LIVRE VIII
De 18CXD à août 1806
Affaire de Vandamme avec le général Brune. — Lettres relatives à cette affaire en 1800 et 1801. — Lettre de Vandamme à Brune (10 novembre 1801). — Réponse de Brune ( 18 décembre 1801). — Vandamme reste peu de temps dans le Nord. — Macdonald le demande à Tarmée des Grisous, où il est appelé le 8 septembre 1800. — 11 revient en France le &4 septembre 1801 et prend le commandement de la 16« division militaire, à Lille. — Visite du Premier Consul à Lille, en juillet 1803. — Berthicr envoie à Vandamme, par ordre de Bonaparte, une paire de pistolets (août 1803). — Vandamme va commander une des divisions du camp de Saint- Omer, à Boulogne (septembre 1803). — Les formes et le langage se modifient dans Tarmée. — Les demi-brigades sont transformées en régiments. — Vandamme au camp d'Outrcau.
— Son séjour au camp. — Pichegru et Georges. — Lotti'o du général Ândréossy à propos de Georges et de Pichegru.
— Affaire des balles de laine empoisonnées. — La Léyioa d'honneur. — Vandamme nommé grand-officier, — L'Empire. — Le prince Joseph. — Le couronnement. — Lettres relatives au camp de Boulogne. — Organisation de la grande armée. — Avantages retirés des camps d'instruction. — Lettre du maréchal Soult à Vandamme (8 septembre). — Passage du Rhin (27 septembre). — Marche de la division Vandamme de Spire sur le Necker et le Danube. — Vandamme s'empare du pont de Donawerth (6 octobre). — Passage du Lech. — Mouvement tournant d'Ulm. — Lettre de Vandamme à ses généraux de brigade (12 octobre). — Marche sur Memingen (13 octobre) et passage de Tliler. — Letti e do Soult (13 octobre). — Reddition de Memingen. — Capitulation d'Ulm (n octobre). — Marche de la division Van-
damme sur Munich et sur Vienne. — Épisode relative à un officier du 46« de ligne. — Lettre de Soult (20 octobre). — Marche sur Hollabrûnn (15 novembre). — Opérations sur les deux rives du Danube. — Marche sur Brûnn. — Bataille I d'Austerlitz (2 décembre ). — Rôle brillant de Vandamme et
de sa division pendant cette journée. — Récompenses exceptionnelles accordées par Napoléon à Vandamme, en raison de sa conduite à Austerlitz. — La division revient à Vienne.
— L'Empereur la passe en revue le 25 décembre 1805.
— Lettre de Soult et ordre de Tarmée. — Affaire de Gross- Niemschitz. — Marche de la division sur Landshut. — Congé accordé à Vandamme. — Son ordre du jour à sa division (fin de juillet 1806).
Avant de parler des commandements exercés par Vandamme pendant le Consulat, nous croyons devoir expliquer une affaire d'intérêt qui jeta du froid entre lui et son ancien général en chef de Tarmée de Hollande, le citoyen Brune, comme on disait encore à cette époque, bien que le titre de citoyen commençât à être employé beaucoup plus rarement.
On se souvient que Vandamme avait été chargé par Brune de remettre au gouvernement Batave la convention en vertu de laquelle Tarmée anglo-russe s'engageait à quitter le pays, et à s'embarquer pour retourner en Angleterre ou en Russie.
Le gouvernement Batave, désirant faire un cadeau au général Vandamme, qu'on savait être un des hommes ayant le plus contribué aux succès obtenus, fit des ouvertures à ce sujet au commissaire des guerres français, Bourdon (Désiré),
lequel éorivit de la Haye, le 10 janvier 1800 , à Vandamme :
< Mon général, le commandant Dupont vous remettra ce matin des sommes qu'il a touchées pour vous^ et il vous fera connaître toutes les démarches que Tordonnateur Blanchard , pénétré d'estime pour vous , a faites dans toutes les circonstances où il a pu vous être utile. L'intérêt que vos bontés pour moi m'ont inspiré me dicte cette lettre, et me porte à vous faire connaître que le gouvernement Batave connaît tout ce qu'il doit à votre bravoure et à vos talents , qu'en conséquence il y a été agité de vous oiïrir un léger don de 6,000 francs en reconnaissance. Je pense que la moindre démarche de votre part suffirait , et pour agir chaudement en votre nom, il ne me faut que votre aveu. Les lauriers d'un militaire ne se payent point, mais le don d'un gouvernement est toujours flatteur. Veuillez me faire connaître vos intentions, et comptez, pour le reste, sur l'amitié, les soins et les démarches d'un homme qui joint à la franchise d'un militaire une parfaite considération et beaucoup d'estime pour vous.
« P.-jS. — Que vous acceptiez ou non ma proposition, je vous prie de me garder le secret sur cette lettre jusqu'à la conclusion. L'ordonnateur Blanchard, vous et moi, sommes les seuls qui doivent la connaître. »
Vandamme, sans autre fortune que son épée, assez mal payé encore de sa solde, attendu que
l'armée française employée en Batavie était aux frais du gouvernement de cette République, reçut avec grand plaisir Touverture qui lui était faite par le commissaire des guerres Bourdon, et ne cacha pas qu'il serait fort désireux de toucher la modeste somme de 6,000 francs qui était offerte. Déjà, au moment de quitter la Hollande, le général avait fait réclamer au gouvernement batave les deux mois d'appointements qui lui étaient dus.
Le ministre des relations extérieures de la République Batave lui avait répondu dans les derniers jours de novembre , qu'il avait porté à la connaissance du Directoire exécutif le contenu de sa lettre ; que le ministre de la guerre allait faire sans retard un rapport à ce sujet, et qu'il était persuadé que tout cela serait terminé promptement à son entière satisfaction.
Il n'y avait donc pas lieu de penser que l'idée viendrait à qui que ce fût de confondre ces deux mois de solde dus à Vandamme avec la gratification que la République batave voulait lui offrir, comme marque de sa haute satisfaction. Ce fut cependant la tournure que prit cette affaire , puisque, le 10 janvier 1800, le ministre des relations extérieures écrivit aux membres du Directoire à la Haye :
« Citoyens Directeurs , d'après la réponse que vous avez bien voulu faire aux réclamations que j'ai été chargé de vous présenter par le général Vandamme, relativement à la gratification que vous
lui aviez promise lorsqu'il était employé à votre service , j'ai Thomieur de vous observer que les deux mois d'appointements accordés en indemnité ne peuvent être considérés sous ce rapport, puisqu'ils étaient dus au général Vandamme, et de plus les mois de frimaire et de nivôse, ainsi que le prouvent la lettre du général Brune et le certificat du commissaire ordonnateur Marchand, dont je m'appuie auprès de vous. Il me reste donc à savoir si vos intentions sont toujours les mêmes sur la promesse que vous aviez faite au général Vandamme ; vous savez assez quels efforts il a faits pour la fin heureuse de la campagne de la Nord-Hollande, et vous n'en avez sans doute pas perdu le souvenir. J'y ajouterai que le général Vandamme n'a rien demandé en indemnité de la route qu'il a faite de la Suisse jusqu'en Batavie, laquelle route lui a coûté plusieurs chevaux de ses équipages ; mais , sans vous parler plus de ses droits à la reconnaissance du gouvernement batave, je vous rappellerai seulement la promesse qui lui a été faite , et sur laquelle il a toujours fait fonds, espérant bien qu'elle vous serait aussi sacrée que sa réclamation est légitime.
