Allusion à la razia sur la tribu des Khareza
garder ses troupeaux auprès d'elles. Quoi qu'il en soit, personne n'est mieux que vous en état d'en tirer bon parti, et c'est pour cela que le Général en chef désire que vous restiez à Bônce.
Recevez, mon cher Capitaine, l'assurance de ma considération distinguée.
Le Maréchal-de-Camp, Chef d’État-Major général, TREZEL.
Monsieur le Capitaine Youssouf, à Bône.
Quelque temps après que le général d’Uzer eût pris possession de son commandement de Bône,.un certain nombre des malheureux Bônois que Ben-Aïca, le lieutenant du Bey de Constantine, avait contraints à abandonner leurs demeures, s'étaient décidés à y rentrer. Le général les traita, d’ailleurs, avec beaucoup de bienveillance. Peut-être accorda-t-il un peu trop facilement sa confiance à Mosthafa-ben-Kerim, ce négociant algérien dont nous nous rappelons la piteuse attitude devant Ibrahim lors de l’entrevue, à la Kasha de Bône, le 19 février, des capitaines d’Armandy et Youcouf avec cet ex-Bey de Constantine. Or, ce Mosthafa, comme d’ailleurs la plupart des Maures d'Alger, lesquels, dans les premières années de la conquète. essayèrent de jouer, à leur profit, auprès de nos généraux, un rôle prépondérant, et qui mème nourrirent le rêve d’une restauration musulmane, et la prétention de nous remplacer dans le gouvernement de l’ancienne Régence d'Alger ; ce Mosthafa, disons-nous, d’une moralité
toute mauresque, était loin d’être digne de la confiance que lui montrait le général d'Uzer. Sur les ordres du général duc de Rovigo, dont la bienveillance pour ces Maures intrigants .n’avait rien d’excessif, le commandant de Bône en fit arrèter quelques-uns parmi les plus suspects, lesquels furent conduits à Marseille et renfermés au fort Saint-Jean. Au nombre de ces transportés, figurait Sid Ahmed-ben-Ech-Cheikh, qui commandait la Kasba de Bône, et qui avait livré la ville à Ben- Aica, lors de la malheureuse expédition dirigée par le commandant Huder.
Lors de l’arrivée du général d'Uzer, la ville présentait le spectacle de la plus affligeante désolation ; aussi, son premier soin fut-il de faire exéculer les travaux nécessaires pour l'installation des troupes, et pour la mise de la place en état de défense.
Le Commandant supérieur s'occupait ensuile de la question extérieure; il voulait être fixé sur les dispositions à notre égard des tribus des environs de Bône. De ce côté, la situation n'était pas absolument mauvaise ; car, si les Senhadja et les Beni-Yàkoub {Dreïd) nous étaiént ouvertement hostiles, les Oulad-Merdas, les Oulad-El-Akahl}, les Beni-Ourdjin, les Beni- Salah et autres paraissaient ne vouloir que la paix et la tranquillité.
Ces tribus!, d'où nous tirions nos provisions de chaque jour, allaient mème jusqu'à nous assurer qu'elles se réuniraient ouvertement à nous dès qu'elles verraient, dans le pays, une force assez considérable pour ne pas leur faire craindre que nous ne les quittions une troisième fois, abandonnant nos amis ou les forçant de s’expatrier à notre suite. À tous ces
1. Rapport du capitaine d'Armandy, en date du 28 avril 4832, au Général en chef,
motifs, qui devraient engager à presser l'expédition de Constantine, se joint celui de la saison favorable : les céréales vont mürir bientot et les récoltes commencer; c’est alors le moment d'attaquer les Arabes, qui, par la force des armes, ou par la crainte de perdre le fruit de leurs peines, se soumettront et -seront forcés de nous donner des garants de leur bonne foi; d’ailleurs, dans cette saison, il devient bien plus aisé de fournir à tous les besoins d'une armée.
Au mois de juin, la situation sanitaire de la garnison de Bône était des plus mauvaises, à cause des fièvres qui y régnaient, fièvres augmentées encore par les nombreux travaux exécutés autour de la ville pour sa mise en état de défense ; ainsi, sur un effectif de 3,600 hommes, la garnison en avait 4,800 à l’hôpital ; #00 avaient succombé en deux mois. Malgré cette lamentable situation, nos malheureux soldats avaient conservé assez de moral pour tenter des coups de main exigeant une grande énergie.
