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pour organiser cetle expédition, connue dans l’histoire de ce pays sous la dénomination — peut-être un peu trop pompeuse — de « Passage des Portes de Fer ». C’est le 28 octobre que furent franchis les Biban iles Portes), et l'on y rencontrait d'autant moins de résistance, que le secret en ayant été fort bien gardé, l'Émir n'avait pu prendre aucune mesure pour s'opposer à cette opération. Il y avait certainement imprudence à violer le territoire en litige, surtout que El-Hadj- Abd-el-Kader s'était toujours formellement refusé à en céder la moindre parcelle. Dans ces conditions, notre expédition équivalait à une déclaration de guerre, et c'est ainsi que l'entendit l'Émir.
En effet, dès le 10 novembre, les hostilités commencèrent dans la Metidja, qui fut envahie, le 20, par 2,000 cavaliers débouchant de l’est et de l’ouest de cette plaine. Les fameux Hadjouth, dont les bandes se composaient, sous cette dénomination, de tous les sacripants pouvant se mettre un cheval entre les jambes, et un fusil plus ou moins hypothétique à la main, les cavaliers Hadjouth, auxquels leurs actes de brigandage ont valu une certaine célébrité, inondèrent la Metidja de leurs hordes pédiculeuses, massacrèrent les colons qui tombèrent entre leurs mains, et saccagèrent et brüûlèrent les fermes dont ils purent se rendre maitres. Du reste, le 18 novembre, l’Émir envoyait, de Médéa, sa déclaration de guerre au maréchal Valée, qui la recevait le 20.
Il n'y avait donc plus à en douter : c'était bel et bien la
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guerre, el nous n'y étions pas préparés. Pour le moment, elle resta concentrée dans la Metidja. Nous n'en suivrons pas les péripéties, notre intention étant de restreindre, autant que possible, notre récit aux seuls faits auxquels a élé mêlé notre héros.
Malgré la reprise des hostilités, la tranquillité de la province d'Oran ne fut que médiocrement troublée dans les premiers mois qui suivirent la rupture du traité de la Thafna. Cet état de choses tenait à deux causes, savoir : à ce que l’Émir avait concentré presque tous ses moyens d'action sur la province d'Alger, et au petit nombre de points attaquables que présentaient nos établissements dans celle d'Oran. Tout se borna, pendant les mois de décembre 1839 et janvier 4840, à l'échange de quelques coups de fusil aux avant-postes.
Mais, dans les premiers jours de février, El-Mosthafa-ben- Thahmi, Khalifa de l’Émir à Mäskara, à la tête de 4,500 à 2,000 hommes, vint attaquer le poste de Mazaghran, défendu par 123 hommes du {°° Bataillon d'Infanterie légère d'Afrique. Le 6 février, au matin, après quelques vaines tentatives d’assaut, il abandonnait la parlie, non sans avoir subi des pertes assez importantes.
Le 7 mars, un parti de cavaliers arabes tenta d'enlever les troupeaux des Douaïr et des Zmala entre Micerghin et Mers-El-Kebir; il avait réussi déjà à opérer un prélèvement assez sérieux sur les biens de nos alliés, lorsque El-Mosthafa-
ben-Ismâil, le chef des Douair, fondit sur eux avec ses cavaliers, et leur fit lâcher prise. Ces coureurs faisaient partie d’un djich (corps de troupes) de 3 à 4,000 chevaux, que Mohammed-Bou-Hamidi, Khalifa de Tlemsen pour l’Émir, tenait réunis depuis quelque temps yers l'ouad El-Malah (Rio- Salado).
