‹ Le général YusufChapitre 49 sur 125 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

&. Le général Trezel est nommé au commandement supérieur de Bône. — Une reconnaissance, poussée par Ben-Aiça, khalifa d'El-Hadj-Ahmed- Bey, dans la direction de Dréan, est battue par Yusuf-Bcy. — II. Les lenteurs du Gouvernement à organiser l'expédition de Constantine éloignent de nous les tribus alliées qui noas avaient offert leur concours. — JII. Le Gouvernement décide enfin cette expédition, mais trop tardivement, et avec les seuls moyens dont dispose le maréchal Clauzel. — Une lettre du Ministre de la Gucrre. — Le duc de Nemours est annoncé comme devant prendre part à l'expédition de Constantine. — IV. Le khalifa Ben-Aiça vient faire une démonstration devant le Camp de Dréan. — Le général Trezel s'oppose à la sortie que veut faire Yusuf-Bey pour le repousser. — V. Préparatifs pour l'expédition de Constantine. — Pertes en mer. — Le maréchal Claurel débarque à Bône. — VL Composition du Corps expéditionnaire et son organisation. — Guelma désigné définitivement comme point de rassemblement de l'Armée. — Mouvement de l'avant-garde. — Misc en marche du Corps expéditionnaire. — Le temps devient affreux. — Les indigènes réquisitionnés en profitent pour no pas remplir leurs engagements; de là, manque des moyens de transport sur lesquels comptait le Maréchal. — L'Armée est obligée de faire le siège de Constantine dans les plus détestables conditions. — Les péripéties de la retraite de l’Arméc sur Bône. — Brillant engagement, sur l'ouad Zcnati, entre les Spahis do Yusuf et les contingents ennemis, auxquels ils enlèvént un drapeau. — L'Armée rentre à Bône. — Yusuf pendant la retraite de Constantine. — VII. Appréciation sur cette campagne.

Mais le général Trezel, ayant été nommé au commandement supérieur de Bône, prenait possession de son nouveau poste le 5 octobre 1836. Le colonel Leroy-Duverger partait le lendemain pour aller reprendre à Alger ses fonctions de chef d’État-Major général.

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Ce même jour, les montagnards de l’Edough envoyèrent un parti de 450 à 200 hommes contre la dechera d’El-Kermich, située à cinq kilomètres de Bône. C'était là une querelle de tribu à tribu, dont les résultats furent insignifiants.

Le 8 octobre, quelques maraudeurs de la tribu des Ouichaoua vinrent attaquer des ouvriers qui travaillaient à l'aqueduc de Bône. Un peloton de cavalerie, mis aux trousses de ces assaillants, leur reprit deux de ces ouvriers qu'ils avaient enlevés et leur tua quelques hommes.

Le lendemain 9, Ben-Aïca, le khalifa d’El-Hadj-Ahmed- Bey, poussa une reconnaissance de 2,000 cavaliers dans la direction de Dréan. Sans se préoccuper de son infériorité numérique, Yusuf-Bey sortit du Camp avec sa petite garnison, et se jela avec son audace habituelle sur les cavaliers de Ben- Aïca, qu’il poursuivit plus loin que la prudence — vertu qui lui était totalement inconnue — ne l'eùt permis. Il fut même, un instant, complètement entouré d’ennemis; mais, grâce à sa brillante valeur, il avait réussi à faire sa trouée dans le cercle épais de cavaliers qui cherchaient à lui couper la retraite. Par fortune, un escadron du 3° régiment de Chasseurs d'Afrique, commandé par le capitaine Marion, qui se rendait à Dréan, arrivait trés opportunément sur le champ de la lutte, et reprenait l'offensive avec les cavaliers de Yusuf. Ils fondaient ensemble sur les gens du Bey de Constantine, qui, prenant cet escadron pour l'avant-garde d’une forte

colonne, s’enfuyaient en laissant une trentaine de cavakers sur le carreau.