Nous avons dit que la tribu des Beni-Ourdjin, qui avait ses campements dans la plaine de la Seibouse, nous rendait de sérieux services, depuis l'occupation de Bône, en approvisionnant nos marchés de denrées alimentaires. Or, c'était particulièrement sur ces utiles pourvoyeurs que s’acharnaient les bandes de Ben-Yäkoub, le chef des Dreïd dont nousavons parlé plus haut. Ce Cheikh encourageait ouvertement, en effet, le pillage des tribus qui commerçaient avec nous.
Il était devenu urgent de mettre un terme à cet état de
choses. Ben-Yäâkoub ne tardait pas, d’ailleurs, à nous en fournir l’occasion : dans le courant de juin, la tribu des Beni- Ourdjin était pillée et ravagée par le Cheikh des Dreïd, Îles Cheurfa et divers autres partisans d'Ahmed-Bey.
Il était pressant, répélons-nous, de réprimer ce désordre si nous ne voulions le voir s’aggraver, et c'est la résolution que, sur les conseils du capitaine Youcçouf, n’hésita pas à prendre le général Munck-d'Uzer. Le 7 juin, avant le jour, deux compagnies de Volligeurs, auxquelles se joignirent les Turks de Youcouf, furent lancées en avant-garde et avec l'espoir de les surprendre, dans la direction des bandes de Ben-Yäkoub; mais, prévenus par un transfuge, ces contingents se trouvaient à cheval et sous les armes à l’arrivée de notre avant-garde sur le territoire de leur tribu. Néanmoins, elle n’hésita pas à engager le combat.
Notre petite troupe, qui était suivie de près par le général d'Uzer, tint ferme, et, bien qu'elle eût affaire à des forces décuples des siennes, jusqu’à l'arrivée de la colonne. Malheureusement, les gens de Ben-Yäkoub lâchèrent pied et prirent la fuite dès l'apparition de nos troupes sur le terrain. Il ne fallait pas songer à les poursuivre. Les chefs des Beni-Ourdjin, qui s'élaient joints à la colonne avec quelques-uns de leurs cavaliers, reconnaissaienteux-mêmes que nos troupes n’avaient aucune chance de les atieindre, et que, dès lors, il ne pouvait y avoir aucune utilité pour eux à ce qu'on en tentât la poursuite. Du reste, la fatigue déjà éprouvée par nos soldats, minés par la fièvre et soutenus seutement par le moral et l'amour du devoir, en outre, une pluie battante qui tombait depuis plusieurs heures, contraignirent le général à ajourner le châtiment qu'il comptait infliger à Bel-Kacem-ben-Yäkoub.
La garnison de Bône était loin d'être à son aise; aussi,
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eut-elle de biens durs moments à passer : la Kasba el la ville elle-même étaient dépourvues de bâtiments pouvant servir de casernement pour les troupes ; tout élait à créer ou à refaire ; l'enceinte de la place élait absolument délabrée; la ruine presque lotale des logements de la Kasba empêchait sa citerne de se remplir ; enfin l'aqueduc, coupé depuis longtemps par Ben-Zagouta, n’amenait plus les eaux nécessaires à la consommation. Toutes les troupes rivalisaient d’ardeur, malgré les maladies qu’elles subissaient avec un courage héroïque, pour pousser aussi rapidement que possible ces travaux de première nécessité.
Notre cavalerie n’élait pas encore nombreuse; mais il fallait néanmoins pourvoir à sa subsistance : comprenant qu’il ne pouvait compter sur des ravitaillements venant de France, ou mème d'Alger, le général d’Uzer avait mis des faucheurs dans la plaine, et avait pu réunir ainsi, en peu de jours, 2,000 quintaux métriques de foin.
Les Arabes, qui, d’abord, avaient paru très disposés à se prèter à nos acquisitions de chevaux, et qui, déjà, en avaient livré une certaine quantité pour monter les Turks de Youçouf, réfléchirent que, tôt on tard, nous les emploierions contre eux ; ils cessèrent, dès lors, d'en amener au marché de Bône, se bornant à y conduire du bétail et à y apporter du grain.
C'est sous l’escorte de ces cinquante cavaliers de Youcouf que le colonel d’'Houdetot et les capitaines de Franconnière et Delcambe, de l’État-Major, exécutèrent plusieurs reconnaissances topographiques sur les bords de la Seibouse',
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1. Les indigènes de Bône nomment cette riviére Ouad Es-Sibous, lequel nom serait celui d’une graminée — {e phalaris — assez commune dans les lieux marécageux ct au bord des étangs. Les Kabils donnent aussi ce nom à un petit oiscau dont nous n'avons pu savoir l'espèce.
travaux d'une grande utilité et facilitant les sorties de la garnison. Il était alors très dangereux de s'éloigner des avantpostes, dans le voisinage desquels rôdaient sans cesse les coureurs de Bel-Kacem-ben-Yäkoub, qui campait dans la vallée de ce cours d’eau, à quelques lieues au sud-est de Bône. Aujourd'hui qu'il n'osait plus nous attaquer ouvertement. il excitait les tribus qui reconnaissaient son autorité à dépouiller celles qui alimentaient notre marché.