Le 142 mars, Bou-Hamidi se rapprochait de Micerghin avec tout son monde. On ne découvrit tout d’abord qu’un groupe de 2 à 300 cavaliers qui feignirent de vouloir enlever les troupeaux de nos auxiliaires à Temsalmet!, entre Ain-El- Bridia et Micerghin. Le lieutenant-colonel Yusuf, commandant le régiment des Spahis d'Oran, sortit immédiatement de Micerghin”, où il commandait, et se porta à la rencontre des cavaliers de Bou-Hamidi avec 600 hommes dü 1°" régiment d'infanterie, deux pièces d'artillerie et 250 Spahis. Les Arabes s'élant dispersés devant lui, Yusuf les poursuivit, avec son ardeur ordinaire, plus loin que ne le permettait son peu de cavalerie ; de sorte qu'à un moment donné, Bou-Hamidi, ayant rallié et embusqué son monde avec assez d’habileté dans les ravins de Temsalmet, lança sa cavalerie sur la petite troupe de Yusuf, laquelle fut, en un instant, cernée et attaquée de tous côtés. En raison surlout de la disproportion de ses forces, Yusuf se trouva un instant dans une situation des plus critiques ; mais, grâce à son admirable sang-froid, il s’en
1. Nos cartes, qui ne sont point un modèle d'exactitude, orthographicent ce nom de diverses manières, Tem-Salmet, Temsalmet et Tlemzemet. Les Arabes nomment cette bourgade, dont la forme nous paraît berbère ou becrbériséc, Tanessanmet et Tanessalmet. Elle aurait, selon le géographe arabe El-Bekri, donné son nom au canton.
2. Ce camp était occupé par les Spahis, auxquels on avait concédé les terres fertiles qui l'entouraient.
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tira à son honneur; l'infanterie, à laquelle il fit former le carré sans s'inquiéter outre mesure de Ja nuée d’assaillants qui tourbillonnaient autour d'elle comme des rapaces qui ont senti une proie, tint ferme, aidée par l'artillerie, et fit la meilleure contenance. Ses feux, bien nourris et parfaitement dirigés, trouérent cette foule hurlante et la mirent en lambeaux. Bientôt, les faces du carré étaient déblayées de vivants, et de nombreux cadavres d'hommes et de chevaux marquaient seuls le périmètre du terrain de la lutte.
Quant aux deux escadrons de Spahis, composés en grande partie de cavaliers de nouvelle recrue qui n’avaient jamais vu le feu, pris de faiblesse dans la seconde partie de l’action, ils avaient amorcé un sérieux mouvement de retraite sur Micerghin ; mais le chef d'escadrons Montauban les avait ralliés, et, après leur avoir fait sentir l'incorrection de leur conduite, les avait ramenés au combat. où ils rachetèrent leur faute en poursuivant les fuyards de Bou-Hamidi, et en reprenant sur eux les quelques têtes qu’ils avaient laissées entre leurs mains au moment de leur débandade. |
Le combat de Temsalmet valait au lieutenant-colonel Yusuf sa huitième citation, Dans son ordre de la division du 30 mars, le général de Guéheneuc, commandant la Province, disait : « Le lieutenant-colonel Yusuf a conduit tout le combat de Temsalmet, près Micerghin, en véritable homme de guerre, et a déterminé, par ses habiles dispositions et son audacieuse bravoure, le succès de la journée. »
Le 44 mai, les cavaliers de Bou-Hamidi se montrèrent de nouveau en grand nombre entre Ain-El-Bridia et Micerghin. Informé de ce mouvement, le général de Guéheneuc sortit d'Oran à la tête des forces disponibles de sa division, et se porta à leur rencontre avec l'intention de les acculer au défilé
d'El-Bridia. Le général lança les Spahis de Yusuf sur cetle cavalerie qui, dès l'apparition de la colonne d'Oran, avait tourné bride sans la moindre hésitation. Menés battant par les Spahis de Yusuf, les cavaliers ennemis se précipitèrent en cohue dans le défilé formé. au nord, par le massif de Kamra, et, au sud, par la Sebkha" d'Oran et les marais de Sidi-Bou- Tlelis. Bientôt entassée, pressée dans cet étroit défilé qu'elle obstruait, celte foule affolée, qui ne pouvait ni avancer, ni reculer, resta sous le feu et les lames des Spahis plus longtemps que, probablement, elle ne l'eût voulu ; aussi, ceux-là, qui avaient une revanche à prendre, profitèrent-ils largement de l'occasion qui se présentait de se venger sur eux du moment de faiblesse qui leur avait été si sévèrement reproché par leur chef. Quelques-uns des cavaliers de Bou-Hamidi essayérent de s'échapper en s’engageant dans le tac salé, et y réussirent ; d’autres, qui avaient tenté la même manœuvre par les marais de Sidi-Bou-Tlelis, furent moins heureux, et s'y embourbèrent. Enfin, le défilé ayant fini par se dégager, les Spahis de Yusuf et les Chasseurs d'Afrique du 2° régiment continuèrent la charge, qu'ils poussèrent jusqu’au delà de l'ouad El-Malah.