« J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect. >
Cette affaire traîna plus de dix-huit mois. Enfin, en août 1801 , Vandamme adressa une nouvelle réclamation au gouvernement Batave, par le canal du ministre de la guerre de ce pays, lequel lui ré-
pondit, les 21 et 24 août 1808, les deux lettres cidessous :
« Citoyen général, en vous accusant la réception de votre lettre du 80 thermidor, an rv (18 août 1801), par laquelle vous me faites part de la démarche que vous venez de faire auprès du Directoire batave , pour être instruit de ce que vous pouvez attendre de la promesse que vous a fait le gouvernement, lors de la capitulation avec le duc d'York, j'ai l'honneur de vous informer, que, déjà depuis longtemps j'ai fait au Directoire mon rapport sur ce sujet , et qu'en cas qu'il me charge de l'exécution de l'arrêté qu'il prendra à cet égard, je m'empresserai, citoyen général, de vous transmettre sa décision, t
• Citoyen général, le Directoire exécutif me charge de vous informer, par rapport à la demande que vous lui avez adressée pour obtenir le cadeau que vous assurez vous avoir été promis, lors de la capitulation avec le duc dTork , en 1799 , qu'en considération de l'indemnité de deux mois d'appointements, qui vous a été accordée après votre départ pour l'Allemagne, en octobre 1799, comme une marque de reconnaissance de la part du gouvernement, pour les services que vous avez rendus à la Batavie, le Directoire ne saurait vous offrir aucune gratification ultérieure, d'autant plus que l'épuisement des finances de cette République nt^ permet pas de faire aucune dépense extraordinaire. »
Afin de bien affirmer ses droits, Vandamme avait obtenu du commissaire ordonnateur en chef de Tannée française en Batavie, Marchand, le certificat ci-dessous, qui ne pouvait laisser un doute sur la validité de sa réclamation,
« Le commissaire ordonnateur en chef certifie que le général de division Vandamme , employé près les troupes françaises en Bat a vie , depuis le mois de fructidor an vu jusqu'au mois de nivôse an vin, époque à laquelle il a quitté cette armée, n a pas été payé dés mois de frimaire et nivôse, an vni, sur les fonds extraordinaires mis parle gouvernement batave, pour le compte de la RépubUque française, à la disposition du commissaire ordonnateur en chef, et destiné au payement des troupes et officiers généraux ne faisant pas partie des vingt-cinq mille hommes, et envoyés au secours de la Batavie.
r En foi de quoi, le présent certificat a été délivré pour servir et valoir à ce que de raison. »
Voyant que ses justes réclamations n'aboutissaient à rien, Vandamme se décida, au commencement de septembre 1801 , à charger son fidèle aide de camp Gobrecht, alors dans le Nord, de se rendre en Hollande pour voir où en était cette affaire si importante pour lui.
Gobrecht lui écrivit le 7 septembre de Gand :
• J'arrive à l'instant de la Haye, et je m'empresse de vous rendre compte de l'infâme décision du Directoire. Ces messieurs ont fini par dire,
qu'après avoir fait les recherches les plus exactes dans leurs archives , ils n'avaient pu découvrir aucune pièce, relative à la promesse, et par conséquent, le Directoire actuel ne peut attribuer au général Vandamme une gratification.
« Je ne puis confier au papier tout ce que j'ai appris par des personnes que je ne puis nommer, et que je vous ferai connaître plus tard, à votre arrivée. Je crois qu'il est inutile de vous envoyer toutes les pièces, car je préfère vous les remettre moi-même.
« Le citoyen Jéansens a toujours continué de me seconder ; il fut même indigné de la décision qui n'a pas le sens commun ; ils ont donné ordre à Jéansens de payer le mois d'appointement qui nous était dû, d'après l'état général où tout l'état^ major était compris pour la solde de frimaire. J'ai donc touché pour vous, pour moi, Marulaz et un secrétaire. Je ne voulais point d'abord recevoir, mais Jéansens m'y a déterminé, en me disant qu'on ne se déshonore pas en recevant ce qui est du, et depuis deux ans nous étions portés sur les états , comme présents jusqu'au mois de nivôse.
« J'ai cru bien faire, et j'ai reçu 121 louis d'or que je réserve près de moi, jusqu'à votre retour. 11 nVest impossible de vous dire le tout par écrit, ce qui vous indisposerait. »
Ici se trouvait un passage écrit en hollandais, expliqucint que Brune avait repu 100,000 francs
du gouvernement hollandais , puis Gobrecht reprenait :
• Le général Augereau (il commandait alors Tarmée gallo-batave) était furieux de leur procédé. Il m'a chargé de vous assurer de son attachement. Dans toutes les occasions où il pourra vous être utile , vous pourrez vous adresser à lui. Je pars demain pour Gassel, pour voir si vous avez tenu parole et si vous avez achevé mon ouvrage, croyez que je reprendrai ma revanche. »
Lorsque cette lettre du commandant Gobrecht parvint à Vandamme, à la fin de septembre 1801, le général se trouvait à l'armée de Réserve, commandée par Brune, en Italie. Il avait été question entre eux, à plusieurs reprises, de cette gratification du gouvernement batave.
Vandamme ayant quitté Tarmée d'Italie , après un voyage de quelques jours dans la Péninsule pour revenir en France, où l'appelait un nouvel ordre du Premier Consul, écrivit à Brune, le 10 novembre 1801, la longue lettre suivante, qui jette un jour complet sur l'affaire en question :
« Mon général , d'après la dernière explication que j'ai eue avec vous, je vous dois cette lettre, je me la dois à moi-même, vous priant toujours de ne voir dans mes démarches que ce que j'ai cru pouvoir, sans vous offenser, et sans que qui que ce soit m'y ait engagé (1), car telle opinion que vous
(1) Gctte phrase est une aUu«ioii à Macdonald, que Brune
puissiez avoir sur mon compte, je n'ai rien fait pour vous faire peine ; et je crois avoir quelques droits à votre estime.
« Lorsque je reçus voire agrément de quitter la Batavie, et de me rendre chez moi, pour me rétablir de la luxation de mon épaule et des fatigues de la campagne de la Nord-Hollande, vous me donnâtes une preuve évidente de votre confiance. Dans tous les temps j'en serai digne.
« Chargé de remettre de votre part la capitulation que le duc d'York devait à votre générosité ; vous me fîtes Thonneur de me citer au gouvernement Batave, comme ayant puissamment secondé vos efforts dans cette mémorable campagne, glorieuse pour les deux' Républiques. L'ambassadeur français, le comte Florent-Guiot, à qui je me présentai en arrivant à la Haye, me fit compliment sur mon succès et sur la fin heureuse de cette guerre ; il me fit connaître la satisfaction qu'en éprouvait le Directoire batave, et le désir qu'il avait de nous récompenser dignement. Présenté par lui, aux différents ministres» et par eux au Directoire, je remis la capitulation. Ils parurent très-contents et me témoignèrent la satisfaction qu'ils éprouvaient. En recevant ce gage si brillant de la victoire, ils me firent des promesses, dont je n'ai pu n'y voulu attendre le résultat; c'était à vous seul qu'il conve-
accusait de faire agir Vandamme en dessous dans cette affaire Macdenald et Brune étaient brouillés*
-alliait de recevoir et de répartir. Voilà, mon général, ce que j'ai cru. Le lendemain, j'ai quitté de bonne heure la Haye et la Batavie, persuadé que je recevrais par vous ce qui pourrait me revenir ; quelque temps s'écoula, et j'envoyai de Cassel mon secrétaire réclamer mes appointements. j*eus quelque peine à les obtenir. Quoique en convalescence par votre assentiment, et appartenant à l'année gallo-batave, je perdis mes fourrages, mon logement et les frais de bureau que mes ca* marades reçurent; je ne vous cite ceci, mon général, que pour vous faire connaître un homme à qui j'ai fait tout le bien possible, et qui aima à saisir la première occasion pour me payer d'ingratitude, c'est le général RostoUant à qui je dois cet éloge.
