LE UËNEHAL CHEF DE L ETAT- MAJOR A VA^NDAMME
a 24 février 1804.
• xle VOUS invite, citoyen général, d après les ordres du général en chef, à donner les ordres nécessaires pour que la division que vous commandez fournisse toutes les nuits, à dater de ce jour, un piquet de soixante grenadiers, qui sera divisé en plusieurs détachements, qui feront de fréquentes patrouilles pour veiller à la garde du bassin de Boulogne dans toute sa circonférence. Leur principale consigne sera d'empêcher qu'aucun homme ne puisse approcher du bassin, à moins qu'il ne soit officier de marine, revêtu de son uniforme et ayant le mot d'ordre. Ces détachements ou patrouilles arrêteront tous ceux qui se présenteraient pour pénétrer jusqu'aux bâtiments de l'intérieur du bassin. Ils arrêteront également ceux qui voudraient sortir du bassin et qui ne seraient pas reconnus pour appartenir à la marine. Le rapport en sera fait au général en chef, qui prononcera leur mise en liberté s'il le juge convenable.
« Je vous serai obligé de m'accuser la réception de cet ordre. »
VANDAMBŒ A l' ADJUDANT COMMANDANT MÉRIAGE.
( Sans date précise }.
• Il faut de suite faire éloigner tous les fumiers, etc., des environs de Capécure; M""® la princesse Joseph va y habiter. Il faut aussi que les chemins soient réparés et un corps de garde préparé pour recevoir douze ou quinze grenadiers de garde. Voyez le maire de cette commune à ce sujet, et que rien ne soit négligé pour la sûreté, la salubrité et l'agrément de cette maison.
« Le capitaine Marie est déjà prévenu, il faut y faire placer des réverbères.
« Donnez tous vos soins pour que le service se îasse avec exactitude ; assurez-vous que personne De passe les limites du camp et ordonnez de fréquents appels dans le jour, car nous devons nous attendre à y voir l'Empereur à chaque minute. »
LE GENERAL CHEF DE l'ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL
A VANDAMME
« 8 novembre 1804.
« Les chefs de corps ont, jusqu'à présent, toléré, général, que des sous-officiers et grenadiers eussent à leur disposition, outre le sabre-briquet que l'ordonnance leur accorde, des sabres dont les lames, extrêmement affilées, sont d'une Ion
gueur disproportionnée, et qu'ils réservent pour vider toutes les querelles qui surviennent jouraellement, soit dans les régiments, soit entre militaires qui appartiennent à différents corps. Les maîtres ou prévôts d'armes ont, outre ce sabre, des fleurets mouchetés ; il en est même qui ont fait monter des armes dangereuses dans des cannes, et on a remarqué que presque tous les militaires blessés qui étaient transportés à l'hôpital, l'avaient été par une arme de ce dernier genre ; souvent même par des militaires autres que ceux avec lesquels ils avaient eu dispute, ce qui prouverait que, non-seulement on emploie de préférence ces dernières armes, mais encore que dans les corps il y a une espèce d'hommes qui font métier de se battre pour leurs camarades, et souvent provoquent les disputes pour avoir la gloire de les terminer, ou au moins de se donner de l'importance.
« Cet abus est trop nuisible à la conservation des mihtaires et au maintien de la bonne intelligence qui doit régner entre les corps de l'armée, pour ne pas mériter que les mesures les plus sévères soient prises pour y remédier.
« En conséquence, le maréchal vous invite, général, à donner des ordres pour que dans tous les corps de votre division il soit fait simultanément une visite des armes blanches et à feu portatives que les militaires de tout grade pourront avoir, afin de retirer, pour être déposées dans le
magafiin d'annement de chaque régimenti celles qui ne fieraient pas en tout conformes, tant pour la loagueur que pour les autres dimensions, aux armes qui sont délivrées des arsenaux de TËmpire, et qui excéderaient celles que les militaires de divers grades sont autorisés à avoir.
