N'a été nommé lieutenant-colonel que lc 18 févricr
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La santé de Yusuf s'était, en effet, sensiblement altérée. Bien qu'il fût solidement constitué, et que sa rare énergie le soutint là où d’autres auraient succombé, la rude existence qu’il menait depuis 4830, les privations de toute nature qu'il avait endurées, les périls qu'il avait courus, les fatigues inouies qu'il avait supportées, les nuits sans sommeil par tous les temps sous un climat tour à tour de feu ou de glace, l'air pestilentiel qu’il respirait depuis près de cinq ans qu'il était à Bône. ou dans les environs de cette ville empoisonnée, l'usage immodéré du sulfate de quinine; toutes ces causes, disonsnous, qui en auraient tué tant d’autres, n’avaient pas été sans l’éprouver sérieusement, et à ce point de faire craindre pour sa vie. Les misères de la dernière expédition où, nous l'avons vu, il ne s'était pas ménagé, avaient fini par avoir raison de cette âme d'acier dans un corps de granit; mais Yusuf n'était pas homme à se rendre sans combat : il sentait que ses destinées n'étaient point accomplies, et qu'il n’était pas fait pour mourir de la fièvre sur la botte de paille d’une ambulance ; il se raidit contre le mal et finit par le vaincre, et cela malgré les attaques acharnées, venimeuses, haineuses, odieuses, et surtout opiniâtres dont il fut l’objet, et dont l'intensité allait croissant avec le nombre de ses merveilleuses actions de guerre. Yusuf finit cependant — mais ce ne fui pas tout de suite — par prendre le dessus et par s'élever à une telle hauteur dans la gloire, que les cris rabiques des hurleurs ne parvinrent même plus jusqu’à lui.
Quoi qu’il en soit, Yusuf-Bey se remit à l'œuvre pour continuer la mission que le Maréchal venait de rendre à son zèle et à son habileté.
Le maréchal Clauzel comptait évidemment que le Gouvernement ne laisserait pas un homme de sa valeur et de ses magnifiques services sur un échec, dont la responsabilité ne pouvait justement lui être attribuée; il semblait croire qu'il lui serait permis de prendre sa revanche, et que cette salisfaction serait donnée aux troupes de l’Armée d'Afrique qui avaient partagé sa mauvaise fortune.
La dépêche suivante qu’il adresse à Yusuf-Bey témoigne de ses illusions à cet égard :
GOUVERNEMENT Alger, le 9 janvier 1837.
des Possessions françaises dans le Nord de l’Afrique
Cabinet
Bey Youssouf,
Le Gouvernement est décidé à faire une nouvelle expédition sur Constantine; on y emploiera 20,000 hommes et une nombreuse et forte artillerie. Mettez-vous, dès à présent, en mesure de savoir où trouver des mulets ; il en faut plus de 1,000; car on a le projet d'envoyer plus de 20,000 boulets et plusieurs milliers de bombes. Peu à peu nous transporterons à Guelma cet immense matériel, et ce poste nous servira de base d'opérations. Occupez-vous dès à présent des moyens de transport, sans cependant rien arrêter; prenez bien vos süretés. Rappelez-vous que, sur 1,000 mulets qui devaient nous être amenés à Guelma, c'est à peine si nous avons pu en réunir 300. Pensez-vous que l’on puisse trouver à acheter 4 ou 500 beaux mulets du côté de Tunis? Dans l'affirmative, faites-moi connaître quel en serait le prix moyen.
J'apprécie la difficulté de faire rester à Guelma des hommes qui ont autour de Bône leurs familles et leurs propriétés. Aussi, dans les nouvelles instructions que je donne au général Trezel, ai-je décidé que la majeure partie de vos Turks et Spahis demeureraient avec vous au camp de Dréan, et au poste retranché que l’on va établir à Moualefa. Je vais aussi faire établir une tête de pont sur la rive gauche de la Seibouse. en face de Guelma. De cette manière, cette dernière place et Bône seront reliées par une ligne de postes fortifiés, et les convois pourront marcher avec sécurité.
Ce sont principalement vos Turks et Spahis* qui seront chargés de protéger les convois. Quel moyen proposeriez-vous pour décider les tribus dont on doit traverser le territoire à en faire en quelque sorte la police? On pourrait donner aux chefs des plus puissantes une gratification mensuelle; maiils devraient fournir des garanties. Il faut enfin que la route du Camp-Clauzel (Dréan) à Guelma soit d'une extrême sécurité,.
Par votre lettre du 25 décembre dernier, vous me donnez l'état de vos dépenses avant mon arrivée à Bône et pendant l'expédition de Constantine; il en résulte que vous seriez à découvert de 1,350 francs.
Par ma lettre de ce jour, je mande à M. le général Trezel de vous rembourser cette somme.
J'ai déjà écrit au Ministre qu'il serait juste que vous fussiez remboursé des dépenses que vous avez faites, bien que toutes ne vous aient pas été ordonnées; mais, il est vrai de dire quil y avait cas de force majeure. Soyez persuadé que je ne vous oublierai pas, et que je m'occuperai de vous dès mon arrivée à Paris.