Malgré l’ordre formel qu'avait recu le général d'Uzer de se borner à mettre Bône à l'abri d’un coup de main, et de s’abstenir de toute excursion à l'extérieur de la place, il est évident que le besoin de vivre et celui de sauvegarder notre dignité exigeaient de faire cesser sans retard un pareil élat de choses. Il avait, d'ailleurs, un compte à régler avec Ben-Yâkoub ; il voulait, en outre, lui démontrer qu'il ne lui était pas absolument impossible d'en avoir raison. Le général d'Uzer prit donc ses dispositions pour le surprendre.
Le 27 juin, au soir, les Turks de Youçouf et quatre compagnies de Voltigeurs, conduites par le capilaine de Villiers, aide-de-camp du général, précédaient la colonne. Cette avantgarde, qui avait marché toule la nuit, arrivait à quatre heures du matin sur la tribu de Ben-Yäkoub et l’attaquait sur-lechamp. Cette fois encore, ce hardi chef de partisans, qui se gardait avec soin, et qui, sans nul doute, avait été prévenu du mouvement de la colonne du général d’Uzer, avait pu faire monter à cheval tous ses cavaliers; mais les tentes étaient restées debout.
La fusillade s'engagea entre les gens de pied de Ben- Yäkoub et notre avant-garde, qui s’empara de son campement, dans lequel elle trouva des femmes, des enfants, ainsi que tous les bestiaux de la tribu. La colonne arrivait bientôt
sur le lieu du combat, et achevait la besogne si bien commencée.
Le général renvoyait à Ben-Yâkoub tout ce que lui avait capturé l'avant-garde, afin de lui prouver que l’amour du butin n'était point le mobile qui avait amené nos troupes sur son territoire. Mais, se méprenant sur cet acte de générosité, les Arabes se mirent à pousser des cris de victoire, absolument comme s'ils eussent reconquis leur butin, et ils recommencèrent le combat avec une fureur nouvelle. Mais nos troupes ne les laissérent pas longtemps dans leur erreur: en un clin d'œil, les troupeaux étaient repris, et on les leur renvoyait une seconde fois. Ils commencèrent à comprendre cette fois le désintéressement de nos soldats, qui avaient respecté même les récolles mises en grosses meules, lesquelles auraient été des plus faciles à détruire par l'incendie.
La colonne reprenait ensuite la route de Bône, où elle rentrait vers minuit, après une marche de seize lieues et une journée d’une chaleur accablante.
Treize embarcations tirées du « Suffren », de l’« Adonis » et de la « Béarnaise », bâtiments alors en station dans Île port, concoururent à cette expédition en remontant la Seibouse pendant que les troupes côtoyaient la rivière. Elles furent d'une grande ulilité pour ramener un assez bon nombre de soldats exténués de fatigue, et, la plupart d’entre eux, affaiblis par les fièvres qui sévissaient si cruellement sur la garnison de Bône.
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La lecon que venaient de subir les Arabes ne paraissait pas les avoir convaincus de notre supériorité ; car, quelques jours après l'affaire du 28 juin, le général d’'Uzer était informé qu'une grande réunion devait se tenir sur un marché voisin de la Seibouse, pour délibérer sur un projet d'attaque qui devait être dirigé contre nous. Avec son audace ordinaire, le capitaine Youcouf partit aussitôt en reconnaissance avec Ses Turks, et, en se glissant dans les fourrés, il put arriver assez près du marché pour observer ce qui s’y passait. Mais les Arabes s’aperçurent de sa présence, et, pour déloger les cavaliers turks dont ils ignoraient le nombre, ils mirent le feu aux herbes desséchées du voisinage. L’incendie s'étant communiqué de proche en proche, la plaine fut bientôt tout en flammes. La siluation était des plus périlleuses pour Youçouf et ses Turks: en effet, enveloppés dans un cercle de feu, el leur ligne de retraite absolument compromise, ils se virent obligés de franchir ce brasier sur leurs chevaux bondissants, et ils parvinrent, à force d'énergie et de sang-froid, à alteindre la Seibouse et à la mettre entre eux et l'incendie qui Ke poursuivail.