'apprends avec peine, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, que vous êtes accusé auprès du roi d'avoir tué de votre propre main des émigrés à Nieuport en 1793. Étranger à cette époque à Tarmée du Nord, il ne m'est pas possible de vous disculper de l'accusation calomnieuse dirigée contre vous, quelque persuadé que je sois de sa fausseté.

« Au mois de juillet 1794, la place de Nieuport fiit attaquée pour la deuxième fois, et je fus cliargé de la direction du siège, sous les ordres

'. de M. le général Moreau, commandant en chef l'armée du siège. Vous commandiez une des brigades de cette armée, et vous avez concouru, par votre activité et vos services, à la prompte reddition de celte place. Je puis, Monsieur le général, parler de ce qui s*est passé à cette époque avec connaissance de cause, et affirmer avec vérité que je n'ai jamais entendu parler de raccusation dirigée aujourd'hui contre vous. Je désire bien sincèrement que cette attestation puisse remplir vos vues. »

« Monsieur le général, je trouve à mon retour de la campagne la lettre que vous m*avez fait Thonneur de m'écrire le 6 de ce mois, et je m'empresse d'y répondre.

« Je me souviens d'avoir lu en 1793, dans une feuille française ou étrangère, l'accusation dont vous vous plaignez aujourd'hui; j'ignore si alors elle fut repoussée; mais pour rendre hommage à la vérité, je déclare hautement qu'étant à l'armée du Nord et éloigné du lieu où des émigrés furent exécutés, je n'ai pas cru et je ne croirai jamais qu'un général qui avait déjà acquis de la gloire militaire ait trempé ses mains dans leur sang.

« 11 ne doit pas vous être difficile de prouver la fausseté de telles atrocités par les témoins oculaires tels que les militaires qui servaient sous vos ordres et les habitants de Nieuport.

« Vous pouvez. Monsieur le général, rendre cette déclaration publique; j'apprendrais avec plai-

sir qu'elle eût concouru à faire reconnaître votre innocence. »

Nous bornerons là cette réfutation et les preuves de la calomnie dont le général était alors la victime.

Au mois d'octobre 1814, pendant qu'il se trouvait encore à Paris, sans emploi, Vandamme reçut un singulier hommage, celui d'un ouvrage sur la guerre d'Espagne, écrit par le général Sar^ razin, le même qui, en 1810, avait passé à l'ennemi et s'était embarqué sur un navire anglais, étant au camp de Boulogne (1). L'hommage d'un traître, comme bien l'on pense, n'était pas de nature à flatter Vandamme.

Le général quitta Paris, le 10 octobre, sur un ordre du ministre de la guerre qui lui enjoignit de partir dans les 24 heures pour se rendre à Gassel. Il vint habiter sa maison occupée, pendant le séjour des alliés dans le nord de la France, par un général prussien,V. Phûmen. Aucun dégât n'avait alors été commis dans les propriétés de Vandamme. La comtesse sa femme, ainsi que son, fils, avaient été respectés par les ennemis de la France. Le général vécut là de la vie de famille!

(1) Voici une anecdote assez curieuse sur le général Sarrazin, auteur de plusieurs ouvrages fort mauvais sur les guerres du premier Empire. \\ était de très-haute taille, le général Girard avec lequel il eut une discussion était très-petit. Ce dernier se trouvant dans le même salon que Sarrazin, monta sur une chaise, pour lui appliquer un soufflet en présence de tout le monde.

jusqu'au 20 mars 1815, complètement oublié et i>a* raissaut étranger lui-même aux affaires publiques.

Après le retour do l'île d'Elbe, en 1815, le général reçut brusquement du ministre de la guerre, Davout, une mission des plus importantes.