Il est clair que tous ces pourparlers entre Alger et Paris, que ces regrettables lenteurs, que ces difficultés qu'on opposait, depuis six mois, aux propositions du maréchal Clauzel, que le mauvais vouloir du Gouvernement à son égard, que les attaques passionnées dirigées si injustement contre cet illustre soldat ; il est certain, disons-nous, que ces obstacles multipliés, amoncelés sur le chemin de sa polilique, produisaient le plus fâcheux effet sur l'esprit de nos tribus soumises, qui, en présence de ce désaccord entre le Gouvernement et le Commandant en Chef de l’Armée d'Afrique, ne se sentaient plus suffisamment protégées contre les attaques d’El-Hadj- Ahmed ; elles craignaient — et ce n'était pas tout à fait sans raison — d’être abandonnées, comme nous l’avions déjà fait ailleurs, et d’être livrées, trop faibles pour se défendre ellesmêmes, aux entreprises du Bey de Constantine, qui, déjà, nous venons de le voir, relevait la tète, et recommencait ses incursions sur le territoire que nous avaient conquis l’habileté, la valeur et l'influence de Yusuf-Bey.

En effet, placées entre l’enclume et le marteau, nos tribus alliées n’étaient pas bien coupables quand, trop faibles pour se défendre, et nous trop loin ou pas assez nombreux pour leur porter secours en temps opportun, elles faisaient leur soumission à l’ennemi pour éviler les désastreuses conséquences d’une lutte que, raisonnablement, elles ne pouvaient soutenir seules. Et quand nous leur reprochions ce que nous

appelions leur manque de fidélité, elles nous répondaient — et elles n'avaient pas tout à fait tort : — « Soyez forls sur tous les points, et vous pourrez compter sur notre fidélité. »

Il est présumable que si Ahmed-Bey nous eût sentis unis, et bien décidés à agir vigoureusement, il se serait hâté de venir négocier sa soumission ; mais en nous voyant hésitants, en désaccord sur la question de l'expédition de Constantine, dont nous le menacions depuis si longlemps, et en s'apercevant que nous cherchions à briser notre meilleure arme, celle qu'il redoutait le plus, il se mit à reprendre courage et à profiter du temps que nous perdions si maladroitement.

Pourtant, le Gouvernement finissait par se décider — toujours dans les conditions et avec les moyens restreints indiqués dans la dépêche du maréchal Maison en date du 27 septembre — à donner son assentiment à l'expédition de Constantine. Par une lettre en date du 22 octobre, le général Bernard, Ministre de la Guerre, donnait une sanction plus marquée à celte expédition, que le maréchal Clauzel, nous le répétons, avait résolu d'entreprendre avec les seules ressources dont il disposait.

Je vous ai fait connaitre, lui écrivait le Ministre, par une dépèche télégraphique d'hier, que j'ai appris avec satisfaction que vous cntrepreniez l'expédition de Constantine; et que vous n'étiez point inquiet du résultat.

Je vous ai annoncé, en mème temps, que S. A. R. Mgr le

duc de Nemours est confié à vos soins, que le Prince arrivera à Toulon le 25, ct qu'il s'embarquera immédiatement pour Bône. Je confirme cet avis, et je me hâte de vous dire que j'ai éprouvé une vive satisfaction de la nouvelle marque de confiance que nous donne le Roi.

L'intention de Sa Majesté est que Mgr le duc de Nemours assiste à l'expédition de Constantine, comme le Prince Royal a assisté à celle de Mascara. L'Armée sous vos ordres verra, dans sa présence, un témoignage patent de la sollicitude du Roi pour le Corps d'Occupation d'Afrique. C'est, en outre, une preuve de l'intérèt que prend Sa Majesté au succès de l'expédition de Constantine.