« Quelque temps après, je reçus l'avis que je ne faisais plus partie de l'armée française en Batavie, et je reçus mes lettres de service pour l'armée du Rhin, où je me rendis, quoique souffrant. Il s'agissait de faire la grande guerre; j'aime ce métier, et je m'en suis sérieusement occupé depuis dix aiia. Vous fûtes commander à la Vendée, puis en Italie. A différentes époques, passant par Paris, tantôt l'un, tantôt l'autre de mes camarades, me dirent que vous aviez reçu du Directoire batave une somme considérable pour les généraux de votre armée. Tous s'accordent à me dire, que cette somipe se montait à deux cent nulle francs et de plus vingtH^inq mille pour vos indemnités.
Cette dernière ne pouvait pas nous regarder. D'autres de mes camarades me demandèrent, par lettres, si j'avais quelque connaissance de ce cadeau. Je répondis qu'il m'était impossible d'y croire; mais, des explications faites par ceux qui étaient restés en Hollande, des généraux très-croyables et autant vos amis que moi, voulurent me le persuader. Il a fallu faire trois campagnes depuis, mon général, et ce n'est qu'après avoir passé dix-huit mois sans rien apprendre de vous, et après avoir eu tant de données vraisemblables, tant par l'amiral Dewinter, l'ambassadeur Schimelpenninck et par d'autres différents envoyés français qui se sont succédé à la Haye, que j'ai cru devoir vous en parler.
« C'est en partant de Roveredo pour aller visiter l'Italie, que j'avais pris la détermination de vous demander ce qui en était, de confiance; j'espérais avoir l'honneur de vous voir dans le cours de ce voyage, et j'eus cet avantage à Vérone, où je n'ai pu m'y déterminer, par l'accueil distingué et amical que je reçus de vous, et du généreux cadeau que vous me fîtes accepter. Je le pouvais d'autant moins, dans ce moment, que j'avais, par ce moyen, tout ce qu'il fallait pour faire ce voyage avec agrément, et de plus, vous étiez publiquement brouillé avec le général Macdonald, de qui je suis l'ancien ami. J'aurais eu d'autant plus de torts, que, depuis ce temps, lorsque je vous ai prié de m' entendre à ce sujet, vous m'avez fait la
honte de croire que j'étais poussé par quelqu'un à faire cette démarche pour vous faire de la peine. Non, mon général, personne ne m'engagea à cela. Vos ennemis me connaissent, et ils ne s'adresseront jamais à un militaire comme moi , pour le faire servir d'instrument à leur vengeance. Ils savent aussi que je n'ai jamais appartenu qu'à ma patrie et à mon métier.
■ D'après les différentes explications que j'eus avec vous, et dans lesquelles vous me fîtes chaque jour de nouvelles protestations de n'avoir rien reçu, j'étais convaincu, avec un grand plaisir, que c'était au gouvernement Batave à qui appartenait le tort de l'ingratitude, et que c'était injustement que l'on vous accusait de nous avoir trompés, car il m'en coûte de croire à un aussi grand crime envers de généreux guerriers , qui s'étaient tant de fois offerts aux dangers et à la mort pour servir votre gloire. Enfin , mon général , autorisé par vous, et après vous avoir prévenu par écrit, j'ai adressé au gouvernement Batave une réclamation sur le cadeau promis et mérité pour les indemnités de route que je n'avais pas reçues. Mon premier aide de camp, le chef d'escadron Gobrecht, officier d'honneur et mon ami, qui, à la bataille de Bergen, donna des preuves d'une grande intrépidité et contribua infiniment aux glorieux succès de cette brillante journée, fut celui à qui je donnai ma procuration. Il a remis de ma part différentes lettres au Directoire et aux ministres, il a
fait, enfin, toutes les démarches pennises pour obtenir satisfaction ; le gouvernement lui a payé un mois de solde qui m'était dû et que je n'avais pas demandé, disant : « que le général Brune avait reçu de quoi indemniser les généraux, et qu'ils étaient très-étonnés que le général Vandamme n'en ait pas eu de part » Le Directoire se rappelait encore que j'y avais bien servi. Maintenant, quoi vous dire pour penser que vous avez reçu cette somme ? Répéter ce que l'on a dit à la lable de Tambassadeur Sémonville? Ce que loi a dit l'ex-ministre Piémau, à présent Directeur ? Ce qu'a afllrmé le commandant Jéansens, le premier agent des finances et l'homme de confiance du gouvernement? Voilà, mon général, tout ce que je puis vous assurer, je ne sais si c'est assez. Pour moi, qui ne suis pas bien avide, je ne puis pas y perdre beaucoup, car les déclarations particulières ne suffisent pas pour attaquer en justice, et c'est là ce que vous me disiez de faire il y a quelques jours. Mon général, je sais actuellement très-parfaitement que je ne puis plus rien espérer ni prétendre du gouvernement Batave ; mais je sais aussi que je ne peux, ni ne veux vous forcer à me rendre compte. Quoique vous m'ayez attribué des projets méchants, lorsque je vous fis une réclamation de la manière la plus honnête , je vous déclare que je serais fâché de vous faire de la peine , et de porter cette affaire à d'autres tribunaux qu'à celui de votre justice. Rappelez-vous ma manière
de servir, souvenez-vous des succès de Tarmée, et croyez qu'ils ont puissamment contribué à aug* menter votre réputation. Sachez que je ne suis pas riche, prononcez enfin, et telle que pourra être votre décision, elle terminera tout ; je n'écris plus, et n'en parlerai officiellement, pour mon compte, à personne, mais il me restera, dans tous les cas, la certitude de ce que je pourrais penser.
« P.-S. — Personne n'a ni n'aura connaissance de cette lettre, que moi et mon secrétaire qui est chargé de la transcrire. »
Il parait résulter jusqu'à l'évidence, de cette lettre et de celle de Gobrecht que Brune avait en eiïet touché du gouvernement Batave une somme assez considérable pour indemniser les généraux, et qu'il se l'était complètement appropriée. Le vainqueur de la Hollande se borna à répondre à Vandamme, son lieutenant, cette lettre courte et brusque, le 18 décembre 1801 :
« Un fait clair, simple et positif, citoyen général, ne peut avoir deux interprétations, et j'ai l'honneur de vous rappeller la réponse claire , simple et positive que je vous fis en prairial dernier.
« Je n'ai aucune connaissance que le Directoire batave ait destiné des fonds pour vous indemniser, vous, ou tout autre général sous mes ordres, durant la campagne de Nord-Hollande, ou après.
« Je ne doute pas, citoyen général, de l'assu-
rance que vous me donnez de votre attachement, et je vous prie de croire que j'y suis fort sensible. M
Celte affaire ne fut pas poussée plus loin, et Vandamme n'obtint jamais le cadeau que lui avait destiné le gouvernement Batave.
