‹ Le général YusufChapitre 43 sur 125 · Que nous nommons « /a Macia · texte numérisé non relu

Que nous nommons « /a Macia

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résolue par le gouvernement ; mais l'apparition du choléra, et, par suite, le retard apporté à l'envoi des renforts considérables que nécessilail cette grosse entreprise, l'avaient fait ajourner jusqu’à la disparition du fléau.

Nous reviendrons plus loin sur cette importante opéralicp, à laquelle prit part le commandant Youçouf. Mais les incessants et brillants services du jeune officier supérieur pendant la difficile période que nous venons de traverser ne pouvaient rester sans récompense. Aussi, par ordonnance royale du 44 août, le chef d'escadrons Youcouf était-il promu au grade d'officier dans l’ordre de la Légion d'Honneur.

Il nous reste à dire quelques mots de la petite expédition dirigée par le général d'Uzer contre les Beni-Salah, qui relevaient de son commandement.

Cette tribu qui, par ses vols, ses rapines, son intorrigibilité, s'était fait une réputation détestable dans le pays, avait dépouillé récemment, entre autres, les Ouichaoua, ses voisins, et méconnaissait l’autorité de ses chioukh, qui lui avaient prescrit à plusieurs reprises, mais en vain, de restituer à leurs malheureuses victimes ce qu'elle leur avait volé.

En présence de l'impuissance de ces chefs à se faire obéir, le général d'Uzer avait résolu d'intervenir, d'abord pour faire cesser l’état d’anarchie dans lequel vivaient les Beni-Salah, et ensuite pour les contraindre à montrer désormais plus de respect pour le bien d'autrui. Pour rendre hommage à la vérité, nous dirons qu'une partie seulement de la tribu avait pris part aux désordres et à la révolte.

Le Général se dirigea, le 45 octobre, avec une petite colonne dont faisait partie la cavalerie de Youçouf., vers le territoire de la tribu coupable, laquelle avait ses campements au sud de Bône ; mais, à son approche, les rebelles, diminués d'un certain nombre des leurs, qui étaient partis la veille pour tenter de nouveaux vols sur les Ouichaoua, prirent la fuite sans avoir tenté un seul instant de faire tête à la colonne. Les cavaliers de Youcouf se mirent à leurs trousses, en sabrérent quelques-uns, ct capturèrent leurs troupeaux, qu'ils ramenérent à Bône.

Le lendemain 16. les Beni-Salah venaient faire leur soumission au général d’Uzer et lui demandaient son pardon. Toujours bienveillant à l'égard des indigènes, le Général leur rendit le butin fait sur leur tribu, à l'exception pourtant d’une certaine quantité de têtes de bétail, qui servirent à indemniser les Ouïchaoua des pertes qu'ils leur avaient fait éprouver.

Cette sortie, dans laquelle les Spahis, lancés par le commandant Youçouf, donnèrent presque seuls, n’en produisit pas moins un excellent effet sur les tribus relevant du commandement de Bône, lesquelles auraient pu être tentées d'imiter les Beni-Salah ; elle y assurait, en outre, la sécurité pour longtemps.

Mais la garnison de Bône n’était point encore au bout de ses maux ; après avoir fait de grands ravages à Constantine, où la mortalité atteignit jusqu’à 4,500 personnes par jour, le choléra se déclarait à Bône, et faisait, pendant les mois d'oclobre et de novembre, près de 850 victimes. Dans les tribus voisines, l'épidémie sévissait avec une intensité plus terrible encore.

Depuis l'occupation de Bône, les fièvres pernicieuses venaient tous les ans, à l’époque des chaleurs, décimer la garnison et la population civile. On comprend sans peine quels durent tre les ravages que produisit l'épidémie cholérique au milieu de ce foyer d'infection. En elïet, là tombaient résignés, là mouraient d’une mort qu’ils appelaient konteuse nos malheureux soldats, regrettant de n’avoir pu employer plus fructueusement, plus utilement, une existence dont ils avaient fait le sacrifice à la Patrie.

Nous le répétons, de 1832 à l’époque où nous sommes parvenus, nous avions perdu à Bône, par suile de son insalubrité et de l'épidémie cholérique, 2,732 militaires et 493 civils européens.

Pendant que Bône subissait ces désastreuses épreuves, Youcouf s'était toujours montré d’un moral extraordinaire : il avait, d’ailleurs, tous les héroiïsmes, et trop souvent il avait bravé la mort, sous quelque aspect qu’elle se présentät, pour qu'elle osût s'attaquer à lui.