J'espère que votre santé se rétablira bientôt; continuez à m'envoyer des rapports détaillés sur toutes vos opérations.
Recevez, mon cher Youssouf, l’assurance de ma considé-
ration très distinguéc.
Le Gouverneur général,
Maréchal CLAUZEL.
* Voir la note de la page 331.
Mais les attaques dirigées contre le maréchal Clauzel devenant de plus en plus vives, et ayant fini par dépasser toute mesure, et cet illustre soldat, que l’Armée saluait récemment à Bône comme son sauveur, étant devenu l'objet des plus odieuses calomnies , il avait résolu de se rendre en France non seulement pour conjurer l'orage, mais encore pour se défendre et faire tête à ses accusateurs.
Il s’'embarqua le 15 janvier pour se rendre à Paris, et voir de près ces aboyeurs qui essayaient de faire sombrer tout son glorieux passé dans les boues de Constantine.
Cette pensée de la revanche le préoccupait à ce point, qu'ayant relâché à Mahon par suite du mauvais temps, il en profita pour entretenir Yusuf-Bey de ses projets, et lui donner ses instructions en vue de l'expédition future.
Nous voulons reproduire ir extenso ces précieuses instructions qu'avait dictées au Maréchal l'expérience de la dernière campagne.
GOUVERNEMENT Mahon, le 17 janvicr 1837.
des Possessions françaises dans le Nord de l'Afrique
Cabinet
Bey Youssouf,
Il importe de mettre à profit le temps qui s'écoulera avant la prochaine expédition sur Constantine, pour bien étudier les routes que nous aurons à parcourir : recucillez ct provoquez à ce sujet le plus de renseignements possibles.
Je désire connaître l’état des chemins dans les directions ci-après :
4° De Moualefa à la montagne de Thaïâa, en la laissant à main droite pour entrer dans la vallée du Zenati;
2 — me — —————————— — — = ————
90 De Moualefa à la vallée du Roumel, au-dessous de la position que nous avions prise à Soumâa (monument enruines attribué à Constantin), et en laissant à notre gauche Ia montagne de Thaïäa;
3e Enfin, en continuant par la route ci-dessus pour aboutir au plateau de Mensoura, à l'ancienne Ambulance, en passant par la route que vous vouliez nous faire prendre, et qui était à notre gauche, lorsque nous fümes descendus dans la plaine.
Pendant que nous revenions de Constantine, un jeune Spahis régulicr, parlant assez bien le français, me promit, dès qu'on lui en donnerait l'ordre, d'aller visiter attentivement ces routes : il était accompagné par le chef de la tribu dans laquelle se trouve la montagne de Thaïäa, et ils devaient faire ensemble cette exploration jusque près de Mensoura.
Prenez sur l'état de ces routes les renseignements les plus minutieux ; faites-vous indiquer tous les mauvais passages, leur longueur, si les montagnes sont difficiles à gravir, quelle est la qualité du terrain, s'il y a du rocher; songez que nous aurions à y faire passer une nombreuse et pesante artillerie. Pour mesurer la longueur des endroits difficiles, la largeur des routes, que vos émissaires comptent les pas qu'ils devront faire: c'est la manière la plus simple, et ils seront moins exposés à commettre des erreurs. Tâchez, autant que possible, d'employer des hommes qui aient vu marcher nos voitures; ils comprendront plus facilement quels sont les détails qu'ils doivent donner, et les accidents de terrain qu'ils auront à observer. |
Il est, en outre, très essentiel de remarquer les différents endroits où l’on trouve de l’eau, soit sur la route même, soit à proximité; si l'eau est courante, ou si elle est le produit de sources, à quelle époque elles tarissent; s’il existe du bois, et à quelle distance sont les douars.
Pour rendre plus faciles les moyens de nourrir les hommes, il importe de connaître à quelle époque on peut consommer les blés et les orges actuellement sur pied; ainsi mandezmoi:
À quelle époque sont mûrs les blés et les orges dans la
plaine de Bône, dans la plaine de Guelma et autour de la ville de Constantine.
Des rapports venus de divers côtés me portent à espérer que plusieurs des soldats que nous avions crus morts sont prisonniers d'Ahmcd-Bey, et même assez bien traités par lui. Si vous en avez le moyen, faites-lui dire que, s’il voulait donner des garanties, je serais disposé à lui envoyer deux médecins français qui donneraient leurs soins à nos soldats et aux habitants de la ville qui auraicnt besoin d'eux.
Je désirerais connaitre d'une manière aussi exacte que possible le nombre de nos soldats renfermés dans Constantine, les régiments auxquels ils appartiennent, et s’il y a récllement des officiers parmi eux, ce que je ne crois pas.
Continuez à me tenir exactement au courant de vos relations avec les indigènes, et ne négligez aucune des mesures propres à assurer la sécurité de nos convois.
Choisissez des hommes actifs, vigoureux, et connus dans leurs tribus, pour porter vos escadrons à l'effectif autorisé par le Ministre, et remplacer ainsi ceux de vos Spahis que vous avez perdus.
Recevez l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Gouverneur général, Maréchal CLAUZEL.