Reprenons maintenant les choses de plus haut. On a vu que le général avait quitté l'armée de Moreau et le corps de Lecourbe après le passage de vive force du Rhin, les combats qui en avaient été la suite et dans lesquels il avait rendu encore de grands services à la tète de sa division.
Appelé au commandement des divisions du Nord, il reçut de Bernadette, le 12 juin 1800, de Rennes où était son quartier général, la curieuse lettre ci-dessous :
« Votre lettre du 30 floréal (20 mai) me parvient, mon cher Vandamme, au moment où j'apprends que vous êtes à Paris et que le commandement que vous désiriez vous est accordé. J'ai cru avant de faire aucune démarche devoir vous consulter, car il me semble surabondant de solliciter une destination qu'on a déjà. Répondez-moi, afin que je puisse remplir et vos vœux et mon amitié pour vous, en écrivant au Premier Consul, s'il est nécessaire.
« L'alarme s'est répandue , il y a quelques jours, dans les environs de Quiberon par la présence de 35 voiles de guerre et de 20 bâtiments de transport. 12 à 1,500 Anglais ont osé débarquer
dans Tisthme de Quiberon et dans la presqu'île de Rhuys ; le peu d'habitude de la guerre qu'ont les généraux chargés de la défense de cette partie aura fait prendre cette poignée d'hommes pour une armée très-nombreuse; l'inquiétude et la consternation avaient déjà abattu les esprits; je les rassurai bientôt ; je rassemblai de suite un corps de 4,000 hommes, je lui fis faire trente lieues en quarante heures, je me portai sur les points attaqués ; à mon arrivée tous les Anglais étaient rembarques ; maintenant ils bloquent Belle- Isle; il est possible qu'ils aient le projet d'en faire le siège.
« Donnez-moi de vos nouvelles, mon cher Vandammç , et comptez toujours sur ' l'attachement bien sincère et l'amitié que je vous ai voués.
« Je vous embrasse. »
Vandamme ne conserva son commandement I dans le Nord que quelques semaines. Le 8 sep- ' tembre, il fut prévenu que, sur la demande du général Macdonald, commandant la seconde armée de réserve d'Italie ou des Grisons, il était ' placé à la tète d'une des divisions de cette armée. ',
Arrivé en octobre au corps de Macdonald, Vandamme reçut le commandement de l'avant-garde. Il se mit en communication avec le général Rochambeau, dont la division formait la gauche de l'ordre de bataille, et concourut aux quelques opérations faites dans le Tyrol et la Valteline
par Macdonald, pendant la fin de l*année 1800.
En janvier 1801, la guerre étant terminée, Vandamme voulut profiter de son séjour en Italie pour visiter un pays qu'il n'avait pas encore vu, ayant toujours eu des commandements dans le Nord ou aux armées d'Allemagne. Macdonald lui donna Tautorisation nécessaire. Il se rendit d'abord à Vérone, où il trouva le général en chef Brune, qui lui remit la lettre de passe ci-dessous, datée du 22 janvier :
« J'invite les généraux et commandants militaires sous mes ordres de procurer au général Vandamme toutes les facilités pour le voyage qu'il se propose de faire , pour connaître l'Italie civile et militaire. *
Vers le milieu de février 1801, Vandamme vint reprendre le commandement de sa division à Trente. Il séjourna deux mois à l'armée, mais voyant que la paix avec l'Angleterre et avec l'Autriche le condamnait à l'inaction, il demanda et obtint, le 13 avril, de se rendre en France, en vertu d'un congé de convalescence de trois mois, que lui accorda Macdonald. Son premier soin, en arrivant, le 23 avril, à Paris, fut de solliciter du ministre Tapprobation de son congé, ce qui lui fut gracieusement octroyé par Berthier.
Le but principal de Vandamme, en quittant Tannée des Grisons pour revenir dans sa patrie, était d'obtenir le commandement de la 16* division territoriale, ayant pour chef-lieu Lille, à proxi-
mité de Gassel. Il agit et fit agir auprès du Premier Consul, el les trouva tous les deux fort disposés à le satisfaire* Le général Bonaparte avait pour Vandamme une haute estime. Il le considérait déjà comme un des plus brillants soldats, comme un des plus vigoureux officiers et des plus habiles
généraux formés à la grande école des sept années de guerre qui venaient de s'écouler.
Le 24 septembre 1801, le commandement de la 16* division ayant été rendu vacant par Berthier sur Tordre du Premier Consul, fut donné à Vandamme, qui se hâta de partir pour Lille. Le général était marié, tous ses intérêts l'appelaient dans le Nord. 11 put donc goûter là, dans son propre pays, au milieu des siens, quelques années de repos. Son commandement comprenait les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Lys.
Lorsque le traité de paix d'Amiens eut été signé et connu, Vandamme écrivit au Premier Consul (22 octobre 1801).
« Mon général, tout ce qui compose la 16* division militaire, que j'ai l'honneur de commander, a appris avec satisfaction la signature des préliminaires avec l'Angleterre, persuadés que ce qui est fait par vous assure la gloire des armées et la prospérité de la République. Nous qui étions ici destinés les premiers à attaquer les Anglais, en cas que nous eussions reçu les ordres, nous sentons tous le prix de la paix ; nos bras ne vous sont plus nécessaires, c'est nos cœurs que nous vous
SSlïC^BiW
offrons ; vous y régnerez toujours ; ils vous sont tous dévoués.
« Salut et fraternité. »
En septembre 1802, Vandamme obtint un congé d'un mois pour se rendre à Paris où l'appelaient quelques affaires de famille..
En octobre de la même année, il reçut du ministre de la guerre Berthier la lettre suivante, datée du 16 :
« Je vous préviens, citoyen général, que, d'après les dispositions arrêtées par le Premier Consul, vous êtes compris dans le nombre des officiers généraux en activité pendant Tan onze, et que vous êtes maintenu dans le commandement de la 16® division militaire. Je vous adresse, en conséquence, vos lettres de service.
« Le gouvernement, qui apprécie les services que vous avez rendus, se plaît à vous renouveler ce témoignage de sa confiance.
« L'intention du Premier Consul est qu'il n'y ait qu'un général de brigade pour chaque département, mais dans les divisions qui, à raison de leur situation militaire, de leur étendue ou du plus grand nombre de places fortes, exigent une surveillance plus active, il a cru devoir s'écarter de cette proportion, et c'est d'après ces considérations qu'il a accordé quatre généraux de brigade à la division que vous commandez.
« Il met de plus à votre disposition deux adju-
dants commandants, dont lun remplira, auprès de vous, les fonctions de chef d'état-major, etTautre sera employé extraordinairement là où les besoins du service vous paraîtront exiger sa présence.
« Vous trouverez ci-joint l'état nominatif de ceux de ces officiers généraux qui, conformément aux dispositions approuvées par le Premier Consul, sont destinés à servir sous vos ordres, dans les résidences que vous jugerez à propos de leur assigner. Je leur fais expédier leurs lettres de senice.
« Vous voudrez bien m'informer de l'arrivée do ceux de ces officiers généraux qui sont désignés pour passer dans votre division et me rendre compte des mesures que vous aurez prises pour la répartition des uns et des autres dans les déparlements qui la composent.
« Je vous salue.
En juillet 1803, Vandamme reçut, à Lille, le Premier Consul, qui passa dans cette ville les journées des 6, 7 et 8.