Au commencement d'avril, l'Empereur, informé que le parti du roi n'était pas éloigné de faire une tentative sur la ville de DunkerquOi écrivit à ce sujet, le 9, au prince d'Eckmuhl :

• Mon cousin, faites partir cette nuit un lieutenant général ou un maréchal de camp, capable et ferme, pour commander Dunkerque. Écrivez au comte d'Erlon et recommandez-lui de veiller sans cesse sur Dunkerque ; tous les efforts des émigi-és et de l'ennemi se portent sur cette ville, oii ils voudraient opérer un mouvement pour s'en emparer.— Faites partir aussi 50 gendarmes à pied de Paris, bien connus et bien choisis, ils se rendront par les voitures publiques à Dunkerque. Si vous avez un bon inspecteur ou colonel, faites-le partir également. »

Davout avait vu Vandamme à l'œuvre on 1799, en 1805, en 1809, enfm devant Hambourg en 1813^ Il n'hésita pas à le désigner. C'était bien, en effet, l'homme de la circonstance. Le jour même, il écrivit au général :

« Monsieur le lieutenant général, j'ai Thonneur de vous communiquer une lettre que je viens de recevoir de l'Empereur. Mon intention avait été (Vabord d'envoyer à Dunkerque un oflicier gêné-

rai ; mais j*ai pensé ensuite que le moyen d'assurer celte place importante contre toute entreprise des ennemis de lEtat était do vous envoyer sur ce point, chargé d*une mission extraordinaire.

a Lorsque vous aurez pourvu à la sûreté de la place, et déjoué les projets que cherchent à organiser les émigrés et quelques traîtres, vous pourrez revenir à Paris, en ayant soin seulement de me prévenir quelques jours d'avance pour que je puisse envoyer un général à qui vous remettrez le commandement.

« Vous correspondrez directement avec moi. Les commandants d'armes de la 16® division militaire, qui se trouvent sous les ordres du lieutenant général Drouet, comte d'Erlon, continueront néanmoins à envoyer à ce général leurs rapports, et l'avis des ordres que vous serez dans le cas de lc3ur donner.

« Plus j'y réfléchis, plus je trouve d'avantage au bien du service de l'Empereur à vous charger de cette mission. Votre arrivée seule produira tout le succès qu'on peut en attendre. •

Vandamme partit immédiatement avec des pleins pouvoirs et les instructions du ministre de la guerre.

Le H avril, il était à Dunkorque ; il lançait une proclamation aux habitants do la ville et adressait un ordre du jour aux troupes qui se trouvaient dans les places de la 16** division militaire. Il rap-

pelait à leur devoir les soldats du 51* de ligne, dont plusieurs avaient quitté les drapeaux, et, avec sa prodigieuse activité, veillait à tout par luimême. Les mesures qu'il prit furent approuvées par le prince d'Eckmuhl. Au bout de quelques jours, les craintes qu'on avait eues au sujet de Dunkerque ayant disparu, Vandamme se rendit à Mézières pour prendre le commandement du 3* corps d'observation et de la 2® division militaire, ainsi qu'il en avait reçu l'ordre au commencement jde mai. En le félicitant de sa conduite dans le nord, Davout écrivit au général le 7 mai : Vous avez communiqué votre feu dans le pays où vous êtes.

Le moment approchait où Vandamme allait faire sa dernière campagne. Le 19 mai 1815, il fut prévenu que le 3® corps ferait partie de l'armée commandée par l'Empereur en personne; qu'il devait établir ses troupes entre Rocroy et Philippeville, pour être en mesure, à chaque instant, de franchir la frontière.

Nous ne ferons pas le récit de la courte et dé- ; saslreuse campagne de Belgique inaugurée par la . victoire de Ligny à laquelle Vandamme prit une ; belle part et close deux jours plus tard par le déi saslre de Waterloo. Nous nous bornerons à faire connaître son rôle dans ces difficiles circonstances.

Au moment d'entrer en campagne, . le 2 juin, la général reçut du duc de Bassano l'avis qu'il

était nommé pair de France. Bientôt I*armée du Nord se rapprocha de la Sambre. Elle était formée 1 du 1®' corps (Drouet comte d'Erlon, 20,000 hommes); du 2* (Reille, 23.000); du 3® (Vandamme, 16,000); du 6* (Lobau, 13,000); du4«{Gérardi 15,000) ; de la réserve de cavalerie ( Grouchy; 10,000); de la garde impériale (20,000).

Ces cent quinze à cent vingt mille combattants r i :' r i . furent concentrés, le 14 juin, entre Maubeuge et Philippeville.

