‹ Le général YusufChapitre 24 sur 125 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

I. Ibrahim-Bey envoie, de Bône,un de ses parents à Smyrnc pour y enrûler des Turks.— Combat sans résultat entre Ibrahim-Bey et Ben-Zagouta. — Le Bey de Constantine envoie devant Bône, avec l’ordre formel de s'emparer de la Kasba, son khalifa Ali-ben-Aïça et l'agha El-Hamlaoui. — II. Les Bônois demandent au duc de Rovigo des secours qui leur sont accordés. — JII. Le merveilleux fait d'armes de la prise de la Kasba de Bône, raconté par un témoin oculaire. — Première citation de Youçouf à l’ordre de l'Armée. — IV. Modifications dans l’organisation de la cavaleric d'Afrique. — Les Chasseurs algériens sont transformés en Chasseurs d'Afrique. — Le capitaine Youçouf passe, avec son grade, au 1°" de ces régiments.

Mais revenons à Bône, où nous avons laissé Ibrahim maitre de la situation après le rembarquement, le 29 septembre, des débris de l'expédition commandée par le malheurcux chef d'escadrons d’État-major Huder.

Désirant se maintenir dans cette situation, Ibrahim-Bey avait envoyé un de ses agents à Smyrne pour y enrôûler quelques centaines de volontaires parmi les Turks qui avaient élé au service du dernier Pacha d'Alger : quatre cents de ces anciens janissaires, qui s'étaient laissé gagner par les belles

promesses qui leur avaient été faites, débarquaient à Bône, et se mettaient sans retard à la disposition d'Ibrahim, qui, ne voulant point laisser à ces Auxiliaires le temps de reconnaitre qu'il les avait trompés, — car on leur avait dit qu'ils étaient recrutés pour Constantine, — marcha sans retard sur le camp de Ben-Zagouta. Les deux adversaires se rencontrèrent, le 6 janvier 4832, à huït lieues de Bône, sur la route de Constantine.

Bien que le combat eùüt duré deux jours, il n’amena cependant aucun résultat.

Furieux d'une situation qui menagçait de s’éterniser, le Bey de Constantine envoyait devant Bône son khalifa Ali-ben Aïça, et l’agha El-Hamlaouï, avec 2,000 hommes de renfort, et l’ordre formel de se rendre maitres de la Kasba, coùte que coùle.

Ben-Aïca établit son camp sur l’ouad El-Deheb, entre le lHou-Ahmra et le Djebel Bou-Gounthas, laissant la garde de la plaine aux tribus et surveillant de près les montagnards de l'Edough, alliés des Bônois. A ces derniers, il promettait sa clémence en échange de leur soumission; il tentait la même démarche auprès d'Ibrahim, qui lui répondait fièrement que c'était lui, Turk et ancien souverain de Constantine, qui accordait l’'aman, et non pas un Kabil', un parvenu comme lui, Ben-Aïça, qui pouvait s’arroger ce droit.

1. Cet Ali-ben-Aiça était, en effet, un forgeron de la tribu des Beni- Fergan, dont le Bey de Constantine avait fait son lieutenant.

La crainte de tomber entre les mains de l'implacable Bey de Constantine empèchait les Bônois de séparer leur cause de celle d'Ibrahim, quelque tyrannique qu'il fût lui-même. Aussi, après un blocus de six mois, les Bônois et leur chef, réduits à la dernière extrémité, se décidèrent-ils à demander une seconde fois le secours de la France. Ils résolurent donc d'envoyer des députés à Alger, auprès du duc de Rovigo, pour implorer sa clémence et lui offrir de nouveau leur soumission. Ils protestaient, tout naturellement, et juraient, par Dieu! qu'ils étaient absolument étrangers à la révolte et aux faits de trahison dont avaient été victimes le commendant Huder et sa troupe. Les vrais coupables, ajoulaient-ils, étaient des scélérats vendus à Ahmed-Bey, auprès duquel, d’ailleurs, ils s'étaient réfugiés.

Cette ouverture, quelque délicate que pût être l’entreprise, et eu égard au peu de confiance que pouvaient nous inspirer Ibrahim-Be, et les Bônois, fut cependant accueillie avec empressement par le général de Rovigo, qui ordonna de suite les mesures nécessaires pour la tenter.

Avant d'aller plus loin, nous dirons qu'à l'arrivée du général duc de Rovigo en Algérie, l’armée d'Afrique subit certaines modifications que nous allons indiquer : ainsi, les Louaves, qui étaient divisés en deux bataillons, furent réunis en un seul ; les Chasseurs d’Afrique formèrent deux régiments de cavalerie à six escadrons, et il était décidé que les Chasseurs algériens. seraient supprimés.

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