Le 6 eut lieu la revue de la garnison, le 7 l'audience accordée aux autorités et la visite à la citadelle, le 8 la visite des établissements.
A la suite de ce voyage du Premier Consul, Berlhier écrivit à Vandamme (août 1803) :
a Le Premier Consul, citoyen général, en parcourant votre division a été très-satisfait de l'esprit qu'il a vu régner parmi les troupes et de Télat
dans lequel il a trouvé toutes les parties confiées à vos soins. Vous avez rempli les espérances qu'il avait fondées sur vos précédents services. Vous recevrez une paire de pistolets que je vous envoie en son nom. Gonservez-la comme un gage honorable, qui vous rappellera que vous avez augmenté, pendant la paix, les droits que les événements de la guerre vous avaient déjà acquis à la reconnaissance publique.
« Je vous salue. »
Cette lettre de Berthier fut suivie, quelques jours après (30 août), d'une autre, dans laquelle le ministre annonçait à Vandarame que le Premier Consul Tavait nommé pour commander Tune des divisions du camp de Saint-Omer, sous les ordres du général en chef Soult.
« Ce camp, dit la dépêche du ministre, fait partie de l'armée qui doit porter sur le territoire> de l'Angleterre la guerre que cette puissance a voulu faire à la République, et cette destination vous est une nouvelle preuve de la confiance du gouvernement, etc. »
Ainsi, pour la troisième fois, Vandamme se trouvait sous les ordres de généraux en chef, qui avaient été sous les siens : Moreau, Macdonald, Soult. Certes, ses services militaires et son aptitude égalaient ceux de ces hommes de guerre, ! mais le caractère ardent, entier, impérieux même, du général, lui avaient fait beaucoup d'ennemis.
avaient retardé son avancement. Maintenu longtemps dans le grade de général de brigade, il vit passer avant lui ceux qui avaient été ses subor- ' donnés. Un peu de souplesse dans ce monde C^^ est souvent fort utile, même dans le noble métier des armes.
Le 6 septembre 1803, Vandamme reçut de Soull, général de la garde consulaire ou du gouvernement, commandant en chef le camp de Saint-Omer, l'invitation de remettre le commandement de la 16® division territoriale au plus ancien de ses brigadiers et de se rendre, sans délai, à Boulogne, pour y recevoir ses nouvelles lettres de service et y prendre connaissance de Torganisation de la division qu'il devait commander dans le corps d'armée. Soult le prévenait que la majeure partie de ses troupes étaient déjà à Boulogne et que les autres ne tarderaient pas à y arriver successivement..
Quelques années seulement s'étaient écoulées depuis les guerres contre l'Europe coalisée, et sous le génie créateur et organisateur de l'homme prodigieux qui, déjà, remplissait le monde de son nom, tout avait pris un autre aspect, tout s'était régularisé en France. Plus de ces armées indisciplinées, parce qu'elles n'étaient jamais payées ; plus de ces officiers, de ces généraux obligés de tolérer le pillage, pillant même quelquefois pour leur propre compte, parce qu'avant tout il fallait vivre, eux et leurs soldats. La République ne don-
nant rien, ne fournissant rien à ses défenseurs, force était de frapper des réquisitions qui dégénéraient quelquefois en vexations et en exactions, qui nous aliénaient Tesprit des habitants des contrées dans lesquelles avaient lieu les opérations.
Le général Bonaparte voulait bien que la guerre nourrît la guerre, mais il tenait à ce que tout sefît régulièrement. Il était parvenu, non sans peine, dès 1796, à mettre dans sa petite armée de Tordre en toute chose. Aussitôt à la tête du gouvernement, il agit pour la France entière, comme il avait agi pour son armée d'Italie.
Plus de militaires sans solde, sans pain, sans souliers, sans vêtements.
Au camp de Boulogne, non-seulement les officiers, les hommes de troupe reçurent, en numéraire et en nature, les prestations qui leur étaient attribuées en raison de leur grade et de leur position, mais les généraux eurent avis qu'il leur était alloué des frais de représentation et de bureaux, s'élevant à 1,000 francs par mois pour les divisionnaires.
Les formules républicaines commençaient à n'être plus employées dans le style épistolaire que par quelques hommes sortis des bas fonds de la société. A cette expression : Salut républicain, qui avait remplacé déjà celle : Salut et f raternité, on substituait dans les lettres officielles militaires celle-ci : xTai Vlionneur de vous saluer.
et même lorsqu'un inférieur écrivait à son supérieur, il écrivait : Je vous salue avec respect.
On était en tout et pour tout dans le moment de transition entre la période démocratique et la période autocratique.
De cette époque aussi date la réorganisation complète de l'armée française; sa formation en régiments, la création des corps d'armée, etc., etc.
Voici, du reste, un ordre du jour, du 17 octobre 1803, daté du quartier général de Boulogne, et qui nous paraît assez curieux à faire connaître.
« L'armée est prévenue que, d'après l'arrêté du gouvernement du l®*" de ce mois, et conformément à l'ordre du ministre de la guerre, en date du 17 vendémiaire, les demi-brigades d'infanterie de ligne et légère prendront la dénomination de régiments, en conservant leurs numéros.
« Dans tous les régiments, soit d'infanterie, soit de troupes à cheval, le chef de brigade portera le titre de colonel, le chef de bataillon ou d'escadron, chargé du détail, sera remplacé par un major, dont le grade sera intermédiaire entre celui de colonel et celui de chef de bataillon ou d'escadron.
« Le major aura pour marques distinctives de son grade, dans l'infanterie de ligne et légère, les carabiniers, cuirassiers et dragons, deux épaule ttes de colonel, le fond de l'épaulette et la frange seront de métaux différents, la frange sera toujours de même métal que les boutons; dans les chasseurs et hussards, il aura pour marques dis-
tinctives, cinq chevrons, dont quatre de 4 lignes et un de 9, placé dans le milieu des quatre autres, ce dernier sera d'un métal différent.
« Le major sera spécialement chargé des détails de l'instruction, de ]a tenue, de la discipline, de la police et de la comptabilité du corps et des compagnies, il sera dépositaire des contrôles, il remplira, au conseil d'administration, les fonctions de rapporteur, même lorsqu'il le présidera, et commandera le régiment en l'absence du colonel. »
Nous ne ferons pas ici l'histoire du camp de Boulogne, trop comme pour que nous en parlions longuement. Nous dirons seulement que les camps sur les bords de la mer où les troupes de la grande armée devaient être rassemblées, de 1803 à 1805, après la rupture du traité d'Amiens, furent au nombre de six : ceux de Hollande, de Gand, de Saint-Omer, de Compiègne, de Saint-Malo et de Bayonne.
Nous ne parlerons que de celui qui prit ensuite le nom sous lequel il devint si célèbre de camp ' de Boulogne, et qui se composait, en 1805 (au moment de la marche sur l'Allemagne pour la campagne d'Ulm et d'Austerlitz), des corps de Saint- Omer et de Montreuil.
I Le camp de Saint-Omer, sous les ordres de ' Soult, était formé des divisions Saint-Hilaire, . Vandamme, Legrand et Suchet.
Le camp de Montreuil, sous les ordres de Ney,
était formé des divisions Dupont, Loison et Par-' tonneaux.
Les camps dits de Boulogne étaient au nombre de cinq, dont quatre sur la rive droite et un sur la rive gauche dé la Liane, à proximité de la ville.