Le lendemain, l'aile gauche (1®' et 2® corps et ' cavalerie légère de la garde) partit de Maubeuge: Le centre (3% 6® corps, garde pt cavalerie), plus

spécialement aux ordres directs de Napoléon, partit de Beaumont. La droite (4^ corps) partit de , Philippeville. La Sambre fut franchie à Marchien- i , nés, Gharleroi et le Ghastelet. Yandamme et le , 3* corps la passèrent à Gharleroi. Trois corps î 5^^^^

prussiens essayèrent de retarder la marche du z

centre et de Taile gauche de Tarmée française. / ^ ^ ^^' \ '

L'ordre du mouvement donné par TEmpereur ' était combiné de façon à ce que ses principales /-n / ( forces vinssent se masser des Quatre-Bras à Som- /, < ^ ^

bref, prêtes à se porter sur les Anglais de Wel- ; lington (à Bruxelles), ou sur les Prussiens de Blu- ! éher (à Namur). Napoléon espérait battre sépa- i rément chacun de ses deux adversaires. '

Le mauvais état des routes et la rupture du pont de Gharleroi retardèrent la première opéralion.

Le général prussien Ziothen, qui se trouvait le , plus rapproché, replia sa droite par la route de Bruxelles, son centre et sa gauche par celle de Gembloux. Ney, avec le 2® et le 1^' corps, poursuivit la première colonne, Vandamme et la cavalerie de Grouchy la seconde. Vers trois heures de Taprès-midi, le 15, Vandamme et Grouchy se trouvèrent en face de 25,000 Prussiens couverts par un ravin et adossés à des bois. L'empereur arrivant et reconnaissant qu'il n'avait affaire qu'à \m6 partie de Tarméc de Blucher, fit culbuter Ziethen et le rejeta sur Fleurus.

' Le 16, eut lieu la bataille de Ligny.

Blucher avec 80,000 hommes avait pris position, la droite au village de Saint-Amand, le centre h Ligny, la gauche à Sombref. Il n'avait avec lui que trois corps. Celui de Bulow ne l'avait pas encore rallié étant en marche de Namur. ' L*Empereur aurait pu attaquer dès le matin, mais il voulut donner le temps à son aile gauche (Ney) de s'emparer des Quatre-Bras et de détacher une dizaine de mille hommes qui, tombant sur l'extrême droite de Blucher, auraient complété la défaite des Prussiens. Ce ne fut donc <^ malheureusement pas avant deux heures que le signal de commencer l'attaque fut donné. L'armée

l' ", française était dans Tordre suivant :

- \ A l'extrême gauche, Vandamme (â* corps) ren-

- — forcé de la division Girard, détachée du 2^ corps,

d'abord en réserve et indépendante du 3^ corps.

Au centre, devant Ligny, Gérard (4® corps), la^ cavalerie de Grouchy sur Sombref . La garde en réserve générale, entre la gauche et le centre . Le 6* corps (Lobau) en réserve également un peu en , arrière. Le 1" et le 2® corps étaient aux Quatre- i Bras avec Ney.

La bataille s'engagea à Saint- Amand. Les deux hameaux de ce nom furent pris et repris par la division Girard, qui y perdit son intrépide chef blessé à mort, et dont les deux généraux de brigade furent mis hors de combat. Vandamme mena lui-même ses troupes à la charge pour soutenir la division Girard dont la moitié de l'effectif était couché sur le terrain. Avec sa bravoure habituelle, il repoussait sur tous Tes points la droite de Blucher, lorsque soudain il aperçut sur sa gauche une colonne profonde. Ne sachant si cette colonne était amie ou ennemie, il arrêta son mouvement offensif et fit prévenir l'Empereur qui envoya reconnaître la troupe dont les baïonnettes se distinguaient sur le flanc gauche. C'était une des divisions du corps de Drouet d'Erlon qui se dirigeait sur Ligny, d'après un ordre apporté par un aide de camp de Napoléon. Malheureusement celte division reçut à ce moment un autre ordre de Ney, et elle reprit sa marche sur les Quatre- Bras, inutile d'un côté comme de l'autre.

L'Empereur, ne voyant pas paraître les troupes qu'il attendait de son aile gauche, résolut de rompre le centre des Prussiens et do gagner seul la

bataille. Vandamme fut chargé de contenir la droite de lennemi. Le 4* corps, la garde, la cavalerie s'élancèrent sur le centre de Blucher et parvinrent à rejeter les Prussiens du champ de bataille.