Nous avons dit plus haut que l'expédition de Mäskara, décidée en principe par le Gouvernement, avait élé ajournée par suite de l'apparition du choléra dans nos Possessions africaines, circonstance qui avait fait différer l'envoi des renforts reconnus nécessaires pour entreprendre cette importante campagne.

Le Corps expéditionnaire, qui se composait de quatre brigades et d’une réserve présentant un effectif de 44,000 hommes environ, était prêt à marcher au commencement de la seconde quinzaine de novembre. L'élément indigène y était représenté par les contingents de nos Auxiliaires, les Douair et les Zmala, el par les Turks d’Ibrahim-Bou-Chenak.

Le maréchal Clauzel, qui devait commander en personne l'expédilion de Mâskara, arrivail à Oran, accompagné du duc d'Orléans, le 21 novembre. Le 23, Ibrahim-Bou-Chenak avait été proclamé Bey de Màskaru.

Le Maréchal, qui connaissait Youcouf pour l'avoir vu à l'œuvre, qui avait une grande affection pour lui, et qui, ainsi qu'il le marque dans sa lettre du 21 juin dernier, le suivait dans sa carrière avec le plus grand intérêt, le Maréchal, disons-nous, avait appelé le chef d’escadrons Youcouf à prendre part, auprès de lui, à l'expédition de Mäskara. Il

1. Avait commandé les Turks ct les Kouloughlis renfermés dans le Mechouar de Tlemsen, de 1830 à 1835.

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l’avait attaché à son État-Major avec l'intention de l’employer utilement quand l'occasion s’en présenterait. Le commandant Youcouf avait donc quitté Bône pour se rendre à Oran, où il arrivait, avec le maréchal Clauzel, le 21 décembre.

Le 26, le Corps expéditionnaire se mettait en mouvement: le quartier-général s'élablissait au camp du Figuier, et se portait, le 28, sur l'ouad Tlelat, où toute l'Armée se trouvait réunie ; le 29, elle se dirigeait sur l’ouad Es-Sig ; elle traversait la forèt de Moulai-Ismäil sans rencontrer d’ennemis, et elle campait en carré sur les bords de cet ouad, près de la koubba de Sidi-Abd-el-Kader. Dans la nuit, des feux assez nombreux annoncaient la présence de l'ennemi dans la montagne.

Le 4° décembre, voulant reconnaitre de près les forces de l'ennemi, le Maréchal marchait à lui avec la cavalerie, les Zouaves, et toutes les compagnies d'élite: les Arabes. surpris, plièrent précipitamment leurs tentes et gagnèrent les flancs des montagnes; mais ils revenaient bientôt pour nous assaillir à leur tour. Après avoir suivi la reconnaissance assez vigoureusement pendant quelque temps, ils reprenaient leurs positions sur les hauteurs.

Le 3, au matin, l’Armte passa le Sig et se dirigea vers l'ouad El-Habra. L'Émir El-Hadj-Abd-el-Kader, qui suivait une direction parallèle à celle de l'Armée française, longeait les montagnes en observant ses mouvements.

Dans cette journée, le Corps d'armée manœuvra avec un ensemble merveilleux, qui dénotait autant l’habileté du Général que l'instruction parfaite des troupes ; il était impossible, en effet, d'appliquer avec plus d'intelligence les principes de la tactique aux besoins stratégiques du moment. Nous ajouterons que l'Émir El-Hadj-Abd-el-Kader manœuvra aussi

d'une manière remarquable, eu égard aux éléments imparfaits dont il disposait. ° :

Arrivées à hauteur des quatre kebab' dédiées à Sidi- Mbarek, nos troupes essuyèrent une vive fusillade de l'infanterie de !’Émir, laquelle s’était couverte de ces petits édifices religieux. Les Turks d'Ibrahim, qui tenaient la tête, ayant refusé de la charger, le Maréchal leur dépêcha le commandant Youçouf pour leur reprocher leur couardise, et les décider à exécuter l’ordre qui leur avait élé donné ; ils hésitaient encore ; mais, reprenant courage à la vue des 2° et 3° brigades qui venaient après eux, et qui marchaient droit devant elles sans se préoccuper le moins du monde de la présence de l'ennemi, ces Turks, entrainés par le commandant Youçouf, finirent cependant par faire leur devoir, et par reprendre leur place de colonne en tête du Corps d'armée. L’infanterie de l'Émir était immédiatemñent balayée, et nous cédait le terrain.