« Les armes que Ton aura ainsi retirées seront vendues au profit de la masse de linges et chaussures des militaires auxquels elles appartiennent, et ces militaires seront punis suivant qu'ils Tauront mérité d'après le genre, l'espèce et l'usage qu'on présumera qu'ils auront fait de ces armes.
« Le maréchal désire que vous preniez» en outre, des mesures pour qu'à l'avenir pareils abus ne puissent se renouveler, que vous déterminiez la quantité de fleurets que chaque maître d'armes est autorisé à conserver, d'après le nombre de ses écoliers, et que vous lui fassiez connaitre Im résultats de vos dispositions à ce sujet.
« J'ai l'honneur de vous saluer. ».
LE CHEF DEfAT^MAJOU GÉNÉBAL A VANDAMMB.
« % avril 1S06.
« M. le maréchal commandant en chef a été informé, monsieur le général, que le nommé Pierre Courtois^ soldat au 28'' régiment, étant de faction hier, à neuf heures du soir, devant les armes du
poste du préfet, avait fait feu sur deux individus, ; qui voulurent prendre la fuite lorsqu'il les a appelés au mot de ralliement, et qui se nomment Malisse, du 4® régiment, Durand, du 10® d'infanterie légère. M. le maréchal vous invite à faire \ mettre à la garde du camp, pour vingt jours, et à lui faire faire pendant ce temps la corvée de sa compagnie, le nommé Malisse; j'écris au général commandant la i^' division pour qu'il ordonne la même punition à l'égard du nommé Durand.
« Gomme l'officier qui était de garde, le 11 de ce mois, à ce poste, a fait relever de sa faction le nommé Courtois, pour le punir d'avoir tiré, monsieur le maréchal vous invite à faire connaître à cet officier que c'est injustement qu'il a puni ce factionnaire, auquel il aurait dû donner des éloges pour avoir fait soji devoir. »
LE CHEF d'état-major GÉNÉRAL A VANDAMMK.
« 23 avril 1805.
« M. le maréchal commandant en chef vous invite, monsieur le général, à donner l'ordre à l'officier supérieur commandant l'artillerie de votre division de faire lancer, la nuit prochaine, entre onze heures et minuit, deux fusées, comme contresignaux, entre le ruisseau du Bec et la batterie de Saint'Frieux,
« Vous donnerez l'ordre de faire placer quelques hommes de gendarmerie et d'infanterie en
embuscade dans les environs de ces batteries. Ces hommes arrêteront tout individu qui se présenterait à ce faux signal, et ils observeront si les bâtiments ennemis en croisière en face du port de Boulogne y répondent.
« Vous rendrez compte, monsieur le général, de l'exécution de cet ordre par votre rapport journalier. >
« Boulogne, 21 juin 1805.
« Le général de division Vandamme prie l'adjudant commandant Mériage de prévenir de sa part MM. les généraux de brigade qu'ils aient à défendre les fausses queues, et à ordonner que ceux qui ont les cheveux courts les fassent couper convenablement. Beaucoup de corps croient devoir s'attendre à reprendre la queue ; vous pouvez leur dire qu'il n'y a point d'apparence qu'ils y soient forcés. Ordonnez aux corps de se procurer des pompons ronds et plats ; défendre ceux dans le genre du 57® : ils fatiguent trop les chapeaux et font toujours mauvais effet. Ordonnez que, dans chaque corps, on se procure des cocardes uniformes, qu'on s'occupe sérieusement du remplacement des mauvais chapeaux et qu'on répare promptement ceux qui en sont susceptibles. Je passerai une revue le 4, à dix heures du matin ; je \isiterai la troupe en détail; je passerai une inspection très-sévère de tout ce qui tient à l'armement, l'habillement et l'équipement. Pré-
venez MM. les généraux de brigade et les chefs de corps.