Malheureusement la bataille finit très-tard, Napoléon se retira à Fleurus pour y coucher, sans donner d'ordres pour la poursuite des Prussiens auxquels on laissa quatorze heures de répit. Pendant ces quatorze heures, Blucher battu, mais non désorganisé, se concentra à Wavre, appela à lui le corps de Bulow, et, le 17 au soir, il eut quatre-vingt mille hommes ralliés dans la main.

Personne dans Tarmée ne mettait en doute que, le lendemain. Napoléon donnerait enfin sur le champ de bataille deLigny, à. Vandamme, le bâton de maréchal dont il avait été frustré par la malheureuse affaire de Kulm pour laquelle beaucoup d'autres, mais non pas lui, avaient des reproches à ^e faire. Il n'en fut rien, et le général eut encore le déboire d'apprendre qu'il était mis sous les ordres du dernier maréchal nommé, le comte de Grouchy .

A midi, le 17, l'Empereur, étant sur le terrain de Ligny où il était venu à neuf heures du matin, donna le commandement de sa gauche à Grouchy en lui prescrivant de poursuivre les Prussiens, de les rejoindre, de ne pas les perdre de vue. 11 était trop tard. Grouchy voulut décUuer celle mission plus que difficile, Napoléon ne le lui permit

pas et lui indiqua d*abord la fausse direction de Namur comme étant celle suivie par l'armée battue la veille.

Grouchy eut sous ses ordres les 3* et 4® corps, la division Teste, les corps de cavalerie d'Excelmans et dePajol, environ 32 à 33,000 hommes. Le seul homme auquel une semblable mission pouvait alors convenir était peut-être Vandamme (1). Grouchy, toutefois, se mit en marche, mais le mauvais état des routes, les temps affreux ne permirent pas aux 3* et 4® corps de faire, le 17 juin, plus de trois lieues. Vandamme vint bivouaquer en avant de Gembloux, Gérard en arrière, sur la route de Namur à Wavre. On avait abandonné la poursuite sur Namur. On commençait à penser enfin que la retraite des Prussiens s'était opérée sur Wavre.

Le i8, Taile droite partit de Gembloux. Vandamme dépassa Sart-à-Valhain, et s'achemina sur Wavre. Vers midi, une forte canonnade se fît en- 1 tendre sur la gauche, et le général Gérard, qui arrivait à Sart-à-Valhain, eut une discussion des plus vives avec son chef, le maréchal de Grouchy, ! disant qu'il fallait marcher au canon. On a pré-| tendu, depuis, que Vandamme avait pris part à^ cette discussion et donné raison à Gérard. La; chose est impossible, le général était alors à plus '

(1] Nous ne croyons pas, cependant, que Vandamme ou tout autre eussent fait mieux que Grouchy, vu les quatorze heures kûssés à B Jucher,

de trois lieues en avant du point où se trouvaient le maréchal et le commandant du 4® corps.

Après sa discussion avec Gérard, Grouchy se porta en avant, fit attaquer les Prussiens par Excelmans et par Vandamme, et ordonna de les poursuivre dans la direction deWavré. Toutefois» il prescrivit à ce dernier de ne pas trop s'engager à la poursuite de Tennemi dans la partie de Wavre située sur la rive droite de la Dyle.

Emporté par son ardeur» Vandamme ne voulut donner aucun répit aux Prussiens, et il engagea ses troupes dans 1q bas Wavre. Lorsque Grouchy arriva sur le plateau qui couronne la ville, il re-

. connut l'impossibilité de retirer le 3* Corps. On

chercha donc à enlever le passage de la Dyle,

grossie par les orages de la nuit précédente et le

mouUn de Bielge.

Une des divisions du 4* corps arrivait alors»

(conduite par Gérard en personne. L^attaque du moulin de Bielge» dont Vandamme s'efforçait de

; s'emparer, fut renouvelée inutilement; Gérard y fut blessé. Grouchy se décida à aborder Li-

. maie avec les autres divisions du 4® corps, et il paiTint, à onze heures du soir» à effectuer le pas-i sage de la Dyle sur ce point.