Les camps de la rive droite étaient ceux formés : 1® par les 85® et 88® de ligne, établis près Vimereux ; 2® par les 101® léger, en arrière du fort de la Crèche, près la Tour-d'Ordre ; 3^ par les 40®, 64^ 36*, 45®, 14® et 55® de ligne sur le plateau situé entre Boulogne et la mer, en avant de la colonne Napoléon ; 4° par le 26® léger et le bataillon corse, sur le plateau en arrière de Boulogne, près la route de Paris.
Le camp de la rive gauche était celui de la 2* division (Vandarame), établi en avant du moulin d'Outreau, entre le village de ce nom et la mer. Il se composait des 24® léger, tirailleurs du Pô, 4®, 57-, 28-, 46®, 22®, 70*, 75* de ligne.
C'est de ce dernier principalement que nous avons à nous occuper.
Une chose curieuse à observer, c'est que l'emplacement de ces camps, augmentés bientôt des troupes de la garde impériale, fut à peu près le même que celui adopté, en 1854, pour les troupes du second empire, au moment de la guerre d'Orient.
Le i^ octobre 1803, Vandamme était installé
au camp d'Outreau avec son chef d'état-major, Tadjudant commandant Mériage.
Le 10 novembre, les troupes de sa division furent passées en revue par le Premier Consul qui donna de grands éloges à la tenue et à la manière de manœuvrer des troupes aux ordres de Vandamme.
Le 16 du même mois, le général obtint quelques jours de permission pour se rendre à Lille. Le 2 janvier 1804, le Premier Consul vint de nouveau visiter la division Vandamme, en se rendant à la flottille ; prévenu à Tavance par Tétat-meyor, le général fît mettre ses troupes sous les armes.
Chaque jour il y avait parade au camp, devant le front des brigades. Le dimanche toutes les troupes étaient passées en revue, et, pendant la semaine, les bataillons étaient exercés non-seulement aux différentes écoles de l'ordonnance sur Tinfanterie, mais à être embarqués sur les péniches et débarqués le plus rapidement possible, afin que chacun fût bien au courant de ce qu'il aurait à faire, une fois sur les côtes de la Grande-Bretagne.
Vandamme resta sur la côte, au camp d'Outreau, de septembre 1803 à septembre 1805, c'est-à-dire pendant deux années. Il eut souvent occasion de voir le Premier Consul, devenu bientôt après Empereur. Ses sentiments républicains se modifièrent du tout au tout pendant ce séjour au camp de Boulogne. Le jeune et farouche républicain de 1793, l'ami de Pichegru et de Moreau de
1794 à 4799, sentit son cœur s'ouvrir à des sentiments tout autres que ceux éprouvés par lui pendant sa première jeunesse. Vandamme était alors un homme d une trentaine d'années, ayant vécu beaucoup et vite, rompu à la vie militaire et à la discipline, existence qui ramène forcément aux idées de pouvoir, de hiérarchie, et qui fait disparaître les utopies et les chimères d une égalité impossible en ce moùde, si ce n'est devant la loi, la seule qui puisse être possible.
L'homme qui appelait les souverains des tyrans, leurs soldats des satellites, n'était pas éloigné d'acclamer l'avènement d'un souverain, de devenir lui-même le féal sujet d'un empereur et d'accepter avec reconnaissance de ce soldat heureux, devenu roi par la grâce de son épée, un titre, des décorations, des honneurs et des dotations.
Lorsqu'on vit dans un certain centre , sous l'empire d'un moment d'effervescence politique, on n'est pas éloigné, à vingt ans, de se dire avec orgueil partisan du système républicain. L'âge mûr arrivant, les événements politiques venant à se succéder, les idées se modifient , et l'on accepte volontiers le pouvoir d'un seul. La vieillesse vous trouve indifférent à tout ce qui n'est pas le repos, la tranquillité, et souvent, en portant les regards en arrière, en ramenant le souvenir sur le temps passé, on se prend à sourire à la pensée de l'exaltation qu'on a montrée, pour tel ou tel principe politique.
— no —
Ces modifications, ces changements dans ses opinions, Vandamme les éprouva à cette époque. A son affection pour Pichegru succéda sa haine pour l'ennemi du Premier Consul, et le meurtre du duc d'Enghien le trouva indifférent. Quoi d'étonnant à cela, ce dernier et triste événement fut reçu avec joie par le général qui devait, onze années plus tard, être un des ministres de la famille des Bourbons !
Le i®' mars 1804, le général de division Andréossy, chef d'état-major général de Soult, écrivit à Vandamme :
« Le voyage de Pichegru à Paris n'est plus un problème, citoyen général, cet homme qui jurait encore, la veille au soir, qu'il assassinerait le Premier Consul, a été arrêté dans la nuit du 7 au 8, rue Chabanais ; deux agents de police et six gendarmes d*élite se sont jetés sur lui pendant qu'il dormait; il n'a pas eu le temps de se servir des pistolets et du poignard qu'il avait sous son chevet. Après s'être longtemps débattu, il a été garrotté et conduit chez le conseiller d'État Real ; là sa fureur s'est apaisée, et il a été interrogé.
t Le général en chef vous invite à faire connaître de suite cette importante nouvelle à la division que vous commandez ; elle lui a été transmise par le général gouverneur du palais. »
Au bas de cette circulaire, on lit, écrit de la main de Vandamme :
« Cette lettre devra de suite être mise à l'ordre
du jour, et lue à Tinstant à la tête des compagnies. >
« Boulogne, le 10 ventôse (l^' mars 1804), à une heure après midi. »
On voit que toute affection était éteinte dans le cœur de Vandamme à l'égard de Pichegru. Il faut comprendre aussi que ce cœur tout ardent de patriotisme avait été brisé, en apprenant que celui qu'il avait si longtemps aimé, chéri, honoré, défendu, était un traître, cherchant, pour de Tor, à vendre son pays à Tétranger.
Les troupes du camp de Boulogne apprirent également vers la fin du mois de mars, par la voie de Tordre du jour, la mort du duc d'Enghein arrêté, amené en France, jugé, condamné, exécuté en l'espace de quelques jours, on pourrait même dire de quelques heures.
Pour Vandamme, ce qui avait trait à Pichegru était d une bien autre importance que ce qui concernait le jeune et infortuné duc d'Enghein dont peut-être, à cette époque, il ne connaissait ni le nom ni l'existence. La famille des anciens rois était déjà bien oubliée en France, tant d'événement s'étaient succédé depuis 1789 ?
Celte arrestation passa alors à peu près inaperçue au camp de Boulogne. Elle eut un beaucoup plus grand retentissement à Paris.
Le 10 mars, Soult avait mis à l'ordre :
• Le général en chef s'empresse d'annoncer à Tarmée qu'il reçoit à l'instant une dépêche télé-
graphique qui lui annonce que Georges a été arrêté hier au soir à Paris. Cotte nouvelle sera sur-le-champ envoyée dans les divisions par des ordonnances. »
Il se passa, à la même époque, un fait des plus graves, et tellement en dehors des lois naturelles qui régissent le droit des nations entre elles, qu'on aurait de la peine à y croire, si les documents officiels de Tépoque n'en fournissaient la preuve la plus authentique. Le gouvernement de la Grande-Bretagne essaya d'infecter la France et peut-être l'Europe de la peste ^ en faisant échouer des ballots de laine pestiférée sur les côtes de la Manche.
