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Rapport du Général en chef sur la capitulation d'Alger

de vingt jours, le jeune interprète Youçouf s'était montré d'une intelligence et d'une activité remarquables ; que, chargé par le Général en chef de missions périlleuses sur le champ de bataille. il s’en élait acquitté avec un sang-froid et une bravoure imperturbables, et que, déjà, il avait donné la mesure des services qu'on pouvait attendre de son audacieuse valeur. En un mot, ses débuls au milieu de nous lui avaient mérité, à plusieurs reprises, les félicitations du Général en chef.

NOTA. — A partir de ce moment, l'histoire de Youçouf- Mamelouk se confond avec celle de l'Algérie jusqu'en 1865, c'est-à-dire pendant les trente-cinq premières années de notre occupation de ce pays.

Nous n’aurons donc, pour la partie militaire, qu'à reprendre la série des bulletins ofticiels de l'Armée, imitant en cela l'auteur des Annales algériennes, Pellissier de Reynaud, qui, militaire lui-même et attaché au service des Affaires arabes pendant les premières années de la conquête, était on ne peut mieux placé pour mener à bien la tâche qu'il s'était donnée, celle de reproduire au jour le jour les fastes de notre vaillante Armée.

Nous déclarons à l'avance que nous ne suivrons pas cet historien — si ce n'est pour le rectifier — dans ses appréciations moins que bienveillantes, et des plus injustement passionnées, des faits glorieux par lesquels s'est illustré notre héros, dont il était — nous en ignorons la cause — l'ennemi acharné et irréconciliable, ainsi que nous le verrons, d’ailleurs, au cours de cet ouvrage. Pellissier, dont nous reconnaissons bien volontiers les mérites et la valeur comme annaliste, manquait absolument de cette froide-et calme impartialité qui doit être la qualité maitresse de l'historien ; en outre, sa nature un peu chagrine, concentrée, prosaique, ne lui permettait pas de comprendre celle tout en dehors du futur Général français, de celui que le prince Puckler-Muskau appelait, en 1835, une poésie en aclion.

De la rencontre de deux caractères si dissemblables devait, nécessairement, naitre un conflit, et un conflit d'autant moins susceptible d'apaisement qu'il était sans cesse avivé par les succès, par les lauriers que moissonnait chaque jour notre héros.

Et cet état de choses pouvait avoir des conséquences d’autant plus graves pour Yusuf, que Pellissier, le seul historien sérieux des dix-sept premières années de la conquite, allait perpétuer, par son livre, les calomnies dont les ennemis, c'està-dire les envieux, les jaloux de la fortune militaire de l'ancien Mamelouk tunisien, se faisaient les très actifs colporteurs, calomnies dont ils le poursuivront jusqu'à sa mort, et qu'ils essaicront même d'enfermer avec lui dans son tombeau.

Tout récemment encore, cet attristant spectacle a pu nous être donné, de nous montrer un historien considérable rééditant de sa plume académique les malveillantes cet perfides insinuations du dangereux annaliste sur les actes de notre héros, sans paraître se douter que le temps a marché ; et ce n'est certes point une raison parce que l'Alzérie attend encore son grand historien, et que, par suite, la mémoire du général Yusuf n'a pu, jusqu'à présent, trouver son vengeur, pour qu'on n'ait point d'autre ressource, quand on veut faire l'histoire des « Commencements d'une Conquête », que celle d'aller fouiller dans les archives plus ou moins authentiques d'un passé sur lequel il était, d'ailleurs, grand temps de faire la lumière *.

Nous avons tenté déjà cette œuvre de réparation et de reconnaissance dans notre Histoire de l'Insurrection des Oulad-Sidi-Ech-Chikh, de 1864-1881, mais seulement pour les faits récents qui se sont passés sous nos yeux, ct auxquels nous avons pris part, nous réscrvant, puisque personne ne prenait la plume pour rectifier des erreurs plus ou moins voulues, ou des jugements plus ou moins acceptables, bien que cependant ils aient quarante ans d'âge (jugements qui, à défaut d'historiens impartiaux et de bonne foi, sont restés la base sur laquelle, jusqu'à présent, se sont appuyés la plupart

* Voir la notc de la page 36.