« Ordonnez que tous les travailleurs se trouvent à cette revue; faites en sorte que les corps soient très-nombreux. »
BSRTHIER, MINISTRE DB LA OUERRB» A VANDAHMB.
« Boulogne, !•' août 1806.
« La revue que j'ai passée aujourd'hui à Timproviste, mon cher général, avait pour but de savoir si tous les hommes étaient dans les limites des camps, combien il fallait de temps pour les rassembler; ce qui se trouvait sous les armes, et si les sacs étaient garnis de tout ce qui est nécessaire pour la guerre, dans le cas où Ton dût s'embarquer au premier coup de baguette.
« J'ai fait compter tous les hommes présents, et j'ai trouvé le total de 5,046.
« Cependant le présent soijs les armes de votre division est de plus de 9,000 hommes.
« Je sais bien qu'on doit défalquer les hommes embarqués ou de garde; mais peut-être trouverezvous aussi qu'un grand nombre, qui devaient être dans les limites du camp, étaient absent.
« Je sais que , par votre active surveillance, votre division est une des plus belles de l'armée, mais vous sentirez, comme moi, qu'il y a peutêtre un peu de négligence de la part des officiers
Ntaltemes» qui m m p^rkoadent pas asset que ionqae te soldat prend lea amies avec son aao, y doit être muni do tous ses effets et croire né devw pas rentrer au oamp. >
VANDAMME A MERIAGE.
• Mon cber Ménage, il faut faire composer^ de soite, wEUd musique prise sur toutes celles de la àvîsioû, de manière qu'elle soit excellente et plus nombreuse possible.
« Le capitaine^dj udant Rosingana sera chargé de conduire de suite ces musidens au PtMit^e* Mitte, afin qu'ils puissent y dtre rendus entre dix dleoze heures. U les devancera pour prévenir M. te grand maréchal de la cour Duroc que c'est la 8^ divisicm qui vient présenter ses hommages à Sa Majesté TËmpereur^ et se iaire indiquer le lood où ces musiciens pourront être placés pour être entendus de Sa Majesté , et jouer pendant quelque temps.
« Je vous recommande de presser cette affaire itée l'organiser le mieux possible (1). >
<!} Gmms ^n le ^fvit p» ^tte lettre et par celles qui l'ont pHiéâieB, Vandemiiio, «Hssi bien que les entres géméraux ttnte d«M la heiiie des seuverains, aTwt modifié dn tout au tMk «M idées e4 ««n len^ge. C'est peut-être le cas de rappeler ici la sîBfoUère ^Hiftoie dm serment exi^ à cette époqne
Nons 116 raconterons pas pour quelles causes la guerre que Ton s'attendait à voir portée dans la Grande-Bretagne eut lout-à-coup pour théâtre le centre de T Allemagne et la Moravie. Ceci est du domaine de l'histoire générale de cette époque mémorable et grandiose. Notre cercle est plus restreint.
La grande armée organisée, équipée, instruite
avea un soin parfait , présentait au moment de
l'entrée en campagne contre l'Autriche, vers le conmiencement de septembre 1805, une force militaire telle que jamais encore aucune puissance n'en avait mis sur pied une semblable.
Le génie créateur et organisateur de Napoléon avait préparé pendant plus de deux années, dans les camps, sur les bords de la Manche, cette armée sans pareille, que les éléments seuls ont pu vaincre. Le séjour dans les camps de Boulogne, d'Étaples, d'Ambleteuse et d'Ostende, des troupes qui avaient fait les guerres d'Italie, d'Allemagne ou de Vendée, avait permis
des membres de la Légion d*hoimeur. La voici. On y verra le bizarre amalgame de la république et de la monarchie :
« Je jure, sur mon honneur, de me dévouer au service de l'Empire et à la conservation de son territoire dans son intégrité; à la défense de l'Empereur, des lois de la république et des propriétés qu'elles ont consacrées; de combattre, par tous les moyens que la justice, la raison et les lois autorisent, toute entreprise tendant à rétablir le régime féodal; enfin, de concourir de tout mon pouvoir au maintien de la liberté et de l'égalité, bases premières de nos constitutions. »
d'amalgamer , de réunir en corps bien soudés entre eux les parties distinctes qui composaient la puissance militaire du pays, et qui rendaient en quelque sorte étrangers les uns aux autres les vainqueurs de Lodi , de Castiglione, des Pyramides, de Marengo, et ceux de Fleurus, de Bergen, de Hohenlinden, ceux aussi de Cholleti et du Mans.