' On bivouaqua à quelques centaines de mètres des Prussiens, ou plutôt des 30»000 hommes laissés par Blucher \)onT s'opposer à la marche de Grouchy.. Les autres corps ennemis étaient sur le champ de bataille de Walerloo Ql

avaient décidé du gain de la journée parler alliés. [^

Au lever de l'aurore, l'aile droite de Tarmée'} française ne connaissait pas encore le résultat de la bataille livrée par l'Empereur aux Anglais..' Grouchy voulut donc pousser les Prussiens pour, essayer de percer jusqu'à Napoléon. Vandamme., attaqua devant lui, sans trop s'inquiéter des ordres. de son chef immédiat» et voici pourquoi :

Le général, avec de grands et véritables talents, ^ militaires, avec une bravoure sans égale, avait un. ) caractère entier. Il détestait Grouchy depuis que ce,( '-' dernier avait été fait maréchal^^ en récompense de sa campagne pohtique du Midi contre le duc d'An-j ^^;. / 7/^ ^^ / gouléme. Se voyant encore une fois frustré de cej j^f^J// /// bâton, objet de ses plus ardents désirs, et se 7> Wt* J ./ croyant comme militaire bien supérieure GrouQby, il obéissait à regret et difficilemant aux ordres de. ce dernier.

Gétait une faute de la part de TEmpereurd'a-i voir mis sous le commandement de Gtrouchy uni homme comme Vandamme.

Quoi qu'il en soit,, le 19 au matin, au moment où ' Grouchy allait les attaquer, les Prussiens, prirentr l'offensive sur Limale ; mais culbutés par les troupes de Grouchy de ce. côté, par celles de Vandamme, sur Wavre, ils furent menés l'épée dans les reins, i jusqu'au moment où le maréchal fut rejoint par un officier qui lui apportait la nouvelle du désastre j de Waterloo.. La poursmle fut arrêtée. '

Une sorte de conseil do guerre fut tenu. Vaii-.

damme voulait qu'on marchât sur Bruxelles, qu'on se jetât sur les derrières de rennemi, pour faire une diversion puissante en faveur de Tannée battue. Ce conseil était celui d*un homme ardent, audacieux jusqu'à la témérité, et Grouchy un ins- . tant parut être de cet avis ; mais à la réflexion, il renonça à cette détermination, considérant comme plus sage de ramener à Paris une petite armée non i désorganisée, non démoralisée de 30,000 braves soldats, pour reconstituer un noyau à la défense du pays.

Le maréchal ordonna donc la retraite. Vandamme dut réunir au commandement du 3^ corps celui du 4* dont le chef Gérard était grièvement blessé. Il se replia sur Nanmr. Les Prussiens parvinrent à couper les communications entre les deux corps, mais, le 20 au matin, la cavalerie légère de la division Yalin rouvrit la communication^ et Yandamme à la tète du 3^ corps donna le temps au 4* de rentrer dans Namur avec les blessés et les équipages .

La ville fut occupée toute la journée par la division Teste. L'arrière-garde et les équipages que Ton avait fait filer sur Dinan étant arrivés dans cette place, le général Teste rallia ses autres trou-pes et battit en retraite en faisant Tarrière garde.

Grouchy continua sa marche sur Givet où l'on arriva le 21 .

Le 22 juin, le maréchal écrivit de Rocroy qu'il ramenait une armée intacte et qu'il serait sous

trois jours à Laon, se dirigeauL par Aubigny et par Moncomet. Vandamme, à la tête des 3^ et 4* corps, quitta Rocroy le 23 à 40 heures du matin, et vint cantonner autour de Maubert-Foutaine (route de Sedan à Vervins). Il apprit Tabdication de l'Empereur. Le lendemain 24, Tarmée du Nord' i"eçut une nouvelle organisation. Grouchy en fut nommé le commandant en chef. Elle fut formée de deux corps : le premier sous le général Reille, avec les anciens 1^', 2® et 6* , — le second sous Vandamme avec les 3* et 4®, organisés en plusieurs , divisions, plus la cavalerie sous le comte de^//,;.../i/M Valmy. Vandamme eut en outre la xlivision de cavalerie Valin.

Ce même jour, 24 juin 1815, Vandamme se mit ] en marche sur Rethel avec les 3* et 4* corps, le [ 25 il cantonna entre Rethel et Reims sur les bords de la Suippe.