L'Armée, continuant sa route, arrivait fort tard sur l’ouad El-Habra, au point où ce cours d’eau sort des montagnes.

Le %#, au matin, l’Armée quittait son camp de l'ouad El- Habra, qu’elle traversait sur un pont de chevalets, et prenait d'abord la direction de Mostaghanem; comme la veille, l'arrière-garde élail attaquée; mais le Maréchal, après une halte assez longue, changeait brusquement de direction et marchait vers l’esl; puis, quelque temps après, il tournait à droite, et se dirigeait vers la montagne.

L'Armée coucha le 4 aux deux kcbab de Sidi-Ibrahim, en pleine montagne. Elle se remit en marche le 5, au point du jour, et alla prendre ses bivouacs autour d’Aïn-El-Kebira,

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1. Kebab, pluriel d: koubba, chapelle funéraire où commémorative dédié à un marabouth mort cn odeur de sainteté.

Le 6, au matin, le Maréchal partit, avec les deux premières brigades et quelques pièces de montagne, pour se porter rapidement sur Mäskara. Impatient d’y arriver, il fit presser le pas à la troupe d’Ibrahim qu'il envoya en avant. Il suivit luimême à petite distance, avec peu de monde, laissant la brigade assez loin derrière lui. Le quartier-général arrivait, à la chute du jour, presque seul à Mâskara. Les brigades ne parurent que deux heures après.

L’'Émir avait évacué la ville avec toute la population musulmane; il n’y avait laissé que les Juifs, que les Arabes avaient tout naturellement pillés et rançonnés avant de la quitter.

Le Maréchal et le Prince royal Iogèrent ensemble à Dar-El- Baïlik, c'est-à-dire dans le palais beylikal qu’occupait El- Hadj-Abd-el-Kader. |

Le but de l'expédition de Mâskara dans une saison aussi avancée ne pouvait être son occupation définitive par nos troupes. Ce n’était autre chose qu’une sorte de reconnaissance au centre de la puissance de l’Émir, la preuve qu'il nous était possible de l’atteindre dans sa capitale. Or, cette démonstration nous venions de la faire brillamment. Cependant, le Maréchal pensa qu'il était utile d’accentuer cet affront à l’Émir aux yeux des populations qui suivaient sa fortune; il décida donc que, puisque nous ne pouvions occuper Mäskara, il ne restait plus qu’à livrer la place aux flammes avec le matériel de guerre qu’elle renfermait.

Cette détermination était prise le 8 décembre; le 9, au matin, l'Armée reprenait la route du Nord, emmenant avec elle la population juive de Mâskara, dont les demeures étaient réduites en cendres.

Le 42 décembre, l’Armée arrivait à Mostaghanem, où s’'embarquait le duc d'Orléans pour rentrer en France.

Le maréchal Clauzel avait résolu de clore la campagne, remettant à une époque ultérieure l'exécution du projet qu’il avait formé d'aller secourir Mosthafa-ben-Ismäil et la garnison du Mechouar de Tlemsen.

Les brigades qui avaient fait l'expédition de Mäâskara furent dirigées successivement sur Oran, où elles rentrèrent du 46 au 21 décembre.

Le Maréchal avait regagné cette place le 48.

Le Bey Ibrahim, qui avait suivi le mouvement de l’Armée, rentra à Mostaghanem avec ses Turks *.

Le maréchal Clauzel témoignait hautement sa satisfaction au commandant Youcouf, pour les services qu’il avait rendus à l'Armée pendant la pénible expédition de Màskara.

Dans une dépêche que le maréchal Clauzel adressait d'Oran, le 27 décembre. au Ministre de la Guerre, il disait :

Youçouf est un homme des plus intrépides et des plus intelligents que je connaisse. Il est venu me joindre près de Mâskara, après avoir traversé trente-cinq lieues de pays au milieu des Arabes qui nous suivaient pour nous combattre.

Peu de jours après le départ de l’Armée, El-Hadj-Abd-el- Kader était rentré à Mâskara, ramenant avec lui la population musulmane; puis, pour empêcher des défections imminentes, il était venu s'établir sur l’Habra avec environ 2,000 hommes de cavalerie et 700 fantassins : il pesait de ce point sur les tribus pour les maintenir dans son obéissance.

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