Uimiformité dans les manœuvres, l'oubli d'anciennes rivalités , l'échange de bons procédés, l'admiration commune pour le grand homme de gaerre aux mains duquel la France , fatiguée de ses dissensions intérieures, avait remis ses destinées, forent les conséquences immédiates de cette habile mesure prise par le héros.
Cependant, l'Autriche, cédant aux instances, à la politique et à l'or du cabinet de Saint-James, nous déclara la guerre, et mit en ligne deux cent trente mille hommes. Le prince Charles , son meilleur général, prit le commandement en Italie. Laissant vingt mille combattants dans le Tyrol, sous son frère Tarchiduc Jean , il marcha avec soixante mille autres sur TAdige. Mack eut l'armée d'Allemagne , la plus importante. Il jeta Machich avec dix mille hommes dans le Vorarlberg, et se porta avec cent quarante mille sur le bas-Inn, sommant l'électeur de Bavière d'entrer dans la coalition. L'électeur s'y refusa, se retira dans Wurtzbourg, et fit filer son armée sur le Regnitz , entre Nuremberg et Bamberg. Cette con-
duite devait lui valoir un trône et une alliine^i Avec le fil8 adoptif do Napoléon.
Les Autrichiens envahirent la Bavière, 8*emparèrent de Munich , laissèrent dans Vélactorat quarante mille hommes avec le général Kîen«< mayer , puis ils occupèrent Augsbourg , Dona^^ werth , Ulm, et observèrent les défilés de la forât Noire, depuis Rothweil, jusqu'à la frontière de la Suisse, attendant dans cette position les quatrevingt mille hommes de l'empereur de Russie, con* duites par Alexandre en personne et par Kutusoff.
L'armée française, destinée à opérer en Aile* magne, prenant le nom de grande année, reçut immédiatement l'ordre de se mettre en marche pour aller à l'ennemi. Saiat«-Cyr, alors à Napla«, évacua cette partie de l'Italie , et vint renforcer Masséna, qui avait le commandement de Taripée dans la nouveau royaume dont Napoléon s'était fait sacrer aouvurain ,
L'armée du Hanovre eous BemadottQ, les qua* tre corps du camp de Boulogne, celui du camp de Zeist, la réserve de cavalerie, la garde impériale, f cnnant cent quatre-vingt-dix mille hommes, abaiw donnèrent les rives de la Manche pour courir au Rhin.
La grande armée se composa alors de sept corps, une réserve de cavalerie, plus le corps ditalie ou huitième . ^-^ 1^' corps (Bernadette), divi* eions d'înhnteria Di*ouot et Rivaud, division de cavalerie Kellfrmann. -^ ^ eorps (Marmoat), 4i-
visions d'infanterie Boudet, Grouchy, Dumonceau, î division de cavalerie légère Lacoste. — 3® corps (Davout) (1), divisions d'infanterie Bisson, Priant, Gudin ; division de cavalerie légère Vialanes. — 4* corps (Soull) , divisions d'infanterie Saint-Hilaire, Vandamme, Legrand , Suchet ; division de cavalerie légère Margaron. — 5® corps (Lannes), division de grenadiers Oudinot, division Gazan ; division de cavalerie légère Treilhard. — 6® corps (Ney), divisions d'infanterie Dupont, Loison, Ma- Iher; division de cavalerie légère Tilly. — 7® corps (Augereau) , divisions d'infanterie Desjardin et Maurice Mathieu. — Réserve de cavalerie (Moreau), six divisions de cavalerie (dont deux de réserve et quatre de dragons), Nansouty, d'Hautpoul, Klein, Walther, Beaumont , Bourcier. — Une division de dragons à pied (Baraguey-d'Hilliers). — Six mille hommes de garde impériale à pied, et deux mille à cheval, sous les généraux de brigade Dorsenne, Soulès, Ordener, ayant à leur tête le maréchal Bessières .