Le 25, l'armée du Nord, principale force régulière dont la France pût disposer, se trouvait dans la position suivante : La V^ et la 2® division de cavalerie en avant de Laon, la garde tout entière en arrière de cette place ; le 1®^ corps (Reille) sous Soissons ; le 2® (Vandamme) sur T Aisne, en avant de Reims. Le corps de cavalerie de Ps^olà Béry-au-Bac, celui d'Excelmans à Craone.

Grouchy, ce jour-là, fut informé que l'ennemi i marchait en toute hâte sur Paris par Soissons. Il prescrivit à Vandamme de faire tous ses efforts pour prévenir les alliés dans cette ville.

Malgré tout ce qu'il put faire, le général ne put être à Soissons que le 27. L'ennemi manœuvrant par sa droite était entre Compiègne et Noyon, à quelques iieues de Soissons. Le maréchal Davout, qui avait la direction générale comme ministre de. [la guerre, depuis l'abdication de l'Empereur et^ depuis l'abandon de l'armée par le maréchal Soult,. prescrivit à Grouchy de se diriger à marches forcées sur Paris, Dans cette marche commencée le 28 sur la capitale, le S"" corps (Vandamme) fut chargé de faire l'arrière-garde. Il se porta, soutenu de la cavalerie légère, sur Viliers-Gotterets, sur Senlis et sur Domartin. On avait commis la faute de ne pas occuper Compiègne, ce qiii forçait à un mou-, vement beaucoup plus allongé pour gagner Paris. Le comte d'Erlon, auquel Grouchy avait laissé le commandement de son ancien 1^' corps, sans le réunir au 2*^ de Reille, malgré les ordres du gouvernement provisoire, le comte d'Erlon, disonsnous, dirigé tardivement sur Compiègne, y était aux prises avec l'ennemi. Le 27 au soir, Vandamme reçut un nouvel ordre, celui de filer droit, sur Paris par la route directe, sans passer par Senlis.

Le général répondit immédiatement à Grouchy : « L'eqnemi ne peut être en force partout. Si' Votre Excellence presse son mouvement sur Paris, par la route qu'elle m'a tracée, nous arriverons peutêtre à temps, si surtout ce qui est en avant de moi marche avec la même célérité et le même ordre

que je promets d y apporter. Il fau^ pouvoir combattre en arrivant, et nous pouvons obtenir des succès qui sauveront la patrie d'une honte éternelle. »

Les alliés, cependant, pressaient leur mouvement. Le 28, à quatre heures du m^tin, Grouchy écrivit à Vandamme que l'ennemi, ayant débouché par trois colonnes, de Compiègne sur Villers- Cotterets, Senlis et Crépy, il devait prendre par La Ferté-Milon et Meaux, à grandes marches.

Le maréchal commençait à çivoir des craintes sérieuses pour les troupes de Vandamme. Le 29, il mandait à Davout qu'il était de sa personne à Claye avec 4,000 hommes, 1,800 chevaux de la garde, et quelques régiments de Pajol ; que le 2^ corps s'était reployé surLaferté-Milonet ne pourrait pas arriver à Paris avant le lendemain 30,

Dans la nuit, il se produisit un fait qui feilUt avoir une certaine gravité et qui fut alors faussement interprété dans l'armée. Le maréchal de Grouchy reçut Tordre du gouvernement provisoire de traiter d'un armistice avecTerinemi. II. envoya, son chef d'état-major, le général Le Sénécal, au quartier général de Blucher, avec une lettre pourle feld-maréchal prussien. Le Sénécal revint ftvec un m^gor que lui donna Blucher et qui était investi de pouvoirs pour faire suspendre les hostilités., Tous deux en voiture traversaient les bivouacs des troupes de Vandamme et d'Excelmans, lorsqu'ils furent arrêtés par des soldats, qui voyant un uniforme prussien prirent le général Le Séné-

cal pour un traître. Us les arrachèrent tous deux avec violence de leur voiture, les maltrailèrenl, et sans le (çénéral Excelmans qui calma ses hussards en leur promettant que les tribunaux militaires feraient bonne justice de la trahison, le chef d*état-msgor de Grouchy était écharpé.

Beaucoup d*offîciers de cette époque se figurèrent qu'en ef/et le général Le Sénécal avait trahi, tandis qu*il remplissait tout simplement une mission qui lui incombait de droit.