Bou-Hamidi fit, dans cette affaire, des pertes relativement importantes.
Le Commandant du régiment des Spahis d'Oran était honoré de sa neuvième cilation à l’ordre de la division du 45 mai, « pour s'être particulièrement distingué dans le combat d’Aïn-El-Bridia (ou de Micerghin), et pour l’aplomb et
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1. Grand lac à fond de sable ct sans ‘profondeur, recouvert d’anc croûte de sel. Le passage en est dangereux dans la saison des pluies, lesquelles en ont rendu le fond mouvant.
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l'intelligence avee lesquels il a dirigé le mouvement du corps Sous ses ordres ».
M. de La Moricière, récemment nommé maréchal-de-camp, venait remplacer, le 20 août, le général de Guéheneuc dans le commandement de la division d'Oran.
Le général Bugeaud était nommé, par ordonnance royale du 29 décembre, Gouverneur général de l'Algérie, en remplacement du maréchal Valée.
Il débarquait à Alger, et prenait possession de son Gouvernement le 23 février 4841.
L'intérim du général Schramm cessait le même jour.
Avec cet illustre maître, qui, déjà, avait fait ses preuves en Algérie, la guerre allait prendre une autre allure : à la lourdeur de nos colonnes allait se substituer la légèreté de nos moyens d'action ; le mouvement allait remplacer l’immobilité ; l’action allait succéder à l’inaction, et nos frontières, au lieu d’être limitées par des postes défensifs, allaient l'être désormais par la pointe de la baïonnette de nos soldats. Enfin, le Général devait se mettre sans retard à la recherche de ce problème de nous faire aussi légers, aussi mobiles que les populations que nous allions avoir à combattre. Sans doute, ce n’était pas là chose facile avec nos besoins de civilisés, de peuple gras, gros mangeur; il n'était pas facile, disons-nous, de nous obliger à ce point de rivaliser avec des gens qui peuvent emporter quinze jours de vivres à l'arçon
de leur selle, qui n’ont d’autre couche que la.terre ou le sable du désert, et d’autre ciel de lit que la voûte éthérée, cette sublime promenade des mondes. Mais il fallait nous rapprocher au plus près de cette perfection du véritable homme de guerre ; il nous fallait acquérir cette sorte de fluidité qui fait la force principale du cavalier du désert, surtout en le rendant insaisissable.
Le Général disait : « Il faut se faire léger pour combattre l’armée la plus légère qui existe. »
Avec Bugeaud, nous allons faire de la guerre sérieuse ; chacun de ses combats sera une leçon ; car un des mérites de ce grand capitaine c’est d’avoir un système précis, un plan raisonné, et il possède au plus haut degré cette précieuse faculté de pouvoir le modifier en plein danger, selon les diverses phases de l'affaire. Il ne livre rien au hasard ; pour lui, cette divinité aveugle n'existe pas; il sait toujours ce qu’il veut faire et ce qu’il fait, et ses actes, sa décision sont toujours le résultat de savantes prévisions ou de combinaisons sérieusement étudiées, ou tout simplement improvisées. Il fera de l’échiquier algérien une école d'application de ses méthodes.
Avec lui, point d’inconscients ; chacun, depuis le simple soldat jusqu’au général, sait d'avance le rôle qu’il aura à jouer dans l’action, jusqu'à quel point il y concourra, et quel sera l'effet qu’il devra produire.
I] ne craint point le soldat intelligent, car il n'a rien à lui dissimuler; ce n'est point un automate, une machine qu'il veut; il tient, au contraire, à être compris, à intéresser tous ses éléments à son jeu, et à démontrer, même au plus infime, que son rôle dans l’action générale n’y est pas du tout indiffrérent.
Tel est l'illusire professeur sous lequel la jeune Armée va
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étudier la science de la guerre; sans doute, ce nouveau système de guerre et d'occupation que va employer le Gouverneur déroutera quelque peu nos brillants généraux d'Afrique, nos braves chefs de corps, qui traiteront peut-être un peu légèrement les méthodes du Gouverneur; mais il les appellera auprès de lui, et leur déclarera qu'il ne veut de leur bravoure et de leurs talents qu’autant qu'il pourra compter aussi sur leur entière obéissance; « autrement, ajoute-t-il avec une franchise un peu rude, je saurai me passer de vous. »
Que voulez-vous ? étant sùûr de lui, il pouvait, sans crainte, parler ferme et haut.
