CHAPITRE XVI
I. Le traité de la Thafna ct ses conséquences. — II. Le lieutenant-colonel Yusuf sollicite et obtient ses lettres de naturalisation. — III. Expédition dite des « Portes de Fer ». — La guerre avec El-Hadj-Abd-el-Kader cst la conséquence de cette opération. — IV. La Mctidja est envahie par les bandes de l'Émir. — V. Reprise des hostilités dans la province d'Oran. — Affaire autour de Micerghin. — Combat de Temsalmet. — J1 vaut au lieutenant-colonel Yusuf sa huitième citation. — Combat d’Ain-El-Bridia, ou de Micerghin. — Yusuf y cst honaré de sa neuvième citation. — VI. Le lieutenant-général Bugeaud est nommé Gouverneur général de l'Algérie. — Appréciation de son système de combattre los Arabes et les Kabils. — Le Gouverneur général se prépare à entrer en campagne. — VIT. Ravitaillements de Médéa et de Miliana. — Prise de Takdemt ct sa destruction. — Le général Bugeaud prend possession de la ville de Màäskara, et décide son occupation définitive. — Marche sur Mostaghanem par Île défilé d'Akbet-El-Khedda. — Ordre du jour sur lc combat livré dans ce défilé. — Le lieutenant-colonel Yusuf est cité à l'ordre de l’Armée pour la dixième fois. — Combat de Sidi-Daho, où le lieutenant-colonel Yusuf mérite sa onzième citation. — Razia sur les Flita. — Combat de l'ouad Maouça, lequel vaut à Yusuf sa douzième citation. — Poursuite de l'Émir dans le pays des Hachem. — Beau combat de Takhmaret, qui vaut au lieutenant-colonel Yusuf, à son retour au camp, une ovation spontanée du corps d'Armée, et sa treizième citation. — VIII. Le général Bugeaud reprend Tlemsen., — IX. Affaires autour de Mäskara. — La lutte pour la vie. — Poursuite de la tribu des Hachem par le général de La Moricière. — Appréciations des services du licutenant colonel Yusuf par le général Bugeaud. — II demande et obtient pour lui le grade de colonel commandant le corps de cavalerie indigène (les Spahis) en Algérie. — Regrets du général de La Moricière de sc voir enlever le commandant de sa cavalerie.
Mais le traité de la Thafna conclu, le 30 mai 4837, entre le lieutenant-général Bugeaud et l’Émir.Abd-el-Kader, allait nous donner sinon la paix, du moins une trève de quelque durée dans les provinces d’Alger et d'Oran. D'un autre côté,
l'expédition et le siège d’Ain-Madhi, qui retinrent le fils de Mohi-ed-Din dans le Sud de mai 4838 à janvier 1839, ces deux causes, disons-nous, nous avaient donné quelque répit, particulièrement dans la province de l'Ouest. Sans doute, la durée de cette sorte de paix ne pouvait être éternelle ; l'ambiguilé de la rédaction de ce traité, sorte de boîte de Pandore, donnait toute facilité à l’une et à l’autre des parties contractantes, selon le plus ou moins de bonne foi dont elle était susceptible, d’y trouver des prétextes à rupture, et ce que nous savions de la punica fides de l’Émir des Croyants pouvait nous faire prévoir que, dès qu'il serait prêt, les mauvaises raisons pour recommencer les hostilités seraient bientôt trouvées. Il n’était pas possible, d'ailleurs, qu’il en fût autrement.
Les Spahis d'Oran purent donc, sous l’habile direction de leur vaillant chef, le lieutenant-colonel Yusuf, se préparer en toute sécurité, pendant cette accalmie, aux rudes travaux de la guerre, afin d’être en état, lorsqu'elle reprendrait ses torches, de continuer leurs glorieuses traditions, et d'ajouter de nouvelles et brillantes pages au Livre d'Or de leur régiment.
Depuis quelque temps déjà, Yusuf, si Français par le cœur et par ses remarquables services, avait sollicité ses lettres de naturalisation ; il les avait, certes, bien gagnées ; il ne pouvait, d’ailleurs, que faire honneur à sa Patrie d'adoption, laquelle, il faut bien le dire, ne s'était point montrée ingrate à son égard, en ce sens que, sous le rapport de l’avancement,
elle ne l'avait point fait languir outre mesure ; il est vrai que toutes les récompenses qui lui avaient été accordées étaient largement justifiées par de belles actions de guerre, et qu’elles ne lui firent de jaloux et d’envieux que parmi ceux de ses camarades qui n'avaient pas eu l’occasion de le voir à l'œuvre.
C'est le 2 mars que la qualité de Français fut accordée au lieutenant-colonel Yusuf, et il s’en montra fier et bien heureux.
Nous ajouterons que le fait de sa naturalisation n’entrainait point le droit, pour Yusuf, d'être admis dans le cadre des officiers français, et qu'il resta officier au titre indigène ou étranger jusqu'en 1851.