Enfin, le 30 juin, Grouchy arriva sous la capitale

par Saint-Denis avec toutes les troupes de Tar-

mée du Nord, c'est-à-dire 40 à 50,000 hommes

^ et 1^ bouches à feu. Lorsque le maréchal vit que

! l'on était décidé à traiter de la capitulation de

> Paris, il abandonna le commandement au prince

d'Eckmuhl.

Ce fut alors que les chefs de l'armée du Nord adressèrent au Corps législatif la protestation suivante, dont un des premiers signataires fut Vandamme :

« Représentants du peuple, nous sommes en présence de nos ennemis; nous jurons entre vos mains et à la face du monde de défendre jusqu'au dernier soupir la cause de notre indépendance et l'honneur national. On voudrait nous imposer les Bourbons, et ces princes sont rejetés par l'immense majorité des Français ; si on pouvait souscrire à leur rentrée, rappelez-vous, représentants du peuple, qu'on aurait signé le testament de Tar-

mée qui pendant vingt années a été le palladium de l'honneur français.

« Il est à la guerre^ surtout lorsqu'on Ta faite aussi longuement, des succès et des revers ; dans nos succès on nous a vus grands et généreux ; dans nos revers, si on veut nous humilier, nous saurons mourir.

a Les Bourbons n'offrent aucune garantie à la nation; nous les avions accueillis avec les sentiments de la plus généreuse confiance; nous avions oublié tous les maux qu'ils nous avaient causés par leur acharnement à vouloir nous priver dé nos droits les plus sacrés. Eh bien ! Comment ont-ils répondu à cette confiance? Ils nous ont traités comme rebelles et vaincus. Représentants, ces réflexions sont terribles, parce qu'elles sont vraies : l'inexorable histoire racontera un jour ce qu'ont fait les Bourbons pour se remettre sur le trône de France : elle dira aussi la conduite de l'armée, de cette armée essentiellement nationale, et la postérité jugera qui mérita le mieux l'estime du monde.

« Au camp de la Villelte, le 30 juin 1815, à trois heures après-midi. Signé : Le prince d'Eckmûhl. — Le général en chef, comte Vandamme. — Le lieutenant général, commandant en chef le l^corpsj de cavalerie, comte Pajol. — Le lieutenant général, baron Fressinet. — Le maréchal de camp,, baron Henrion. — Le lieutenant général, comman-, liant l'aile droite de l'armée, comte d'Erlon. — Le lieutenant général, commandant des grenadiers de

la garde, comte Roguel. — Le mdréchal de camp, commandant le 3® régiment des grenadiers de la garde, comte Harlet. — Le général commandant près la division des chasseurs, Petit. — Le maréchal de camp, commandant le 2® régiment de grenadiers de la garde, baron Christiani. — Le lieutenant général Brunel. — Le major Guillennain. — Le lieutenant général, baron Lorcet. — Le lieutenant général Ambert. — Le maréchal de camp, Marins Clary. — Le maréchal de camp, Chartrain. — Le maréchal de camp, CambrieL — Le maréchal de camp, Jeanne t. •

Le 3 juillet, Lanjuinais, président de la Chambre des représentants répondit à Vandamme qui venait de lui écrire une lettre patriotique :

« J'ai Thonneur de vous adresser un extrait du procès -verbal de la séance de ce jour, où se trouvent consignés les témoignages de profonde satisfaction avec laquelle la Chambre a entendu la lecture de votre lettre. Recevez aussi, général, l'expression des sentiments qu'inspire aux amis de la patrie votre généreux dévouement à la cause qu'ils défendent. Il m'est doux d'être leur interprète et de pouvoir vous offrir en particulier les assurances d'une haute considération.

• Voici l'extrait du procès-verbal :

« La Chambre entend la lecture d'une lettre où le général en chef comte Vandamme fait connaître que les troupes qu'il commande ont été constam-^ ment victorieuses, et que leur retraite forcée par

\es événements a été protégée par de brillants succès, et a contraint Tennemi même à les respecter. Il ajoute qu'il s'applaudit d'être rentré avec une belle armée, et de pouvoir présenter Tassurance qu'elle est piréte à seconder en tout les intentions du gouvernement, et qu'elle n'agira jamais que dans l'intérêt de la patrie.