Ces forces constituaient un effectif de près de deux cent mille combattants. L'armée d'Italie ou 8* corps en avait trente-cinq mille ; celle de Saint- Cyr, à Naples, quinze mille ; les troupes électorales vingt-quatre mille .
(1 ) La plupart des ouvrages écrivent )e nom de Davout avec que sy^elm de Bainte-Snaanne avec un f^ Nou« avons sous les yeux des lettres écrites par ces deux homm^ da guerre et signées Davout et Sainte- Susannê,
Telle était la composition et la force des armées belligérantes, lorsque Napoléon, voulant prévenir ses adversaires et battre les Autrichiens avant rentrée en ligne des Russes , donna l'ordre, le 28 août 1805, après une manœuvre d'embarqpiement à Boulogne, de faire débarquer les troupes, de lever les camps, et de mettre tout en œuvre, pour que cette armée formidable pût traverser rapidement la France, de Touest à Test.
La division Vandamme, 2® du 4® corps, était formée des brigades Saligny '(tirailleurs du Pô et 24® de ligne), Ferrey (4® et 28® de ligne), Gandras (46® et 57® de ligne) ; en tout huit mille six cents hommes environ. Elle avait pour chef d'état-major l'adjudant général Mériage. Les aides de camp du général Vandamme étaient : le chef d'escadron Séron, le capitaine Desoye , et le lieutenant Deswarte.
Cette division, ayant un effectif de près de neuf mille combattants, une des plus belles et des plus solidement organisées, de celles ayant séjourné dans les camps, partit dans les premiers jours de septembre du village d'Outreau, et se trouva, le 26 du même mois, sur les bords du Rhin, près de Spire.
A son passage à Sedan, Vandamme reçut du maréchal Sdult la lettre ci-dessous , datée de Paris, 8 septembre :
€ J'ai reçu, mon cher général, les états que vous m'avez adressés, et vos lettres relatives à la
marche de votre division; j'ai vu avec bien du plaisir que vous étiez satisfait de sa conduite , et que vous comptiez sur le retour des hommes qui sont partis sans permission ; j'en ai rendu compte au ministre de la guerre, qui a mis mon rapport sous les yeux de Sa Majesté.
• J'ai aussi adressé au ministre la lettre du colonel Marion que vous m'avez envoyée, et j'ai fait en sa faveur la demande d'un secours extraordinaire ; il m'a été dit à son égard que Sa Majesté lui avait accordé une gratification de 10,000 francs, à prendre sur les biens des Etats de Parme. Sans doute qu'il sera prévenu officiellement de ce bienfait de l'Empereur, et que sa reconnaissance égalera les sentiments qui l'animent pour son glorieux service.
« Incessamment je ferai mettre à l'ordre que ' . le général Saligny remplace le général Andréossy dans les fonctions de chef d'état-major du 4® corps.
• Je ne pense pas, mon cher général, qu'il y ait de décision qui accorde deux sous par jour à chaque soldat en marche. La troupe reçoit les vivres de campagne comme au camp, et elle doit se trouver beaucoup mieux qu'avec l'indemnité d'étape. Sa Majesté a particulièrement étendu ses grâces sur les officiers , et leur a fait sentir les effets de sa magnificence.
