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Mais, nous l'avons dit plus haut, le maréchal Clauzel était déjà sacrifié en principe quand il s’'embarqua : il était réservé à un autre de venger l’échec que les éléments avaient infligé à son Armée, et — point n’est besoin de le dire — cette décision du Gouvernement lui fut on ne peut plus douloureuse. En effet, le maréchal Clauzel était remplacé, le 42 février,
dans le Gouvernement général de nos Possessions du Nord de l'Afrique, par le général de Damrémont.
Le lieutenant-général Rapatel était chargé de l'intérim jusqu’à l’arrivée du nouveau Gouverneur.
Il va sans dire que le départ du maréchal Clauzel fut le signal de la recrudescence des hostilités contre Yusuf. Comme nous le disons plus haut, il n’en prit pas de suite son parti, et il riposta énergiquement aux attaques de ses détracteurs. Néanmoins, il fut un instant pris de dégoüt; aussi voulait-il quitter l'Algérie, où il ne se voyait plus utile. Or, il avait songé déjà à visiter la France, sa patrie d'adoption, qu'il ne connaissait pas : de nombreux amis, d'anciens compagnons d'armes, les princes de la famille d'Orléans l’y appelaient avec instance; le maréchal Clauzel surtout tenait beaucoup à le voir, et à causer avec lui des choses d’Afrique et de la guerre qu'ils y avaient faite ensemble.
Néanmoins, nous le répétons, avec sa nature délicate, nerveuse, Yusuf souffrait vivement de tout cela. et surtout de la sorte d'inaction dans laquelle on paraissait vouloir le laisser systématiquement. Sans doute, il lui restait d'excellents amis, d'honorables relations, et c'est dans le sein de l'amitié qu'il allait se soulager de sa peine, se retremper à l'espérance, et puiser de nouvelles forces pour soutenir le combat. Sans doute, avec son tempérament exubérant, véhément, il n’était pas toujours facile à Yusuf de se contenir;
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souvent même il dut dépasser les bornes de la prudence en démasquant ses ennemis; il est clair qu’il n'était pas toujours disposé à se laisser trainer dans la boue, et que, lorsque le hasard lui mettait un de ces hostiles sous la main, celui-là payait pour les autres. Mais, nous le répétons, tout cela l'avait profondément dégoûté, et il s’en plaignait souvent très améèrement. Nous avons retrouvé trace de cette situation d'esprit de Yusuf dans une lettre que lui écrivait, à la date du 44 février, M. Blondel, Directeur du Service des Finances à Alger, à la suite d’une conversation qu'ils avaient eue, dans la journée, lors de son voyage à Bône.
Bône, 14 février 1837.
Mon cher Commandant,
Je regrette de n'avoir pu causer plus longuement avec vous ce matin; j'aurais voulu vous inspirer un peu plus de confiance dans l'avenir. Je sais que vous souffrez, ct il n'est pas facile de se taire quand on souffre; mais l'intérêt bien entendu le commande, et vous avez trop d'esprit pour ne pas le comprendre.
Ne vous découragez pas : défendez les principes ct faites abstraction de vous-même : cela conduit au même résultat, et n’a pas le même inconvénient. Ménagez les susceptibilités : les grands n'aiment pas qu'on ait trop raison contre cux, et les Gouvernements ont toutes les passions des hommes. Vous allez voir le Maréchal ; oubliez vos intérêts personnels; n'en dites que quelques mots, négligemment : c'est le meilleur moyen de les faire valoir. Si notre rôle à nous est de nous faire Arabes, le vôtre est de vous montrer Français; soyez-le plus que nous. Que l'intérêt de la France continue à dicter seul vos paroles. Exposez vos plans, appuyez-les sur des faits, déduisez-en les conséquences. En défendant votre système,
oubliez que vous en êtes l’auteur; plus vous vous effacerez et plus vous paraitrez valoir.
Le succès est encore loin de nous, peut-être; mais nous y arriverons. Il y a quelques jours encore, l'Afrique paraissait devoir vous être fermée; demain, sûrement, on sera bien aise de vous permettre de faire valoir vos brillantes aptitudes militaires. Ce n'est donc pas le moment de vous décourager.
Courage donc! dans quelques mois peut-être, vous penserez à moi dans les murs de Constantine; mes vœux vous y suivront, parce que je crois que l'intérêt de mon Pays est attaché au service de la cause que vous défendez.
Recevez l'assurance de mon attachement, et puisse la France continuer à vous compter parmi les enfants qui l'auront glorieusement servie, et qu'elle aura illustrés.
Votre tout dévoué,