Voici les documents relatifs à cette horrible machination.
LE CHEF DE l'ÉTAT-MAJOR A VANDAMME.
« Boulogne, 8 mai^ 18Q4.
« Le ministre de la guerre a transmis au général en chef, citoyen général, l'extrait suivant de la correspondance de Londres :
« Le gouvernement anglais a le projet de faire jeter sur les côtes de France six à sept cents ballots de laine, recueillis dans une contrée où la peste eût régné.
« Le baron Danneveck eut jadis la même pensée. »
« D'après un pareil projet, qui entraînerait une des plus affreuses calamités, vous devez, citoyen général, recommander dans la partie de la côte qui correspond à votre division, la surveillance la plus active, et ordonner que les douaniers et les marins qui seraient dans un bâtiment échoué ne puissent en sortir avant d'avoir rendu compte, par écrit, de toutes les circonstances de la navigation et de réchouage de ce bâtiment, d'après lesquelles il sera donné les ordres jugés nécessaires.
« La nature des choses est telle, que le général en chef n'a pas besoin de vous recommander, citoyen général de tenir sévèrement la main à l'exécution de ces dispositions. »
VANDAMME , A l'aDJUDANT COMMANDANT MÉRIAGE.
« 16 mars 1804.
« Regardez comme non avenu, mon cher Ménage, Tordre que je vous avais donné ce matin, de diminuer les postes de Neufchatel et de la Garenne, au contraire, j'approuve l'augmentation de troupe que vous venez d'y placer.
■ Vous trouverez ci-joint une lettre du général en chef, relative à des signaux faits encore par l'ennemi, et des ballots de coton jetés sur nos côtes ; je vous recommande de faire exécuter ponctuellement les dispositions de cette lettre, de prescrire de ma part, aux généraux Saligny et
Ferey d'envoyer de Bttite un de leurs aides de camp, pour donner ces instructions aux commandants des ports et des batteries, le premier Ira, depuis le Musoir , jusqu'au cap Dalpreck, et le second, depuis le cap Dalpreck jusqu'à l'extrême gauche de la division; je compte sur votre zèle pour la prompte exécution de ces ordres, qui sont de la plus grande importance. *
SOULT A VANDAMME
« 16 mars 1804.
« Les Anglais viennent de commencer à exécuter leur infernal projet, et déjà, cinq ballots de coton sont arrivés sur nos côtes, du côté de Saint- Frieux ; une frégate et deux corvettes ont protégé les petits bâtiments qui portaient ces balles et qui les ont jetés à l'eau.
« Je vous préviens de cet événement, afin que vous veuillez bien, général, donner de suite des ordres, pour que, sur toute la côte de votre arrondissement, on redouble de surveillance, que les patrouilles soient multipliées, qu'il y ait des sentinelles volantes pour parcourir tous les quartsd'heure la plage, afin d'empêcher que qui que ce soit ne puisse approcher des différents objets , quelle que soit leur nature , que la mer pourrait jeter sur nos côtes ; ordonnez que les postes de Saint-Frieux et de la petite Garenne se tiennent
aux batteries, elpour cet effet, qu'ils lèvent le cantonnement qu'ils ont en arrière.
« Je vous prie aussi d'ordonner que des patreoilles soient faites pendant la nuit du côté d(' Condette et sur iea hauteurs de Saint-Frieux, afin d'arrêter quelques-uns des misérables qui, dans ces contrées, entretiennent des signaux avec Tennemi.
• Veuillez empêcher que sur toute la côte de votre arrondissement aucun pêcheur ne puisse sortir, quand bien même il aurait des militaires ô bord, et ordonnez qu^on fasse feu sur. tout ce qui chercherait à approcher pour aborder.
« Je vous prie de multiplier les postes dans les dunes à gauche de Boulogne, pour empêcher que, sous aucun prétexte, qui que ce soit puisse en approcher s'il n'est de service, et veuillez punir avec sévérité tous ceux qui contreviendront aux ordres que vous aurez donnés pour Texécution de ces dispositions.
• Vous voudrez bien aussi ordonner, général, que tout ce qui serait jeté sur nos côtes, soit par échouage ou autrement, et qu'on présumerait venir de l'ennemi, soit immédiatement couvert de* paille et brûlé, sans qu'on puisse pour cet effet, ni défaire, ni changer de nature Tobjet sur lequel celte opération devait être faite ; Tofficier ou sousofficier du poste le plus près où un échouage pourrait arriver sera personnellement respon-
sable, sous les peines les plus graves, de l'exécution de cet ordre. »
LE GÉNÉRAL DE DIVISION , CHEF DE l'ÉTAT-MAJOR
« 16 mars 1804.
« Le général commandant en chef vient, citoyen général, d'être informé d'une manière positive, que les Anglais ont fait échouer sur nos côtes cinq balles de coton qui, d'après les avis que le gouvernement avaient reçus, et dont vous avez eu communication, doivent être pestiférés ; le général vous recommande la surveillance la plus grande dans la partie de la côte qui correspond à votre arrondissement ; il désire qu'il y ait des sentinelles et rondes volantes , indépendamment de celles des officiers de tous grades.
« Dans le cas où quelques objets échoués donneraient lieu à suspicion , des sentinelles seront placées pour empêcher qui que ce soit d'en approcher.
« Les objets reconnus suspects et dangereux seront brûlés.
« Vous voudrez bien renouveler la défense, pour qu'aucun pêcheur ne puisse , sous aucun prétexte, aller en mer, eussent-ils même des soldats à leur bord; vous ordonnerez de faire feu sur tout ce qui, venant de la mer, voudrait approcher des côtes. »
Pendant cette année 1804, une des plus grandes institutions civiles, politiques et militaires fut créée en France par le gouvernement, ou plutôt par le Premier Consul, celle de la Légion d'honneur.
Tous les militaires qui avaient obtenu des armes d'honneur, à la suite d'actions d'éclat, de traits héroïques, furent de droit, membres de Tordre nouveau. Les hommes les plus marquants de l'armée obtinrent des grades plus ou moins élevés dans celte hiérarchie.
Vandamme fut fait grand officier. 11 reçut la nouvelle de la haute distinction dont il était l'objet par une lettre du grand chancelier , Lacépède, en date du 15 juin 1804.
La forme monarchique venait de remplacer la forme républicaine, et nous disons à dessein la forme, car , depuis le 18 brumaire , la France n'était plus républicaine qu'en apparence. Le Premier Consul, depuis la fin de 1799, résumait en lui tous les pouvoirs.
Le général de Hondschoote, l'ennemi des rois et des tyrans , celui qui avait applaudi pendant quelques années au renversemement de l'antique monarchie, accueillit avec joie i'avénement à un trône nouveau de l'homme prodigieux dont le génie étonnait l'Europe. Comme la plupart de ses compagnons d'armes, comme les Augereau, lesl Soult, les Davout, et tant d'autres des armées,^ non-seulement d'Italie ou d'Egypte, mais d'Allemagne, il vit dans l'ère qui se préparait une ère
fie gloire et de prospérité. Il s'abandonna comme
eux aux mains du plus habile, fatigué des gou-
. vernemenls , d'almrd sanguinaires , puis faibles
i et Iracassiers, qui s'étaient succédé depuis douze
ans en France.
L'empereur devint le letiche de Vandamme,
comme la République avait été son idole ; mais
; nous devons à la vérité de dire , qu'à partir du
: jour où il eut acclamé le grand homme^ il lui resta
fidèle jusqu'à sa dernière heure.