Désormais, nous allons le voir à l'œuvre, et les six années de son commandement en Algérie auront été la période la plus savamment glorieuse, la plus instructive, la plus intéressante de la guerre en Algérie. Aussi, allons-nous voir s'élever ou grandir à cette excellente école une jeune génération de généraux, parmi lesquels Yusuf — le héros affectionné du Maitre — sera appelé à développer ses merveilleuses aptitudes d'homme de guerre, d'’entraineur irrésistible de masses armées. Nous allons le voir à l’œuvre sur un plus grand théâtre : aujourd’hui, il ne s’agit plus d’audacieux coups de main avec une poignée de cavaliers indigènes; il ne s’agit plus de jouer avec la mort, de la narguer, de l’irriter par des témérités de chaque jour, par de la bravoure atteignant jusqu'à la folie ; aujourd'hui. le temps de la guerre d'aventures est passé; nous allons la faire sérieuse, raisonnée, et surtout avec fruil; au moins, si nous dépensons de l’héroïsme, si nous donnons notre sang prodigalement, françaisement, ce ne sera pas sans profit pour le Pays.
Yusuf, sous un tel maitre, va atteindre à l'apogée de sa gloire militaire.
Le Gouverneur général était à peine arrivé, qu'il se préparait à entrer en campagne. Dès les premiers jours de mars, il s'embarquait pour visiter la province de Constantine. Rentré à Alger le 48 de ce mois le Général s’occupait sans retard des ravitaillements de Médéa et de Miliana. Parti le 30 avec un immense convoi, il franchissait le col des Mouzaïa le 4°r avril, et, le 6, il déposait 400,000 rations à Médéa.
Le 26 avril, l'Armée partait de Blida pour faire le ravitaillement de Miliana, et, le 2 mai, le convoi allait déposer son chargement dans la place.
Le Général rentrait à Alger, le 40 mai, après cette double opération, qui avait été des plus glorieuses pour nos armes, ce qui lui permettait de dire, dans son rapport du 42 avril au Ministre de la Guerre sur le ravitaillement de Médéa : « Dans cette expédition, nous avons pris sur l'ennemi une supériorité morale qui durera, j'en suis convaincu, pendant toute la campagne. »
Le 14 mai, ayant laissé au général Baraguey-d'Hilliers le commandement de la province d'Alger, le général Bugeaud s'embarquait pour celle d'Oran, et arrivait à Mostaghanem le lendemain 45. au soir. Les troupes que lui amenait le général de La Moricière y arrivaient le même jour.
Le corps expéditionnaire se composait de deux divisions, dont l’une était commandée par le duc de Nemours, et l'autre
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par le général de La Moricière : il était formé de douze bataillons d'infanterie de 600 hommes chacun, du 2° de Chasseurs d'Afrique, des Spahis réguliers d'Oran (lieutenant-colonel Yusuf) et de 500 Auxiliaires des Douaïr et des Zmala. Le Corps d'armée élait suivi d’un matériel de siège et d’un immense convoi de vivres et de munitions. Chaque soldat portait, en outre, des vivres pour huit jours, et les chevaux de la cavalerie étaient chargés d’un sac de 60 kilogrammes de riz. Nos cavaliers, transformés en soldats du Train des Équipages, firent preuve, dans cette circonstance, d'abord, d’un excellent esprit, à, ensuite. d’un dévouement bien méritoire.
Le dessein du général Bugcaud était, en effet, de commencer ses opérations par la destruction de Takdemt*, établissement dont Abd-el-Kader avait commencé, dès 1836, à relever les ruines, et dont il paraissait vouloir faire le centre de sa domination.
- . L'Armée arrivait devant Takdemt, le 25, et elle en prenait possession pendant un engagement très vif entre les Zouaves et la cavalerie de l’Émir, postée sur les hauteurs voisines.
La ville et le fort étaient évacués par les habitants. Takdemt se composait d’un bordj assez bien construit, de maisons en maçonnerie, dont quelques-unes étaient couvertes en tuiles, et qui servaient de magasins, de dépôts d'armes et de munitions. Le Général fit pétarder le fort et les maisons qui en valaient la peine.
Le 26, au matin, l’Armée se remettait en marche dans la direction de Mâskara, où elle arrivait le 30. Depuis Takdemt