' Je compte partir dans quatre ou cinq jours pour Landau, et faire en sorte de me trouver à Verdun lorsque votre division v arrivera ; j'aurai
alors le plaisir de vous embrasser, et acquérir la nouvelle certitude de la belle conduite de votre division pendant sa marche. »
Ainsi qu'on le voit par la lettre du maréchal, un des généraux de brigade de la division Vandamme , Saligny, nommé général de division,quitta le commandement de sa brigade, où il fut remplacé par le général Schiner. Ce dernier reçut l'ordre de prendre, le 25 septembre, le commandement d'un petit corps composé du bataillon des tirailleurs corses, du bataillon des tirailleurs du Pô, du t4® de ligne, de deux pièces de quatre , et de quelque cavalerie pour former Tavant-garde du 4® corps, aile gauche de la grande armée.
Le 27 septembre , la division Vandamme fut réunie à dix heures du matin aux portes de Spire, et se mit en mouvement pour franchir le fleuve à Reinhausen, se dirigeant sur Bruohsal. Elle fit halte à Waghausel, où elle attendit de nouveaux ordres. Les jours suivants elle continua sa marche vers l'est, par Heilbronn, où elle passa le Necker, par Hall , qu'elle traversa le 3 octobre pour bivouaquer en avant de la ville. Le jour suivant, un détachement de chasseurs du 11* , régiment passé la veille sous les ordres de Vandamme, et placé à son avant-garde , trouva dans Elwangen un parti de hulans qui évacua la ville. On approchait de l'ennemi. Le maréchal Soult fit dire au comte de Walmoden, qui commandait les Autrichiens sur cette partie du théAtre de la
guerre, qu'en deçà de Tlnn il ne reconnaissait plus dans les troupes que des ennemis.
Vandamme s'établit en avant d'Elwangen, éclairant la route de Aalen , et poussant des recon* naissances jusqu'à Nordlingen II eut ordre de s'emparer de Donawerth , du pont sur le fleuve, des débris de ce pont, si Tennemi essayait de le détruire, et de toutes les barques et matériaux pouvant servir à un passage de rivière. Le 6 octobre, en effet, l'avant-garde de la division, con«* dnite par le général Candras, attaqua, k dix heures du soir, le pont de Donawerth , et parvint à s'en emparer, ainsi que de celui de Munster, après une agsee vive résistance, et après avoir culbuté le régiment de CoUoredo qui le défendait.
Les troupes avaient fait une forte étape. Le mouvement de Vandamine avait pour but de surpreqdre le passage du Danube et du Lech, et de protéger la marche du 8^ corps (Davout) sur Harbourg. Ge mouvement réussit parfaitement, ear les Autrichiens surpris n'eurent pas le temps de défeqdre le pont, et cent mille hommes passée psnt le Danube, du 6 au 7 octobre, sur les trois peints de Donawerth, Neubourg et Ingolstadt.
L'empereur arriva de sa personne le 6 au soir à Nordlingen. Le 7, la division Vandamme s'éta-* Mit à Rein, un peu à l'est de Donawerth, et se disposa à passer le Lech, le jour suivant, ce qu'elle fit en effet, après avoir chassé devant elle qudques SMadroiM ennerais. Elle dépassa, le 9«
la ville d'Aicha, resta quelques instants en position sur les hauteurs de Fridberg pour observer l'en- ' nemi, et voyant que rien ne s'opposait à sa marche vers Augsbourg, elle se rabattit au sud-ouest sur cette ville qu'elle occupa après avoir franchi le Lech pour la seconde fois. Elle s'établit au sud de cette dernière ville, où vinrent successivement les quartiers généraux du prince Murât et celui de l'Empereur. Vandamme porta le sien à Landsberg. Les troupes du 4® corps, fatiguées par des marches rapides depuis le passage du Rhin, eurent deux séjours. La division Vandamme cantonna jusqu'au 13 dans les villages autour de Landsberg, sur la rive droite du Lech, et le général en profita pour écrire à ses commandants de brigade :
r Messieurs, la position dans laquelle nous nous trouvons me force à en appeler à toute votre atten* tion. Les marches forcées faites ou à faire pour compléter la plus belle campagne connue dans l'histoire, les privations auxquelles nous sommes exposés, tout, Messieurs, exige de notre part des soins particuliers pour maintenir la troupe dans la discipline, conserver la santé des braves que nous commandons, et entretenir l'armement et l'habillement en règle. Je vous conjure , au nom de rhonneur, au nom de l'amour que nous portons tous à notre auguste Empereur, occupez-vous constamment de vos brigades, régiments, bataillons et compagnies, comme je m'occupe autant que possible de vous tous. Je sacrifierai ma santé
et ma vie pour le bien-être de ma division, mais je ne puis rien sans le concours de ceux qui, comme moi, ont juré à l'Empereur de bien le servir, et de tout faire pour son glorieux règne.