Les membres de la famille Bonaparte devinrent princes ; l'un d'eux, l'aîné des fils de Charles , Joseph, qui devait être quelques années plus tard roi de Naples, puis d'Espagne, accepta alors la modeste position de colonel d'un régiment d'infanterie, le 4^ de ligne, de la division Vandamme. U vint au camp d'Outreau et prit son commandement, entouré, comme bien Ton pense, des respects des généraux et de toute l'armée. Cette circonstance mit Vandamme en relation, avec le frère aîné de Tempereur. Ces relations, commencées sous la baraque , au milieu des troupes , ne cessèrent jamais , baséc^s qu'elles étaient sur une estime réciproque.
En 1805, Iv 6 mars, quelques mois avant la levée du camp, et quelques Jours avant le départ de Joseph, Vandamme s'adressa à ce prince, pour obtenir par lui de Napoléon une faveur à laquelle il attachait beauo^)up da prixi la concession àm
terrains qui lui avaient été promis par l'Empereur.
On n'en était pas encore aux titres honorifiques | de duc, de comte et de baron, mais déjà Napo- * léon donnait volontiers à ses généraux des terres | dans les pays conquis, et des traitements con- / sidérables.
Voici la lettre de Vandamme f
■ Mon prince, vous n'avez cessé , depuis le moment où j'ai eu l'honneur d'être connu de Votre Altesse Impériale, de me traiter avec une extrême bonté, et je dois chaque jour me féliciter d'avoir auprès de Sa Majesté votre puissante protection, et je ferai tout pour m'en rendre digne.
« Oserai-je prier Votre Altesse de solliciter l'Empereur de vouloir bien m'accorder, avant son départ pour Paris, les terres que je lui ai demandées? La saison est très-propice pour les travaux qu'il serait nécessaire d'y faire, et j'ai d'ailleurs plus de raisons de désirer vivement la décision de cette affaire, que plusieurs autres sollicitent la même grâce, sans avoir cependant la recommandation de Votre Altesse, ni peut-être les mêmes droits que moi.
« Le conseiller d'Etat, Grêtet, par ordre de Sa Majesté, m'a demandé les plans des terres dont il s'agit ; je viens de les lui adresser, et je prie très-instamment Votre Altesse, de daigner se rappeler de moi en cette circonstance, et de vou-
loir bien assurer le succès d'une affaire d'où dépend ma fortune et celle de ma famille. »
Le 15 août de cette année 1804, eut lieu, au camp de Boulogne, la grande fête, si souvent décrite, de la distribution des croix par TEmpereur. Cette cérémonie, à laquelle on donna un éclat sans précédent, eut du retentissement en Europe. Mais un événement politique d'une importance bien autrement sérieuse, fuUe couronnement de TEmpereur par le souverain Pontife.
Les grands officiers de la Légion d'honneur reçurent l'invitation d'y assister, invitation à laquelle ils n'auraient eu garde de manquer, et qu'ils considéraient comme des plus flatteuses, comme une marque de faveur insigne.
Vandamme se rendit, comme ses camarades de l'armée, à Paris, le 2 décembre 1804, jour fixé pour le sacre. L'on put voir alors agenouillé, dans la vieille Basilique, au pied des autels, les généraux républicains pour lesquels le culte et les prêtres avaient été si longtemps des objets de mépris, de haine et d'horreur. .
Nous terminerons ce qui est relatif au camp de Boulogne par quelques documents qui nous ont paru, à plus d'un demi-siècle de date, avoir un intérêt historique assez grand pour être présentés à nos lecteurs.
LE CHEF d'ÉTAT-MAJOU GÉNÉRAL A VANDAMME.
« 14 janvier 1804.
- A compter du ^0 de ce mois, le gouvernement a prescrit, citoyen général, au grand juge et mi- ' -r / / nistre de la police d'interdire aux rédacteurs de ^ '-^ ^ feuilles publiques toute annonce et toute réflexion ; / sur les armements dirigés contre T Angleterre, afin d'étonner et d'intimider l'ennemi, par le profond silence dont on enveloppera les apprêts de Topération ; le général en chef désire que cette mesure s étende aux correspondances particulières, et il vous invite à faire connaître à votre division ses intentions à ce sujet et à recommander expressément de s'y conformer. »
SOULT A VANDAMME
« 15 février 1804.
• Tout me porte à croire, général, que les Anglais ont cherché et tenteront encore de faire des
débarquements clandestins sur la côte; je dois même supposer qu'ils y ont conservé des intelligences qui, par des signaux ou autrement, leur rendent tout ce qui se passe. J'excite à cet égard votre vigilance et je vous invite à donner des ordres tellement rigoureux, qu'ils parviennent à déjouer toute espèce de tentative. Que, pendant
la nuit, les patrouilles soient multipliées dans votre arrondissement, particulièrement sur la côte et surtout sur la laisse de basse mer. Que les officiers supérieurs des troupes et les officiers d'état*-msgor fassent, pendant la nuit, plusieurs rondes pour s'assurer de l'activité du service des postes, recevoir les rapports sur les évonementa qui pourraient s'y être passés, tenir constamment le monde en haleine et pouvoir, sans délai, voua instruire de tout. Défendez de nouveau qu'aucun bourgeois puisse parcourir vos camps, ni la côte» ni la ligne des batteries, sans votre permission expresse ; ordonnez qu'on arrête tous ceux qui saraiçnt rencontrés sur ces différents points, sans^ une permission de vous et sans vous avoir été préalablement présentés. Toute curiosité de la part du bourgeois, dans les circonstances où nous nous trouvons, est plus que déplacée, et s'il y en a qui cherchent à la satisfaire pendant la nuit, elle donne lieu à des soupçons fondés sur leur compte. La pèche a été défendue ; elle doit être prohibée, et si, dans votre arrondissement, il se trouvait des individus qui s'y livrassent, en vertu de quelque autorisation de la marine, vous devez empêcher leur sortie , à moins qu'ils n'aient à leur bord un ou deux hommes d'infanterie, qui devraient, à chaque fois, être renouvelés, et que, pour cet effet, vous choisiriez.
• Les Anglais soldent une infinité d'espions et de gens capables de tous les crimes, que nous
devons rechercher avec le plus grand soin ; sHl s'en présentait dans votre arrondissement, je suis bien persuadé que, quel que fût leur déguisement, vous parviendriez à les découvrir. Si par événement, il survenait des éohouages, faites arrêter de suite les équipages, n'importe de quelle oalion ils puissent être» afin qu'ensuite il soit vérifié si, parmi eux, il n y aurait pas quelque traître déguisé ou quelque individu suspect. Cette mesure devrait même être plus rigoureuse pour les bàtimeats anglais, s'il s'en trouvait dans ce cas.
• Tenez moi instruit, J0 vous prie, de tout ce qui viendra ftous ce rapport à votre connaissance, et veuille? me rendre compte de rexécution àw diverses dispositions que ma lettre renferme. *
IX QWKBM, qHW PB l'ÉTAT-VAiIOR h VANDAMMIl*
« 18 février 1804.
• Le général en chef, citoyen général, me charge de vous inviter à défendre expressément aux tFoupes de votre division de se porter sur la ligne des batteries, lorsqu'elles tirent sur les bâtiments anglais, et vous rappelle l'ordre de faire .arrêter tout bourgeois qui se présenterait sans permission sur les mêmes points. >