Annales algériennes. — Livre VIII
2. Le Chcikh El-Arab du Sahra était l’Agha des tribus Sahriennes, qui, chacune, avait son cheikh particulicr.
qui avaient accepté pour chef Sid Ahmed-ben-Ech-Cheikh, appartenant à une famille de notables de la ville, lesquels exerçaient sur leurs coreligionnaires une influence d’autant plus grande qu'elle s’établissait sur la dignité de Cheikh El- Islam, qui était héréditaire dans cette famille; nous disons donc que ces quelques Turks contribuèrent énergiquement à la défense de cetle place.
Débarrassé de ses ennemis intérieurs, le Bey de Constantine tournait ses regards du côté de Bône, qu'il lui importait de faire rentrer sous son autorité, Il envoya contre elle, à cet effet, son lieutenant El-Hadj-Amar-ben-Zagouta, dont les efforts et la diplomatie furent absolument inefficaces pour arriver au but qu’il se proposait, celui de se rendre maitre de la ville.
Quoi qu'il en soit, les attaques des forces beylikales et des tribus étant incessantes, et la position des défenseurs de la ville devenant de jour en jour plus insupportable, les Bônois s'adressèrent au général Berthezène, dans le courant de juillet 4831, pour lui demander des secours en hommes et en munitions; ils insistaient surtout, à l'instigation de Sid À hmed-ben-Ech-Cheikh, pour qu’on ne leur envoyät que des troupes indigènes, c'est-à-dire des Zouaves musulmans, pour ne pas, disaient-ils, effaroucher les basses classes. Il est clair que cette exclusion de l'élément français dans les secours que demandait ce personnage cachait une arrière-pensée : celle de se créer une position indépendante aussi bien du côté de la France que de celui du Bey de Constantine.
Le général Berthezène dirigea donc sur Bône un petit détachement de cent vingt-cinq Zouaves, tous Musulmans, à l'exception de quelques officiers et sous-officiers; le commandement de cette compagnie fut donné au capitaine Bigot. Le chef d’escadrons d’État-major Huder‘ fut chargé de la direction supérieure de l'expédition.
Ce détachement, embarqué le 8 septembre sur la corvette la « Créole » el le brick l’ « Adonis », arrivait devant Bône le 43 du même mois. Il était parfaitement accueilli par la population; mais il le fut moins bien par Sid Ahmed-ben-Ech- Cheikh, lorsqu'il s’aperçut que la compagnie de Zouaves” était commandée par des officiers français, ce qui dérangeait tout à fait ses combinaisons. Le commandant Huder, qui s'était aperçu du mécontentement de Sid Ahmed, fit dès lors tous ses efforts pour l’éloigner des affaires. D'abord, sous prétexte de soulager les Turks dans le service de la Kasba, il y fit entrer quelques Zouaves, dont il augmenta le nombre progressivement jusqu'à ce que la force du détachement comportät la présence d’un officier, combinaison qui enlevait tout naturel-
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1. Le commandant Huder était officier d'ordonnance du général Guilleminot, alors ambassadour à Constantinople. Quclques auteurs écrivent ce nom Houder.
2. Le général Clauzel avait créé provisoirement, dès le 1°" octobre 1830, sous la dénomination de Zouaves, deux bataillons d'infanterie auxiliaire formant corps séparés, et composés d'éléments français et indigènes.
lement le commandement du fort à Sid Ahmed. Le commandant Huder rompait dès lors ouvertement avec lui; peut-être eût-il mieux valu, dans les circonstances difficiles où nous nous trouvions, opérer avec un peu plus de prudence el de circonspection.
À l’arrivée de ce détachement, qu'il avait cru bien plus considérable, Ben-Zagouta, plus habile diplomate que guerrier redoutable, s'était retiré dans l’intérieur des terres avec l'intention évidente d'éviter le combat.
Il y avait alors à Bône un ancien Bey de Constantine, nommé Ibrahim, dont la destitution remontait à 4824. Ce personnage, Turk d’origine, était aussi entreprenant que dissimulé : il n’habitait Bône, où il semblait ne s'occuper que de pieuses pratiques, que depuis quelque temps seulement. Or, cet Ibrahim, qui n'inspirait aucune défiance au commandant de l'expédition, en profita pour travailler quelques Zouaves et les disposer à la trahison. En effet, s'étant aperçu de la négligence avec laquelle se faisait le service dans la Kasba, dont la porte restait toujours ouverte, il surprenait ce poste le 26 septembre et s’en emparait.
Le commandant Huder rassemblait ses Zouaves à la hâte, et marchait sur la Kasba, d'où il était repoussé par une vive fusillade. Nos soldats rentrèrent dès lors dans la ville, dont les partisans de Sid Ahmed cherchaient déjà à fermer les portes. Le commandant Huder avait résolu de demander des hommes de débarquement aux commandants de la « Créole » et de l’« Adonis », et d'attaquer la Kasba avec eux et les Zouaves qui lui restaient; mais les habitants de la ville lui ayant promis de ramener les Turks à leur devoir et de lui livrer Ibrahim, il renonça à son projet.
Le 29, quelques Bônois, partisans de Sid Ahmed, vinrent
sommer le commandant Huder d’avoir à évacuer la ville. La famille de Sid Ahmed, après une vive altercation avec le commandant, lui en redemandait impérieusement les clefs. Comprenant qu'en effet, il ne lui restait plus d'autre parti à prendre, le malheureux Commandant annonca qu'il allait partir; il faisait, en même temps, demander des embarcations, et donnait ses ordres pour l'évacuation de la place.
Dès que les contingents des tribus, qui observaient la place, s’apercurent du mouvement de retraite de nos soldats, ils se précipitèrent sur les portes, forcèrent les gardes, et se répandirent dans toutes les rues: un certain nombre de Zouaves furent pris; quelques autres se rendirent aux insurgés ; le capitaine Bigot fut égorgé, après s'être vaillamment défendu. Une cinquantaine de nos soldats, Français ou indigènes, repoussés vers la porte de la Marine, se précipitent vers les embarcations que les deux navires avaient envoyées; plusieurs périrent par le feu de l'ennemi dans cette retraite, et, parmi ceux-ci, le commandant Huder, qui, déjà blessé de deux coups de feu, reçut une balle dans la tête en abordant au canot’.
Incapables de rien tenter de sérieux contre la ville, les corveltes la bombardèrent, et remirent le cap sur Alger avec les débris de cette malheureuse expédition, qui y rentrait le {{ octobre.
Trois notables Rônois avaient obtenu de se rendre à Alger pour y justifier, comme ils le pourraient, la conduite inqualifiable de leurs concitoyens.