c Nous sommes à la veille des plus grands événements militaires : toute une armée autrichienne est presque entourée par la grande armée que le grand Napoléon commande en personne ; préparons-nous à bien nous battre , et sous peu la victoire la plus signalée terminera cette campagne pénible et glorieuse. C'est dans des circonstances difficiles que Thomme de cœur prouve qui il est ; si notre métier n'était pas pénible, s'il n'y avait pas souvent des dangers et des maux à supporter, quel honneur y aurait-il d'être militaire? L'élite de la nation ne composerait pas les armées, et nous ne serions plus les citoyens distingués de la grande nation.
€ Content jusqu'ici de la presque totalité de ma division, je me féhcite de la commander ; je vois les chefs attentifs, les soldats patients et disciplinés, et j'ose d'avance me convaincre que de brillants succès couronneront nos généreux efforts.
f Soldats, continuez à être disciplinés et patients, croyez que moi et tous vos chefs nous n'avons rien tant à cœur que de vous conduire au chemin de la victoire ; le temps est affreux, les chemins difficiles , mais nous sommes Français, notre auguste Empereur marche à notre tête, d'éclatantes victoires seront le prix de tant d'hé-
roïsme. La campagne ne sera pas loague, eoufi peu nous n'aurons plus d'ennemis , tous savait que notre souverain ne combat que pour les vain* cre, ils ne peuvent l'avoir oublié. Je compte toujours sur votre valeur, sur votre discipline et sur votre patience ^ comptez sur toute ma soUicitude pour alléger vos privations, vos souffrances ^ et obtenir qu'on mette un peu plus de régularité daoa la distribution des vivres.
«r Je sais vous apprécier, continuez à m'accordar votre confiance, donnez-m'en la preuve par yotre bonne conduite, et Je serai toujourd tout entier à vtus. »
Le 12, Vandamme écrivit encore au général Schiner, qui commandait son avant-garde :
« Mon cher général, ayez bien soin de vos braves chasseurs du 24^. Cette nuit, faites en sorte que votre batterie de deux pièces de 4 soit bien pourvue de tout; ne lui laissez pas manquer de chevaux, et faites-leur donner force avoine. Ayez aussi des bontés pour les canonniers et soldats du train, c-ar nous allona faire, d'ici quatre jours , de fortes marches et avoir bien à nous battre. Le moment est décisif. Il faut surtout pourvoir aux cartouches et pierres à feu. Dans la nuit, je vous enverrai tout ce qu'il me sera possible de pain et d'eau-de-vie. Du reste, je compte sur vous ; je vous prie de faire tout au mieux. »
Par sa belle manœuvre ^ rempereur coapait
la ligne d'opérations de Tennemi. Mack , après avoir pris le change sur la direction donnée à Tarmée française, et avoir cru qu'il allait être attaqué de front sur sa ligne de TlUer, finit par comprendre que le gros des forces françaises se portait vers le Danube. Il fit replier sur Stockach et Memingen ses corps avancés, concentra ses forces dans Ulm et ses environs et laissa sur la rive droite du fleuve une forte avant-garde aux ordres de Kienmayer. Mais, ainsi qu'on Ta vu, il ne sut pas empêcher le passage du Danube, et perdit en quelques jours toutes ses lignes de retraite. Déconcerté par la rapidité des marches de son adversaire, il apprit en même temps Toccupation de la Bavière, la position d'une armée nombreuse sur le Lech, c'est-à-dire sur ses derrières. Il n'eut plus d'autre parti rationnel à prendre que de se concentrer sur TlUer, entre Ulm et Memingen. Il fit retrancher à la hâte cette dernière place, espérant pouvoir se maintenir avec toutes ses forces assez de temps pour être joint par l'armée russe.