Mais, avant que l'Armée expéditionnaire fût réunie, El- Hadj-Ahmed voulut profiter des quelques jours qu’il savait avoir devant lui pour tenter un coup de main sur le camp de Dréan. Le 24 octobre, les cavaliers de Ben-Aïca, au nombre de plusieurs milliers, firent une démonstration devant ce Camp. Comme il n’entrait point dans le tempérament de Yusuf- Bey de supporter ce genre d’insulte de la part de ses ennemis, il supplia le général Trezel, qui, ce jour-là, était au Camp, où il avait amené des renforts, d'autoriser sa sortie pour châtier ces cavaliers dont il avait si souvent eu raison; mais le Commandant supérieur de Bône était d'avis qu'il y aurait plus que de l’imprudence à se mettre à la poursuite des gens de Ben-Aïca, dont le but, d’après lui, était de l’attirer dans les montagnes, où se trouvait, disail-on, Ahmed-Bey, avec des forces importantes, le général, répétons-nous, n'accéda point à la demande de Yusuf.

Le lendemain 25, la cavalerie du lieutenant d'Ahmed-Bey rccommenca l'opération dela veille, en venant tirailler devant le Camp. Mais le général Trezel n'ayant pas plus bougé que la veille, les cavaliers du Bey de Constantine s’éloignèrent et ne reparurent plus.

L'entrée en campagne avait élé arrêtée par le maréchal Clauzel pour la première quinzaine d'octobre. Malheureusement, la réunion du Corps expéditionnaire fut retardée par les mauvais lemps qui, cette année, commencèrent plus tôt que de coutume. Les hommes et le matériel n’arrivèrent que très difficilement, et avec une lenteur fort préjudiciable à l'entrée en opérations. Pour en donner une idée, nous dirons qu'un bataillon, embarqué à Oran, resta véngt-neu/f jours en mer pour effectuer une traversée qui, ordinairement, n'en exige que quatre. Un transport, chargé de 25 à 30 chevaux du Train des Équipages, périt à la côte; un autre, qui en portait autant, s'en alla à Toulon, chassé par le gros temps. Ce fut une soixantaine de chevaux de moins pour les transports des approvisionnements.

Le 29 octobre, à quatre heures de l’après-midi, deux bateaux à vapeur, le « Sphinx » et la « Chimère », dont l’un portait au grand mût le pavillon de commandement, arrivaient au mouillage. Le colonel de Chabannes descendait aussitôt à terre, el annoncait l’arrivée du duc de Nemours, qu'on n’altendait pas si tôt.

Le général Trezel s'était rendu en toute hàâte au débarca-

dère pour y recevoir le Prince ; mais il avait déjà débarqué dans l’anse des Tagarin, où l’attendait un magnifique cheval que lui avait envoÿé le Bev Yusuf. Le Prince acceptait également le logement que ce dernier lui avait offert dans sa maison‘. |

Le maréchal Clauzel, qui avait quitté Alger le 28 octobre, débarquait à Bône le 31.

Un ordre général du % novembre faisait connaitre la composition du Corps expéditionnaire.

Dans l'effectif général de l'Armée, qui était à cette époque de 8,766 hommes, les troupes françaises entraient pour 7,440 officiers et hommes de troupe. et les Turks ou indigènes pour 1,356.

Le Corps expéditionnaire fut formé en cinq petites brigades, dont une d'avant-garde et une de réserve,

Les 9e, 3me e{ 4me brigades étaient réunies sous le coinmandement supérieur du général Trezel.

Les troupes indigènes de Yusuf-Bey firent partie de la brigade d'avant-garde, laquelle était commandée par le maréchalde-camp de Rigny.

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1. Le duc de Nemours avait reconnu l'offre gracieuse de Yusuf-Bey par le cadeau qu'il lui fit d’une tabatière d’or, ornée de son portrait ct enrichie de diamants. Il lui avait remis, en même temps, de la part du duc d'Orléans, une autre tabatière d'or, avec le chiffre du Prince Royal en brillante.

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L'effectif des forces indigènes placées sous le commandement de Yusuf se décomposait de la manière suivante :

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