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des écrivains qui ont voulu faire de l'histoire sans se donner la peine de rechercher la vérité à ses meilleures sources), nous réservant, disons-nous, puisque la calomnie ne désarmait pas, même après un quart de siècle de sépulture, de mettre sous les yeux de la génération nouvelle les magnifiques services de notre héros. Et cette glorieuse odyssée de trente-cinq années, dont chacunc est marquée soit par des actions d'éclat, soit pardes opérations militaires magistralement dirigées, démontre que l’auteur de « La Guerre en Afrique» ne se hornait pas à être un sabreur hors de pair, un entraineur de cavalerie sans rival, et qu'il savait encore fairc l'application de ses remarquables théories, lesquelles n'étaient, d'ailleurs, que le résultat de son expérience des choses de la guerre dans ce pays, chaque fois — et ce n'était pas rare — qu'il en trouvait l'occasion.

Yusuf a recueilli trop de gloire pour n'avoir point fait d'envieux ; il a été trop généreux pour n'avoir point fait d'ingrats. Aussi, dès ses débuts dans notre Armée, cut-il des détracteurs et des ennemis; ainsi, ayant été admis, par un arrêté du {er août 1830, dans le corps des Interprètes, fonctions qu'il exerça jusqu'au départ du maréchal de Bourmont, il était dénoncé au général Clauzel, — qui venait de remplacer le vainqueur d'Alger, — sous prétexte de correspondance coupable avec le Bey de Tunis * ; malgré l'invraisemblance de cette accusation, eu égard surtout à la façon dont le jeune Mamelouk avait quitté son ancien Souverain, l'interprète Youcçouf fut arrêté. Mais l'examen de cette correspondance ayant démontré qu'elle était, au contraire, toute dans l'intérêt de notre politique, le Général en chef, qui avait eu déjà l'occasion d'entendre vanter le brillant courage du jeune interprète, et qui, en outre, ne s'était pas mépris sur les mauvais desseins de ceux qui avaient lancé cette accusation, le fit rendre sur-le-champ à la liberté et l'attacha spécialement à sa personne. Le général Clauzel avait compris tout le parti que nous pouvions tirer, au profit de notre cause, et dans

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* Voir la note de la page 39.

l'état d'ignorance où nous étions des choses africaines, des qualités gœuerrières du vaillant Mamelouk tunisien, devenu Français jusqu'au sang, et de sa parfaite connaissance des populations que nous allions avoir à combattre. C'était le premier acte de cette guerre sourde, perfide, que devaient lui susciter, pendant toute sa vie militaire, ceux qui, pour la plupart, n’en ayant reçu que des bienfaits ou des services, n'osaient point l’attaquer en facc.

Nous le répétons, l'histoire du wénéral Yusuf se confondant, dès 1830, avec celle de l'Algérie, nous suivrons, dans leur ordre chronologique, les actions de guerre auxquelles il aura pris part, et nous les rattacherons aux faits principaux qui, réunis, composent la glorieuse histoire militaire de ce pays. Or, les trouvant tout naturellement classés dans les Annales algériennes du chef d'escadrons Pellissier de Raynaud, nous prendrons cet ouvrage pour guide, pendant les dix-sept premières années de la conquête, pour ce qui concerne les faits généraux, nous réservant, le répétons-nous, de choisir nos appréciations sur Yusuf et sur les actions de guerre par lesquelles il s'est immortalisé, là où nous les trouverons conformes à la vérité et à la dignité de l'histoire et de l'historien. Nous le disons bien haut, c'est une œuvre de réparation, de justice et de reconnaissance nationale que nous tentons ici. Aussi, les faits que nous croirons devoir avancer porteront-ils toujours leur témoignage avec eux.

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