Vandamme, avec l'habitude qu'il avait de la grande guerre, avait compris le grand et habile mouvement tournant de l'Empereur pour envelopper Mack.
Le 13 octobre, le 4® corps se remit de nouveau en marche. La 2^ division se porta de Landsberg sur Memingen, franchit l'IUer, échangea quelques coups de canon avec l'ennemi, et contri-
bua à la reddition de la ville, que les Autrichiens défendirent faiblement.
La veille, Vandamme avait reçu de Soult la lettre suivante :
« La 3® division doit être rendue demain matin pour dix heures à Memingen et y attaquer immédiatement Tennemi ; celle que vous commandez, monsieur le général, devrait y être rendue à deux heures, afin de concourir aux opérations de celte journée et pour secourir la division du général Legrand, s*il était nécessaire.
« Faites mettre à Tordre de votre division que les régiments qui veulent combattre doivent être rendus, pour trois heures après midi, devant Memingen, et que je remarquerai ceux qui laisseront le plus d'hommes en arrière.
« Mandez-moi à quelle heure vous vous mettrez en marche, instruisez-moi de votre arrivée devant Memingen et ne souffrez dans la colonne aucune lacune, ni voiture d'équipage, qui pourrait interrompre sa marche. »
Le 14 octobre, les V^ et 3* divisions du 4® corps se mirent en marche pour se porter sur Ochsenhausen , prolongeant le mouvement tournant général combiné par l'Empereur. La division Vandamme eut ordre de se tenir prête à suivre la même route dès que les articles de la capitulation de Memingen seraient signés, ce qui eut lieu dans l'après-midi. La garnison, forte de 4 à 5,000 hommes, fut faite prisonnière de guerre. Le gêné-
rai Schiner entra dans la place pour l'exéculion des articles de la capitulation, et la division Vandamme partit pour Ochsenhausen. Le 45, elle reraoTita à la suite de la 3® division , au nord, et vint bivouaquer autour de Laubleim, laissant Ulm i sur sa droite.
Cette dernière ville ayant capitulé le 17, et l'armée de Mack s'étant rendue prisonnière , la première partie de la campagne était terminée. Il fallait alors poursuivre les débris des corps autrichiens en retraite sur Vienne et cherchant à joindre Tarmée russe, en marche sur la Moravie.
Le 4® corps reprit, dès le 18 octobre, la routef d*Ochsenhausen, de Memingen, de Landsberg, où la division Vandamme fit séjour le 23, puis ce corps, se dirigeant sur Munich, vint passer Tlnn, le 29 à Mettenheim , près Mùldorf-la-Trann ; le 5 novembre il s'arrêta à Wels et s'établit en avant de cette ville.
Ces marches rapides ne s'étaient pas effectuées sans donner lieu à quelques désordres. Le retard et quelquefois le manque de distributions régulières faites aux troupes avaient amené des actes regrettables de violence au préjudice des habitants, des réquisitions forcées, des crimes même, ce qui motiva un ordre du jour très-vigoureux du maréchal Soult, en date du 16 octobre. Dans cet ordre fort long, nous remarquons la mesure curieuse prise pour faire cesser l'usage que les soldats avaient adopté de tirer à tout propos,