‹ Le général YusufChapitre 5 sur 125 · Maitre du sabre, qui sait manier l'arme blanche · texte numérisé non relu

Maitre du sabre, qui sait manier l'arme blanche

Youçouf, qui ne fut qu'une suite d’actions glorieuses, d’audacieuses aventures de guerre, nous ménage bien d’autres surprises, et nous verrons, au cours de ce récit, que l'officier français a tenu largement ce que promettait l’intrépide Mamelouk tunisien,

Ce fut, nous Île rappelons, dans la journée du 46 juin que Youcouf fut présenté au général de Bourmont, à son quartiergénéral de Torre-Chica, par M. d’Aubignose, rentrant d’une mission politique auprès du Bey de Tunis. Les deux premières divisions de l'Armée française étaient campées sur les positions qu'elles avaient conquises le 44, c'est-à-dire le jour même du débarquement. Durant les quatre journées que ces divisions occupèrent ce terrain, elles eurent à soutenir d’incessants combats de tirailleurs contre les forces ennemies.

La raison de l’apparente inaction de l'Armée française était la suivante : le Général en chef ne voulait se porter en avant que lorsque le camp retranché cet le débarquement du matiriel seraient terminés. Mais l'enneini attribuait à une tout autre cause cet arrêt dans la marche en avant des Français ; dans sa pensée, c’élait sur la crainte qu'il supposait nous inspirer qu'il appuyait cette opinion. Aussi, des renforts lui étant arrivés, et la Milice turke, conduite par le gendre du Pacha, Ibrahim-Agha, le ridicule généralissime de l’armée musulmane, ayant dressé ses tentes sur un point nommé Sthaouali, l'attaque de nos lignes avait été définitivement décidée.

Le 19 juin, dès la pointe du jour, les Turks se ruërent sur nos lroupes avec une impétuosité et une audace extraordinaires, et s'’avancérent jusque sur notre front; mais leur intrépidité n’eut pas les effets qu'ils en espéraient, et ils furent repoussés avec de grandes pertes au delà de leurs anciennes positions, que deux de nos brigades s’empressérent d'occuper. Deux bricks, qui s'étaient embossés à bonne distance de la côte, vinrent ajouter, par leur feu, à l'efficacité de notre riposte.

Mais nos généraux, n'ayant point recu d'ordres pour se porter en avant, restaient sur les campements de l’ennemi, et cette inaction avait rendu leur courage aux Africains, lesquels ne cessaient de harceler nos troupes. Fort incommodés d'un feu qui devenait de plus en plus meurtrier, nos soldats, s’ilsne pouvaient prendre une vigoureuse offensive, étaient exposés à se décourager, et, déjà, ils commençaient à murmurer de cette immobilité à laquelle on les condamnail. Aussi, nos généraux firent-ils prier le général de Bourmont, qui était toujours à Torre-Chica, attendant le débarquement du matériel de siège, de se rendre sur le champ de bataille afin d'apprécier lui-même la situation.

Le Commandant en chef montait aussitôt à cheval, se rendait auprès’ des Généraux commandant les deux premières divisions, reconnaissait que l'attaque était indispensable, et donnait l’ordre de marcher à l’ennemi en échelons formés chacun d’un régiment en colonne serrée.

Nos soldats se portèrent à l'ennemi avec un élan irrésistible, le mirent dans le plus grand désordre, et, le roulant sur lui-même, le contraignirent ainsi à rester exposé à leurs coups plus longtemps peut-être qu’il ne l’eût désiré. Ainsi qu'il l'avait fait dans la journée du 44, il abandonnait ses

batteries, où nous pénétrions sans rencontrer la moindre résistance.

L'ennemi fut poursuivi jusqu’à Sthaouali, où ilavait établi son camp, que nous trouvions abandonné, sans qu’il eût eu le temps d’en rien enlever. Nous fimes là un butin considérable. La tente d’Ibrahim-Agha, qui mesurait plus de 20 mètres de long, et qui était, ainsi que celles des chefs de l'Armée, d’une grande magnificence, figurait parmi les trophées de cette glorieuse journée du 49.

Les résultats de la bataille de Sthaouali furent les suivanis :

Trois ou quatre mille Africains tués ou blessés ;

Cinq pièces de canon et quatre mortiers enlevés ;

Quatre-vingts dromadaires et une grande quantité de bétail restés entre nos mains.

Nous fimes très peu de prisonniers, et encore élaient-ils presque tous blessés.

De notre côté. nous eûmes six cents hommes mis hors de combat, tant tués que blessés.

Les divisions qui avaient pris part au combat s’établirent dans le camp de Sthaouali, d'où elles venaient de chasser l'ennemi, c’est-à-dire à une lieue de leur ancienne position. Quant aux débris de l’armée d’Ibrahim-Agha, ils rentrèrent honteusement dans Alger, où leur arrivée répandit la consternation parmi la population.

Les deux premières divisions restèrent campées à Sthaouali jusqu'au 24 juin‘.

Ibrahim-Agha, à qui, malgré sa honteuse conduite dans la journée du 19, le Pacha Hocaïn-ben-Hacen avait fait reprendre

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