« La Chambre accueille honorablement l'expression de ces sentiments : elle arrête, sur la proposition d'un membre, qu'il sera voté des remercîments à l'armée du général Vandamme, et que M. le président, en adressant au général l'extrait du procès-verbal de la séance, y joindra, au nom de la Chambre, une lettre particulière dé félicitation. »

Après la capitulation de Paris, l'armée du Nord ayant dû quitter cette ville se mit en marche pour gagner les bords de la Loire. Le 9 juillet, Davout fit connaître aux généraux en chef les cah-

tonnements assignés à leurs troupes. Vandamme, avec ses sept divisions d'infanterie et ses six de cavalerie, dut établir son quartier général à Jargeau et avoir, le 11, sa droite près Romorantin, sa gauche sur Laferté-Senneterre.

Dès cette époque commencèrent les négociations avec le roi Louis XVIII pour la soumission de l'armée de Waterloo. Dâvoul et Guilleminot, son chef d'état-major, avaient laissé à, Paris les généraux Gérard, Haxo et Maison pour traiter en leur nom ; le roi était bien disposé, mais lé nou-

veau ministre Gouvion Sainl-Gyr Tétait beaucoup moins bien; et les alliés, les Autrichiens et les Prussiens surtout, désiraient attaquer et anéantir ces restes glorieux de la grande armée française par laquelle ils avaient été si souvent battus. Us suivaient donc la retraite des troupes sur la Loire et parfois se montraient menaçants.

On parvint cependant à s'entendre et à conserver une armée solide à la patrie, grâce à la soumission des chefs qui comprirent qu'on ne devait pas priver la France de pareils éléments de force pour résister aux prétentions exorbitantes de Tétranger. Le roi lui-même avait déclaré qu'il ne souffrirait pas l'humiliation du pays, et que si on l'y forçait il se retirerait en Espagne avec ceux de ses sujets qui voudraient le suivre.

Voici comment Vandamme raconte ce qui lui est personnel, à partir de ce moment jusqu'à son retour à Cassel :

« La convention militaire faite sous Paris nous envoya sur la rive gauche de la Loire; nous étions à notre seconde journée de marche, lorsque nous apprenions la rentrée du roi dans sa capitale. L'armée chargea dos commissaires, qu'elle choisit dans son sein, de se rendre auprès du roi; une soumission entière fut rédigée et adressée à Paris. La cocarde blanche fut arborée; comme les autres généraux, je signai l'acte de soumission, et je pris la couleur royale ; j'engageai les officiers et le$ soldats à Tobéissance. Ce langage, qui était

celui (le la raison et d'un patriotisme pur, me rendit suspect à quelques généraux et à plusieurs officiers. On m'accusa hautement d'avoir reçu 2 millions de francs pour livrer Tarmée (1). Vers le 7 août j'étais à Limoges; je reçus Tordre de remettre le commandement des 3® et 4® corps; je me démis à Tinstant même de toute espèce de pouvoir , et j'allai habiter une petite maison de campagne que j'avais louée; j'y vécus très-retiré. Ma femme et mon fils se disposaient à me rejoindre dans cet ermitage, lorsque le préfet de Limoges me prescrivit de sortir de son département dans les vingt-quatre heures; j'ignorais le motif de cette mesure; mais toujours obéissant, je quittai sans délai ma nouvelle demeure, et je me dirigeai vers Orléans; je fus à peine arrivé à Olivet, que le préfet m'ordonna de partir de suite, et d'aller m'établir à Vierzon, c'est là que je suis maintenant avec ma famille, attendant avec calme qu'il soit prononcé sur mon sort.

« Au moment où je m'appliquais à surcharger le moins possible les habitants qui recevaient l'armée de la Loire; au moment où je m(î montrais soumis, où j'appelais toutes mes troupes à une franche soumission; au moment où j'exécutais

(1) Malgré sa soumission au roi, Vandamme apprit bientôt par la Gazette officielle du mardi 25 juillet, qu'il était compris dans les 38 proscrits delà seconde catégorie, internés dans l'intérieur, en attendant la décision des Chambres pour ceux qui seraient jugés devoir sortir du royaume ou être poursuivis par les tribunaux.

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